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close this bookLe riz pluvial, Maisonneuve et Larose, 1983
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View the document2 - Les différents types d'engrais
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(introduction)

Le riz est extrêmement sensible à la richesse et à l'équilibre du sol en éléments nutritifs.

1 - Quels sont les principaux éléments nutritifs nécessaires?

Comme pour la plupart des cultures, les principaux éléments nécessaires sont l'azote, le phosphore et le potassium.

L'AZOTE - L'azote joue un rôle déterminant dans l'obtention d'un rendement élevé. Il favorise le tallage et la croissance végétative. Si l'azote n'est pas présent dans le sol en quantité suffisante' la plante reste de petite taille avec des talles peu nombreuses. Les feuilles qui deviennent parfois cassantes présentent un jaunissement caractéristique.

LE PHOSPHORE - Le phosphore favorise lui aussi la croissance du riz notamment celle du système racinaire. Il exerce une influence favorable sur la précocité.

En cas de carence' les feuilles deviennent vert sombre ou vert pourpré avec des taches jaunes entre les nervures. Leur pointe tourne au rouge.

LE POTASSIUM - Le potassium permet une bonne économie de l'eau dans les tissus. confère à la plante une certaine résistance à la verse et accroît sa résistance aux maladies. Il augmente la taille et le poids du grain.

Les carences en potassium se traduisent par un tallage moins abondant. un jaunissement de l'extrémité des feuilles âgées et de la nervure centrale.

L'absence d'un de ces trois éléments provoque des anomalies dans la croissance de la plante et une chute importante des rendements.

Des sigles sont fréquemment utilisés pour désigner les trois éléments principaux: la lettre «N» désigne l'azote; «P» correspond au phosphore et «K» au potassium.

D'autres éléments de moindre importance peuvent cependant avoir une influence sur la croissance et le rendement: ce sont le soufre' le calcium' le magnésium, le fer...

Apport d'azote et de phosphore

Bon rendement

Récolte importante et de qualité

Apport de potassium

Bonne santé


2 - Les différents types d'engrais

Selon leur composition en azote, phosphore et potassium, on distingue:

- les engrais simples: ce sont des corps chimiques qui n'apportent qu'un seul des trois principaux éléments:

" l'urée ou le sulfate d'ammoniaque fournissent de l'azote,
" les superphosphates fournissent du phosphore,
" le chlorure de potasse fournit du potassium.

Dans le calcul des doses à épandre' il faut tenir compte du fait que ces engrais ne fournissent pas les éléments à l'état pur: ainsi l'urée dose 46 % d'azote, c'est-à-dire que dans 100 kg d'urée on a seulement 46 kg d'azote. Et inversement, si on veut mettre 30 kg d'azote, il faudra utiliser en fait:

30/0,46= 65 kg d'urée.

- les engrais composés: ils apportent simultanément deux ou trois des éléments principaux. Ils sont binaires s'ils ne contiennent que deux composés, ternaires lorsqu'il y en a trois; on parle alors d'engrais «complets».

Ils sont le plus souvent caractérisés par leur formule qui définit les proportions respectives de chaque élément. En général, dans ces formules, le premier chiffre correspond à l'azote, le deuxième au phosphore, le troisième à la potasse; en fait la teneur en phosphore est le plus souvent indiquée sous forme de teneur en «P 2O5» et la teneur en potassium sous forme de teneur en «K2 O». Par exemple, le 10-18-18, un engrais complet diffusé en Côte d'Ivoire est un engrais ternaire qui par 100 kg de produit contient:

- 10 kg ou unités d'azote,
- 18 unités de phosphore ou plus exactement 18 unités de P 2O5.
- 18 unités de potasse, en fait 18 unités de K 2O

Certains engrais peuvent être appliqués avant le semis et seront alors disponibles pour la plante pendant toute la culture. C'est en particulier le cas du phosphore.

D'autres engrais sont facilement lessivables ou volatilisables et devront de ce fait être apportés en plusieurs fois durant la culture. C'est en particulier le cas de l'azote.


Quand apporter les engrais?

Il est important de noter que la fertilisation azotée doit être faite «à la demande». La plante doit disposer d'azote au moment du tallage d'une part, à partir de la «montaison» jusqu'à la fin de la maturation, d'autre part. Elle peut, par contre, manquer légèrement d'azote en fin de tallage, avant la montaison; ceci peut permettre de limiter la croissance végétative. Le fractionnement de l'apport azoté visera donc à permettre un fort tallage (fumure en début de tallage) et un bon remplissage des grains (fumure à la montaison).

3 - Quelles quantités apporter?

La quantité d'éléments minéraux à apporter à une culture dépend de nombreux facteurs:

a) des exigences propres à la plante qui définissent la proportion relative des éléments nécessaires (azote, phosphore ou potasse) pour assurer sa croissance.

b) du niveau d'intensification visé (1 t, 2 t, 3 t/ha ou plus...) qui définit alors le niveau auquel il faut porter la fumure. Il dépend de la variété ainsi que des risques de sécheresse qu'elle encourt.

Pour donner un ordre de grandeur, le tableau ci-dessous montre la quantité d'éléments consommés pour produire une tonne de paddy.

Par tonne de paddy

Mobilisation plante entière*

Exportation panicule seule*

N

24

13

P2O5

12

7

K2O

34

4

* en kg/ha (Source: Sénégal)

L'efficacité de la fertilisation minérale est également liée à la mise en œuvre simultanée de toutes les techniques de culture améliorée: ainsi il n'est guère utile d'apporter une fumure intensive et coûteuse si le sarclage n'est pas correctement réalisé.

c) des quantités d'éléments fournis par le sol qui dépendent du volume de terre prospecté par les racines et de la composition chimique du sol. Il peut arriver que, dès le début, le sol manque de certains éléments. L'expérience montre que dans bien des cas les sols sont carencés en phosphore. Il est nécessaire de corriger cette carence par une fumure adéquate.

Par la suite. il convient avant toute autre opération de restituer au sol les éléments exportés par les grains et les pailles. Il est bien évident que la fumure d'entretien sera plus faible si les résidus de récolte sont restitués au sol par enfouissement ou par brûlis. Cette pratique permet notamment de diminuer la fertilisation potassique. Le niveau de l'économie réalisée apparaît dans le tableau ci-dessus quand on compare les mobilisations de la plante entière (pailles et grains) et celles de la panicule seule.

RESTITUER LES RESIDUS DE RECOLTE EST BENEFIQUE

d) des pertes dues au lessivage de ces éléments par les eaux de drainage et de ruissellement ou par volatilisation dans l'atmosphère. Les engrais azotés classiques sont particulièrement solubles et donc sensibles au lessivage par les eaux de pluie. Il y a donc intérêt à fractionner les apports pour limiter les pertes.

Pour éviter d'entamer le capital de fertilité des sols, il faut que les apports de fumure d'entretien compensent:

- les éléments mobilisés par la plante entière et les pertes s'il n'y a pas restitution des résidus de récolte;

- les éléments mobilisés par les grains seuls plus les pertes si l'on effectue cette restitution.

Le bilan minéral doit être équilibré.

Apports d'engrais = Exportations dues aux pailles + Exportations dues aux grains + Pertes

En définitive, l'on récapitule les différents types d'apports possibles, on peut distinguer:

- l'apport nécessaire à la correction de certaines carences (notamment le phosphore) ou de certaines toxicités (acidité du sol). Cette correction se fera avant semis, les amendements (engrais, phosphates, dolomie) étant enfouis par le labour;

- la fumure d'entretien, a base d'azote. de phosphore et de potassium le plus souvent, qui peut être apportée soit en fumure de fond avant labour, soit en couverture (cas de l'azote);

- l'apport nécessaire à la correction d'autres carences (zinc) qui s'effectue en couverture.

AUGMENTEZ L'EFFICACITE DE VOS ENGRAIS!

- Préparez soigneusement votre sol
- Utilisez des variétés modernes qui réagissent bien aux engrais
- Appliquez la dose adéquate au bon stade
- Choisissez une période sans rosée ni risques de pluie

- Ne laissez pas les mauvaises herbes profiter des engrais à la place du riz: désherbez AVANT d'apporter la fumure plutôt qu'après

Des recommandations globales, par pays, ont été émises par les Instituts de Recherche. Cependant. les doses à apporter varient assez considérablement en fonction des situations locales. Il est donc conseillé de s'adresser aux Sociétés de Développement pour examiner avec elles quelle est la formule la mieux adaptée à chaque cas.

A titre d'exemples, nous donnons ici quelques formules préconisées par l'IRAT pour différents pays d'Afrique (Cf. tableau ci-dessous); il s'agit d'une fumure d'entretien ne tenant pas compte d'éventuelles corrections des carences et des toxicités.

Fumure d'entretien du riz pluvial selon le niveau d'intensification visé


Culture traditionnelle

Culture semi-intensive

Culture intensive

Côte d'Ivoire

" 100 kg de 10.18.18 avant semis

" 200 kg de 10.18.18 avant semis

" 300 kg de 10.18.18 avant semis


" 50 kg d'urée à la montaison

" 100 kg d'urée à la montaison

" 150 kg d'urée à la montaison

Haute-Volta

" 100 kg de 14.23.14 avant semis

" 100 kg de 14.23.14 avant semis



" 50 kg d'urée au tallage

" 50 kg de chlorure de potassium avant semis




" 100 kg d'urée au tallage


Sénégal

" 100 kg de 8.12.27 avant semis

" 150 kg de 8.12.27 avant semis

" 250 kg de 8.12.27 avant semis


" 50 kg d'urée au tallage

" 100 kg d'urée au tallage

" 200 kg d'urée au tallage

Il s'agit de fertilisation de sols cultivés dans un système de cultures assolées en continu, intégrant la restitution des résidus de récolte. Les doses proposées n'incluent pas le chaulage d'entretien que nécessitent les sols tropicaux susceptibles de s'acidifier rapidement sous des niveaux de culture intensive.


Epandeur centrifuge à tube oscillant (Dessin C.E.E.M.A.T. d'après Vicon).

Ces formules sont des optimums à viser. En pratique, le coût de l'unité fertilisante par rapport au prix de vente de la récolte au kg est l'élément déterminant qui conditionne l'application d'engrais en milieu paysan. Malheureusement ce rapport est souvent défavorable en Afrique de l'Ouest (avec des nuances suivant les pays et leur politique en la matière). Il ne peut y avoir pourtant de culture intensive sans restitution des exportations minérales du sol que ce soit par les résidus de récolte. la fumure organique ou la fumure minérale.

4.1 - L'épandage des engrais

Deux méthodes sont possibles:

- l'épandage manuel qui peut se faire à la volée ou le long des lignes selon le type de semis et le stade d'apport;

- l'épandage mécanique (en culture motorisée seulement) avec des épandeurs centrifuges. Le passage de ce type de matériel nécessite un écartement minimum entre les lignes.

4. 2 - La restitution des résidus de récolte

La restitution des résidus de récolte permet de limiter les quantités d'éléments exportés (Cf. premier tableau).

Le mode de récolte a une influence sur les modalités d'enfouissement des résidus de récolte. Dans certains cas, les pailles seront laissées de façon homogène sur le sol; dans d'autres cas, les pailles auront été rassemblées pour le séchage; il y aura lieu de les redistribuer uniformément avant de les enfouir.

Habituellement, l'opération d'enfouissement est réalisée directement par le labour, ce qui n'est possible qu'en culture mécanisée (culture attelée ou motorisée). Il est possible également de recourir soit au brûlis (c'est le procédé le plus classique), soit au pâturage par les animaux en zone de culture attelée, à condition toutefois de restituer le fumier. soit au gyrobroyage ou au déchaumage avec des disques en culture motorisée, avant l'enfouissement proprement dit.

5.1 - L'acidité des sols

Les phénomènes d'acidification des sols sont très répandus. La culture intensive et l'usage répété d'engrais contribuent de surcroît à leur accentuation. Aussi l'emploi de carbonate de chaux ou de dolomie pour corriger le processus doit-il devenir une technique culturale courante. Ces amendements sont déjà pratiqués avec succès par certains paysans africains.

Plusieurs méthodes sont envisageables pour corriger et remonter le pH si celui-ci descend en dessous de 5,8:

- soit apporter 150 à 200 kg de dolomie par an ou 400 à 500 kg tous les trois ans;
- soit si la situation est grave, effectuer un apport très important de l'ordre de 1 à 4 tonnes/ha.

Par la suite, les pertes seront compensées par des apports annuels réguliers. Quelle que soit la dose retenue. l'épandage se fait de préférence avant le labour ou avant toute autre préparation du sol.

Les phénomènes de toxicité minérale, souvent liés à l'acidité, sont difficiles à corriger.

5.2 - Les carences

Les carences sont délicates à identifier car leurs symptômes se ressemblent beaucoup, mais faciles à résorber par un simple apport de l'élément déficitaire, à condition toutefois que le supplément de production obtenu rembourse le coût de la correction.

" La carence en phosphore

Ce type de carence est très général en Afrique de l'Ouest. On peut y remédier à un coût relativement raisonnable en utilisant les gisements naturels de la région.

La dose généralement conseillée pour redresser la carence est de l'ordre de 400 kg/ha de phosphate tricalcique en fumure de fond apportée après défriche et préparation du sol, à moduler bien entendu en fonction de la richesse naturelle du terrain.

Par la suite, le niveau ainsi obtenu sera maintenu par le phosphate inclus dans la fumure d'entretien. Toutefois, il peut être nécessaire. au bout de quelques années de culture intensive, de renouveler l'opération.

" La carence en zinc

Dans certaines conditions de sol calcaire. les plantes peuvent manifester des symptômes de carence en zinc: couleur brune ferrugineuse mouchetée des tissus de chaque côté des nervures des feuilles adultes.

Dans ce cas, une application de 20 kg de sulfate de zinc en couverture résout généralement le problème.

6 - Des techniques permettant de limiter la fumure minérale

Certaines techniques permettent de limiter partiellement la fumure minérale. Etant donné le coût des engrais en Afrique de l'Ouest, elles sont à encourager.

Parmi les plus efficaces, figurent:

- l'introduction systématique de légumineuses dans la rotation (niébé, soja, arachide...) qui peuvent réduire la fertilisation azotée minérale de la culture suivante;

- l'apport aussi fréquent que possible de fumure organique à base de fumier, de compost qui ont le mérite d'améliorer la structure du sol.

Ces deux techniques sont particulièrement recommandées.

On peut mentionner également le travail du sol: correctement effectué, il favorise un bon enracinement des plants et une couverture du sol satisfaisante limitant le ruissellement et l'érosion; il permet aussi une meilleure interception par la culture des éléments nutritifs présents dans le sol.

- Rotation avec légumineuses

Economies d'engrais

- Lutte contre l'érosion


- Apport de fumier


- Restitution des résidus de récolte


- Désherbage soigné et précoce