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close this bookLe maïs blanc: Céréale alimentaire traditionnelle dans les pays en développement. (1997)
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View the documentRÉFÉRENCES

VIII. ÉLABORATION ET DIFFUSION DES TECHNOLOGIES

Dans le monde en développement, environ 60 pour cent de la superficie totale de maïs est ensemencée de variétés améliorées (hybrides ou variétés à pollinisation libre améliorées) et le reste de variétés locales. Toutefois, si l’on exclut l’Argentine, le Brésil et la Chine, les proportions sont inverses: seulement 40 pour cent de la superficie totale de maïs est ensemencée de matériel génétique amélioré. Etant donné que la plupart des augmentations nécessaires de la production de maïs dans un avenir proche, devrait provenir de la hausse des rendements plutôt que de l’extension des superficies, il est donc primordial de développer l’utilisation d’hybrides et de variétés de maïs améliorés.

D’un point de vue génétique, il n’y a aucun rapport entre la couleur du grain et le potentiel de rendement. Toutefois, avec le temps, les investissements cumulés consacrés à la recherche sur l’amélioration du maïs ont été beaucoup plus importants pour le maïs jaune étant donné que c’est un matériel génétique prédominant adapté à des environnements tempérés dans les pays développés. En 1990, les sommes consacrées à la recherche sur l’amélioration du maïs dans le secteur privé aux Etats-Unis, ont atteint à elles seules 110 millions de dollars EU environ (Byerlee et López-Pereira, 1994). En revanche, les dépenses annuelles engagées pour la recherche globale sur le maïs par le secteur privé dans tous les pays en développement, y compris la recherche sur les variétés et la conduite des cultures, seraient de l’ordre de 80 à 100 millions de dollars EU au début des années 90 alors que l’ensemble de la recherche du secteur public international et du secteur privé multinational dans les pays en développement (dont une grande partie était utilisée pour la sélection de variétés de maïs) aurait atteint 20 millions de dollars EU environ par an . Il semble donc que le coût de la recherche du secteur privé sur les variétés de maïs aux Etats-Unis seulement corresponde plus ou moins à la totalité des dépenses consacrées à la recherche sur le maïs dans tous les pays en développement.

9 Ces estimations grossières sont fondées sur des informations de Pardey, Roseboom et Anderson (1991), et les fichiers de données du CIMMYT.

Cependant, comme on l’a dit précédemment, une grande partie du maïs dans les pays en développement est produite dans des environnements non tempérés et une plus grande proportion de ce maïs est blanc. Il y a au moins deux explications en ce qui concerne la mise au point de variétés nouvelles. Tout d’abord, le transfert presque direct des technologies de sélection des variétés à partir du monde développé, qui depuis longtemps mène des recherches sur le maïs jaune pour les climats tempérés, sera probablement peu profitable aux pays en développement, hormis l’Argentine et la Chine, ou quelques autres pays comme le Chili, la Turquie ou certaines parties du Mexique. Ensuite, l’importance relative du maïs blanc dans le monde en développement, comme le montrent les chiffres de la production et des superficies, signifie que l’amélioration des variétés de maïs dans le monde en développement aura tendance à se concentrer davantage sur le matériel génétique blanc.

En dehors de l’Asie, la majorité des variétés et des hybrides de maïs provenant du secteur privé dans le monde en développement ont été en fait blanches (tableau 8). Toutefois, les chiffres pour l’Amérique latine sont largement influencés par le Mexique et d’autres pays d’Amérique centrale et ils sont un peu faussés pour le maïs blanc, étant donné que l’on n’a pas comptabilisé les hybrides du secteur privé, qui sont la plupart du temps à grain jaune 10. Dans les régions tropicales/de moyenne altitude et les hauts plateaux, où le maïs blanc a été traditionnellement plus important, on a constaté que le secteur public avait mis sur les marchés ces dernières années davantage de maïs jaune que de blanc et il pourrait bien y avoir un revirement en faveur d’une production accrue de variétés jaunes, quel que soit le type de semence 11. Ces tendances montrent que le monde en développement qui a longtemps préféré utiliser le maïs comme aliment du bétail pourrait bien se tourner vers des sélections de maïs jaune (López-Pereira et Morris, 1994).

10 En général, la production de maïs blanc est associée à des petits agriculteurs pratiquant une agriculture de semi-subsistance et le maïs jaune a des installations plus importantes, davantage orientées sur le commerce. Au Mexique, presque tous les hybrides du secteur privé sont blancs, y compris ceux provenant des multinationales.

11 On a parfois été d’avis que les variétés à pollinisation libre convenaient mieux à l’agriculture de subsistance ou de semi-subsistance alors que les hybrides étaient davantage utilisés par les producteurs commerciaux.

Le Centre international d’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) inclut à la fois les variétés blanche et jaune dans ses programmes de sélection destinés aux pays en développement. Le nombre de gènes blancs (matériel de pré-sélection d’une composition génétique plus large) est à peu près égal au nombre de gènes jaunes. Toutefois, davantage de populations ayant une dotation génétique un peu plus restreinte, ou des matériels utilisés pour un développement auto fécondé, sont plus souvent blancs que jaunes. Le programme sur le maïs pour l’Asie du CIMMYT tend à se concentrer davantage sur le développement de populations de maïs jaune. Par ailleurs, le centre de recherche de moyenne altitude au Zimbabwe, qui s’occupe de l’Afrique de l’Est et australe, manipule des matériels presque entièrement blancs, à l’exception d’un petit nombre de lignes auto fécondées provenant des basses terres. Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence étant donné que le nombre de gènes, de populations et de matériels axés sur les hybrides ne reflètent pas l’importance relative accordée à leur amélioration; mais le schéma des couleurs susmentionné est compatible avec les schémas de production dans le monde et dans des régions données.

Les projections relatives à la production présentées ci-après supposent que la part du maïs blanc dans la production totale ne variera pas de façon significative dans les prochaines années. Toutefois, à mesure que les systèmes de développement et de recherche sur le maïs sont de plus en plus privatisés et tournés vers la production commerciale et le bétail, les besoins des consommateurs qui préfèrent le maïs blanc pourraient soulever des problèmes plus complexes, comme le montrent certaines tendances du secteur public dont on a parlé plus haut. Toutefois, d’une manière générale, le développement et la diffusion aux agriculteurs d’hybrides et de variétés de maïs blanc améliorés sont encore compliqués par le fait que des industries de production de semences efficaces s’implantent et fournissent des quantités adéquates de semences de qualité des prix qui encouragent une forte utilisation. Une industrie des semences qui fonctionne bien doit pouvoir également produire une variété suffisante de produits et des semences que les agriculteurs peuvent se procurer à l’endroit et au moment où ils en ont besoin (Morris, 1997). Cependant, dans de nombreux pays en développement, ces conditions ne sont pas satisfaites pour le moment.

Souvent, dans les pays en développement, les augmentations de rendement dûs à un changement de conduite des cultures du maïs, à la fois blanc et jaune, pourraient être supérieurs à ceux provenant des modifications de variétés. Cette affirmation doit être pondérée en raison du caractère particulier, généralement spécifique à l’endroit, de la recherche sur la conduite des cultures et des efforts de vulgarisation nécessaires pour disséminer les informations aux agriculteurs, en particulier aux petits exploitants. Autrement dit, à parité de gains en productivité, les coûts de recherche et de diffusion sont inférieurs pour les améliorations de variétés que pour les conduites des cultures. Néanmoins, dans la plupart des pays, ces deux activités devraient être considérées comme complémentaires et non concurrentielles.

Dans les pays en développement, notamment ceux où la plus grande partie du maïs blanc mondial est produite, la gestion de la fertilité des sols est probablement le problème de conduite des cultures le plus important. Dans cette région, surmonter les carences en azote on en recourant à des moyens inorganiques ou organiques, ou en rationalisant l’utilisation d’azote dans les variétés et les hybrides de maïs, est de loin la préoccupation la plus répandue. Les questions d’absorption de phosphore ou de zinc par les cultures de maïs sont également importantes (G. Edmeades, communication personnelle). Les engrais inorganiques pour le maïs sont beaucoup moins utilisés dans une grande partie du monde en développement que dans les pays développés; et l’utilisation des engrais est particulièrement rare en Afrique subsaharienne.

Le deuxième problème de conduite des cultures qui se pose au niveau de la production de maïs dans les pays en développement concerne le déficit hydrique. A l’inverse de ce qui se passe pour la fertilité des sols, il est 1994. moins facile de traiter ce problème par la gestion des intrants, et en l’occurrence, par le contrôle de l’eau, étant donné que la plupart des cultures de maïs dans ces pays ne sont pas irriguées et qu’il est peu probable que les superficies ensemencées de maïs augmentent sensiblement. De même, l’apport hydrique pendant la saison est soumis à des incertitudes considérables au moment où le cycle végétatif commence.

TABLEAU 8 - Maïs: variétés améliorées et hybrides produites dans les pays en développement selon la couleur du grain, 1966-90

Zone géographique

Mises sur le marché

Couleur



Blanc

Jaune


Nombre


(pourcentage)

Afrique subsaharienne

199

72

28

Asie occidentale et Afrique du Nord

26

65

35

Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est 1

169

21

79

Amérique latine et Caraïbes

318

66

34

TOTAL

712

57

43

1 A l’exception de la Chine tempérée.

Source: M.A. López-Pereira et M.L. Morris, Impacts of International Maize Breeding Research in the Developing World, 1966-1990, Mexico, D.F., CIMMYT.

En général, le troisième grand problème concerne la lutte contre les mauvaises herbes, suivi peut-être par celui du contrôle de la densité des cultures. La possibilité que ces quatre facteurs, fertilité des sols, apport hydrique, lutte contre les mauvaises herbes et densité des cultures puissent être interactifs ne fait que compliquer la recherche de solutions.

Etant donné que la recherche sur la conduite des cultures est plus spécifique de l’endroit où elle est réalisée, il est plus difficile de mesurer l’effort mondial déployé dans ce domaine que les ressources consacrées à la recherche sur le maïs en général ou le développement de matériel génétique en particulier. Néanmoins, des données sur un certain nombre de personnels scientifiques effectuant des recherches pour le secteur privé dans les pays en développement montre que des ressources considérables au niveau mondial sont consacrées à la recherche sur la gestion des cultures de maïs. De plus, l’évolution de la collecte et de la gestion des bases de données, la modélisation ainsi que les systèmes d’information géographique pourraient diminuer les inconvénients dus à la spécificité de l’endroit.