Cover Image
close this bookIngénierie économique appliquée aux industries de la pêche (1999)
close this folderINTRODUCTION
View the documentQu’est-ce que l’ingénierie économique?
View the documentPourquoi appliquer l’ingénierie économique aux industries de transformation des produits de la pêche?
View the documentA quels domaines des pêches l’ingénierie économique peut-elle s’appliquer?
View the documentQuelles sont les limites de l’approche proposée?
View the documentComment utiliser ce manuel?

Quelles sont les limites de l’approche proposée?

L’analyse micro-économique dépend de modèles (et/ou d’idéologies) et est par conséquent limitée par le fait que les modèles ont leurs propres limites, ou par le fait que les conditions d’application du modèle ne concordent pas avec une situation donnée. Les stratégies administratives diffèrent suivant les pays, même entre ceux qui appartiennent au même système politique général, et par conséquent affectent les analyses économiques de diverses façons (par exemple, les techniques d’amortissement autorisées ou les modalités d’imposition). Une discussion approfondie de tous ces sujets dépasse la portée de ce manuel, bien que certains aspects soient abordés.

Etant donné que les produits de la mer sont une ressource naturelle et que la pêche est étroitement liée à l’environnement, le lecteur peut s’attendre à une approche micro-économique “alternative”. Les auteurs sont en accord avec l’opinion de Pearce et Turner (1990) suivant laquelle beaucoup, mais non la totalité, des questions relatives à l’environnement et aux ressources naturelles peuvent être abordées et analysées en utilisant une approche classique, plutôt qu’en développant des approches micro-économiques “alternatives”. Cette approche a l’avantage, au moins au début, d’être mieux comprise par les personnes de l’administration et de l’industrie. Il est probable que dans un futur proche plusieurs considérations sur la qualité de la vie et l’environnement seront intégrées dans les analyses micro-économiques en tant que coûts de non-conformité; c’est-à-dire des coûts provenant de ce qu’une condition particulière sur la matière première, le produit ou le procédé de fabrication ne peut être satisfaite. Un exemple de ce type d’approche éventuelle est donné au chapitre 8.

D’un point de vue strictement économique, il n’existe pas de développement conceptuel ou théorique (par exemple, un “théorème de l’existence”) qui permette d’assurer que “quel que soit le système économique que l’on puisse imaginer, ce système sera écologiquement durable. Le seul moyen de garantir cette durabilité est de s’assurer que les modèles économiques intègrent dans leur conception les conditions de durabilité” (Pearce et Turner, 1990).

Dans le domaine des pêches, il est très facile de s’engager dans une discussion sur “la pratique opposée à la théorie”. Ainsi que l’écrivait Gordon Eddie (1983), en faisant référence aux objectifs controversés des pêches: “De telles situations soulignent l’inconfortable fait que, lorsque la pêche a pour objet le profit plutôt que l’alimentation, les objectifs du pêcheur ne sont pas forcément les mêmes, au moins à court terme, que les objectifs de ceux qui abordent la gestion des pêcheries en termes de biomasse, rendement et capture”.

Sans vouloir écarter l’importance de l’expérience pratique, il est clair que dans la majorité des pêcheries il n’est pas suffisant de maintenir l’activité sur les bases d’une durabilité à court terme. La principale raison en est que les échéances de “moyen” et “long” termes sont plus proches qu’elles ne l’étaient, ainsi qu’il est présenté dans le bref aperçu historique de la section 1.1. Selon Dale et Plunkett (1992), les propositions d’amélioration de la qualité sans claire référence à une efficacité à court terme peuvent être considérées comme de simples actes de foi, et s’opposent à la mentalité habituelle des hommes d’affaires et responsables d’entreprises de l’Occident.

Les auteurs sont conscients que l’approche classique utilisée peut donner l’impression que les changements dans l’industrie de transformation des produits de la pêche se produisent progressivement et sans à-coups. Ce qui veut dire qu’une situation pourrait être inversée par une gestion appropriée si elle s’avère erronée. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, comme on a pu le voir dans le récent effondrement de l’élevage de la crevette en Chine ou la surexploitation des stocks sur les Grands Bancs. Le devenir d’une pêcherie est dépendant d’une ressource biologique et de la demande du consommateur, les changements d’une variable de résultat (par exemple, les débarquements, le profit) peuvent évoluer en fonction d’une variable contrôlable (par exemple, l’effort de pêche), mais seulement jusqu’à un certain point. Une fois ce point atteint, les changements de la variable de résultat sont complètement disproportionnés ou insensibles aux changements de la variable contrôlable. Cette situation, relativement fréquente dans les domaines physiques et biologiques, peut être interprétée par le modèle (ou théorie) de la “catastrophe” (par exemple, Woodcock et Davies, 1982), et semble s’appliquer aux effondrements de stocks aussi bien naturels qu’en aquaculture, mais elle peut également être utilisée, par exemple, pour analyser des changements sur les marchés provoqués par une sécurité ou qualité insuffisante. Les auteurs ont évité, autant que possible, les considérations purement théoriques.

L’espace consacré aux techniques d’optimisation (Chapitre 6) peut sembler relativement limité. L’importance des techniques d’optimisation est grandissante, et va devenir un outil essentiel dans le futur proche pour les industries de transformation des produits de la pêche, mais les auteurs ont considéré que la description détaillée, l’exposé d’exemples et de modèles numériques (l’optimisation dépend de l’élaboration d’une fonction d’objectif), sortent des limites de ce manuel. En Amérique l’optimisation fait généralement l’objet d’un cours séparé dans les universités.

Finalement, il faut admettre que gérer une affaire implique la prise de risques, car des incertitudes ne peuvent être évitées. Le manuel peut contribuer à réduire le nombre de ces “incertitudes”, en particulier celles qui peuvent être abordées de façon rationnelle. Malheureusement, il n’existe pas d’ouvrage donnant la recette pour les éliminer ou pour devenir un entrepreneur accompli.