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close this bookRéformer les politiques dans le domaine des ressources en eau: Guide des méthodes, processus et pratiques. (Bulletin FAO d'irrigation et de drainage - 52) (1997)
close this folderChapitre 4 méthodes et processus
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Améliorer la gestion des ressources hydriques suppose de reconnaître comment le secteur global de l'eau est lié à l'économie nationale. Il est tout aussi important de comprendre comment les instruments d'une politique économique différente influencent l'utilisation de l'eau dans différents secteurs économiques ainsi qu'aux niveaux local, régional et national et pour les ménages, les exploitations agricoles et les entreprises. Pendant trop longtemps beaucoup de responsables de l'eau n'ont pas su voir le lien entre les politiques macro-économiques et leur impact sur, par exemple, des domaines techniques tels que l'irrigation.

Des politiques macro-économiques et des politiques sectorielles ne visant pas spécifiquement le secteur de l'eau peuvent avoir un impact stratégique sur la répartition des ressources et la demande globale dans l'économie. La stratégie générale de développement d'un pays et les politiques macro-économiques utilisées - politiques financières, monétaires et commerciales comprises - ont un effet direct et indirect sur la demande et l'investissement dans les activités liées à l'eau. L'exemple le plus représentatif est celui des dépenses publiques (politique financière) pour l'irrigation, le contrôle des crues ou les barrages.

Un exemple moins évident est celui de la politique commerciale et des taux de change visant à promouvoir les exportations et à gagner plus de devises étrangères. Par exemple, une dépréciation de la monnaie peut entraîner un accroissement des exportations de cultures à haute valeur et consommatrices d'eau. Si d'autres changements de politique réduisent les taxes à l'exportation, on donne aux paysans des raisons encore plus fortes d'investir dans des cultures d'exportation ainsi que dans l'irrigation requise.

Les stratégies nationales de développement peuvent influer directement sur la répartition et l'usage de l'eau d'autres manières. Dans le cas d'une stratégie d'autosuffisance alimentaire, le gouvernement peut être amené à subventionner des apports en eau intensifs pour inciter les paysans à produire plus de riz. En accordant des incitations financières aux producteurs de riz, le gouvernement influe sur la demande d'eau et sur les investissements privés pour l'irrigation via sa politique des prix.

Mise à part les effets directs de telles politiques des prix sur l'utilisation de l'eau, l'augmentation de la demande en eau d'irrigation a aussi des implications intersectorielles, intra-sectorielles, sur la répartition, et sur l'environnement. Le secteur de l'agriculture se voit attribuer un avantage économique quant à l'accès à l'eau vis-à-vis du secteur industriel (intersectoriel); l'eau utilisée pour le riz bénéficie d'un avantage économique sur l'eau utilisée pour d'autres cultures (intra-sectoriel); les producteurs de riz possédant plus de terres et ayant un meilleur accès à l'eau, sont avantagés par rapport à ceux qui ont moins de terre et d'eau (répartition); une utilisation accrue de pesticides et d'engrais aura un impact sur l'environnement (environnement).

Les politiques sectorielles affectent l'utilisation et la répartition de l'eau dans les secteurs non agricoles de diverses manières. Par exemple dans l'ouest des Etats-Unis, de 70 à 80 % de l'eau de la région provient de la fonte des neiges des forêts de montagne, dont beaucoup sont sous juridiction publique. Les débits sont affectés de façon significative par les politiques d'exploitation de ces forets. Les politiques d'exploitation des parcours, à plus basse altitude, altèrent également l'écosystème et affectent donc le taux d'évapotranspiration, et par conséquent aussi les débits des cours d'eau et le renouvellement des nappes souterraines. Dans ces cas, il est important que les responsables de l'eau des villes en aval sachent identifier et comprendre les décisions et les motivations d'autres secteurs tels que l'élevage et l'exploitation des forêts (voir encadré 1: Mise en valeur des montagnes) et puissent y participer grâce à des mesures ad hoc.

Les programmes de stabilisation et d'ajustement structurel gardant toute leur importance, beaucoup de pays en développement mettent en oeuvre des changements fondamentaux dans leurs politiques macro-économiques et sectorielles. Les programmes d'ajustement types exigent plus de marché, un commerce plus ouvert, l'austérité financière, une disparition progressive des subventions aux producteurs et aux consommateurs (sur les marchés des intrants et des produits) et globalement une situation plus exposée qui entraîne des changements de stratégies de cultures. Les mesures de réductions budgétaires donnent lieu à une concurrence plus intense entre les secteurs, ou en leur sein même, pour le financement de nouveaux aménagements hydrauliques. Dans ces situations, il faut répondre avec beaucoup de prudence aux implications économiques, sociales et environnementales globales des choix faits.

Par exemple lorsque les gouvernements doivent choisir entre financer des projets d'irrigation ou des projets de production hydroélectrique, il y a un coût d'opportunité sociale additionnel pour l'eau d'irrigation des pays qui dépendent de sources d'énergie importées. En même temps, quand le manque d'eau fait que des paysans restent sur des terres non rentables telles que des zones d'alimentation escarpées, le pays est pénalisé deux fois: une fois en terme de réduction de la production, comparé à ce qui serait possible avec l'irrigation; une autre fois en terme d'érosion et d'épuisement des ressources, l'érosion risquant de raccourcir la durée de vie des aménagements hydrauliques existants.

Dans la plupart des pays, la pression se fait plus forte non seulement pour modifier la répartition des investissements mais aussi pour prendre en compte et répondre à des demandes en eau nouvelles. Les implications directes pour les responsables comprennent: moins d'investissements dans de nouveaux aménagements hydrauliques, l'élimination des subventions à l'irrigation, des efforts accrus pour le recouvrement des coûts, et mettre plus l'accent sur la régulation de la demande pour améliorer la rentabilité des ressources existantes.