Cover Image
close this bookLutte d'urgence contre les Vecteurs après une Catastrophe Naturelle (PAHO)
close this folderDeuxième partie: Mesures de lutte contre les vecteurs spécifiques
close this folderChapitre 8: Mouches, rongeurs et autres vecteurs
View the documentMouches anthropophiles
View the documentRongeurs
View the documentAutres vecteurs

Autres vecteurs

Après les désastres naturels, les poux, les puces, les acariens, les tiques et d'autres arthropodes peuvent poser de graves problèmes (voir annexe III). Les poux dangereux pour la santé appartiennent à l'ordre des Anoplures (ou poux suceurs). Le morpion ou pou du pubis (Pthirus pubis), le pou de tête (Pediculus capitis), et le pou de corps (Pediculus humanus) sont les espèces les plus répandues. Le Pediculus humanus est le seul vecteur important de maladies. Il est le seul vecteur connu du typhus exanthématique et de la fièvre récurrente, une maladie à spirochète. Les morsures du Pediculus humanus et des autres poux sont de plus fort désagréables.

Les enquêtes sur les poux, réalisées sur un échantillon suffisant, permettent d'évaluer l'ampleur du problème, le nombre d'individus à traiter, et l'efficacité du programme de lutte. Ces enquêtes requièrent la recherche des poux adultes et des lentes. Les poux de corps se trouvent le long des coutures intérieures des vêtements: le col et les poignets de chemise, les poches et les ourlets des pantalons et les coutures du linge de corps. Le pou de tête infeste le cuir chevelu, plus particulièrement près des oreilles et de la nuque. Les lentes qui sont trouvées 7 mm en-dedans de la limite du cuir chevelu doivent être considérées comme viables. Les morpions infestent la région péri-anale et le pubis.

En cas de recrudescence de pédiculose avec risque d'épidémie, il faut réagir rapidement. En cas d'urgence, l'épouillage de masse de la population par saupoudrage de poudre d'insecticide, avec un plumeau à air comprimé est indiqué, cependant des boîtes à conserve perforées peuvent suffire. Les poux étant largement résistants au DDT, on préfère utiliser le temephos (Abate), le malathion, ou le gamma HCH (lindane). Si l'on dispose de temps, il est souhaitable d'évaluer l'efficacité des insecticides en appliquant les tests de résistance mis au point par l'Organisation mondiale de la santé. Dans les centres d'hébergement, on peut traiter les vêtements avec du HCN, du méthylbromide ou encore du formate d'éthyle. Les produits d'aérosols étant très dangereux, cette opération doit être faite par des spécialistes. On peut aussi laver tous les vêtements, mais il est important d'utiliser de l'eau chaude maintenue en permanence au-dessus de 52°C. Il faut enseigner au public combien il est important de détruire les poux et les lentes afin d'éviter les maladies dont ils sont les vecteurs.

Le pou de tête n'est pas un vecteur important de maladie, aussi le traitement de masse ne s'impose-t-il que lorsque la prévalence de la pédiculose est élevée. Les lotions ou shampooings au malathion, pyrèthre ou gamma HCH sont efficaces. Lorsque les écoliers sont infestés, il faut traiter tous les membres de leur famille.

Les morpions, qui ne véhiculent pas de maladie, doivent être traités par chaque personne infestée en utilisant des lotions, shampooings, ou crèmes au malathion, au gamma HCH ou au pyrèthre.

Les puces appartiennent à l'ordre des Siphonaptères. Au stade adulte, quelle que soit leur espèce, ce sont des parasites. Certaines puces se nourrissent de sang humain et du sang des animaux, domestiques ou autres. La peste et le typhus murin (endémique) sont les deux maladies les plus graves transmises par les puces. Les rongeurs sont les réservoirs de ces maladies et il faut donc coordonner les programmes de lutte contre les rongeurs et les programmes d'élimination des vecteurs. On peut attraper les puces à la main sur les personnes ou les animaux. On peut les supprimer aussi en passant au peigne fin les petits animaux sauvages ou capturés vivants dans des pièges, pour être anesthésiés ou tués. Si on craint un début d'épidémie de peste, il faut appliquer des insecticides en poudre sur les parcours des rongeurs et dans leurs terriers et utiliser le carbaryl ou le diazinon en poudre pour préparer des appâts. La lutte contre les rongeurs ne doit commencer que lorsque les puces ont été éliminées; faute de quoi, privées de leur hôte habituel, elles vont s'attaquer aux hommes.

Les acariens sont des mini-organismes, parfois microscopiques, qui appartiennent à la classe des Arachnides. Le typhus de la brousse et la fièvre Q peuvent être transmis par les acariens, mais au moment d'un désastre naturel, ces maladies ne sont pas prioritaires. La gêne provoquée par les démangeaisons et les dermatites peut cependant être importante. Dans des conditions de promiscuité entre les hommes, les mammifères et les oiseaux, les ectoparasites des animaux peuvent infester les hommes. De soudaines épidémies de "démangaisons" peuvent apparaître dans les centres d'hébergement pour réfugiés. Il faut rechercher la cause de l'épidémie. Il existe des crèmes antihistaminiques. Néanmoins, pour résoudre le problème sur le plan collectif, il faut améliorer les habitudes d'hygiène et éloigner les animaux incriminés.

Sarcoptes scabiei, un acarien, est responsable de la gale, maladie infectieuse de la peau. La pénétration des acariens sous la peau se signale soit par des papules ou des vésicules, soit par de fins sillons qui hébergent les femelles et leurs oeufs. Après un désastre, la gale peut être fort répandue, surtout dans les pays en voie de développement. Cette maladie se transmet par contact direct avec une personne infestée. Elle est souvent contractée au cours de rapports sexuels. Pour les traitements de masse, on utilise le gamma HCH, le crotamiton (Eurax), de la vaseline au soufre ou une émulsion de benzoate de benzyl. Le traitement doit être répété après 7 à 8 jours. Les mesures de dépistage doivent être intensifiées et porter également sur l'ensemble de la famille. Du savon, des installations de bain et des installations pour le blanchissage sont indispensables en cas d'épidémie.

Les tiques appartiennent à l'ordre des Acariens et sont les vecteurs de la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses, de la fièvre à tiques du Colorado, de la fièvre Q. de la fièvre récurrente et de plusieurs autres maladies. Certaines espèces provoquent également des paralysies. Les enquêtes se font de deux manières: soit une récolte sur les animaux sauvages qui servent de réservoirs, soit en utilisant des attrape-tiques: un morceau de flanelle blanche est déposé lentement sur la végétation le long des parcours, sur une certaine distance, pour être ensuite examiné. Pour lutter contre les tiques aux abords d'un centre d'hébergement de réfugiés, on peut éclaircir la végétation dans un périmètre de cinquante à cent pieds (15 à 30 mètres) ou traiter chimiquement la région contaminée avec un insecticide: le chlorpyrifos ou le tetrachlorvinphos par exemple.

Les fourmis, les araignées et les scorpions peuvent causer certains problèmes, surtout lors d'inondations. Ces arthropodes recherchent les hauteurs et envahissent souvent les maisons et les abris. Leurs morsures peuvent être très douloureuses et nécessiter un traitement thérapeutique. Une éducation de la population permet de réduire le danger en l'incitant à prendre certaines précautions: agiter les vêtements, examiner les chaussures avant de les mettre et retourner la literie avant de se coucher. L'élimination des déchets et l'amélioration des conditions générales d'hygiène favorisent la diminution des populations d'arthropodes. Si nécessaire, des insecticides peuvent être utilisés dans les camps d'hébergement temporaires.

Les punaises des lits peuvent se multiplier dans des conditions de promiscuité. Le malathion projeté à l'aide d'un pulvérisateur à main permet de les
éliminer.

Pendant les inondations, les serpents venimeux se réfugient sur la terre sèche et peuvent pénétrer dans les maisons, augmentant ainsi les risques de contact avec la population. Dans les régions habitées, il faut éliminer tous les débris et l'herbe doit être tondue aussi courte que possible. L'équipe responsable du déblaiement, le personnel de la lutte antivectorielle et les réfugiés doivent disposer d'un sérum antivenimeux universel.