
| Le dialogue etat - secteur informel au Mali (IIEP, 1999, 48 p.) |
| Deuxième partie: Phase de reconnaissance et de dialogue |
A l'occasion des différents débats sur le secteur informel, le problème de la formation, qu'il s'agisse de l'apprentissage des jeunes ou du perfectionnement des travailleurs de la micro-entreprise, s'est toujours posé avec acuité. La formation apparaît en effet comme un besoin prioritaire, une composante obligée de tout effort d'appui au secteur. Etant donné le taux élevé d'analphabétisme chez les actifs du secteur informel, il est difficile d'exiger d'eux des habitudes et comportements propres de travailleurs lettrés.
Les mesures et projets relatifs à la formation font l'objet d'un suivi attentif de la part des organisations de travailleurs du secteur informel. Par ailleurs, un certain nombre de recommandations issues des séminaires évoqués plus haut ont été mises en uvre en matière de formation.
1. La formation initiale et continue
La FNAM dispose d'un programme de formation pour améliorer les capacités techniques et la gestion des associations et entreprises affiliées. Les formations organisées par la FNAM ont généralement trait à l'organisation des associations et coopératives et s'adressent aux patrons. Il s'agit de séances de formation financées sur les ressources de la FNAM et animées par des consultants externes.
L'Association malienne des artisans professionnels (membre de la FNAM) collabore par ailleurs avec son partenaire technique et financier, Swiss Contact (ONG suisse), dans le cadre de la formation technique et le perfectionnement des artisans (patrons et apprentis). Grâce à cette collaboration, des formations techniques sont réalisées en faveur des artisans et de leurs apprentis. Les corps de métiers concernés sont la menuiserie bois et métallique, la mécanique et l'électricité auto. Pour chaque corps de métier il existe un programme de quatre modules. Le contenu des modules est élaboré par des professeurs d'enseignement technique et des artisans confirmés. Les artisans sont répartis par groupe de niveau. La durée d'une session est de 127 heures, soit 5 heures étalées sur un ou deux jours par semaine. Les cours sont répartis entre la pratique et la théorie: comptabilité, gestion, alphabétisation, enseignement général et enseignement technique. La formation pratique a lieu dans les ateliers des artisans ou, au besoin, dans les centres de formation modernes privés ou publics. L'inscription aux cours est ouverte à tous les artisans membres de la FNAM sur simple demande. Quant aux apprentis, ils sont inscrits par leurs patrons. Le coût de la formation se monte à 2 500 FCFA, versés par le patron.
De 1990 à 1994, 314 artisans ont bénéficié de ces cours. L'effectif des auditeurs est en constante croissance. Le taux de réussite est de 86 %. Le perfectionnement des enseignants tient une grande importance: huit des onze formateurs ont bénéficié d'un stage de recyclage en Suisse. Toutefois, certains stagiaires artisans et apprentis, de par leur niveau d'instruction, ne peuvent suivre les cours et abandonnent (14 %). Aussi les patrons sont-ils de plus en plus réticents à financer la formation de leurs apprentis. Ils se plaignent de l'instabilité de ces derniers et n'entendent pas payer la formation de futurs concurrents. Actuellement, on s'oriente vers l'élaboration d'un contrat obligeant l'apprenti à consacrer quelques années au service de son patron avant de le quitter, s'il le désire. Ces formations en alternance concernent aujourd'hui les zones de Bamako, Ségou, Sikasso et Kayes.
La Boutique de gestion d'échanges et de conseils (BGECO), projet de coopération suisse créé en 1993, contribue à promouvoir la formation continue des artisans. Capitalisant sur les acquis du projet du BIT, la Boutique offre des formations à la carte à destination des artisans organisés. Elle emploie des consultants professeurs d'enseignement technique et artisans confirmés. Afin de mieux impliquer les bénéficiaires de la formation, la Boutique a retenu le principe de la participation financière des artisans stagiaires. Celle-ci s'élève à 20 % du coût de la session. Des tarifs sont parfois modulés en fonction des moyens des artisans. Ici, les apprentis bénéficient de tarifs préférentiels tout en évitant l'inconvénient de la gratuité. Les formations se déroulent dans les ateliers, garages des artisans, ce qui permet de réduire les coûts.
En outre, la Boutique est aussi l'instrument économique des artisans. Elle participe au montage de dossiers de projets pour les micro-entreprises du secteur informel, à la mise en relation des producteurs avec les clients et partenaires financiers et à l'organisation d'activités promotionnelles.
Ces différents projets de formation, coordonnés par la FNAM, ont eu des impacts certains sur la vie des micro-entreprises qui, de plus en plus, tiennent une comptabilité, même rudimentaire. A partir de ces expériences, le système d'apprentissage a suscité l'intérêt du gouvernement et de ses partenaires extérieurs.
2. La revalorisation de l'apprentissage
L'apprentissage se fait traditionnellement sur le tas. Les apprentis sont généralement des enfants d'artisans ou de parents aux revenus modestes ne pouvant leur assurer une scolarité normale, ou bien encore des enfants déscolarisés. Longtemps l'apprentissage dans le secteur non structuré fut considéré comme une formation au rabais. Les faibles compétences pédagogiques des artisans affectent en effet la qualité de l'apprentissage.
A partir de 1989, l'Association malienne des artisans professionnels, en collaboration avec Swiss Contact, a proposé des formations en alternance en faveur des patrons et apprentis. Cette expérience a permis d'élever considérablement le niveau technique des artisans; elle a également contribué à la réalisation d'un pont entre l'informel et le formel.
Les réflexions sur l'inadéquation formation-emploi et sur le chômage des jeunes tendent à désigner le secteur non structuré comme un élément de réponse à la sous-scolarisation, à la déperdition scolaire et au chômage des jeunes diplômés. Le gouvernement fonde ainsi beaucoup d'espoir sur l'amélioration de la formation en apprentissage. En 1995, dans le cadre de son projet de consolidation de la formation professionnelle, la Banque Mondiale a réalisé une série d'études sur le système d'apprentissage, les créneaux porteurs d'emploi et la mise en place d'un Fonds d'appui à la formation professionnelle (FAFPA). Ces études devraient, sur la base du système d'apprentissage en vigueur dans le secteur de l'artisanat, proposer un système plus performant mais respectueux de la pratique traditionnelle.
Par ailleurs, les artisans de la FNAM ont eu l'initiative d'une proposition de loi portant sur la révision du Code du travail au Mali, précisément en matière de formation professionnelle. Ce projet est l'uvre de la Commission Formation de la FNAM. Elle a également formulé d'autres propositions relatives à la participation des organisations d'artisans (FNAM et Chambres des métiers) et à la politique du gouvernement en matière d'apprentissage. Les contributions de la FNAM concernent aussi la formation professionnelle des jeunes, l'organisation des examens et concours de l'enseignement technique par apprentissage, et les relations de travail. Par ailleurs, le dispositif institutionnel du Fonds d'appui à la formation professionnelle et à l'apprentissage (FAFPA) est déjà en place.
3. Le Fonds d'appui à la formation professionnelle et à l'apprentissage (FAFPA)
Ce Fonds fait suite aux études sur le système d'apprentissage et les créneaux porteurs d'emploi. Financé par le Gouvernement malien, la Banque Mondiale et la Coopération française, le FAFPA a pour mission d'apporter un appui au financement de la formation professionnelle, du perfectionnement et de l'apprentissage. Il profite aux apprentis pour leur formation initiale, aux patrons artisans pour leur formation continue et leur équipement.
Le FAFPA est d'abord prévu pour une durée de cinq ans et s'intègre dans un dispositif à trois composantes: la formation professionnelle initiale; le Fonds d'appui à la formation professionnelle et à l'apprentissage, et l'Observatoire de l'emploi et de la formation. Il a pour objectifs de:
· financer des actions dans le domaine de la formation professionnelle, du perfectionnement et de l'apprentissage;· entreprendre toute étude visant à mieux définir les contours d'une politique cohérente en matière d'apprentissage et de formation professionnelle, dans le cadre de la mise en uvre de programmes d'investissement;
· appuyer les entreprises du secteur moderne et les opérateurs économiques du secteur non structuré en vue de l'élaboration de leurs plans et programmes de formation.
Le Fonds, placé sous la tutelle du Ministère de l'Industrie, de l'Artisanat et du Tourisme, est géré par un Comité de gestion comprenant des représentants des pouvoirs publics (4 membres) et des représentants du secteur privé (12 membres dont 6 du secteur informel: 2 du secteur de l'artisanat; 2 du commerce et des services; 2 des structures d'appui aux PME/PMI et à l'artisanat). L'instance d'exécution est la Direction générale du FAFPA chargée de la mise en uvre de la politique de formation telle qu'elle est définie par le Comité de gestion.
Ainsi, le FAFPA constitue une structure de partenariat entre l'Etat et le secteur informel. Toutefois, cela ne doit pas masquer certaines contraintes relatives à l'accès des entreprises du secteur informel aux ressources du FAFPA, dans la mesure où elles échappent au prélèvement de la taxe pour la formation professionnelle.
A terme, en offrant une gamme de services au secteur informel, le Fonds espère amener celui-ci à tenir une comptabilité, ce qui deviendra le critère essentiel de contribution et d'éligibilité. Il semble donc que la stratégie consiste à subventionner fortement le perfectionnement et l'équipement des travailleurs du secteur informel pour que ces derniers puissent ensuite contribuer aux ressources du Fonds.