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La FAO en action

Rome

Juillet-août 95

No 82

UNE PREMIÈRE: LES ONG CONSEILLENT LA FAO EN MATIÈRE DE SYLVICULTURE

II s’agit pour la FAO d’une “occasion sans précédent d’établir des contacts entre tous les groupes d’intérêt qui s’efforcent d’influencer les orientations futures de la foresterie”, a déclaré le Directeur Général de la FAO, M. Jacques Diouf, lors de la 12ème session du Comité des forêts de la FAO (COFO), réunie à Rome, en mars dernier. Désireuse d’élargir le débat, la FAO a donc invité diverses ONG à participer à une réunion précédant la session du COFO, conjointement avec des représentants des industries. Les résultats des débats ont par la suite été soumis à l’examen des membres permanents du COFO et de la réunion des ministres qui a suivi.
La FAO est chargée de faciliter le suivi de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED), communément nommée Sommet de Rio. Le Directeur Général a indiqué:
“Au cours des prochaines décennies, des pans entiers de forêts, surtout en Afrique et en Amérique latine, seront détruits pour fournir du bois, construire des routes ou libérer des terres pour les cultures et l’élevage. Dans ce processus, une part importante de la diversité biologique et de la capacité des forêts à jouer un rôle écologique et à produire une vaste gamme de produits forestiers sera perdue, et de nombreuses populations autochtones devront peut-être quitter leur cadre de vie traditionnel. Par ailleurs, la croissance rapide de la population et l’aggravation de la pauvreté sont des forces dont il faut tenir compte et il n’existe pas de solutions immédiates.”

... ET EN MATIÈRE DE PÊCHE

De même, une réunion avec les ONG s’occupant des ressources halieutiques s’est tenue à la FAO avant la 21ème session du Comité des pêches (COFI). Le litige du printemps entre le Canada et l’Espagne sur les ressources halieutiques des eaux internationales a mis en relief l’urgence de mesures internationales en matière de régulation de la pêche.
Selon la publication de la FAO La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, la communauté internationale doit affronter la question de la surexploitation des ressources et de la surcapacité (des flotilles) pour éviter une chute de la consommation mondiale de poisson d’ici 2010. En 1993, la production mondiale de poisson et coquillages (pêches de “capture” et aquaculture) a atteint le chiffre record de 101, 42 millions de tonnes, contre 100, 11 millions en 1992. Un tiers de ces prises est transformé en farine de poisson qui nourrit à son tour les poissons en élevage aquatique et le bétail. Les pertes, ou captures dites “accessoires” rejetées à la mer, sont de 27 millions de tonnes par an. Selon le Département des pêches de la FAO, plus des deux tiers des stocks mondiaux de poisson sont “pleinement exploités, surexploités, épuisés ou en voie de reconstitution”.

ARABIE SAOUDITE: ÉCONOMIES D’EAU, CULTURES D’AGRUMES

Ce n’est pas un mirage: des arbres regorgeant de fruits - oranges, mandarines, pamplemousses, citrons et limettes - couvrent une superficie de 2020 ha dans la région de Najran (sud-ouest de l’Arabie Saoudite); ces plantations emploient en permanence 1500 bédouins. La région a bénéficié d’un projet FAO (UTFN/SAU/006) visant à établir un Centre national pour la recherche et le développement horticole (NCHRD). Initié en 1981, ce projet devrait s’achever mi-96.
Au début des années 80, les cultures - blé, légumes, fourrage, dattes, vignes et quelques agrumes - y étaient surtout irriguées par déversement. Mais sols sableux et pratiques culturales inadéquates engendraient une énorme dispersion d’eau. On préférait les cultures de plein champ, à gains rapides, aux cultures d’agrumes qui nécessitent un investissement à long terme. Divers programmes de vulgarisation et de formation, et l’introduction de la micro-irrigation, ont triomphé du manque d’intérêt et de connaissances. Des semences ont été offertes aux fermiers qui abandonnaient l’irrigation de surface pour l’irrigation localisée. Résultat: plus de 80 % des agrumes de Najran sont irrigués au goutte-à-goutte. La production d’agrumes est aujourd’hui de 14 000 tonnes; prévisions: 75 000 tonnes pour l’an 2000, 123 000 tonnes pour 2005.

La Révolution verte en question

Les remarquables progrès accomplis par la recherche et les transferts technologiques qui ont permis un accroissement exceptionnel des rendements agricoles au cours des années 60 et 70 semblent parvenus à la fin d’un cycle: le témoin de la Révolution verte passe aux mains de la nouvelle génération, confrontée aux graves menaces pesant aujourd’hui sur la sécurité alimentaire mondiale. Mais tout le monde n’est pas d’accord. Certains sont pleins de respect, d’autres voudraient au contraire se débarasser au plus vite de la vieille garde. Ils la remettent en question et s’irritent de la satisfaction nostalgique qui entoure les prouesses techniques de leurs prédécesseurs. Alors que les responsables du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), comme Mike Collinson, comparent l’approche de la Révolution verte à la science elle-même, alors que la Sasakawa Foundation suggère d’en conserver les premières méthodes, d’autres protestent. Vandana Shiva traite ouvertement la Révolution verte d’erreur scientifique, Miguel Altieri se fait l’avocat d’une approche nouvelle, agro-écologique, à la recherche agricole. Des spécialistes de la sylviculture, comme J.B. Ball, S. Braatz et C. Chandrasekharan, de la FAO, insistent sur le rôle crucial des forêts dans les programmes de sécurité alimentaire. En bref, la question est posée. En naîtra-t-il une nouvelle révolution, une contre-révolution ou une combinaison des deux, cela reste à voir. Les lecteurs de Cérès sont invités à se joindre au débat.