Techniques modernes d'administration des archives et de gestion des documents : recueil de textes (UNESCO, 1985, 619 p.)
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close this folderVII - Classement et description
close this folderLes méthodes modernes de classement d'archives aux États-Unis
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View the documentLes éléments du contexte
View the documentPremier mouvement pour une méthode uniforme de classification
View the documentLa classification a l'essai
View the documentDe la classification au classement
View the documentUne explication

Pour comprendre les phases de la gestion archivistique aux Etats-Unis, il faut se reporter constamment à plusieurs considérations fondamentales. La première est l'absence de toute tradition profonde d'archivage méthodique dans les organismes privés ou dans les organismes publics de tous niveaux aux Etats-Unis. Les archives n'étaient habituellement considérées que comme les moyens servant une fin immédiate, la conduite d'affaires en cours, et après avoir servi ainsi elles étaient simplement emmagasinées dans le premier espace disponible, sans que l'on tînt compte de leur ordre primitif ou de leurs relations avec d'autres archives du même bureau. A cela on doit ajouter l'absence d'un système d'enregistrement complètement développé, un type d'organisation publique qui a toujours été souple, l'échec du gouvernement national à créer un service d'archives particulier pour ses propres archives jusqu'en 1934. Ces circonstances ont posé à l'archiviste américain des problèmes tout à fait différents de ceux qui se posent à son collègue européen et, pour une bonne part, les politiques et pratiques archivistiques américaines sont le résultat nécessaire des pratiques américaines d'archivage.

Une seconde considération majeure est l'autonomie et la multiplicité, dans notre système fédéral de gouvernement, des dépôts d'archives. Cette autonomie a encouragé une remarquable diversité de techniques archivistiques, et, même en ce qui concerne les services d'archives gouvernementaux, il est difficile de faire des généralisations valables. Les archivistes américains ont toujours été très individualistes dans leurs méthodes ; et, peut-être plus qu'en aucun autre pays, l'unité du métier d'archiviste aux Etats-Unis naît plutôt d'une finalité commune que de politiques et de pratiques communes.

A ces considérations on doit ajouter la puissante influence qu'ont exercée sur la gestion des archives les bibliothécaires et les conservateurs d'archives privées. Ces deux professions sont, aux Etats-Unis, plus anciennes que celle d'archiviste. Dans les dernières années l'influence des bibliothèques a diminué sur le plan national mais les principes et les techniques de classement et de catalogage qui ont cours dans les bibliothèques continuent d'influencer la gestion des archives dans les services d'archives de nombreux Etats comme dans les dépôts semi-publics ou privés. Signalons également l'influence des techniques élaborées par les conservateurs d'archives privées pour le traitement de ce qu'on appelle généralement 'collections' de 'manuscrits historiques' - ou, plus proprement, ensembles de papiers privés.

Toute tentative de description et de distinction de la grande variété des pratiques des archivistes, bibliothécaires et conservateurs d'archives privées aux Etats-Unis dans la gestion des archives publiques et privées exigerait plusieurs volumes. Le but qu'on se propose ici est seulement de souligner l'existence de cette large diversité de pratiques, d'indiquer les circonstances qui les ont vu naître et aussi de mettre en relief l'importance d'une dernière considération l'instabilité de la terminologie archivistique aux Etats-Unis. La plupart des archivistes américains aujourd'hui s'occupent non de la classification des archives mais plutôt de l"arrangement' des archives. Notre préférence pour ce dernier terme et son sens spécifique peut se comprendre mieux grâce à un rapide tableau de l'évolution du concept de la classification d'archives aux Etats-Unis.

Pour récapituler, c'est seulement dans un contexte marqué par le défaut d'une forte tradition d'archivage méthodique, l'absence d'un système d'enregistrement bien développé, la souplesse de l'organisation administrative, l'établissement relativement tardif d'un service d'archives nationales, l'autonomie institutionnelle et la diversité des procédures encouragée par un système de gouvernement fédéral, les fortes influences exercées par les professions voisines de bibliothécaire et de conservateur d'archives privées et le manque d'une terminologie stable, que l'on peut essayer de comprendre une question d'archives aux Etats-Unis. Mais, sans se soucier de termes particuliers, nous partageons avec tous les archivistes ce problème fondamental : avoir la maîtrise des documents dont nous avons la garde. Si dans notre approche de ce problème beaucoup d'aspects semblent être neufs, beaucoup d'autres aussi sont traditionnels et peuvent être reconnus comme adaptés de principes et de pratiques européens.