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close this bookLutte d'urgence contre les Vecteurs après une Catastrophe Naturelle (PAHO)
close this folderTroisième partie: Les consultants
Open this folder and view contentsChapitre 9: Le rôle des consultants dans la lutte antivectorielle

(introductory text...)

Souvent, après un désastre naturel, l'aide de spécialistes de la lutte antivectorielle, d'entomologues ou d'équipes multidisciplinaires est nécessaire. La nature du désastre et les besoins du pays sinistré déterminent la composition des équipes. En général, celles-ci comprennent un entomologiste, un spécialiste de la lutte antivectorielle, un spécialiste de la lutte contre les rongeurs et un hygiéniste. Un malarialogue en fera partie si le paludisme sévit dans le pays. L'équipe et chacun de ses membres doivent collaborer avec le personnel des équipes épidémiologiques, médicales et antivectorielles du pays.

Du personnel compétent est requis pour l'assemblage, le calibrage, l'utilisation et l'entretien du matériel de lutte antivectorielle.

L'Organisation panaméricaine de la santé dispose d'une liste d'experts en ces domaines, certains ayant déjà été appelés comme consultants lors d'un désastre naturel. L'organisation dispose aussi d'un service d'achats expérimenté dans les commandes de matériel et de produits; ce service est à la disposition des gouvernements dans les situations d'urgence.

Recrutement

L'Organisation panaméricaine de la santé et les organisations de coopération internationale et bilatérales, qui apportent leur aide à d'autres nations, ont développé, pour l'aide après les désastres, un système de collaboration permettant de recruter rapidement des consultants. Tout pays désirant bénéficier de cette collaboration technique doit, au préalable, déterminer le type de consultant requis: entomologiste, malarialogue, technicien de la santé ou hygiéniste et s'adresser au représentant du Bureau régional de l'Organisation panaméricaine de la santé, afin qu'une suite rapide puisse être donnée à la requête.

Instructions et équipements

Des instructions sont données aux consultants avant et après leur arrivée dans le pays. Avant leur départ, l'Organisation panaméricaine de la santé fournit aux consultants les informations suivantes:

1) les objectifs généraux de sa mission,

2) une estimation de la durée de la mission,

3) des adresses de contacts: les hauts fonctionnaires du pays et si possible, les noms des entomologistes, des spécialistes de la lutte antivectorielle, des fonctionnaires militaires et civils de la santé publique, et de toute autre personne pouvant aider ou assister le consultant dans le pays,

4) la nature du désastre et les problèmes qu'il peut poser,

5) les types de produits et l'équipement à emporter (notamment ceux indiqués dans l'Annexe II),

6) la liste des personnes qui pourront leur fournir le support logistique nécessaire: nourriture, transport, hébergement et moyens de communication,

7) un profil de la région: ses caractéristiques géographiques, climatiques, démographiques, politiques et socio-économiques, ainsi qu'un résumé des maladies transmissibles endémiques et de l'infrastructure de santé publique,

8) des informations récentes concernant:

a) le personnel de lutte antivectorielle,
b) l'équipement nécessaire au contrôle des vecteurs,
c) les insecticides et les rodenticides,
d) les réseaux de transport et de communication,

9) les données nécessaires aux communications, telles que:

a) l'adresse, les numéros de téléphone, l'adresse télégraphique et le numéro de télex du bureau local de l'Organisation panaméricaine de la santé,

b) les noms et adresses d'hôtels, surtout si le consultant doit résider dans une région éloignée d'un bureau de l'Organisation panaméricaine de la santé,

c) les adresses du représentant du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), des autres organisations de la famille des Nations Unies et les adresses des différentes organisations internationales ou nationales opérant dans le pays.

10) les exigences en matière de passeport et de visa, les devises nécessaires, le billet d'avion, le poids autorisé des bagages, le passeport et le visa.

En plus de ces données, le consultant peut s'informer des maladies, des vecteurs, et des conditions géographiques du pays, par la lecture des journaux, des rapports des Nations Unies, des rapports d'autres consultants ou de personnes ayant vécu dans le pays, ou encore en étudiant la documentation existante dans les universités et bibliothèques. Les radios-amateurs locaux, qui sont en contact avec le pays sinistré, peuvent aussi fournir des informations utiles.

Le voyage et les contacts locaux sont organisés par l'Organisation panaméricaine de la santé ou par les organisations internationales et bilatérales, selon le cas. Leurs correspondants dans le pays sont informés de l'arrivée du consultant; ils prendront rendez-vous avec les autorités nationales intéressées.

Le représentant de l'Organisation panaméricaine de la santé informera le consultant:

1) des contacts à établir avec les fonctionnaires de la santé publique, de l'agriculture, de la défense et des ressources naturelles;

2) de la situation actuelle du désastre et des problèmes liés aux vecteurs et rongeurs;

3) des rapports disponibles à l'Organisation panaméricaine de la santé ou auprès du gouvernement national, concernant les maladies transmises par vecteurs et rongeurs;

4) de l'aide fournie par les organisations internationales;

5) des contacts à prendre dans le secteur non gouvernemental avec d'autres sources d'information, notamment: les agences locales de lutte contre les nuisances et les techniciens responsables de la pulvérisation aérienne;

6) de tout changement récent dans les plans du gouvernement;

7) des implications économiques ou politiques du désastre;

8) de l'état des routes et de la disponibilité de véhicules routiers pour le travail sur le terrain;

9) d'un échantillon des articles de presse décrivant le désastre.

Activités du consultant à son arrivée

Nous recommandons au consultant de prendre d'abord contact avec l'Organisation internationale ou bilatérale qui organise sa mission, ensuite avec le comité d'urgence et, s'il existe, le sous-comité de lutte antivectorielle. Quel que soit le niveau technique des contacts, il faut que le consultant obtienne les renseignements nécessaires pour identifier la personne responsable des secours au plan gouvernemental et qu'il reste en relation étroite avec les autorités.

Le plus souvent, le consultant devra aider le gouvernement à évaluer l'ampleur des problèmes, à organiser les activités de lutte et à former le personnel. Les difficultés de transport et de communication peuvent entraver l'évaluation initiale. Les cartes et les graphiques, dont disposent les autorités gouvernementales, constituent une source d'information mais elles ne couvrent pas toujours l'ensemble des régions et le consultant devra suppléer au manque de données. Les inventaires disponibles, concernant le matériel et les produits destinés à la lutte antivectorielle, doivent être examinés le plus rapidement possible.

Il est utile d'analyser les informations réunies lors d'une première reconnaissance: les densités et stades de développement des différentes espèces.

Il faut mettre à la disposition du consultant un moyen de transport pour exercer la surveillance, de préférence un véhicule tout terrain à quatre roues motrices. En outre, la reconnaissance aérienne permet d'évaluer rapidement la situation et l'efficacité des différentes méthodes de lutte qui pourraient être utilisées.

Il est souvent difficile d'élaborer les procédures de contrôle. Les conséquences d'un désastre peuvent justifier l'emploi d'une technique nouvelle pour éliminer rapidement les vecteurs, mais les techniques modernes ne sont pas toujours adaptées aux circonstances. Les autorités du pays, si elles connaissent l'existence de nouveaux types de matériel, de nouveaux insecticides et d'une technologie de pointe, doivent décider de l'opportunité de leur emploi. Un matériel compliqué peut être employé pour remédier, à court terme, au problème des vecteurs. Mais, les méthodes ordinaires de contrôle des larves et des adultes au repos peuvent s'avérer plus efficaces et moins coûteuses. Le matériel qui rouille sur les étagères tue peu de moustiques!

Recommandations et rapports

Les recommandations doivent, d'abord et avant toutes choses, être pratiques et orientées vers les activités que le gouvernement peut effectivement réaliser en matière de lutte antivectorielle. Elles peuvent aussi aider les gouvernements à atteindre des objectifs à plus long terme, indirectement liés au désastre naturel. Pour cette raison, il est utile de discuter les recommandations avec les membres du gouvernement et des organisations internationales, avant de les rédiger.

Les rapports doivent spécifier dans quelle mesure les vecteurs risquent de provoquer des problèmes de santé et expliquer clairement comment les ressources en personnel et les autres ressources influencent ou influenceront la manière d'aborder ces problèmes. Il est important d'évaluer de manière continue la situation générale et les programmes de formation, car le rapport a pour premier objectif d'estimer le risque d'apparition des problèmes et leurs conséquences possibles. Le rapport doit aussi préciser les actions à entreprendre, soit à différentes phases du programme, soit suite à une modification des risques de maladies transmises par vecteurs, de même que les moyens de résoudre les problèmes de personnel et d'équipement.

Les directives d'implantation et d'évaluation des mesures de lutte et les actions à entreprendre en cas d'épidémies doivent être indiquées. Le rapport doit discuter du soutien logistique nécessaire aux activités de lutte (plan de travail, quadrillage des régions à couvrir, et moyens d'implanter la lutte contre les maladies susceptibles de provoquer des épidémies), présenter un inventaire des méthodes de supervision des équipes et fournir la liste des produits et du matériel nécessaires pour augmenter les approvisionnements.

Le rapport et les recommandations peuvent servir de grille d'action, ils sont également utiles pour la formation. Cependant, vu les divergences d'opinions, un programme est rarement accepté et implanté tel quel.

Suivi

Les consultants, même si la décision finale appartient au pays, déterminent souvent les actions à prendre dans l'avenir. Pour assister le gouvernement, le consultant doit accomplir les tâches suivantes:

1) s'assurer que toutes les personnes intéressées ont été consultées et que le rapport et les recommandations ont été discutés avant d'être officiellement présentés;

2) informer les organisations internationales et le gouvernement du pays des recommandations et discuter de leur participation éventuelle au programme;

3) s'assurer que le personnel de terrain, tout autant que les administrateurs, comprennent les tenants et les aboutissants de leur action;

4) informer (par lettre, par téléphone, ou personnellement) l'équipe technique internationale de la situation, en précisant la justification des recommandations.

Trop souvent, au moment du départ, les consultants oublient le pays et ses problèmes. A l'âge des photocopies instantanées, il est aisé cependant d'envoyer des photocopies de rapports scientifiques; il est également facile d'écrire une lettre personnelle. Cette manière d'agir permet de surmonter des problèmes qui paraissent, à première vue, insurmontables aux organisations internationales.

Souvent, ce petit effort supplémentaire peut suffire à garantir le succès des mesures recommandées.

Formation

Après un désastre naturel, l'insuffisance de la formation professionnelle devient plus évidente que jamais. Les programmes de lutte antivectorielle répondent aux besoins créés par une situation normale et se déroulent selon une routine bien établie. Lors d'un désastre, le programme devrait pouvoir être adapté, or il est le plus souvent rigide et, de plus, il faut faire appel à du personnel supplémentaire et agir d'urgence. Ces conditions engendrent la confusion, le gaspillage et les erreurs de tactique. Ces aspects négatifs seront plus souvent soulignés que les progrès réellement accomplis. Ce dilemme ne peut être facilement résolu, mais un programme de formation professionnelle bien structuré et connu du public peut atténuer la critique.

La plupart des programmes antipaludiques ou de lutte antivectorielle prévoient des sessions de formation pratique et de recyclage, mais il faut veiller à améliorer de façon continue le contenu des cours et à relever le niveau de compétence du personnel. Cette stratégie contribuera au succès des programmes. Le consultant, en mission dans un pays, devrait organiser des sessions de formation pratique (en dehors des sessions officielles) pour les équipes du pays oeuvrant sur le terrain.