Techniques modernes d'administration des archives et de gestion des documents : recueil de textes (UNESCO, 1985, 619 p.)
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close this folderVII - Classement et description
close this folderLes méthodes modernes de classement d'archives aux États-Unis
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View the documentLes éléments du contexte
View the documentPremier mouvement pour une méthode uniforme de classification
View the documentLa classification a l'essai
View the documentDe la classification au classement
View the documentUne explication

L'histoire de l'archivistique aux Etats-Unis reste encore à écrire, mais l'on peut trouver de nombreuses informations sur le développement primitif de la théorie et de la pratique archivistiques dans les rapports publiés et dans les articles. Cette histoire commence réellement avec les activités de la Commission des Archives publiques, créée en 1899 par l'Association historique américaine "pour faire des enquêtes et des rapports, du point de vue de la recherche historique, sur le caractère, le contenu et les fonctions... des dépôts publics d'archives manuscrites". Afin d'éviter que cet effort ne fît double emploi avec ceux d'une Commission des archives historiques privées précédemment établie, la Commission des archives publiques convint de borner ses activités aux "documents de nature publique ou gouvernementale, tels que ceux qui sont ordinairement classés dans la catégorie des archives, papiers publics ou papiers d'État".

L'un des objectifs déclarés de la Commission était "l'unification et l'amélioration... des méthodes de... classement et de conservation des documents officiels", mais lors de la première session les membres décidèrent de ne pas proposer de "plan spécifique et détaillé pour la conservation des archives publiques" aux Etats. "Du moment que les conditions présentent peu de points de ressemblance entre deux Etats", concluait la Commission, "il n'est guère possible de formuler un plan qui s'applique à un grand nombre d'entre eux, tant que la proverbiale répugnance des Etats américains à tirer profit des exemples rendra hasardeux de supposer q'un plan approuvé dans un Etat sera pour cette raison reçu favorablement dans un autre."

Ainsi la Commission employa l'essentiel de ses efforts, pendant la plus grande partie de la décennie qui suivit, à examiner et à compiler les listes de documents d'archives conservés par l'État ou les pouvoirs locaux.

La plupart des membres de la Commission des Archives publiques, y compris les membres adjoints recrutés dans chaque Etat, étaient des historiens professionnels, enseignant ou écrivant l'histoire. Il était donc normal que le premier plan connu établi spécialement pour le classement des archives publiques aux Etats-Unis fût un projet général présenté en 1906 par un professeur d'histoire au Département d'Histoire, des Commémorations et des Arts de son Etat. Plusieurs années auparavant, alors membre adjoint de la Commission, l'auteur du plan avait préparé un rapport sur les archives publiques de l'État.

Le plan de classement comptait quatre parties : un classement 'primaire' distinguant les archives locales de celles de l'Etat, un classement 'formel' distinguant les imprimés des manuscrits, un classement 'historique' fondé sur les dates capitales de l'histoire de l'Etat et un classement 'administratif' qui combinait des éléments de chacune de ces parties. Dans le classement 'administratif', on distinguerait d'abord parmi les archives publiques les archives locales et celles de l'Etat. Les archives de l'Etat seraient alors distinguées selon les bureaux d'origine et les archives locales selon le comté, la ville ou la cité. Les documents provenant de chacune de ces subdivisions seraient classés selon leur forme matérielle ou selon leur objet et les articles individuels qui les composent seraient disposés dans l'ordre chronologique .

Ce plan fut adopté comme base du classement des archives publiques de l'État où il avait vu le jour, mais il ne fut ni adopté par la Commission des Archives publiques ni publié avant plusieurs années et il eut peu d'influence immédiate sur les pratiques des autres Etats. Il faut signaler un autre élément qui pouvait être plus important pour le développement de l'administration des archives aux Etats-Unis, c'est-à-dire les activités que menait alors un autre groupe d'historiens de métier associés au nouvel Institut Carnegie de Washington.

Peu après la création de la Commission des Archives publiques, l'Institut Carnegie de Washington établit un Bureau de la recherche historique qui entreprit la préparation d'une série de guides des documents relatifs à l'histoire américaine conservés dans les principaux dépôts d'archives et bibliothèques d'Europe. Grâce àce programme de nombreux scientifiques américains acquirent une connaissance directe des principes et des techniques archivistiques européens et, à cause des relations étroites liant le Bureau de la recherche historique, l'Association historique américaine et la Commission des Archives publiques, ces scientifiques purent persuader la Commission des Archives publiques de reconsidérer sa décision initiale qui refusait de rechercher l'uniformité dans les pratiques archivistiques américaines.

Lors de la première Conférence des archivistes américains, patronnée en 1909 par la Commission, Waldo G. Leland recommanda la préparation d'un manuel d'archivistique pour les archivistes américains. En ce qui concerne le classement, il proposa que "en général les principes énoncés par les Hollandais et acceptés par la plupart des nations européennes fussent adoptés : le 'herkomstbeginsel', le 'respect des fonds' ou le 'principe de la provenance"'. Les archives, expliquait-il, "devraient être classées selon leur origine ; elles devraient refléter les processus qui les ont produites". S'en prenant sans ambages aux pratiques courantes, il avertissait que "rien ne serait plus désastreux que l'application à un ensemble d'archives des méthodes modernes de classement qu'on pratique dans les bibliothèques".

La Commission des Archives publiques accepta cette recommandation et fit préparer un manuel dont elle confia la responsabilité à un sous-comité. L'année suivante, plusieurs membres de la Commission et d'autres scientifiques intéressés par la question participèrent, en 1910, au Congrès international des Archivistes à Bruxelles, ce qui renforçait ainsi l'influence virtuelle de l'expérience européenne sur la teneur du manuel projeté .

Une opposition se fit jour toutefois non seulement chez les bibliothécaires, qui étaient attachés au classement par matières, mais aussi chez les conservateurs d'archives privées qui soulignaient que, les problèmes européens et américains étant différents, une étude des "plans et conclusions" des Européens n'offrirait pas de conclusions "satisfaisantes" pour l'archivistique américaine. Ce désaccord fondamental entrava le progrès pendant près de deux ans, mais à la Conférence des archivistes de 1912, les opinions des historiens prévalurent enfin. Toutes les archives, déclara le docteur Leland à cette Conférence, "sont produites de la même manière, ont le même besoin de conservation et de gestion et trouvent le même destin si l'on les néglige". Il était donc évident, insista-t-il, "que les principes archivistiques élaborés dans la pratique européenne" étaient "applicables aux archives américaines".

Le rapport du sous-comité, relatif au manuel projeté, qui fut présenté àcette Conférence, préconisa que vingt chapitres fussent rédigés par divers spécialistes, y compris un chapitre traitant de la "classification : systématisation et cotation". Discutant des plans pour ce chapitre particulier, le président du sous-comité déclara que les archivistes ne pourraient "presque rien apprendre des plans de classement employés dans les bibliothèques pour les livres" et mit en avant le principe de provenance comme la seule base valable pour la classification des archives. La controverse initiale avait été gagnée par les scientifiques à qui l'expérience européenne était familière, mais il convient de remarquer que peu d'entre eux étaient chefs de services d'archives.

L'année suivante, à la Conférence des archivistes de 1913, les plans prévus pour le manuel d'archivistique furent revus afin de produire un livre d'initiation, moins général, de dix chapitres mais conservant encore un chapitre distinct consacré à la classification. On discuta à la Conférence des brouillons de deux chapitres préparés sur d'autres sujets. A la Conférence de 1914 fut lu un texte relatif aux "principes de classification des archives". Après avoir exposé les données de l'expérience européenne et cité les recommandations du Congrès de Bruxelles de 1910, l'auteur de la communication concluait que "le principe du 'respect des fonds'... est le principe fondamental de la classification des archives aujourd'hui". Le plan de classement de 1906, dont on avait débattu auparavant, se présenta alors comme "une illustration très simple et concrète" du principe de provenance adapté aux archives d'un Etat, mais ni la Conférence ni la Commission des Archives publiques ne prirent de position formelle à propos de ce plan de classement.

La Première Guerre mondiale provoqua l'échec de ce premier effort pour créer un système uniforme de gestion des archives aux Etats-Unis. Le conflit détourna l'attention de la Commission des Archives publiques vers le problème des archives de la guerre et la Commission elle-même fut suspendue pendant l'immédiat après-guerre.

Quand elle se rétablit sous une forme restreinte en 1921, la plupart des scientifiques qui avaient soutenu ses activités, s'étaient déjà engagés dans d'autres projets, particulièrement dans ceux de la création d'un bâtiment des Archives nationales et de l'institution d'un service des Archives nationales distinct. Plusieurs fois, l'on essaya de relancer le projet du livre d'initiation archivistique mais celui-ci ne fut jamais achevé et le chapitre sur la classification jamais écrit.