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Comment chasser les rats du poulailler

Lorsque l’on dessine un poulailler, on crée sans le vouloir un nouveau milieu de vie parfait pour la volaille mais aussi pour les rats. En leur offrant abri, eau et nourriture, les poulaillers sont un véritable paradis des rongeurs. Une fois en place, leur taux de reproduction élevé et l’absence de prédateurs naturels favorisent l’accroissement rapide de la population. En Inde par exemple, on a compté 196 rats pour 102 m2 dans un élevage de volailles et 292 rongeurs pour 335 m2 dans un autre; en Californie, ils étaient 3 000 sur 2 787 m2, et au Koweit on a trouvé 8 738 souris dans une seule ferme.


Figure

Les dégâts sont énormes: les rats attaquent la volaille, rongent les bâtiments et transmettent des maladies aux animaux et aux gens. Il existe heureusement diverses façons de faire face à ce problème.

Tableau 1. Maladies propagées par les rongeurs

Maladie

Agent

Rongeurs impliques

Typhose

Bactérie

Rats

Paratyphoïde aviaire*

Bactérie

Rats, souris

Salmonellose*

Bactérie

Rongeurs divers

Pseudotuberculose

Bactérie

Rongeurs divers

Choléra. aviaire

Bactérie

Rats, souris

Erysipèle

Bactérie

Souris

New Castle*

Virus

Rats

Laryngotranchéite

Virus

Rats

Ornithose*

Virus

Rats, souris

Toxolasmose*

Protozoaire

Rongeurs divers

Coccidiose

Protozoaire

Rats, souris

* Peut être transmis à l’homme par les rongeurs ou les poulets

Face à l’ennemi

Trois espèces de rongeurs commensaux infestent habituellement les poulaillers: le rat des champs (Rattus rattus), que l’on appelle aussi rat des navires, ou rat noir; le rat des villes (R. norvegicus) et la souris domestique (Mus musculus); les espèces sauvages attirées par les poulaillers sont le Bandicoot rat du Bengale (Bandicota bengalensis), le gerbille indien (Tatera indica), le rat des champs à fourrure douce (R. Meltada), indien lui aussi, B. bengalensis en Thaïlande, Apodemus agrarius au Danemark et Meriones sp. au Koweit. Ces dernières populations fluctuent en fonction de la nourriture et des abris, du nombre de prédateurs, des activités agricoles et des facteurs climatiques.

Avec leur manie de creuser, de grignoter, de tout ronger, leurs déjections et leurs allées-venues nocturnes, les rats dérangent la vie de la ferme, font baisser la production de l’élevage et sont nuisibles pour la santé. Ils tuent les poussins, blessent les adultes, abîment les oeufs.

Les rongeurs sont également de redoutables concurrents pour la nourriture, grevant ainsi pour près de 50 à 70 pour cent les frais de gestion de la ferme. Ils préfèrent les meilleurs aliments (les céréales) et ils salissent souvent ce qu’ils ne mangent pas, ce qui oblige à jeter les sacs de nourriture qu’ils ont contaminée. Les volailles sont alors moins bien nourries et leur croissance, ainsi que leur production en oeuf ou en viande, en souffrent.

De plus, les rongeurs causent des dégâts aux bâtiments (portes, fenêtres, isolation et installation électrique). Le rat des villes et d’autres espèces sauvages creusent partout et peuvent miner fondations et sols; quant au rat noir, il attaque non seulement les toits de bois et de chaume mais aussi les isolations de polystyrène ou de plastique.

Les rongeurs transmettent parfois des maladies mortelles aux volailles (tableau 1) et, plus ou moins directement, aux hommes. Ils coûtent chaque année aux éleveurs plusieurs millions de dollars en pertes et en dépenses de vaccination et de chimiothérapie. Quelques épidémies peuvent décimer un élevage, alors que les maladies chroniques en abaissent la production et la qualité. Par ailleurs, plus la densité de rongeurs est élevée, plus les travailleurs de la ferme sont vulnérables; on compte chaque année plusieurs morts par leptospirose. La maladie de New-Castle (Ranikhet) infecte l’homme aussi bien que les animaux. Des infections bactériennes, comme la salmonellose, sont transmises à l’homme par l’ingestion d’oeufs ou de viande de volaille.

La lutte contre les ravageurs s’avère plus difficile dans les poulaillers que pour les autres types d’élevage; il n’existe aucune méthode complètement efficace et la plupart sont de courte durée car l’abondance de nourriture et de cachettes aide les populations de rongeurs à se reconstituer rapidement. La meilleure solution est une gestion intégrée des rongeurs.


Petits poulets dévorés par tes rats dans un poulailler

La lutte

Peu de poulaillers sont conçus pour éloigner les rongeurs, en particulier dans les pays en voie de développement; manquant d’argent et de facilités, les fermiers ne font pas les réparations nécessaires, ne peuvent protéger efficacement la nourriture et les oeufs, et laissent à terre le matériel abîmé. Un élevage dont les sols sont sales et le toit percé abrite aussi souvent une forte population de rongeurs.

Tableau 2 Efficacité des rodenticides dans les élevages de poulets

Rodenticide

Concentration

Type d’appât

Efficacité (en %)

Phosphure de zinc

2,0

Nourriture volaille

100


2,0

Millet + 2% sucre + 2% huile

80-100

Warfarine

0,25

Appât liquide

45-50


0,25

Appât prêt à l’emploi

11-32

Brodifacoum

0,005

48% farine de blé + 48% farine de maïs + 2% sucre + 2% huile arachide

56-97


0,005

Appât prêt à l’emploi

34-100


0,005

Crête de coq (Ecinocloa frumentacea)


Bromadiolone

0,0005

Farine de riz + légumineuses + huile + sucre

70


0,005

Comme ci-dessus

84-87


0.005

48% farine de blé + 48% farine de maïs + 2% huile arachide + 2% sucre

89

Bromethalin

0,005

65% farine de blé + 25% avoine + 5% sucre + 5% huile de blé + 2% sucre

31-100

Phosphure zinc (piège)

2.0

Millet + 2% huile + 2% sucre (renouveler sept jours après)

88,07

Phosphure de zinc-phosphure de zinc

2,0

Millet + 2% sucre + 2% huile (renouveler 54 jours après)

93





Brodifacoum-brodifacoum

0,005

48% farine de blé + 48% farine de maïs + 2% sucre + 2% huile arachide (renouveler sept jours après)

89

De bonnes mesures de protection contre les rongeurs devraient inclure la fermeture ou la fixation de toutes les ouvertures mutiles, le rebouchage des fissures dans les murs et les sols avec un mélange de béton et de ciment ou de mortier, l’installation de treillages métalliques et le stockage de la nourriture dans des coffres métalliques ou des sacs de jute placés sur des étagères dans des pièces protégées des rongeurs.

Une bonne hygiène permet de réduire les sources de nourriture, d’eau et de protection pour les rongeurs; ceux-ci se découragent lorsque les éleveurs nettoient les endroits où ils pourraient se cacher et construire leurs nids et lorsqu’on élimine les herbes folles dans la ferme et ses alentours. On pourra alors aisément capturer ou empoisonner les derniers irréductibles.

La capture est le moyen de lutte le plus sain et le plus économique. Les pièges du type Sherman, Wonder ou autres trappettes peuvent réduire une population de 65 pour cent et plus. Le système de piège à répétition de Wonder et les boîtes permettent d’attraper plusieurs rats à la fois, en particulier les rats noirs qui vivent en groupe. Les autres systèmes ont leurs limites: lés pièges mortels comme la glu ou le piège à ressort peuvent tuer les volailles, et on ne peut les placer dans les bâtiments abritant les poussins ou les pondeuses. Les pièges à glu sont en général plus efficaces pour capturer les souris que les rats.

Les résultats dépendent des saisons, du nombre de pièges installés et de l’expérience antérieure des rats qui les rend plus méfiants. Le piège marche mieux si la population est nombreuse que si l’on se trouve devant quelques individus; installer de nombreux pièges sur une courte période est plus efficace que d’en mettre peu pendant longtemps.

Il est risqué d’utiliser des raticides chimiques, car ils sont souvent toxiques pour les volailles. Les poules qui picorent les carcasses des rats s’empoisonnent avec le phosphure de zinc, et les rats peuvent transporter les appâts empoisonnés dans les mangeoires et les poulaillers. De plus, les volailles, comme les rats, mangent des céréales et il n’est pas facile de trouver des aliments qui ne plaisent qu’aux ravageurs. Un entourage de parafine pourrait éloigner les poules, mais attirerait éventuellement certains rongeurs.

La meilleure façon d’empoisonner les rongeurs est de placer les raticides dans des boîtes fermées, ce qui évite d’en mettre partout et de contaminer la nourriture; cela attire davantage les rongeurs que ne le font les appâts, trop en évidence, des pièges à ressort.

Choisir son moment

Les tests sur les raticides effectués à partir de différentes formules d’appâts (tableau 2) montrent que lorsque les rongeurs ont à leur disposition de la nourriture sous forme de grains, poussins ou oeufs, ils dédaignent un peu le poison. La dératisation est plus efficace après la vente des poules, lorsque le poulailler est vide et que les rongeurs sont le plus actifs.

Des produits toxiques comme le phosphure de zinc provoquent une mort plus rapide que les anti-coagulants comme la warfarine, le brodifacoum ou le bromadiolone; ils agissent vite, après une seule ingestion, et le fermier peut facilement prévoir quand ramasser les cadavres. Les anti-coagulants, eux, demandent de 3 à 15 jours pour agir, et la plupart des rats meurent dans des endroits imprévisibles où il est difficile de les retrouver; certains produits n’agissent même qu’après plusieurs ingestions successives. C’est pourquoi, lorsque les rongeurs sont nombreux et que la nourriture abondante leur permet de dédaigner les pièges classiques, il vaut mieux utiliser un poison plus rapide comme le phosphure de zinc.

Les appâts à deux pour cent de phosphure de zinc, en poudre ou en petits grains (comme du millet) ont un taux de réussite de 80 à 100 pour cent et sont relativement inoffensifs pour l’homme. On peut les rendre plus efficaces en répandant des appâts non empoisonnés pendant quelques jours, avant de les bourrer de poison. De plus, pour éviter que les rongeurs refusent les appâts après expérience, il ne faut entreprendre un traitement de ce genre que tous les deux ou trois mois.

La deuxième génération de raticides anti-coagulants comme le brodifacoum ou le bromadiolone, élimine également de 50 à 100 pour cent des rongeurs après une seule ingestion et la vitamine K est un antidote efficace en cas de besoin; mais les bêtes ne commencent à mourir que 3 à 5 jours après le traitement.


Les oeufs, friandises appétissantes pour les rongeurs qui rôdent dans les poulaillers

Quelle que soit la méthode choisie par le fermier (pièges ou appâts chimiques) pour éliminer ses ravageurs, il devra passer à une autre technique pour tuer les survivants, devenus méfiants.

C.S. Malhi et V.R. Parshad sont zoologues auprès de la Punjab Agricultural University, à Ludhiana, en Inde, et travaillent en association avec le Projet de recherche coordonné pour l’ensemble de l’Inde sur la lutte contre les rongeurs.

NDLR: Les feuilles de Gliricidia sepium, une légumineuse à croissance rapide, très commune sous les tropiques, sont également un anti-coagulant très efficace contre les rongeurs et les insectes mais inoffensif pour les hommes et le bétail. Pour plus d’informations, voir Cérès n° 140, pp. 9 et 10.