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close this bookUtilisation des fourrages grossiers en régions chaudes. (Étude FAO Production et santé animales - 135) (1997)
close this folderVIII. Considérations socio-économiques sur le développement des techniques de valorisation des fourrages pauvres
View the document8.1. Introduction
Open this folder and view contents8.2. Aspects économiques
View the document8.3. Considérations sur la pratique du développement des techniques de valorisation
Open this folder and view contents8.4. Impact des techniques sur les systèmes agraires
View the document8.5. Conclusion

8.3. Considérations sur la pratique du développement des techniques de valorisation

Importance des essais en vraie grandeur et du choix des éleveurs cibles

Outre leur intérêt pour la collecte de références techniques et économiques, les essais de démonstration et, surtout, les essais conduits de manière encadrée chez l’éleveur ont une valeur de vulgarisation inestimable en tant que témoignage vécu par le paysan. Ils ont surtout l’intérêt de vérifier si la technique proposée est adaptée au système dans lequel on veut la vulgariser.

Il est particulièrement important de prévoir ce type d’essais dans les programmes de développement.

Un aspect également important est le choix des éleveurs et paysans chez lesquels ont lieu les démonstrations. Pour que ces dernières ne restent pas sans lendemain après le départ de l’agent de vulgarisation, il faudra avoir choisi les éleveurs “cibles”, suffisamment motivés et persuasifs vis à vis de leurs voisins. Ils deviendront alors de véritables “courroies de transmission” (formation en cascade) dans le processus de diffusion de la technique.

Stocks d’urée

Des régions peuvent être isolées et éloignées des zones agricoles et ne pas bénéficier du réseau de distribution de l’urée. C’est le cas de certains villages des régions sahéliennes purement pastorales ou des régions montagneuses d’Afrique ou de Madagascar. Elles peuvent cependant être intéressées par le traitement à l’urée ou la fabrication de blocs multinutritionnels. Il est très important que les autorités publiques, nationales ou régionales, prennent les mesures appropriées pour faire bénéficier les groupements de production ou d’éleveurs ou les coopératives locales de l’approvisionnement nécessaire en urée et autres intrants afin de les rendre autonomes.

Crédits à court terme pour l’achat des intrants

Les paysans sont souvent dans l’impossibilité d’acheter le minimum d’urée leur permettant de démarrer les opérations de traitement et de les poursuivre par manque de trésorerie. Pourtant ils savent que les rentrées seront à terme supérieures à ce qu’elles étaient auparavant. Des mesures simples de crédit s’avèrent indispensables pour démarrer et pérenniser des actions pilotes.

Rapidité et perceptibilité de la réponse au traitement et aux compléments en termes de production animale: conséquences sur les chances d’adoption de la technique par le paysan.

Par la rapidité de sa réponse et sa perceptibilité, c’est généralement la production laitière qui constitue le plus gros atout pour faire adopter une nouvelle technique d’alimentation par le paysan. L’exemple des paysans Cambodgiens et Nigériens (chapitre 7) observant une meilleure efficacité au travail depuis que leurs paires de boeufs recevaient de la paille traitée est également un témoignage de l’efficacité de la technique pour les animaux de trait.

En revanche les animaux en croissance répondent eux aussi à ces techniques mais moins vite. Il est donc important, dans ce dernier cas, qu’en plus des mesures d’accompagnement par le crédit (voir ci-dessus) les vulgarisateurs soient eux-mêmes convaincus pour être suffisamment persuasifs auprès du paysan et l’encourager à persévérer lorsqu’il s’est engagé dans une telle opération même s’il n’en voit pas immédiatement les résultats.

Variabilité de la valeur nutritive des pailles

La paille est trop souvent considérée comme un résidu de récolte alors que dans la plupart des systèmes de production, Méditerranée, Sahel, Madagascar, Asie,... c’est une véritable ressource fourragère. Les systèmes occidentaux ont trop “biaisé” la façon de raisonner en termes de production de grains et il est urgent de se soucier plus qu’auparavant des différences de qualité des tiges de céréales en terme de valeur nutritive pour les animaux.

La valeur alimentaire des pailles varie, nous l’avons vu, dans des limites très importantes. Or nous manquons encore des outils nécessaires (estimateurs) pour évaluer rapidement (sur le terrain) et de manière précise (en laboratoire) la valeur alimentaire des pailles. Ce point a déjà été souligné à maintes reprise par les chercheurs et les acteurs du développement. Comme on sait en outre que les pailles répondent d’autant moins bien au traitement que leur valeur alimentaire en l’état est plus élevée, il est important de pouvoir mettre rapidement au point ces critères de prévision.

Un de nos souhaits serait que cet ouvrage contribue, à sa manière, à sensibiliser les lecteurs disposant d’un minimum de pouvoir afin qu’ils aident,

· d’une part les nutritionnistes à s’investir plus dans la recherche de ces estimateurs et,
· d’autre part les agronomes généticiens à utiliser, plus que par le passé, ces outils au profit de programmes visant l’amélioration de la qualité des pailles de céréales trop longtemps reléguée au second plan par rapport à l’amélioration de la productivité en grains de ces dernières.