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close this bookAgricultural Expansion and Pioneer Settlements in the Humid Tropics (UNU, 1988, 305 pages)
close this folder13. Un exemple de colonisation des terres marginales: le cas du nord-est Ivoirien
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View the documentLe paysage naturel: realités et mythes Le paysage naturel: realites et mythes
View the documentLe paysage humain et social
View the documentProblematique économique et la question des terres Problematique economique et la question des terres
View the documentLes initiatives publiques et les nouvelles conditions du développement dans le nord-est
View the documentLe projet de développement intégré du nord-est
View the documentRésumé
View the documentConclusion
View the documentBibliographie sommaire

Résumé

Du fait de son retard prononcé au plan du développement, le Nord-Est ivoirien est toujours considéré comme une région à problèmes. Pour la recherche, elle présente un grand intérêt, pour diverses raisons:

(i) la région est sans doute de celles qui ont le moins bénéficié des investissements publics,
(ii) les rares initiatives en matière d'aménagement cohérent l'espace se sont soldées par des résultats contestables ou des échecs francs,
(iii) la marginalité prononcée du Nord-Est est un frein à son intégration nationale,
(iv) la mobilité chronique de la population lobi, composante majeure du pays, est un problème difficile à résoudre,
(v) après les opérations d'aménagement de Varalé et du Kokodio-Bineda, le projet d'aménagement intégré du Nord-Est s'efforce de créer de nouvelles conditions du développement régional.

Les grands traits des paysages naturels et humains

Au plan naturel, tout s'articule autour de deux problèmes majeurs: l'eau et les sols. Le niveau pluviométrique qui atteint 1100 et 1300 mm n'annule pas l'agriculture mais il est gêné par l'irrégularité des précipitations, le déficit hydrique prononcé (400 à 900 mm) et la longueur de la saison sèche (5 à 9 mois).

Les sols sont de qualité médiocre. Ils présentent en outre des risques importants d'induration. Leur texture particulièrement gravillonnaire est une entrave supplémentaire.

Le paysage humain est une sorte de mosaïque d'ethnies parmi laquelle on trouve une trilogie dynamique formée par les Lobi, les Koulango et les Abron. Les deux premiers groupes appartiennent à la famille ethno-linguistique voltaïques; le troisième groupe est akan. Le sous-peuplement de la région est remarquable: une masse démographique estimée à 5 % de l'effectif national avec une densité moyenne de l'ordre de 4 hab./km2.

Relations interethniques. Il est indispensable de les connaître pour bien poser le diagnostic régional. Les Abron qui, dit-on, ont demandé asile aux Nafana, autre ethnie secondaire du pays, ont fini par s'imposer grâce à leur supériorité militaire. De la même manière, ils ont supplanté les Koulango dont ils ont adopté la langue.

Les Lobi venus par vagues depuis le XVIIIe siècle du Burkina Faso sont entrés dans le domaine ethno-foncier des Koulango qui demeurent propriétaires des terres dans les sous-régions de Bouna et de Nassian.

Les Koulango ont depuis toujours réussi à contenir les vagues migratoires lobi par la mise en place d'un contrôle social et économique basé sur la sorcellerie et les sociétés secrètes. Cette situation explique beaucoup l'immobilisme et le retard de la région. Aujourd'hui, la rupture du barrage koulango par les Lobi présente des perspectives de libération des initiatives mais provoque du coup des tensions et, parfois même, des affrontements dont l'origine est la compétition pour l'occupation des terres cultivables.

Un second barrage, celui des Abron, se situe au Sud de Bondoukou. Il s'oppose à la descente des Lobi vers la forêt. L'intrusion de ces Voltaïque dans le domaine foncier du Sud modifie la conjoncture régionale.

La problématique économique et la question des terres

Une région à dominante agrovivrière, le Nord de la région n'a pas bénéficié des cultures de rente. Il est resté essentiellement vivrier. Dans le Sud, le vieillissement des plantations de café et de cacao affaiblit l'économie régionale.

L'igname en tête des cultures vivrières. Avec 200000 t, soit environ 10 % de la moyenne nationale, cette denrée est dominante. Viennent ensuite less céréales avec le riz au centre et une production de 4000 t de paddy.

Le coton tente de s'implanter dans le Nord mais il faudra attendre plusieurs années pour en mesurer l'impact.

Le café et le cacao couvrent environ 80000 ha au Sud du 8e parallèle mais ils se heurtent à l'épuisement des réserves forestières et au vieillissement des plantations.

Le problème foncier. Il ne s'agit pas d'un problème nouveau mais son transfert au Sud lui confère un accent nouveau.

Les initiatives publiques et les nouvelles conditions du développement

L'intervention de l'Etat s'est illustrée par deux projets d'aménagement qui se sont soldés par un échec. Le troisième est en cours d'exécution.

Le projet pilote de Varalé qui est fondé sur le riz, le coton, le boeuf et le stylosanthès a échoué du fait des conflits opposant les Koulango aux Lobi.

Le projet dit zone Kolodio-Bineda visait la stabilisation des Lobi et de leurs exploitations. Il opérait par un encadrement technique très serré des chefs d'exploitation. Son échec est venu de l'insuffisance du financement et de la mobilité chronique des Lobi.

Le projet Nord-Est qui est en cours d'exécution met en route un important programme visant à encadrer les chefs d'exploitation, à désenclaver la région et à diversifier l'économie.