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close this bookCERES No. 154 - La révolution verte: nouvelle formule (1995)
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Lune de miel sur les toits de Paris

Une ruche de 30 000 abeilles, avec sa reine, ses faux-bourdons, ses ouvrières; jusque-là rien de spécial... Sauf que cet essaim bourdonne sur le toit de l’Opéra-Bastille, en plein coeur de la capitale française!

L’idée d’installer une ruche dans le ciel de Paris est venue à Jean Paucton, un accessoiriste de l’Opéra, à son retour d’un week-end à la campagne. Il avait suivi un cours d’apiculture et souhaitait mettre en pratique ses connaissances toutes fraîches mais ne savait où loger ses abeilles. Il habitait au centre de Paris et ne possédait ni jardinet ni résidence secondaire... Il passait toutefois beaucoup de temps sur son lieu de travail: l’Opéra de Paris.


La vue est belle, le miel excellent

Sans demander l’autorisation de son directeur, J. Paucton installa une première ruchette et un premier essaim d’abeilles sur le toit. Il se demandait avec quelque inquiétude si les ouvrières, ces femelles stériles dont la vie active ne dure que quelques semaines, allaient réussir à repérer pollen et nectar dans une ville au peuplement aussi dense que Paris.

“Quand je suis remonté sur le toit, une semaine après, c’était une véritable miellerie, raconte J. Paucton. La ruchette dégoulinait de miel!” Ses insectes avaient butiné les vignes, les bacs à fleurs et les arbres dans un rayon de trois kilomètres: un rayon qui englobe le cimetière du Père Lachaise, le plus grand espace vert de Paris après le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes.

C’est alors que notre apiculteur installa une vraie ruche sur le toit et que le directeur de l’Opéra s’y intéressa. Sensible au charme de ces insectes qui avaient inspiré le Vol du bourdon de Rimski-Korsakov, il donna rapidement son accord et proposa de vendre le miel à la boutique de l’Opéra de Paris!

Assez curieusement, les abeilles à Paris, et dans toutes les grandes villes, donnent de deux à trois fois plus de miel que leurs cousines de la campagne. En particulier grâce à la température ambiante de trois degrés plus élevée, en moyenne; ces trois petits degrés supplémentaires assurent une floraison précoce et incitent les ouvrières, qui attendent que le mercure dépasse huit degrés, à sortir plus tôt.

“Cela leur permet de travailler plus tôt le matin et de finir plus tard le soir”, explique André Lemaire, le pompier à la retraite qui dirige le rucher du Jardin du Luxembourg, ce parc parisien où l’on dispense des cours d’apiculture depuis 137 ans. “A la campagne, elles restent davantage au chaud, dans la ruche.”

Le miel de macadam est, paraît-il, savoureux. En milieu rural, les abeilles se contentent de récolter le nectar et le pollen d’un champ voisin où dominent, par exemple, châtaigniers ou tilleuls. Cela donne souvent des miels moins parfumés. En milieu urbain, par contre, les butineuses ont une plus grande variété d’arbres et de fleurs à portée de la patte...

Les choses se passent si bien pour les abeilles qui “montent” à Paris, notamment en raison de l’absence de prédateurs, qu’il est à craindre que la campagne ne soit un jour obligée de les importer! “J’ai un peu peur que les villes ne deviennent un jour réserve d’abeilles pour les campagnes”, déclare A. Lemaire.

Les abeilles en arriveraient-elles à déserter nos campagnes? On n’y fait plus les foins comme autrefois: on coupe plutôt l’herbe et toutes les fleurs sauvages dont les insectes se régalent, pour la laisser fermenter avant de la donner au bétail. On abat les feuillus (chênes, hêtres, tilleuls) qu’on remplace par des conifères dont les pucerons ne parviennent pas toujours à extraire le miellat nécessaire aux abeilles. Résultat: certains miels français disparaissent peu à peu, comme le Gâtinais remplacé par du miel canadien.

Le goût du miel parisien? “Merveilleux”, affirme A. Lemaire. La récolte tout entière du Jardin du Luxembourg se vend d’ailleurs en deux jours. Quant au “miel récolté sur les toits de l’Opéra” - comme l’atteste l’étiquette - il est très parfumé, avec des accents de citron-menthe. “Certains le détestent, déclare J. Paucton, et lui trouvent un goût de chewing-gum. Mais en général il est très apprécié; ce n’est pas du tout un miel banal, comme le miel de colza ou de tournesol”.

Les trois ruches de J. Paucton (une sur l’Opéra-Bastille, deux sur l’Opéra Garnier), ont produit 45 kilos de miel durant l’été 94. La récolte est vendue en jolis petits pots chez Fauchon, la plus chic des épiceries fines. Son prix: environ 480 francs le kilo!

Mais selon J Paucton, ses ruches lui sont surtout un prétexte pour échapper au quatrième sous-sol de l’Opéra et prendre l’air. Sans s’éloigner de l’aria...

Michel Arsenault est un journaliste canadien gourmand, installé à Paris.

Thon écolo: Les Mexicains épargnent les dauphins

Les pêcheurs de thon mexicains et les exportateurs, satisfaits d’avoir réduit le taux de mortalité des dauphins lors de la pêche du thon, espèrent la levée de l’embargo américain sur les importations de thon.

Tant le Parti écologiste mexicain que la Commission interaméricaine du thon tropical (CITT) et l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis confirment que les pêcheurs mexicains sont parvenus à réduire le massacre des dauphins lors de la pêche. Le développement de l’industrie du thon ces dix dernières années avait en effet déclenché un véritable massacre, contre lequel les défenseurs de l’environnement se sont élevés. Reste à savoir si, en cas de levée de l’embargo, l’industrie des pêches continuera à appliquer les techniques onéreuses employées aujourd’hui pour réduire l’ampleur du carnage des dauphins.

Mourir ensemble

Les chercheurs doivent encore lever le voile sur le mystère qui plane sur le dauphin à long bec (Stenella longirostris): celui-ci se déplace avec les bancs de thon, dans les mêmes mers, suivant les mêmes parcours, pour finir dans les mêmes filets de pêche que le thon, surtout dans le Pacifique oriental. Les technologies halieutiques mises au point au cours des dernières décennies ont permis la capture d’énormes quantités, non seulement de thon, mais aussi de son compagnon d’infortune. Un nouveau type de filet de pêche, la senne coulissante, a propulsé les captures mondiales de thon au chiffre annuel d’environ trois millions de tonnes, ce qui a provoqué simultanément la forte augmentation du taux de mortalité des dauphins.

Non que le gouvernement mexicain soit resté passif face à l’intensification du massacre des dauphins allant de pair avec l’essor de l’industrie du thon: il y a quinze ans, il réussit à convaincre la CITT de la nécessité d’étudier l’association thon-dauphin, dans la perspective de réduire le massacre de ces mammifères.

En 1990, le gouvernement interdisait la pêche nocturne et l’emploi d’explosifs dans l’industrie, rendant obligatoire l’utilisation d’un dispositif appelé Toile de Medina, qui évite aux dauphins d’être pris dans les filets. Il a également imposé aux bateaux d’effectuer un virage en marche arrière après le lancer des filets, pour que les dauphins capturés accidentellement puissent s’échapper.

Certes, la cupidité a souvent été plus forte que la loi, d’autant que les zones de pêche mexicaines sont très étendues; le gouvernement a du mal à faire respecter la loi sur deux océans. Le taux de mortalité accidentelle des dauphins a dépassé pendant longtemps le maximum de 15 pour 1 000 autorisé dans le pays. Ce non-respect des règlements des pêches et le maintien d’un taux de mortalité des dauphins trop élevé ont finalement abouti, en septembre 1991, à l’embargo américain sur le thon mexicain et ses dérivés. D’autres pays s’associèrent à l’embargo et le commerce mexicain du thon coula à pic.


Consommation annuelle de thon per capita (en kilogrammes)

Il Tonno contenuto m questa confezione ZAROTTI, è pescato alla canna anziché nella classica “Mattanza”. Questo metodo di pesca ha due grandi vantaggi:


· evita colpi ed ammaccature ai tonni, preservandone la qualità delle carni.
· tutela l’ambiente marino e non nuoce ai delfini.

Dai pescherecci, una volta individuato grazie all’aiuto dei gabbiani UH branco di tonni, i pescatori catturano il pesce con le lenze, azionate con movimenti precisi ed antichissimi.

Tutte le sere i pescherecci rientrano in porto per scaricare il tonno pescato nella giornata, che viene immediatamente lavorato a mano, senza essere congelato.

Così nasce il tonno ZAROTTI un prodotto di qualità eccezionale.

Avant l’embargo, 80 % de la production mexicaine de thon était destinée à l’exportation, surtout vers les Etats-Unis et vers plusieurs pays européens, dont l’Italie qui a consommé plus d’un tiers des 140 000 tonnes de thon pêchées en 1987 au Mexique. Mais l’embargo américain a également causé la ruine des marchés outremer du Mexique.

Le bien-fondé de l’embargo a fait l’objet d’intenses litiges juridiques et de débats politiques, au point que l’industrie mexicaine du thon est allée jusqu’à insinuer que ses concurrents américains avaient tramé en faveur de cette mesure. Toujours est-il que le Mexique perdit alors sa part du marché et se retrouva confronté au problème de la modification radicale non seulement de ses méthodes de pêche, mais aussi de la commercialisation du thon.

La défense des dauphins

Devant l’urgence des mesures à prendre, le gouvernement mexicain a promulgué en septembre 1991 le Code Ensenada. Cette loi fixe des quotas à la mort accidentelle de dauphins durant la pêche au thon, punissant de prison ceux qui capturent ces mammifères (volontairement ou non) dans une mesure dépassant ces quotas. De plus, le gouvernement a financé des recherches pour élaborer des solutions de rechange à la senne coulissante et a imposé la présence d’observateurs indépendants sur les thonniers pour contrôler la capture des dauphins (les observateurs sont rigoureusement sélectionnés pour garantir leur indépendance envers l’industrie, chargée de leur rétribution).

Précision d’une étiquette italienne: on a péché ce thon à la canne à pêche; aucun danger pour les dauphins

Ces mesures furent couronnées de succès: le taux de mortalité accidentelle des dauphins tomba à 0, 3 pour mille. Tous les bateaux de pêche mexicains prennent désormais la mer avec, à leur bord, un observateur international et national. Le thon en conserve n’a pratiquement plus rien à voir avec les dauphins, comme il est indiqué sur les boîtes.

Il s’agit d’une bonne nouvelle, à la fois pour les dauphins et pour les pêcheurs. Les industriels mexicains du thon estiment que l’embargo n’est plus justifié et qu’il devrait être levé en 1995. Celui-ci sera en effet d’autant plus difficile à maintenir après la signature de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), qui réduit ou élimine les barrières douanières entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada.

A présent que le Mexique a fortement réduit les captures de dauphins, les mesures de protection s’intensifient dans le pays afin d’obtenir une pêche du thon sans un seul dauphin. Le gouvernement a mis en oeuvre un programme qui associe tous les acteurs de l’industrie des pêches dans la recherche de nouveaux équipements et techniques halieutiques. L’objectif est d’élaborer des méthodes de pêche compatibles avec la protection de la diversité biologique, tout en permettant et en maintenant un rendement durable maximum.

La nouvelle loi sur les pêches, publiée en 1992, donne la priorité à la conservation des ressources et fixe des règles de conduite pour une pêche responsable qui protège à la fois les espèces commerciales et celles menacées par les captures accidentelles. Cela permet de nourrir quelque espoir pour l’avenir des dauphins et des tortues de mer (piégées accidentellement lors de la pêche à la crevette).

Toutefois, tout le monde n’est pas optimiste quant à la poursuite des mesures de protection des dauphins promises par l’industrie mexicaine de la pêche. Ainsi, le Parti écologiste, généralement critique quant à la politique halieutique du pays, a bien dû accepter l’évidence des chiffres sur la réduction des captures de dauphins, mais il a fait savoir qu’il craint une reprise des anciennes habitudes de pêche du thon - et donc des dauphins - dès que l’embargo sera levé.

Les exportations de thon ayant été sévèrement touchées par l’embargo, l’industrie mexicaine a dû chercher de nouveaux débouchés, qu’elle a trouvés à l’intérieur même du pays où la hausse des salaires permet de dépenser davantage pour les protéines. La consommation nationale annuelle de poisson est aujourd’hui de 14, 4 kg par personne, chiffre que les secteurs public et privé cherchent à dépasser en variant les espèces proposées et en améliorant l’image du produit.

Tous les efforts se sont concentrés sur le thon: la consommation nationale est passée de 90.000 tonnes métriques en 1991 à 120.000 en 1993, ce qui a amorti les effets catastrophiques de la chute des exportations. On a assisté à une inversion des chiffres exportations/consommation nationale de thon. Avant l’embargo, 80 % des captures étaient destinées aux marchés étrangers; à présent, 80 % sont consommées dans le pays, les captures de thon n’ayant baissé que de 7 % par rapport à l’année précédant l’embargo.

Ana Teresa Cattaneo est une journaliste mexicaine en poste à Rome.