Périmètres irrigués villageois en Afrique sahélienne. (CTA, 1990, 234 p.)
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close this folder4 - Le périmètre de Korioumé au Mali
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La réalisation d'un projet d'agriculture moderne dans une région aussi déshéritée que celle de Tombouctou tient de la gageure, mais après dix années, son existence et ses productions sont des évidences dont il est impossible de ne plus tenir compte. Chaque année, plus de 500 hectares reverdissent en bordure du désert et les 850 paysans du périmètre produisent bon an mal an 1 500 t de paddy qui font vivre directement plus de 6 000 personnes. Le projet insuffle ainsi un renouveau à toute la région.

Tableau 4.5: Korioumé. Valorisation de la journée de travail par rapport à la méthode culturale adoptée. (réf.: Iles de Paix)


R.E

R.N.E.

S.D.E.

S.D.N.E.

Unité

Surfaces

147

143

51

217

ha

Production totale

446 665

236 573

84609

192 873

kg

Rendement

3180

1 659

1 659

888

kg

Coût production/ha

91 400

61 400

89100

59100

CFA

Coût/kg produit

28,74

37,01

53,70

66,55

CFA

Valeur commerciale de production/ha






(100 CFA/kg paddy)

318000

165900

165900

88800

CFA/ha

Bénéfice de production/ha

226 600

104500

76800

29700

CFA/ha

Main-d'œuvre/ha

230

230

260

260

homme/

Valorisation par jour travaillé

285

454

295

144

jour CFA

Abréviations: R: repiqué, E: engraissé, N.E.: non engraissé, S.D.: semis direct

Tableau 4.6: Korioumé. Compte d'exploitation moyen pour 1 ha en 1987 (repiquage et engrais) (réf.: de Braconnier et Botilde)

CHARGES

PRODUITS

Dénomination

Coûts

Dénomination

Coûte

Semences

6500

Paddy 75 F. CFA/kg

281 250

Engrais °

31 600

x3750


Pépinière:





- redevance

12000

Herbes et paille de riz

7500


- pesticides

1 400




- engrais

1 200



Services divers:





- M.O. (labour)

21 500




- Transp. récolte

6250



Salaires payés

102 000



Redevance irrigation

35000



Sacs °°

8100



TOTAL

225 550

TOTAL

288 750

Résultat net de l'exploitation: + 63 200 F. CFA/ha
° Engrais: il s'agit du prix officiel et non de certains prix d'engrais en provenance du Nigeria, qui sont 1/2 du prix.
°° Sacs: sont dans la plupart des cas reconditionnés l'année suivante.

Les problèmes alimentaires n'y sont certes pas encore tous résolus, mais Korioumé contribue pour une part importante à la sécurisation céréalière de la ville de Tombouctou. Le périmètre aménagé constitue par ailleurs un exemple de référence pour toutes les entreprises nouvelles du même genre dans la région (programme PIV du FENU par exemple; voir chapitre suivant).

La démarche de l'encadrement mis en place par les Iles de Paix a joué un rôle essentiel dans cette réussite. L'évolution volontairement lente et progressive dans la plupart des domaines de la mise en œuvre a permis d'éviter les chocs dans les mentalités et la création de situations artificielles.

Conception et technique

Les possibilités physiques d'aménagement de la plaine de Korioumé sont en fait bien supérieures aux réalisations actuelles; 600 ha seulement ont été aménagés sur 1 300 possibles, ceci pour rester dans les limites maîtrisables par toutes les parties concernées.

Tableau 4.7: bilan pour l'ensemble des activités de la coopérative à Korioumé (F. CFA). (réf.: de Braconnier et Botilde)


Dépenses

Recettes

Irrigation (sans amortissement station de pompage)

21 833 000


Frais divers fonctionnement

7 220 000


Redevances coopérateurs


24 237 950

Remboursement produits phytosanitaires


1 300 000

Remboursement engrais


5 600 000

Totaux

29 053 000

31 137950

Différence: + 2 084 950


Des problèmes subsistent néanmoins et d'autres menacent. La lutte contre l'ensablement est permanente; sa solution réside dans des reboisements périphériques. Une action dans ce domaine est maintenant urgente et, bien que prévue, elle se heurtera aux réticences habituelles: oiseaux, temps disponible, investissement physique, non rentabilité immédiate.

Parce qu'exécutés par les paysans eux-mêmes, les canaux ne respectent pas toujours le gabarit idéal et on déplore des envasements ponctuels même si l'entretien d'ensemble reste satisfaisant. Quoi qu'il en soit, un relâchement de l'entretien serait fatal à court terme.

Une autre fatalité serait que continue au fil des prochaines années l'assèchement du défluent fluvial qui alimente la station de pompage. Si tel était le cas, des travaux importants seraient à envisager (surcreusement du chenal d'amenée, mise en place d'un petit barrage...).

Enfin, on ne peut assez insister sur la machinerie de pompage, en l'occurrence, des vis d'Archimède. La conception est en effet simple et robuste; elle a maintenant fait ses preuves pendant dix ans.

Intensification

Depuis huit campagnes, la totalité du périmètre est exploitée et des progrès considérables ont été faits au cours de ces dernières années dans les techniques culturales. Il reste malgré tout beaucoup à faire pour parvenir à un rythme d'exploitation idéal.

Le repiquage sera sans doute généralisé en 1988. Ce sera plus difficile en ce qui concerne l'épandage d'engrais. L'appauvrissement du sol devient cependant critique en certains endroits et le manque de fumure de fond (K & P) commence à se faire cruellement sentir. La quantité de matière organique dans le sol est également trop faible; la réduction considérable des troupeaux par suite des sécheresses a limité l'apport de fumier.

Le prix élevé des engrais à Tombouctou reste une pierre d'achoppement importante et les palliatifs du fumier ne sont pas d'application évidente. La première contrainte peut être contournée par des achats à l'étranger (Nigeria) via des commerçants privés mais les conséquences devront en être tirées sur d'autres plans (affaiblissement du fonds de roulement de la coopérative par exemple).

Il est par ailleurs possible de pallier partiellement le manque de matière organique par l'enfouissement des pailles de riz et surtout de pratiquer un labour fin de cycle, mais la généralisation de ces pratiques est encore loin de recevoir l'aval unanime des cultivateurs.

Développer la traction animale sur le périmètre semble encore relever aujourd'hui de l'aventure. Son avenir dépendra tout d'abord d'une politique de crédit cohérente et basée sur la préférence aux pratiques les plus intensives; ensuite sur l'amélioration des voies d'accès car il est difficile pour un petit attelage de se déplacer sur le sable.

Le métayage a fait son apparition sur le périmètre. Des commerçants et des notables possèdent des parcelles qu'ils font entièrement travailler par une main-d'œuvre salariée. Ce sont eux aussi qui investissent le plus dans les techniques les plus intensives. Cette situation, contraire au cahier des charges, résulte de la méthode de distribution des terres laissée, au départ, à l'initiative de chaque quartier. Faut-il y faire obstacle ou considérer que c'est un passage obligé vers une agriculture moderne?

Gestion

La proportion de faire-valoir indirect constatée sur le périmètre ne nuit pas nécessairement à la production et à l'intensification, au contraire, mais elle n'est pas propice à l'esprit coopératif souhaité par les promoteurs.

La coopérative, pour sa part, est encore loin, à l'heure actuelle, d'afficher une mentalité qui lui permette une totale indépendance. C'est encore parfois l'encadrement technique qui doit intervenir dans les décisions et la mise en œuvre.

Enfin, la redevance, on l'a vu, est insuffisante pour couvrir tous les amortissements. Le renouvellement total du matériel de pompage, qui peut intervenir dans quelques années, nécessitera le recours inévitable à un financement extérieur. Il reste que la coopérative est financièrement autonome pour son fonctionnement courant et possède des provisions suffisantes pour faire face à des imprévus d'exploitation (tableau 4.7).