
| Manuel sur l'Environnement Volume I: Instructions, Planification Multisectorielle, Infrastructure (GTZ/BMZ, 1996, 587 pages) |
| Infrastructure |
![]() | 11. Alimentation en eau des régions rurales |
L'alimentation en eau des régions rurales comprend toutes les activités visant à satisfaire les besoins en eau dans des régions essentiellement rurales.
Ces régions rurales peuvent se caractériser par:
- des structures nomades,
- des structures paysannes,
- des structures de périphérie urbaine2).
2)Les plantations agro-industrielles et grosses propriétés terriennes ne sont pas incluses.
L'alimentation en eau de ces zones inclut la fourniture d'eau potable et non potable à la population rurale ainsi que la couverture des besoins en eau, par exemple pour l'arrosage des jardins. Bien que le problème soit différent sur le plan écologique, ce domaine d'intervention concerne aussi la fourniture d'eau pour l'abreuvement du bétail car, en milieu rural, il est pratiquement impossible d'obtenir une séparation nette entre l'eau potable destinée à l'homme et celle destinée aux animaux.
La fourniture d'eau pour les travaux généraux de l'agriculture ne fait pas partie de ce domaine d'intervention ; en particulier, l'alimentation en eau des zones rurales ne traite pas des installations d'irrigation des champs et des travaux d'hydraulique rurale. Contrairement à la distribution urbaine de l'eau, les systèmes d'alimentation ruraux ne sont généralement pas constitués de conduites d'eau, sauf dans les zones déficitaires qui sont dotées de conduites d'adduction et de lignes de canalisation (courtes la plupart du temps), constituant des réseaux de distribution rudimentaires pour le système public de prises d'eau dans les villages très étendus.
Les besoins en eau doivent impérativement s'adapter aux ressources disponibles et utilisables. Si l'on se limite exclusivement à l'approvisionnement de la population rurale, ils se situent en général entre 15 et 30 l par habitant et par jour, parfois moins, et atteignent rarement des valeurs supérieures à 60 l/h/j (uniquement si les usagers sont raccordés au réseau). Si l'on tient compte de l'abreuvement des animaux, il faut ajouter à ces besoins 15 l/j pour chaque petit animal et 75 l/j pour les têtes de gros bétail.
Suivant le mode de captage de l'eau, l'approvisionnement des zones rurales s'effectue selon plusieurs méthodes:
- approvisionnement à partir des nappes souterraines,- approvisionnement à partir des eaux de surface, avec
utilisation des cours d'eau de surface
utilisation des eaux de précipitations.
Il est très fréquent, qu'en fonction de l'offre saisonnière, les trois ressources soient utilisées en même temps pour couvrir les besoins.
Contrairement à la distribution publique de l'eau dans les villes, basée sur des installations centrales de grande taille et des réservoirs ainsi que des réseaux de distribution, les zones rurales se caractérisent par une distribution "décentralisée", à la réalisation et au fonctionnement de laquelle les bénéficiaires collaborent très souvent, dans le cadre de projets d'autopromotion.
Les groupes relativement limités d'usagers, de la grande famille aux communautés villageoises ou de bergers et pasteurs nomades, s'approvisionnent au moyen d'installations de captage isolées, de petite taille, souvent éparpillées et éloignées les unes des autres, non équipées de réseaux de distribution ; par ailleurs, dans ces zones rurales, l'alimentation en eau est un domaine traditionnellement réservé aux femmes et aux filles.
L'extraction décentralisée des eaux souterraines s'effectue habituellement au moyen de puits foncés et forés ainsi que de captages de sources. Suivant le type d'usagers, les disponibilités en eau et les possibilités techniques la plupart du temps limitées, les capacités d'extraction des installations sont généralement faibles et se situent dans un ordre de grandeur maximum de 1 m3/h pour les puits villageois et de 5 m3/h pour les puits pastoraux.
L'exhaure s'effectue la plupart du temps avec des moyens traditionnels, actionnés à la main ou au moyen d'animaux de trait. On trouve toutefois aussi des moyens mécaniques (pompes à main ou à moteur, diesel la plupart du temps), tiges de puisage, etc. Les puits artésiens, desquels l'eau jaillit uniquement sous l'effet de la pression de la nappe souterraine, sont rares. Parfois, l'eau est pompée dans des réservoirs communautaires, ("community tanks"), d'une capacité de 2 à 6 m3, qui sont dotés de bornes fontaines.
Pour le captage dans des cours d'eau de surface, on se sert de petits barrages (la plupart du temps en terre). La citerne (du seau au réservoir fermé en béton, tôle ou plastique, en passant par le tonneau), placée sur une aire de collecte (toit, pente en dur, etc.) est l'élément typique servant à la récupération des eaux pluviales.
Pour le transport de l'eau du point de captage au lieu de consommation, tâche qui reste la plupart du temps confiée aux femmes et aux filles, les récipients portatifs ou l'âne restent les moyens prédominants. Les conduites d'adduction sont rares et le plus souvent très courtes. Pour surmonter ce problème de transport, les abreuvoirs sont généralement situés à proximité immédiate du point de captage ou de collecte.
Les projets d'alimentation en eau des zones rurales doivent inclure des mesures locales de régulation, en particulier lorsque les ressources sont limitées. Il s'agira par exemple de restrictions des heures quotidiennes de prélèvement et de pompage ainsi que des quantités de captage, et de mesures visant à maîtriser la consommation, comme la tarification de l'eau.