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close this bookBiological farming in Europe - Agriculture biologique en Europe (REUR Technical Series 12) (1990)
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View the documentConclusions and recommendations of the FAO expert consultation
Open this folder and view contentsSession 1 - Importance and development of biological agriculture
Open this folder and view contentsSession 2 - Research in biological farming
Open this folder and view contentsSession 3 - Extension and training of farmers in biological farming
Open this folder and view contentsSession 4 - Marketing and control of products from biological farms
Open this folder and view contentsSession 5 - Development of marketing and production in biological farming
Open this folder and view contentsSession 6 - Biological farming: Country statements
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Allocution d'ouverture

J. -Cl. Piot
Directeur de l'Office fédéral de l'agriculture, Berne

C'est avec grand plaisir que je vous souhaite à tous la bienvenue à Berne, vous qui êtes experts en culture biologique des pays européens membres de la FAO. Je suis flatté que vous ayez choisi comme lieu de rencontre la Suisse, pays qui, parses multiples facettes, est en quelque sorte le reflet de l'Europe tout entière. Je souhaite que vos travaux aboutissent à des résultats positifs.

Nous assistons actuellement, en Europe, à des changements qui bouleversent Tordre établi depuis des décennies. Ces changements se font à une allure stupéfiante.

Qui aurait pu, il y une année seulement, imaginer une situation telle que celle qui se présente actuellement dans les pays de l'Est? Cependant, à l'Ouest aussi, revolution va bon train: la CE-92, la création d'un espace économique européen, l'Uruguay Round du GATT ne sont que les titres des chapitres qui seront écrits au cours des années qui viennent, et qui concernent aussi l'agriculture.

Notre petit pays ne peut rester à l'écart de ces mutations. Au vu de l'interdépendance croissante qui s'établit entre les pays du monde entier, la Suisse doit participer à ce mouvement si elle veut préserver son économie performante et florissante. Presqu'un franc sur deux gagnés en Suisse, provient de notre commerce extérieur.

Les décennies passées ont vu un développement extraordinaire de la science et de la technique dans tous les domaines qui touchent nos besoins vitaux. Dans les pays industrialisés, cela s'est traduit par une augmentation explosive de la production et de la productivité, génératrices de chômage et d'adaptations structurelles de l'économie.

Cette évolution n'a pas épargné l'agriculture. Des techniques de plus en plus perfectionnées, un choix de plus en plus grand de matières auxiliaires offertes par l'industrie chimique, les progrès dans la sélection des plantes et du bétail, l'amélioration des méthodes de culture, tout cela a permis d'accroître les rendements dans une mesure que Ton aurait considérée comme utopique il y a peu d'années encore. Ainsi, le rendement à l'unité de surface des céréales et des pommes de terre a plus que doublé depuis les années 50. La même tendance se retrouve dans la production de lait et de viande. En pratique, cela se traduit par des excédents, avec tous les problèmes qui en découlent, non seulement pour les producteurs, mais pour l'économie dans son ensemble.

Cette intensification de la production agricole a quelque fois affecté la qualité de l'environnement: pollution des eaux par épandages exagérés de lisier et d'engrais, atteinte à l'équilibre biologique des sols par des substances nocives, diminution de la fertilité des terres suite à une rotation des cultures trop unilatérale, utilisation au mauvais moment de machines agricoles toujours plus lourdes, sans parler de l'appauvrissement général de la flore et de la faune.

Il est réjouissant de constater qu'un certain nombre d'agriculteurs, épaulés par des scientifiques, ont reconnu, très tôt déjà, qu'il n'était pas supportable de continuer dans cette voie. Ils ont donc cherché à développer de nouvelles méthodes de production, moins préjudiciables à la qualité de l'environnement, mieux intégrées dans les cycles naturels. Ils défendaient l'idée que l'exploitation agricole, plutôt que d'être considérée comme un centre de production intensive, devait exercer ses activités productrices en meilleure harmonie avec les écosystèmes. Cette nouvelle conception a donné naissance à ce qu'on a appelé l'agriculture biologique. Au début, ces pionniers n'étaient quère pris au sérieux. On s'est même moqué d'eux. Mais la détérioration progressive - ou les risques de détérioration de la qualité de l'environnement, dont la responsabilité incombe en partie à l'agriculture pratiquée sous forme intensive, a provoqué une prise de conscience qui se traduit par un intérêt accru pour les méthodes préconisées par les adeptes de l'agriculture biologique.

En Suisse un pour cent environ des agriculteurs ont opté pour cette méthode de production qui, depuis quelques années, suscite un intérêt croissant tant de la part des consommateurs que des médias.

La Confédération, après quelques hésitations dues à certains aspects philosophiques liés à la culture biologique, soutient depuis plus de 10 ans, les travaux de l'institut Suisse de recherches en agriculture biologique d'Oberwil, dans le canton de Bâle-Campagne. Elle lui verse des contributions financières pour des projets déterminés. Le montant de ces contributions s'est élevé, en 1989, à quelque 300'000 francs, il sera d'un million en 1990. En outre, la Confédération soutient les efforts des cantons pour la vulgarisation dans les exploitations biologiques. Enfin, un certain nombre de projets de recherche sont poursuivis en collaboration avec les Stations fédérales de recherches agronomiques. Entre ces dernières et l'Institut privé d'Oberwil, il s'est progressivement créé une bonne entente. Il sied de relever que nos Stations officielles n'ont pas attendu la création de l'Institut d'Oberwil pour orienter leurs recherches dans cette direction, sur des bases scientifiques claires.

A toutes ces réalisations pratiques, il faut ajouter les différentes lois et ordonnances. Les prescriptions officielles deviennent donc de plus en plus sévères, l'intention étant d'encourager les méthodes d'exploitation agricole respecteuses de l'environnement et de protéger la nature contre les immissions (p. ex. loi sur la protection des eaux, protection de l'environnement, des animaux, etc.)

La politique agricole suisse n'a pas pour objectif la création d'un petit groupe d'élite composé d'exploitants agricoles spécialisés dans la production biologique, alors qu'une majorité d'agriculteurs continuerait à intensifier leur production sans se préoccuper des conséquences. Tout au contraire, nous cherchons à ce que tous les agriculteurs produisent des denrées alimentaires et fourragères de bonne qualité sans nuire à notre environnement. La méthode dite de la production intégrée offre cette possibilité. Il est réjouissant de constater qu'elle rencontre un intérêt croissant de la part des producteurs. Nous sommes convaincus que les efforts de la recherche, appuyés par les écoles professionnelles et la vulgarisation agricoles, porteront bientôt de bons et nombreux fruits. Cette conviction est renforcée par l'intérêt que la nouvelle génération apporte aux méthodes de production "douces". Un nombre réjouissant de jeunes agriculteurs s'intéresse à ces techniques qui permettent de conserver aux terres leur indispensable fertilité.

Nous devons cependant être réalistes, ne pas tomber dans un éco-fanatisme qui pourrait décourager les producteurs, et reconnaître les difficultés inhérentes à une reconversion générale de l'agriculture: Une exploitation agricole - qu'elle soit biologique ou intégrée - pose des exigences considérables à son chef. L'agriculteur doit non seulement disposer de connaissances étendues, connaître les rapports de cause à effet et posséder un bon sens d'observation. Il doit aussi être prêt à prendre des risques. Quand il doit décider, compte tenu des seuils de tolérance, s'il est opportun ou non de procéder à tel ou tel traitement, à telle ou telle intervention, il ne suffit pas de considérer le problème sous le seul aspect scientifique. Il s'agit bien plus de savoir si la rentabilité de la culture sera assurée ou non. Les commerçants ont des exigences parfois draconiennes envers les producteurs quant à la présentation des fruits et des légumes. Il est urgent qu'un changement de mentalité intervienne dans ce domaine - et cela touche aussi les consommateurs - afin que l'utilisation des produits pour la protection des plantes puisse se limiter à ce qui est indispensable.

La politique agricole suisse exposée dans le Sixième rapport sur l'agriculture du Conseil fédéral publié en 1984, énonce déjà les objectifs suivants:

- Approvisionner, à des prix avantageux, la population en produits alimentaires sains et de bonne qualité (objectif économique).

- Assurer le ravitaillement en période d'importations perturbées, ainsi qu'un bon état de préparation de la production (objectif stratégique).

- Protéger et entretenir des sites cultivés, contribution à la protection de l'environnement, des plantes et des animaux (objectif stratégique).

- Maintenir une agriculture paysanne et promouvoir une occupation décentralisée de notre territoire (objectif socio-démographique).

Nous nous efforçons de concrétiser ces objectifs bien qu'ils présentent de aspects contradictoires. L'orientation judicieuse des productions pour éviter les excédents doit être réalisée par les prix des produits, ce qui ne manque pas de créer des problèmes de revenu pour les paysans. Vu les tâches d'intérêt général qui sont confiées à l'agriculture, dont la principale est sans doute la sauvegarde da la qualité de notre environnement, nous étudions présentement la possibilité d'introduire des paiements directs pour soutenir l'agriculture. Il semble opportun de prévoir que de telles indemnités soient liées à un "contrat de comportement", sur base volontaire, afin d'accélérer la mise en pratique des méthodes de production intégrée.

Un groupe de travail de l'Office fédéral de l'agriculture a été chargé de trouver des critères acceptables et d'élaborer de solutions praticables. Le point le plus délicat en est le contrôle. La contribution de la recherche agronomique est de la plus haute importance dans cette nouvelle orientation. La Commission (Conseil) pour la recherche agronomique a pour tâche de déterminer les objectifs à moyen et long terme de cette recherche. Elle la définit comme suit dans son rapport sur l'état actuel et les objectifs de la recherche agronomique en Suisse, publié en 1988:

"Les problèmes posés à la recherche agronomique ne se laissent pas uniquement résoudre du point de vue de l'agriculture et des sciences naturelles. L'ensemble de la population pose des exigences de plus en plus sévères à l'égard de la qualité de denrées alimentaires, comme aussi à l'application de méthodes de production ménageant l'environnement ou encore au maintien d'une surface cultivée diversifiée. L'agriculture et ses institutions de recherches doivent ainsi trouver des formes d'exploitation adaptées aux régions, déterminer Tes limites de charges et s'employer à conserver le monde végétal et animal dans sa richesse. Cela signifie l'abandon de la mentalité de production toujours plus intensive et unilatérale, et une meilleure pondération des relations écologiques. Une foule de questions nouvelles et complexes se posent donc à la recherche agronomique, questions auxquelles aucune réponse simple et précise ne peut être donnée. Ces problèmes postulent que les scientifiques ne continuent pas à poursuivre leurs recherches sur une voie étroite, sans lever les yeux de leur propre domaine de recherches, mais considèrent les problèmes dans leur globalité.

Il faut tenir compte des influences du développement de la science, de l'économie et de la société sur les objectifs de la recherche agronomique publique. Les agriculteurs attendent en premier lieu de la part des sciences agricole des directives d'action pratique, économiquement et écologiquement justifiables. La société, quanta elle, demande à la recherche agronomique des données sur les effets à long terme de ses travaux et de ses recommandations, par exemple leur influence sur l'environnement, les risques qu'ils présentent pour la santé, les économies d'énergie, la garantie de revitaillement en denrées alimentaires en temps de crise, etc.

La pratique agricole est intéressée à l'étude scientifique des stratégies de la politique agraire et de leurs conséquences globales. La recherche agronomique doit donc se mettre au service de l'ensemble de la société et non pas d'un seul groupement professionnel."

Je vous ai parlé de la vue que nous avons en Suisse, mais il est évident que les problèmes que je viens d'évoquer touchent tous les pays du monde. Vos préoccupations et les thèmes qui figurent au programme de votre réunion vont dans se sens. Je vous remercie d'y apporter une contribution constructive et vous souhaite de fructueux débats.