
| Utilisation des fourrages grossiers en régions chaudes. (Étude FAO Production et santé animales - 135) (1997) |
Cette annexe est destinée au vulgarisateur qui aura à faire sa démonstration chez le paysan à qui il laissera les consignes et le matériel minimum nécessaire pour effectuer ultérieurement son traitement lui même. Le vulgarisateur aura fait effectuer les travaux nécessaires à la préparation de lenceinte. Il devra avoir parfaitement réfléchi à tout ce dont il a besoin comme matériel et avoir fait préparer le fourrage afin de réaliser sa démonstration sans hésitation ni difficultés de dernière minute.
Quil sagisse de traitements en petites quantités à léchelle individuelle ou en grandes quantités à léchelle de la grande exploitation ou de la coopérative, les opérations pratiques du traitement à lurée sont les suivantes:
· la préparation du matériel,
· la préparation et la pesée du fourrage à traiter;
· la préparation de la solution durée;
· lincorporation intime de la solution au fourrage à traiter;
· la couverture de la masse de fourrage traité
Un des facteurs clé de la réussite du traitement à lurée est lincorporation homogène de la solution dans la masse du fourrage à traiter. On utilise pour cela un arrosoir pour les petites quantités à traiter ou des pulvérisateurs pour les grandes quantités. La solution est arrosée lit par lit sur le fourrage. Lorsquil sagit de fourrage en vrac ou en gerbe on le tasse énergiquement au pied pour compacter chaque couche à lintérieur de lenceinte de traitement.
A - Fourrages en vrac traités en petites quantités
Reprenons lexemple du §432 où 200 kg de paille en vrac sont à traiter dans un couloir en brique de banco de 2 m3.
Les paramètres du traitement sont:
5 kg durée et 50 l deau par 100 kg de paille sèche
soit, pour cet exemple,
5 x 200/100 = 10 kg durée
50 x 200/100 = 100
l deau
1 Préparation du matériel
On achètera le minimum possible de matériel en ayant recours à des solutions locales et familières des paysans:
matériel à faire préparer par le paysan:
· pour le transport de leau: des seaux ou des fûts acheminés sur charrettes à proximité du lieu de traitement,· pour préparer la solution: un ou deux fûts ou demi-fûts de récupération et des seaux ou encore des jarres en poterie, et des bâtons, branches ou manches de pelle pour remuer,
· pour mesurer les quantités durée: des récipients comme boites de conserve vides, calebasses,.... qui seront étalonnés par le technicien,
· pour arroser la solution: des arrosoirs (de 10 à 15 1) avec pommes pour une bonne répartition de la solution ou, à défaut, des seaux ou tout autre récipient comme des calebasses, dans ce cas on arrosera à la main,
· pour la couverture et létanchéité: feuilles de bananier, branches de cocotiers, bouses de vaches, argile mélangé à la paille fine, nattes de Seko (Andropogon gayanus), palissades en bambou, films plastique sils existent et sils ne sont pas trop chers ou sacs dengrais de récupération quon aura cousu ensemble pour en faire des bâches, de la paille pour réaliser un toit incliné composé de plusieurs couches de paille si on ne dispose daucun des matériaux énumérés ci-dessus; enfin, quelques pierres, briques, branches darbre ou tout objet pesant pour recouvrir le dessus de lenceinte,
· pour la mesure des quantités de paille: quelques morceaux de corde (2 m de long au moins) ou de ficelle solide
matériel à préparer par le technicien:
· pour les pesées et les mesures: un peson de 30 à 40 kg, une balance de 10 kg de portée par 100 g, un mètre à ruban, et de quoi écrire.
2 Préparation et pesée du fourrage à traiter
La paille à traiter devra être sèche, et non moisie. La laisser en petites gerbes si elle lest déjà; si ce nest pas le cas, bien prendre garde, en la retirant de la meule de stockage, à la maintenir brins alignés et à ne pas la mettre en vrac. Cela facilitera les opérations de pesée et de manutention ultérieures.
Faire quelques gerbes de paille de 10 kg avec le peson (photo 23). Repérer avec le paysan la longueur de corde qui entoure exactement les 10 kg de paille en serrant toujours de la même façon. Faire un noeud sur le brin pour repérer cette longueur. Le paysan pourra alors, ultérieurement et sans peson, préparer la paille par petits tas de 10 kg à laide de cette corde étalonnée.

Dans le cas de démonstration collective on pourra lui demander de regrouper la paille, ainsi pesée, par tas de 50 ou 100 kg (photo 24). Ce travail préalable facilitera énormément la tâche le jour de la démonstration de traitement.

Les bottes de paille de riz, issues du battage manuel sont souvent homogènes (200 à 300 g). Avant chaque traitement, il est toujours utile de prélever au hasard une dizaine de bottes pour estimer leur poids moyen
3 Préparation de la solution
Peser les 10 kg durée avec la balance. Comme le paysan ne dispose pas lui-même de cette balance, étalonner un récipient avec lequel il est familier, un verre de thé par exemple pour les pays sahéliens.
Il faut 15 verres à die pour faire 1 kg durée. Il est possible détalonner des récipients plus grands comme des boîtes de conserve ou de lait concentré,..., ou tout récipient bien identifiable.
Verser les 100 l deau dans un fût de 2001. Là aussi les récipients seront étalonnés ou la hauteur de leau dans le fut repéré par une marque visible. Verser doucement les 10 kg durée dans le fût tout en agitant avec un bâton ou une pelle en évitant que se forment des blocs. Leau doit se refroidir quand lurée se dissout. Il faut environ 10 mn pour dissoudre toute lurée.
4 Aspersion et tassement de la paille
La paille est arrosée couche par couche (photo 25) jusquà remplissage du silo, de la tranchée, du trou ou de la case. Lexpérience montre que, pour assurer un bon tassement et une bonne humidification de la paille, tout en réduisant le nombre daspersions, il convient deffectuer des couches (ou lits) de 20 cm une fois la paille tassée.

Ainsi, un silo de 1 m de haut sera constitué de 100/20 = 5 lits.
Dans notre exemple où 200 kg de paille sont traités, il y aura 5 lits de 200/5 = 40 kg de paille chacun.
· Constituer le premier lit en étalant 40 kg de paille sur tout le fond du silo, gerbes parallèles aux bords. Bien tasser bien la paille en la piétinant fortement (en dansant, cette opération est souvent réalisée par des enfants), surtout sur les bords. Arroser ensuite la paille, tout en continuant à piétiner, avec la quantité de solution nécessaire, soit 20 l pour 40 kg de paille (rapport 50/100), cest à dire 2 arrosoirs de 10 l. Il est très important darroser la paille de façon homogène: ne pas surcharger certains endroits en en oubliant dautres.· Une fois le premier lit terminé, étaler de nouveau 40 kg de paille et ainsi de suite jusquen haut.
Sil reste de la solution à la fin des opérations, ne pas hésiter à larroser sur le sommet du silo.
5 Réalisation de lherméticité et couverture
Pour un bon traitement il faut, ni perdre de solution par infiltration dans le sol ou le long des parois, ni perdre dammoniac par évaporation dans latmosphère.
Si le sol ou les parois de lenceinte ne sont pas jugés suffisamment imperméables, on pourra parfaire lherméticité avec un badigeonnage de boue mélangée à de la paille ou du fumier (certains, plus riches, préfèrent badigeonner de ciment) ou, encore, avec les mêmes matériaux de récupération que ceux utilisés pour la couverture (cf ci-dessous).
Une fois que le silo, ou la case, ou le trou, est rempli, bien tasser la dernière couche: inviter plusieurs personnes à danser sur place. Il faudra alors le recouvrir. Plusieurs possibilités se présentent suivant les matériaux dont on dispose localement.
Cette couverture peut être:
· des bandes de plastique,· des sacs dengrais ou de farine de récupération en plastique cousus ensemble (photo 26) de façon à réaliser des bandes permettant de recouvrir le silo. Un ensemble de 2 x 4 = 8 sacs permet de réaliser une bâche de 2 m x 4 m. On peut en confectionner deux pour couvrir le silo de deux couches avec des rabats permettant de bien envelopper le fourrage; on pourra les réutiliser si ils sont bien nettoyés entre chaque saison de traitement
· des feuilles de bananier ou des nattes de sisal ou de séko (photo 27), mises en place préalablement, il suffira de les rabattre. Il est important que les bords et les angles soient bien couverts.


Il est également possible de couvrir avec de la boue mélangée à du fumier, comme pour le badigeonnage des parois.
Une fois le silo bien rempli et bien tassé il faudra alors placer des objets lourds (briques, pierres, sacs remplis de terre, etc...) pour assurer un bon tassement.
B - Fourrages en gerbes ou en balles traités en quantités importantes à léchelle du groupement ou de la grande exploitation
Dans le cas de pailles pressées en balles parallélépipédiques, on procédera comme pour le traitement à lammoniac en tas.
Larrosage de la solution durée est effectué manuellement à larrosoir, couche par couche, (photo 20) après avoir déterminé le poids moyen des balles et par conséquent celui de la couche totale. Les couches sont croisées pour éviter la perte de solution.
Larrosage peut être mécanisé grâce à lutilisation de rampes munies de buses connectées à un camion citerne équipé dune pompe (photo 21) et dun compteur précis. Cest ce qui avait été développé en Tanzanie avec les tiges de maïs pressées pour les traitements à léchelle de la coopérative. On était même parvenu avec ce type de fourrage à ne plus pratiquer quune seule aspersion sur le sommet de la meule (constituée de 4 couches maximum dans ce cas) préalablement construite à lavance. Les premiers essais avaient été couronnés de succès mais il serait bon de vérifier la répétabilité dune telle opération dont la réussite dépend de la capacité du fourrage à retenir et absorber leau. Nous la déconseillerions avec certains fourrages à tiges rigides et lisses comme Andropogon gayanus.
Lherméticité est réalisée classiquement avec des films de plastique comme pour le traitement en tas à lammoniac. Des solutions susceptibles déconomiser le plastique sont à létude comme nous lavons vu plus haut (couverture de la meule par badigeonnage de boue).
En Asie du Sud-Est (exemple du Cambodge) la paille est récoltée en petites gerbes denviron 250 g. Les meules de gerbes sont montées par couches de 500 bottes (100 à 150 kg) en suivant la méthode traditionnelle de construction des meules (photos 18 et 19). Une couche de 100 kg est généralement réalisée avec 4 rangées de bottes qui se chevauchent en évitant de laisser un vide entre les bottes et en plaçant toujours la partie coupée des tiges vers lextérieur. Cette couche est ensuite arrosée avec 50 litres de solution durée. Cette opération est répétée à chaque couche jusquà la fin de la construction de la meule. Il faudra veiller à ce quune telle meule ne soit pas trop étroite. Deux couches de gerbes, non traitées, sont alors placées au-dessus du stock traité. Un toit, incliné et débordant sur les côtés, est alors confectionné (photo 28) pour recouvrir lensemble.

