
| CERES No. 144 - La diversité, clé de l'agriculture durable (1993) |
| Cérèscope |
Au milieu de la route, un homme accroupi se penche sur un nid de poule. Avec une boîte de conserve, il ramasse leau, la verse dans un seau en plastique. Il a plu la nuit précédente: averse providence sur cette terre sèche sans rivière, sans puits, sans source. Plus loin, trois enfants courbés sur les trous dune piste où le goudron ne ressemble plus quà une dentelle déchirée répètent le même geste. Avec lenteur et précaution. Leau est si rare, si précieuse, dans cette région du sud de Madagascar, entre Tuléar et Ranohira.

Comment comprendraient-ils, ces paysans qui survivent de quelques épis de maïs, que ladduction deau dont on leur avait parlé pourrait ne pas être construite? Ces pauvres parmi les pauvres, quentendent-ils à une réduction dun quart du budget du PNUD, décidée en juin dernier? Et pourtant, si cette décision est mise en application, ce sont une trentaine de micro-projets qui seront annulés, représentant plus d1,1 million de dollars dinvestissements. 482 603 personnes vivant dans 9 districts les plus déshérités de Madagascar verront senvoler leurs espoirs de lendemains meilleurs. Si, en dépit des protestations des responsables locaux du PNUD, cette décision est mise en application, une quinzaine décoles ne seront pas réhabilitées, dix centres de santé ne verront pas le jour, vingt-cinq puits ne seront pas construits, pas plus que des systèmes dépuration deau, trois petits barrages seront annulés, et encore cinq centres de vaccination du bétail, et puis six marchés, ut aussi deux réhabilitations forestières... Ce seront près de 300 000 jours de travail et des milliers demplois permanents qui seront perdus. Et les enfantas iront encore boire leau de la route dans les trous quils se gardent bien de combler...
Dominique Hoeltgen