Cover Image
close this bookDeuxième Congrès International sur l'Enseignement Technique et Professionnel - Séoul 1999 - 5 - RAPPORT FINAL (UNESCO, 1999, 156 p.)
View the document(introduction...)
View the documentREMERCIEMENTS
View the documentINTRODUCTION
View the documentEXPOSES D'ORIENTATION GENERALE
View the documentRAPPORTS DES COMMISSIONS
View the documentRecommandations au Directeur général de l'UNESCO
Open this folder and view contentsANNEXES

EXPOSES D'ORIENTATION GENERALE

Les nouvelles exigences du XXIe siècle: les enjeux pour l'enseignement technique et professionnel

Munther W. Al-Masri
Président
Centre national pour le développement des ressources humaines
Jordanie

Introduction

Pour traiter de l'enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP), soit plus brièvement l'enseignement professionnel, et aborder sa problématique, il convient de se placer dans le cadre plus global de la notion de mise en valeur des ressources humaines, concept qui englobe l'aspect de l'offre, soit les sources d'énergie humaine, et les liens et canaux existant entre l'offre et la demande d'énergie humaine.

Chacun sait que l'offre comprend des sources telles que les divers niveaux et domaines des systèmes d'éducation et de formation formelles et non formelles, y compris l'enseignement professionnel. Elle comprend aussi les compléments de main-d'oeuvre provenant de sources externes, notamment les travailleurs immigrés. Les liaisons entre l'offre et la demande d'énergie humaine, qu'il convient de considérer comme des éléments essentiels du concept de mise en valeur des ressources humaines, comprennent quant à elles des éléments tels que les systèmes d'information, les outils législatifs, les classifications et les normes professionnelles, les services de l'emploi, les services d'orientation professionnelle et de conseil, la recherche et développement dans les domaines concernés et les structures institutionnelles pertinentes revêtant la forme de conseils, commissions, comités et autres unités administratives.

Etant donné sa nature, son contenu et sa méthodologie, l'enseignement professionnel est, d'une part, solidement enraciné dans les idéaux et les objectifs de l'éducation et, d'autre part, généralement imprégné des critères du marché de l'emploi et des normes en vigueur dans le travail. Pour assurer l'intégration du double aspect humain et professionnel de l'enseignement professionnel, il faut sans cesse se référer à deux grandes dimensions qui doivent guider la conception des dispositifs et des systèmes pertinents; ce sont l'EDUCATION et le TRAVAIL. La dimension éducative prend surtout en compte les besoins de la personne et les aspects humains, tandis que la dimension du travail ou dimension économique a trait plus spécialement aux besoins sociaux et aux exigences du marché du travail. De plus, les approches modernes tiennent pour acquis qu'il n'est pas possible de concevoir des dispositifs et des programmes d'enseignement professionnel de manière à les faire correspondre exactement à un emploi donné. La dynamique du marché du travail et la demande changeante qui s'y exprime tendent de plus en plus à remplacer des compétences physiques par des compétences mentales, d'où la nécessité de libéraliser ces dispositifs et ces programmes et d'en élargir le champ afin de favoriser la faculté d'adaptation, d'ouvrir l'éventail des possibilités d'emploi et d'accroître la mobilité de l'éducation et la mobilité professionnelle. Une des principales difficultés que rencontrent encore les responsables et les planificateurs des systèmes d'enseignement professionnel, tant dans les pays en développement que dans les pays développés, se situe au niveau de la capacité d'opérationnaliser le concept d'intégration des besoins, des intérêts et des objectifs des individus et de la société. Le hiatus ou la séparation entre le système éducatif et le monde du travail, qui se rencontre dans la plupart des pays en développement, est une des grandes faiblesses des systèmes d'enseignement professionnel dans ces pays.

Dans de nombreux pays, qui sont surtout des pays industrialisés, le centre de gravité des systèmes d'enseignement professionnel se situe en général plus près des besoins sociaux et de ceux du marché du travail, au détriment des valeurs éducatives et des besoins de chacun.

Dans beaucoup d'autres pays, surtout des pays en développement, le centre de gravité est plus voisin des critères et des normes de l'éducation et fait moins de cas des besoins du marché du travail et des exigences de l'emploi.

Mon intervention sera consacrée à l'examen de trois grandes questions touchant à l'enseignement professionnel qui revêtent une importance spéciale, en particulier dans les pays en développement. Ce sont la question de l'économie de l'enseignement professionnel, celle du statut social de l'enseignement professionnel et celle de ses dimensions régionale et internationale.

L'économie de l'enseignement professionnel

S'agissant de l'économie des systèmes éducatifs, il y a trois facteurs principaux à étudier. Le premier a trait aux sources de financement et aux méthodes de financement. Le deuxième a trait aux questions de coût, d'efficience et d'efficacité, donc à la rentabilité économique et sociale de l'investissement dans l'enseignement professionnel. Le troisième facteur se rapporte à l'évaluation et à l'appréciation des systèmes et des programmes pertinents.

Les sources et les méthodes de financement des programmes d'enseignement professionnel sont des plus diverses. Deux de ces sources sont, cependant, prépondérantes. La première est le contribuable, qui alimente le budget central et/ou les budgets locaux; la seconde est constituée par les employeurs de l'industrie et du commerce qui sont les principaux utilisateurs des produits des systèmes d'enseignement professionnel. Parmi les autres sources de moindre importance, citons les apprenants eux-mêmes et leurs familles dans le cas des programmes payants, les activités génératrices de revenus, les dons et donations, surtout pour les programmes axés sur des groupes spéciaux, notamment les personnes handicapées et défavorisées. Dans la plupart des pays en développement, les sources publiques de financement de l'enseignement public sont généralement prédominantes. Les finances publiques sont en général le moyen utilisé pour financer les systèmes scolaires et leur défaut le plus fréquent est d'être insuffisantes, surtout dans les pays qui ont des ressources restreintes et où l'enseignement professionnel n'a pas la priorité dans les budgets nationaux. Il convient, dans les pays en développement, d'adopter une approche dynamique pluridirectionnelle de la question du financement afin d'en assurer l'adéquation et la durabilité. Encore faut-il dans ces pays que ce type d'approche parvienne à se faire admettre et soit praticable.

Les questions liées au coût, à l'efficience et à l'efficacité des programmes d'enseignement professionnel, qui constituent le deuxième facteur touchant l'économie de ces programmes, posent des problèmes très difficiles dans la plupart des pays en développement. Les problèmes sont ici, au niveau de la planification ou niveau macro-dimensionnel, le choix du système - axé soit sur l'école soit sur l'entreprise -, la mise en balance de l'approche étroite et l'approche large des domaines de spécialisation et la question de la durée du programme d'enseignement professionnel. Au niveau opérationnel, ou micro-dimensionnel, se posent des questions comme celles des nombres d'apprenants en formation par instructeur, celles des facteurs d'utilisation des moyens de formation, celles du choix du matériel et des technologies, et celles de la dimension et de la nature des activités productrices.

Les systèmes et les techniques d'évaluation, qui représentent le troisième facteur touchant l'économie de l'enseignement professionnel, sont loin d'être en pratique courante dans les pays en développement. Pour être efficaces, les systèmes d'évaluation doivent incorporer trois éléments principaux. Le premier est l'évaluation interne, qui s'attache principalement à évaluer le degré de compatibilité entre les produits du programme d'enseignement professionnel et les objectifs de performance fixés pour ces programmes. Le deuxième élément est l'évaluation économique, qui porte essentiellement sur des indicateurs tels que les critères d'avantages par rapport au coût, l'évolution des revenus de l'apprenant, l'évolution de la productivité sur le lieu de travail, le calcul des coûts comparés de différents systèmes d'enseignement professionnel et l'utilisation optimale des équipements et services de formation. Le troisième élément est l'évaluation externe, qui consiste en général à évaluer le degré de correspondance entre les produits des programmes d'enseignement professionnel, d'une part, et les besoins du marché du travail et les exigences de l'emploi, d'autre part.

Dans les pays en développement, tous les aspects liés à l'économie de l'enseignement professionnel sont des sujets de préoccupation et même de frustration, surtout si l'on considère le coût relativement élevé des programmes d'enseignement professionnel par rapport à d'autres filières de l'enseignement.

Le statut social de l'enseignement professionnel

Dans toute société, le statut social de l'enseignement professionnel est, en grande partie, le reflet du statut des valeurs du travail dans cette société. Les cultures et les philosophies traditionnelles varient à cet égard d'un extrême à l'autre. A l'un des extrêmes, la culture de la Grèce antique voyait dans le travail une occupation triviale, dont on ne pouvait néanmoins se dispenser; à l'autre extrême, la culture marxiste a fait du travail la valeur suprême. Entre ces deux bornes, des cultures différentes apprécient assez diversement les valeurs liées au travail. On peut parvenir à une approche rationnelle et équilibrée en se plaçant, pour apprécier les activités laborieuses, à la fois du point de vue de ce qu'elles rapportent matériellement et économiquement aux individus et à la société et du point de vue de leurs influences sociales et humanisantes. Ainsi convient-il de concevoir les systèmes et les dispositifs d'enseignement professionnel comme des expériences de développement à vivre dans une dimension sociale et un champ culturel qui leur sont propres. L'enseignement professionnel ne doit pas se contenter d'inculquer à l'apprenant les compétences et les connaissances précises qu'exige un emploi. Il doit partir du principe qu'un travailleur s'acquitte plus efficacement des tâches qui lui sont assignées s'il a reçu une formation générale autant que spécifique, prenant en compte la transformation en cours des processus du travail, des technologies qu'il emploie et de son cadre.

Le statut social de l'enseignement professionnel peut, par ailleurs, bénéficier de l'efficacité pratique de services appropriés de conseil et d'orientation professionnelle et de services d'emploi et de placement. Malheureusement, ces deux types de services sont déficients dans la plupart des pays en développement, ce qui rend plus sensible encore la question du statut de l'enseignement professionnel. Lorsque ces services fonctionnent, entièrement ou partiellement, dans des pays en développement ou des pays développés, il n'est pas rare que ceux qui les fournissent tombent dans le piège qui consiste à se laisser guider plus par les besoins du marché du travail et les priorités de l'emploi que par la recherche de la satisfaction des besoins et des souhaits de la personne et de l'accomplissement de ses potentialités. Des services d'orientation professionnelle et de recherche d'emploi bien conçus doivent viser à répondre à la fois aux besoins du marché du travail et à ceux de la personne; ils ne doivent pas se ramener à adapter, quitte à le déformer, ce que désire l'apprenant à ce que réclame le marché du travail.

Dans la pratique, le statut social de l'enseignement professionnel est, en outre, largement influencé par le type de relation et la nature des liaisons existant entre lui et l'enseignement supérieur avec pour finalité la formation de professionnels. Les dispositifs d'enseignement professionnel qui donnent satisfaction comportent en général des liaisons intégrées au niveau de l'enseignement supérieur et à celui de l'emploi professionnel, fonctionnant à travers des systèmes d'éducation formelle et non formelle dans le contexte général du concept d'éducation permanente tout au long de la vie. Dans certains systèmes éducatifs, et plus spécialement ceux des pays en développement, il faudrait, pour appliquer ce concept, restructurer et réformer l'enseignement supérieur de manière à éliminer les goulots d'étranglement et à mettre en place des canaux latéraux et verticaux entre les différents domaines et niveaux de l'offre d'enseignement et de formation, et promouvoir ainsi la mobilité dans le domaine professionnel et celui de l'éducation, donc la mobilité sociale. De manière générale, par conséquent, l'accès à l'enseignement supérieur doit être lié aux niveaux d'aptitude et de performance de l'apprenant, indépendamment du type ou de la filière d'enseignement et de formation préuniversitaires dont il est issu.

Qui plus est, le statut de l'enseignement professionnel peut être rehaussé dans la pratique par la mise en place d'un réseau complet et diversifié d'équipements et de services d'éducation et de formation non formelles des adultes qui soient accessibles aussi bien aux titulaires d'un emploi qu'aux chômeurs, pour leur permettre de se déplacer horizontalement et verticalement sur la grille éducative et professionnelle à n'importe quel moment ou stade de leur carrière. On aboutit ainsi à favoriser l'épanouissement personnel, à faciliter la mobilité professionnelle et sociale et à améliorer la qualité et la productivité des lieux de travail. Dans la plupart des pays en développement, ces équipements et ces services sont handicapés par deux grandes catégories de manques. Tout d'abord, il leur manque le minimum requis pour avoir un impact sur des facteurs comme la quantité, la qualité, la couverture géographique, la souplesse et l'accessibilité. Deuxièmement, ces équipements et ces services sont, semble-t-il, utilisés plus par ceux qui ont déjà un meilleur niveau d'instruction que d'autres et les moyens d'en payer le prix. Dès lors, au lieu de fonctionner comme un moyen de compenser des inégalités antérieures en matière de possibilités d'éducation et de formation et de resserrer les écarts sociaux et économiques entre les divers groupes composant la société, les équipements et services d'éducation des adultes risquent, dans la plupart des pays en développement, d'élargir davantage le fossé éducatif, professionnel et social qui sépare les privilégiés des défavorisés, les nantis des démunis.

Les autres aspects de la question du statut de l'enseignement professionnel sont notamment des facteurs comme la condition des professeurs de l'enseignement professionnel, la parité des garçons et des filles et la professionnalisation de l'enseignement général. Il n'est pas rare de constater, dans nombre de systèmes d'enseignement et de formation, que les professeurs de l'enseignement professionnel ne sont pas les égaux de leurs homologues de l'enseignement général du point de vue du statut social et économique. On constate aussi couramment que les équipements et les services d'enseignement professionnel pertinents sont structurés essentiellement en fonction des besoins des apprenants masculins; il s'ensuit que le sexe féminin reste très en retrait aux niveaux des apprenants, des instructeurs, des planificateurs et des prestataires de services. Enfin, on peut grandement améliorer les données de la question du statut en introduisant un fort élément d'enseignement professionnel, ou plus exactement préprofessionnel, dans le cadre de l'enseignement général sous forme d'activités pratiques diversifiées et d'expériences vécues mettant à contribution divers secteurs socio-économiques.

Les dimensions régionales et internationales de l'enseignement professionnel

L'approche des problèmes liés à la mise en valeur des ressources humaines en général et à l'enseignement professionnel en particulier a cessé de s'inscrire dans un contexte strictement national. Il y a déjà quelque temps que le contexte a pris la dimension régionale et, à présent, il est même en train d'acquérir des dimensions internationales dans la mesure où il faut prendre en compte les caractéristiques émergentes d'économies de plus en plus mondialisées, qui se manifestent notamment dans le monde par la transformation de la structure et du cadre du commerce mondial, par la mobilité de la main-d'oeuvre, par des marchés communs, par des normes applicables aux produits, par des multinationales et par les caractéristiques géographiques de l'industrialisation. Les économies des pays occidentaux développés, par exemple, sont en train de se déplacer du secteur manufacturier vers le secteur des services, avec un transfert concomitant d'une bonne partie des activités manufacturières vers des pays moins développés d'Asie et d'Amérique latine, transfert dont le mobile est la réduction des coûts de production.

Il devient donc de plus en plus indispensable de penser en termes régionaux et même mondiaux lorsqu'on planifie, définit des politiques et conçoit des programmes au niveau national, en ce qui concerne les aspects qualitatifs et quantitatifs de l'enseignement professionnel en tant que composante de la mise en valeur des ressources humaines - surtout lorsqu'il s'agit de questions comme la classification des emplois, les normes de qualification, les niveaux de formation, les systèmes d'information et la définition des besoins en matière de formation.

Nous parlons librement des dimensions régionales et internationales de l'enseignement professionnel au niveau des grands ensembles, mais semblons bien timides lorsqu'il s'agit de traiter certains des problèmes au niveau des réalités locales. Prenons par exemple les deux concepts d'enseignement professionnel et de formation professionnelle.

On rencontre ou utilise couramment ces deux termes, parfois pour exprimer des choses différentes, parfois pour exprimer la même chose. La dichotomie entre enseignement professionnel et formation professionnelle est jugée artificielle dans les dispositifs et les programmes modernes d'instruction professionnelle. Le fait que la dissociation existe encore est sans doute dû à des préjugés et des structures administratives hérités du passé. Si bien qu'aujourd'hui il ne peut être question que d'intégrer complètement, les connotations et les contenus des deux termes.

La dissociation pouvait se justifier, il y a quelques dizaines d'années, lorsque la démarche courante des travailleurs était d'acquérir les qualifications nécessaires à leur emploi en suivant un apprentissage informel traditionnel d'une durée déterminée, qui se faisait principalement par l'expérience directe du travail. Il n'en va plus de même aujourd'hui. Les emplois sont classés en fonction de deux grandes variables: le domaine de spécialisation et le niveau professionnel. L'analyse du contenu de tout programme de préparation professionnelle à un emploi distingue les fonctions, les devoirs et les compétences qui le composent et précise les contenus et connaissances théoriques qu'il nécessite. Ce sont donc les besoins et les exigences de l'emploi qui dictent la structure et le contenu du programme d'instruction professionnelle, qu'on l'appelle enseignement professionnel ou formation professionnelle. Le fait que le programme d'instruction professionnelle soit appliqué dans un établissement d'enseignement ou dans le cadre d'un lieu de travail en entreprise ne doit modifier en rien sa structure fondamentale et son contenu, cela du simple fait que les nécessités et les caractéristiques de l'emploi sont indépendantes du lieu utilisé pour l'application du programme de préparation. On peut mettre fin à la césure entre enseignement professionnel et formation professionnelle et abolir les barrières qui en procèdent à condition que les programmes d'instruction professionnelle soient structurés en fonction des impératifs de l'emploi et des besoins de l'apprenant, indépendamment du lieu de sa mise en oeuvre ou de l'organisme chargé de son financement ou de son administration.

Il faut que les deux organismes internationaux les plus réputés dans le domaine de l'enseignement et de la formation professionnels, l'UNESCO et le BIT, s'attaquent sérieusement à cette question, afin qu'on cesse de parler de choses différentes quand il devrait s'agir de la même chose, et qu'on n'insiste plus pour faire relever l'enseignement professionnel de la compétence de l'UNESCO et la formation professionnelle de celle du BIT. Qu'on cesse de couper les cheveux en quatre sous prétexte de distinguer les rôles.

Il n'est pas superflu d'observer dans ce contexte que, du fait que l'UNESCO et le BIT communiquent avec leurs Etats membres par l'intermédiaire de canaux et d'organismes nationaux qui ne sont pas les mêmes, deux systèmes de préparation de l'énergie humaine au niveau fondamental de la profession se présentent parfois côte à côte, sans coordination ou presque, et quelquefois animés de sentiments de rivalité et de défiance.

En conclusion, on ne peut étudier correctement les dimensions mondiales de l'enseignement professionnel sans analyser leurs échos et leurs prolongements culturels, d'autant que la mondialisation est une tendance qui pénètre tous les aspects de l'existence: l'économique, le social et le culturel. Il y a là, évidemment, une difficulté de plus à résoudre pour les planificateurs des systèmes d'enseignement professionnel, qui suffirait à justifier la largeur de champ de l'approche humaine des programmes d'enseignement professionnel en complément de l'approche professionnelle et spécialisée.

Ce dont nos systèmes éducatifs ont réellement besoin, c'est, de plus en plus, la libéralisation de l'enseignement professionnel et la professionnalisation de l'enseignement général.

Les nouvelles exigences du XXIe siècle: les enjeux pour l'enseignement technique et professionnel

Hermann Schmidt
Ancien président
Institut fédéral pour la formation professionnelle
Allemagne

1. Penser le changement - un défi pour l'enseignement professionnel

Lorsque soufflent les vents du changement, certains construisent des murs, d'autres des moulins à vent (proverbe chinois).

Au cours de sa longue histoire, la Chine a montré au monde que les deux options peuvent constituer un mode de conduite efficace et durable face au changement. Dans la situation présente, cependant, à la veille du XXIe siècle, élever des murs n'est certainement pas le bon moyen de relever les défis qui nous sont lancés dans le domaine de l'éducation. Construisons donc des moulins à vent!

Trois éléments nouveaux intervenus au cours des vingt dernières années ont déterminé l'essentiel du changement. Ce sont:

· la technologie des microprocesseurs et son impact sur l'information, la communication, la production et l'organisation du travail, la biotechnologie et la technologie génétique;

· la fin de la guerre froide et de la division du monde en deux blocs, capitaliste et communiste;

· la montée de la prise de conscience écologique.

La technologie

La technologie de l'information est à la racine d'un processus de mutation qui est en passe de transformer les sociétés industrielles en sociétés du savoir et la gestion de la production en gestion du savoir. Il y aura de moins en moins de travail manuel à mesure que l'ordinateur deviendra le principal outil chargé de répondre aux besoins en information de toutes les professions. Il s'ensuit que les lettres et les chiffres en lesquels doivent se transcrire toutes les procédures prennent de plus en plus d'importance pour toutes les activités humaines, que ce soit au travail ou dans la vie privée.

Un monde moins divisé

La fin de la division du monde a ouvert les frontières à la libre circulation des capitaux, des marchandises et de l'information et aux déplacements sans entrave des gens en général - mais pas toutes les frontières. Se mondialiser, tel est le défi qui se propose à tous les chefs d'entreprise et, bien sûr, à leurs employés. A titre d'exemple, les activités transfrontières dans une Europe unie réclament les mêmes compétences de tous les pays participants, à savoir des compétences linguistiques et une meilleure connaissance des pays partenaires, de leur économie, de leur culture et de leurs systèmes juridiques et sociaux.

L'écologie

La sensibilisation croissante à l'écologie est appelée à devenir un facteur économique très important dans l'avenir prévisible. La connaissance écologique en est une partie importante, mais la pensée écologique est plus importante encore. Elle doit faire partie de tout enseignement, général ou professionnel.

La refonte des programmes, la création de nouveaux programmes ou les réformes de l'enseignement ne peuvent suffire à permettre de maîtriser tous ces changements. Ce qu'il nous faut, ce sont de nouvelles façons de penser. Maîtriser l'évolution de la pensée sur les besoins de notre monde me paraît être la tâche la plus difficile de l'éducation.

Les relations travail-gestion

L'impératif de compétitivité étant devenu plus exigeant, il y a un accroissement correspondant des niveaux de compétence attendus des travailleurs.

Il y a dans cette évolution un point à partir duquel un nouvel équilibre dans l'ordre de la responsabilité et du partenariat entre les responsables de la gestion et les travailleurs se met à pencher davantage vers les travailleurs que ce n'était le cas dans le passé. Ce n'est pas là le résultat d'une lutte pour le pouvoir mais la conséquence de mutations inévitables de l'organisation du travail. Dans plusieurs pays européens, ces changements se traduisent aussi dans les politiques des pouvoirs publics et en dernier ressort dans ce qu'on attend de l'ETP. Des organismes tripartites sont chargés de l'élaboration et de l'application des normes concernant l'ETP dans de nombreux pays du monde. Il s'ensuit que les employeurs et les syndicats sont désormais mieux à même de donner une description assez précise de leurs besoins en ce qui concerne les rôles et les profils de compétences attendus de leurs futurs employés et travailleurs qualifiés. La communication, si souvent inexistante, entre le monde du travail et le monde de l'éducation s'est muée en une nouvelle culture au sein des instituts de recherche ou des bureaux d'emploi où ces organismes tripartites se réunissent régulièrement.

2. L'éducation contre l'incertitude et l'angoisse

Une des conséquences les plus dangereuses des transformations fondamentales actuellement en cours dans le domaine politique et, bien sûr, dans celui de l'éducation est l'incertitude, qui engendre l'angoisse. En Europe de l'Est, où la quasi-totalité des cadres de référence et des structures établies ont volé en éclats, l'incertitude et l'angoisse sont certainement les raisons premières des difficultés des dirigeants. Mais on constate aussi dans les pays occidentaux industrialisés en route vers l'établissement de la société du savoir que certains, qui ont des taux de chômage particulièrement élevés, sont, comme les pays asiatiques, sous la menace d'une crise économique, ou voient, comme en Afrique et en Amérique du Sud, l'incertitude et l'angoisse devenir les compagnons habituels de la majorité des gens.

Une des tâches les plus importantes de l'éducation consiste donc à permettre aux gens de réussir à faire face à l'incertitude grâce:

· à l'information et au savoir concernant ce qui provoque le changement, notamment la connaissance des systèmes (systèmes informatiques, systèmes bancaires, systèmes des marchés libres);

· à des savoir-faire leur permettant de rassembler et sélectionner l'information et le savoir, et de savoir les utiliser dans des processus de planification et de prise de décision;

· à la capacité de résoudre des problèmes, à des capacités d'ordre pratique, à des compétences sociales et à l'aptitude au travail en équipe;

· à des compétences qu'il faut avoir pour diriger une entreprise;

· au développement de la personnalité de l'apprenant, mené à travers un enseignement général, technique et professionnel.

Il y a ce que l'éducation peut faire et ce qu'elle ne peut pas faire. Elle peut créer les conditions préalables du changement, développer les moyens disponibles pour gérer le changement et promouvoir une réflexion positive. Elle ne peut pas procurer des emplois à ceux qui ont été instruits et formés, ni assurer la parité dans l'estime et l'équilibre entre les nantis et les démunis au sein d'un même pays et parmi les acteurs mondiaux.

Pour que l'action de l'éducation réussisse dans ce domaine très important, les éducateurs ont besoin de l'aide de l'ensemble de la société, pas seulement des parents. Les entreprises et les syndicats ont le devoir de coopérer avec le monde de l'éducation, et cela dans leur propre intérêt.

Quel peut être l'apport de l'éducation à la mondialisation? Une réponse simple serait: tolérance et convictions démocratiques. Or, dans notre monde, la guerre apparaît encore comme l'acte ultime de la politique. Une tâche essentielle de l'éducation, et notamment de l'enseignement et de la formation professionnels, doit être assurément de maintenir la liberté de professer des opinions divergentes indépendamment des appartenances politiques, religieuses et philosophiques.

3. L'objectif général - apprendre à apprendre

Dans un monde du travail conditionné par l'information,

· l'ordinateur est l'outil de travail ordinaire des gestionnaires aussi bien que des travailleurs de base;

· toutes les informations sont numérisées et transformées en lettres et en chiffres utilisables par l'ordinateur;

· l'Internet constitue un tissu d'informations qui couvre le monde entier et fait de l'anglais la langue véhiculaire de l'ère du savoir.

En conséquence, les mathématiques, la langue maternelle et l'anglais deviennent plus importants pour l'enseignement technique et la formation professionnelle que bon nombre des compétences techniques auxquelles se rapportait traditionnellement la formation spécialisée. L'instruction et la formation professionnelles initiales poursuivent à leur tour des types d'objectifs éducatifs qui étaient auparavant l'apanage de l'enseignement général. Ces objectifs sont les suivants:

· apprendre à apprendre (sur le tas; intégration de la théorie et de la pratique; apprentissage par l'analyse critique de la pratique; application des méthodes d'apprentissage dans la pratique; développement de capacités sociales qui ne peuvent être enseignées); et

· devenir un contributeur mature et responsable (acquérir des capacités générales comme celles d'agir au sein d'un groupe, de penser en termes de processus, d'assumer des responsabilités pour les autres et pour son propre accomplissement).

Les frontières classiques entre l'enseignement général et l'enseignement professionnel, d'une part, et entre enseignement et formation, d'autre part, sont devenues des obstacles à l'apprentissage en vue de la réalité de la vie.

Il n'y a pas de voie à sens unique pour le transfert d'apprentissage des pays dits industrialisés vers le monde dit en développement. Ceux qui croient connaître déjà ce que seront les problèmes de demain jouent perdants dans la compétition pour l'apprentissage.

4. Les jeunes doivent façonner le changement

Les buts généraux de l'éducation font l'objet d'un large consensus. Il s'agit de préparer les jeunes à la vie en développant leur intellect, leurs aptitudes et leurs talents et de créer des possibilités pour leur permettre de réaliser leurs potentialités. Mais l'éducation doit aussi leur permettre de gagner leur vie et de prendre part au processus démocratique. Tous les systèmes éducatifs doivent être au service de ces finalités.

L'enseignement professionnel, c'est-à-dire l'instruction et la formation de travailleurs et d'employés qualifiés, doit être plus étendu et plus diversifié. Par exemple,

· un mécanicien auto doit être apte à porter un diagnostic et doté de certaines connaissances (culture informatique), être tourné vers la clientèle (contact personnel direct), avoir toutes les compétences que requiert son métier (haute technologie), prendre en compte les effets écologiques de son travail, être capable de calculer le coût d'une réparation et, de manière plus générale, être conscient de la valeur ajoutée par son travail;

· un agriculteur ou un horticulteur doit avoir des connaissances en biologie, en chimie, en matière de gestion, de commercialisation, de génie (mécanique) et être soucieux de la satisfaction de sa clientèle; il doit être capable de trouver et d'exploiter des créneaux sur le marché (par exemple, des produits représentant une valeur ajoutée pour des hôtels du voisinage);

· un travailleur d'une des branches des services en expansion, par exemple dans l'industrie touristique, l'hôtellerie ou les loisirs, peut être un gestionnaire instruit et formé dans le domaine des loisirs, doté d'une vaste culture générale et de compétences en communication;

· un aide-soignant opère dans un des plus grands domaines de prestation de services où des personnes de tous âges peuvent fournir des services à temps complet ou à temps partiel à partir du moment où elles ont accès à un enseignement et une formation appropriés.

La clé de la réussite de l'enseignement professionnel est de créer des possibilités d'apprentissage grâce auxquelles les gens puissent développer leur capacité d'apprentissage autonome et se servir de ce qu'ils ont appris pour faire la différence sur leur lieu de travail.

En Allemagne, le gouvernement, les employeurs et les syndicats se sont mis d'accord en 1987 pour que toutes les normes professionnelles appliquées à l'ETP incorporent les nouveaux objectifs généraux qui ont transformé l'ancien paradigme de l'ETP. Un travailleur ou un employé qualifié doit être capable d'agir de manière indépendante en matière de planification, d'exécution et de contrôle de sa tâche professionnelle.

Toutes les nouvelles activités de formation s'inscrivant dans ce nouveau paradigme ont une caractéristique commune: l'apprenant prend pied au centre du processus d'apprentissage, réunit l'information et, dans toute la mesure du possible, agit de manière indépendante. L'enseignant/formateur modifie aussi son rôle et devient entraîneur, conseiller et tuteur.

5. Les nouvelles normes de l'enseignement professionnel et de la formation professionnelle - un mouvement mondial

Les transformations intervenues dans la technologie, dans le commerce, dans la politique et dans la société imposent un réexamen des buts, des contenus, des qualifications et des méthodes de tous les systèmes éducatifs. Aideront-ils ou gêneront-ils les évolutions futures? Dans le monde entier, les normes de l'ETP sont référencées, nouvellement élaborées ou révisées. La fixation de nouvelles normes d'enseignement n'est pas seulement une réforme de plus; elle prend l'allure d'un mouvement. Ce nouveau mouvement a été bien décrit par nos collègues Marc Tucker et Judy Codding dans leur livre Standards for our Schools (Des normes pour nos écoles) (San Francisco, 1998).

Les pays d'Europe centrale et orientale et ceux qui constituaient l'ancienne Union soviétique, ces pays dits "en transition", sont confrontés à la transformation la plus radicale qu'aient jamais eu à subir des systèmes éducatifs, qui plus est dans un laps de temps aussi court. Avec la mutation générale de l'esprit que représente le passage de la planification centralisée au libre jeu des marchés, ces pays doivent mettre en chantier de nouveaux systèmes d'enseignement professionnel et transformer toutes les normes de l'activité professionnelle et les programmes correspondants. Cette entreprise a besoin de solidarité et de soutien.

La Fondation européenne pour la formation (ETF), dont le siège est à Turin, en Italie, a été créée en 1994 pour aider les pays d'Europe centrale et orientale à restructurer leurs systèmes d'enseignement technique et professionnel (ETP). Le Forum consultatif de l'ETF rassemble les Etats membres de l'Union européenne et les pays de l'ancien bloc de l'Est, ainsi que, depuis 1999, les pays méditerranéens d'Afrique et du Proche-Orient (programme MEDA 1999) et des institutions comme le CEDEFOP, le Centre d'ETP de l'Union européenne, l'UNESCO, le BIT, la Banque mondiale et des associations d'employeurs et de syndicats européens. Le Forum se donne pour tâche de discuter des besoins des Etats en cours de transformation dans le domaine de l'ETP et de conseiller la direction de l'ETF et son conseil d'administration en définissant des mesures de soutien adéquates dans la planification de son programme.

L'ETF a répondu aux besoins divers des Etats partenaires d'Europe centrale et orientale (auxquels s'ajoutent les nouveaux Etats indépendants d'Asie qui faisaient naguère partie de l'URSS et la Mongolie):

· en mettant en place des agences d'information, appelées observatoires, qui fournissent des données sur les conditions préalables de la définition des normes applicables à l'ETP et sur les besoins du marché du travail;

· en créant un réseau expert pour soutenir les Etats partenaires dans l'élaboration et l'application des normes applicables à l'ETP (un groupe de travail du Forum consultatif a été chargé de cette tâche);

· en lançant et encadrant des projets pilotes dans des pays partenaires;

· en fournissant des conseils au cas par cas aux pays partenaires qui s'attaquent pour la première fois à l'élaboration de normes applicables à l'ETP;

· en mettant en place un réseau d'information entre les pays partenaires et les Etats membres de l'Union européenne.

Il faut une telle structure, à la fois réseau et agence intermédiaire dans le domaine de l'ETP, pour promouvoir l'éducation et la formation à l'échelle planétaire. Grâce à l'UNESCO et au gouvernement allemand, une institution de ce type va s'atteler à sa tâche après cinq années d'un fructueux travail préparatoire: l'antenne d'enseignement technique et de formation professionnelle de l'UNESCO à Bonn, en Allemagne.

La recherche sur l'enseignement professionnel représente un impératif commun sous-tendant toutes ces évolutions suscitées par la quête de nouvelles bases pour la formation professionnelle, qu'il s'agisse de systèmes, de normes ou de parité de cote et de resserrement des liens entre l'éducation et les entreprises. L'Union européenne place ce très important facteur au centre de ses programmes de promotion de l'enseignement professionnel afin d'améliorer la base de données alimentant des processus de planification de l'ETP tournés vers l'avenir, de mieux relier l'apprentissage dans les écoles et sur le lieu de travail, d'aider les enseignants à assimiler la masse des connaissances, des compétences et des méthodes pédagogiques nouvelles en se servant du multimédia et de fixer de nouvelles normes en matière d'ETP. La recherche et développement dans le domaine de l'enseignement professionnel pourrait aussi déboucher sur des mesures novatrices permettant de faire un meilleur usage des acquis de l'apprentissage informel des adolescents et des adultes dont le bagage d'éducation formelle est mince.

Un vigoureux mouvement a pris forme à la surface du monde pour construire des moulins à vent mais il faudra déployer bien plus de créativité et d'investissements dans l'éducation que nous ne l'avons fait jusqu'à présent pour faire de la vision de l'éducation et de la formation pour tous une réalité.

Réforme et innovation en matière d'enseignement technique et professionnel en République de Corée

Lee Mu-keun
Président
Institut coréen de recherche sur l'enseignement et la formation professionnels
(KRIVET)
République de Corée

Les résultats impressionnants de l'économie de la République de Corée au cours des trente dernières années sont bien connus. L'enseignement technique et professionnel a joué un rôle clé dans ce processus d'industrialisation rapide. Le gouvernement est parvenu à restructurer le système d'enseignement technique et professionnel pour qu'il puisse répondre à l'évolution de la demande de l'industrie. Cependant, le pays se heurte maintenant à des difficultés nouvelles liées à l'évolution de l'environnement économique mondial. Pour conserver sa compétitivité, la République de Corée doit dorénavant s'employer activement à réformer ses programmes d'enseignement technique et professionnel.

Dans la présente étude, on aborde la question de la restructuration de l'enseignement technique et professionnel qui a été entreprise pour que la République de Corée puisse disposer d'une main-d'oeuvre industrielle pendant le processus de développement économique. Dans une première partie, on décrit le système actuel d'enseignement et de formation professionnels. Dans une deuxième partie, on montre comment le système a été restructuré pour répondre à la demande de l'industrie. Enfin, on indique les difficultés que la République de Corée devra résoudre au XXIe siècle et l'on fait des recommandations pratiques susceptibles d'être envisagées pour relever les nouveaux défis.

Le système actuel d'enseignement et de formation techniques et professionnels

En République de Corée, les programmes d'enseignement technique et professionnel dans le cadre du système éducatif formel sont prévus au niveau des lycées et des établissements d'enseignement postsecondaire (instituts universitaires professionnels). La formation professionnelle extrascolaire est considérée comme un enseignement non formel.

Les lycées professionnels offrent un cycle de trois années d'études, précédées de six années d'enseignement primaire et de trois années de premier cycle du secondaire. On compte six catégories de programmes: études agricoles, techniques, commerciales, maritimes et halieutiques, professionnelles et polyvalentes. La formation sur le terrain varie en durée, puisqu'elle peut être de un à six mois dans les lycées agricoles et commerciaux, de un à douze mois dans les lycées techniques et de trois à douze mois dans les lycées maritimes et halieutiques. Les lycées professionnels sont les principaux établissements de formation des artisans et ouvriers qualifiés en République de Corée. En 1997, le pays comptait 771 lycées techniques et professionnels, avec un effectif total de 960.037 élèves, soit environ 40 % des effectifs totaux des lycées.

Les instituts universitaires professionnels ont un cycle de deux années, à l'exception des instituts maritimes et halieutiques et des écoles d'infirmières, où les études durent, respectivement, deux ans et demi et trois ans. Ils ont pour vocation de former des techniciens de niveau intermédiaire dotés d'un solide bagage de connaissances théoriques et de compétences pratiques pour répondre à la demande de plus en plus importante de main-d'oeuvre technique induite par une industrialisation rapide.

Les spécialisations sont notamment les suivantes: études techniques, agriculture, études d'infirmière, pêche, santé, commerce et affaires, enseignement ménager, etc. En 1997, le pays comptait 155 instituts universitaires professionnels avec 724.741 étudiants, soit environ 28 % du total des effectifs de l'enseignement supérieur.

La formation professionnelle non formelle peut être publique ou privée. La formation professionnelle publique est à la charge de l'Agence coréenne pour l'emploi, qui relève du Ministère du Travail et des collectivités locales. Elle vise à former des ouvriers spécialisés et travailleurs qualifiés par des programmes dont la durée peut aller de trois mois à deux années. L'Agence coréenne peut aller de trois mois à deux années. L'Agence coréenne pour l'emploi gère des établissements qui forment à un large éventail de métiers tandis que les collectivités locales se concentrent sur l'enseignement des métiers qui permettent d'améliorer le revenu des exploitations agricoles familiales.

La formation professionnelle privée est dispensée par les entreprises et sociétés. Les entreprises sont tenues de s'acquitter d'une taxe d'assurance-chômage, qui est fonction du nombre d'employés. Les taxes que versent les entreprises sont centralisées dans une Caisse d'assurance-chômage et servent à financer les programmes de développement des compétences professionnelles. Le système de développement des compétences professionnelles, qui a été inauguré en janvier 1999, a remplacé l'ancien système de prélèvements obligatoires pour la formation. Des sociétés agréées par le Ministère du Travail dispensent aussi une formation privée.

La durée des programmes de formation professionnelle peut varier puisqu'il y a des programmes courts (qui ne s'étendent que sur quelques heures, jours ou semaines) et des programmes longs (de six mois à deux ans). Parmi les stages de formation professionnelle, on distingue aussi les stages de "formation de base", "de remise à niveau", "de reclassement professionnel" et "de recyclage", en fonction de l'objectif poursuivi. Ces programmes couvrent 477 matières dans 23 domaines techniques. En 1997, 477 instituts de formation (96 publics et 381 privés) offraient une formation à 302.646 stagiaires.

La restructuration du système d'enseignement technique et professionnel

Au début des années 60, la République de Corée avait le type même de l'économie à excédent de main-d'oeuvre, avec des ressources naturelles peu abondantes et un marché intérieur peu important. Le gouvernement a lancé un vaste plan de développement économique et a restructuré le système d'enseignement et de formation professionnels pour fournir la main-d'oeuvre nécessaire à la réalisation de ce plan. L'essentiel de l'enseignement technique et professionnel formel relevait donc de l'enseignement public et faisait l'objet d'une planification et d'une normalisation systématiques. Le gouvernement a rapidement augmenté les effectifs des établissements professionnels au cours des années 60. Cependant, les écoles professionnelles formelles n'étaient pas en mesure de préparer suffisamment de techniciens compte tenu de l'industrialisation rapide du pays. Pour former suffisamment de travailleurs capables de répondre à la demande croissante de l'industrie, le gouvernement a promulgué en 1967 la loi sur la formation professionnelle, qui a abouti à la création de nombreux nouveaux établissements de formation professionnelle.

Dans les années 70, le gouvernement a entrepris des réformes structurelles profondes pour appuyer le développement de l'industrie chimique et de l'industrie lourde. Ce changement structurel rapide a accru la demande de travailleurs qualifiés et d'artisans dans l'industrie. Pour y répondre, le gouvernement a renforcé l'enseignement technique et professionnel dans le secondaire, a accru le nombre d'instituts de formation professionnelle publics et a fait obligation à la plupart des entreprises privées d'assurer une formation professionnelle interne.

Avec la promulgation, en 1976, de la loi fondamentale sur l'enseignement professionnel, le gouvernement a encouragé les sociétés privées à prévoir une formation interne. Dans certaines industries, les grosses sociétés ont été requises d'assurer une formation interne pour un certain nombre de leurs employés. Elles ont été assujetties à un prélèvement obligatoire de formation si elles n'assuraient pas une formation interne ou si celle-ci n'était pas conforme à la réglementation officielle. Cette obligation a d'abord frappé les sociétés de plus de 500 employés; en 1991, le plancher a été abaissé dans le secteur manufacturier à 150 employés et, en 1995, à 100 employés.

A mesure que l'industrie lourde et l'industrie chimique connaissaient une évolution structurelle rapide au cours des années 70, le gouvernement réorganisait les instituts techniques de cinq ans (trois années d'enseignement secondaire et deux années d'enseignement postsecondaire) pour en faire des instituts universitaires professionnels de deux ans orientés vers la formation de techniciens et d'ingénieurs capables de s'acquitter de tâches techniques dans l'industrie lourde et l'industrie chimique.

En 1973, le gouvernement a mis en service un système national d'examen des compétences techniques pour améliorer le niveau de la main-d'oeuvre qualifiée et le statut socio-économique des techniciens. Ce système a permis d'encourager les étudiants et employés à acquérir des compétences techniques et professionnelles de niveau supérieur, accroissant ainsi réellement l'efficacité de la main-d'oeuvre. L'Agence coréenne pour l'emploi et la Chambre coréenne du commerce et de l'industrie ont été chargées de la mise en application des examens nationaux. A la fin de l'année 1996, 4.905.329 stagiaires avaient réussi ces examens.

Dans les années 80, le gouvernement, essentiellement mû par des mobiles politiques, a donné à l'enseignement supérieur davantage de possibilités de répondre à la demande sociale. Il a renforcé les instituts universitaires professionnels et a créé des universités ouvertes pour donner aux personnes qui ont un emploi la possibilité de bénéficier d'une éducation continue. De la sorte, les effectifs des instituts universitaires professionnels ont augmenté tandis que ceux des lycées professionnels commençaient à diminuer, de même que celui des stagiaires en formation interne. D'où une pénurie de personnel directement employé à la production, en particulier dans les petites et moyennes entreprises.

Depuis le début des années 90, l'économie se heurte à des difficultés nouvelles, causées par un environnement économique en pleine évolution, avec notamment la mondialisation des échanges et des marchés du travail, le développement rapide des technologies nouvelles et l'aggravation de la concurrence. Bien que l'enseignement supérieur se soit développé lors de la décennie passée, l'enseignement et la formation ne sont pas actuellement à un niveau suffisant pour répondre à la demande de l'industrie. Le gouvernement a récemment adopté diverses mesures pour renforcer le système d'enseignement et de formation professionnels et pouvoir ainsi se doter de la main-d'oeuvre qualifiée nécessaire pour faire face à l'évolution des besoins de l'industrie tout en allégeant la pression à laquelle est soumis l'enseignement supérieur.

En 1990, le gouvernement a entrepris d'augmenter les effectifs des lycées professionnels, l'objectif étant de faire passer en 1995 le taux de scolarisation dans l'enseignement classique par rapport à l'enseignement professionnel secondaire de 78 % contre 32 % à 50 % contre 50 %. Bien que ces mesures aient contribué à amener les effectifs des lycées professionnels de 32 % de l'enseignement secondaire général en 1990 à 39 % en 1995, elles n'ont pas réussi à détourner les élèves de l'enseignement supérieur ni à fournir la main-d'oeuvre dont les industries avaient besoin.

Pour renforcer les liens entre l'école et l'industrie, en particulier dans le domaine de l'enseignement et de la formation techniques, un nouveau système intitulé "Programme 2 + 1" a été adopté en 1994 et appliqué dans 40 écoles expérimentales en 1998. Ce programme prévoit deux années d'enseignement professionnel dans des établissements, suivies d'une année de formation pratique sur le terrain dans des entreprises industrielles. A partir de 1999, la mise en oeuvre de ce système a été confiée aux lycées techniques.

Dès 1994, la Commission présidentielle pour la réforme de l'éducation s'est interrogée sur l'efficacité des politiques menées pour accroître les effectifs des lycées secondaires et resserrer les liens entre l'industrie et l'école. A la fin de 1995, elle a conclu que certaines des mesures adoptées précédemment étaient inadaptées. Elle a donc recommandé de modifier les politiques d'accroissement numérique des effectifs des lycées professionnels pour chercher plutôt à améliorer la qualité de l'enseignement professionnel.

La Commission a proposé en 1996 un Deuxième programme de réforme de l'enseignement secondaire, qui visait également l'enseignement professionnel. Compte tenu de l'évolution récente de l'enseignement supérieur, l'objectif de la réforme de l'enseignement professionnel est de mettre en place un "système d'enseignement professionnel tout au long de la vie". Pour l'atteindre, une loi sur les banques de crédit a été adoptée en 1996, qui autorise à titre expérimental à prendre en compte les inscriptions universitaires à temps partiel. De surcroît, les élèves des lycées professionnels et travailleurs de l'industrie peuvent bénéficier d'un enseignement postscolaire. Ils jouissent d'une priorité dans les concours d'admission aux instituts universitaires dans leur domaine d'étude.

Avec l'introduction du système d'éducation tout au long de la vie, les instituts universitaires professionnels se sont développés. Entre 1979 et 1997, leurs effectifs ont été multipliés par 11 et leurs programmes se sont diversifiés, passant de 91 à 361. Fondé sur le Programme de réforme de l'éducation, un système de formation à la carte répondant aux besoins de l'industrie a été mis en place dans deux instituts expérimentaux depuis 1996 et il est envisagé d'élargir ce système. Pour renforcer la capacité des instituts universitaires d'enseignement professionnel, des systèmes assurant la continuité entre les programmes de deuxième et troisième années des lycées professionnels et ceux de l'institut universitaire (2 + 2) sont mis en place dans certains établissements expérimentaux. Les élèves qui ont achevé le cycle du lycée professionnel bénéficient de la priorité dans les concours d'admission aux instituts dans leur domaine d'étude. Depuis 1996, le DEUG est accordé aux diplômés des instituts universitaires professionnels.

Etant donné que les compétences requises dans l'industrie devenaient de plus en plus complexes à mesure que l'on fabriquait des produits à valeur ajoutée plus élevée, les sociétés ont commencé à la fin des années 80 à accorder plus d'importance au perfectionnement professionnel de leurs employés et moins d'importance à la formation initiale avant l'emploi. Bien que le système de prélèvements obligatoires pour la formation ait contribué de bonne heure à développer la formation sur place, il n'a pas permis d'encourager les sociétés à investir dans le domaine du recyclage et de la formation de leurs employés. Pour encourager les entreprises à offrir à leurs employés une formation continue, le gouvernement a mis en place un dispositif de développement des compétences professionnelles en promulguant en 1999 la loi sur la promotion de la formation professionnelle. Toutes les sociétés qui emploient plus de 50 personnes sont tenues de prévoir des programmes de développement des compétences professionnelles ouverts à leurs employés et aux demandeurs d'emploi.

Depuis le second semestre de 1997, le chômage connaît, en République de Corée, une progression constante. De 2,6 % qu'il était en 1997, le taux de chômage avait atteint 8 % en septembre 1998. Il devrait continuer d'augmenter en 1999 en raison de la grave détérioration de la conjoncture économique, des faillites récentes et des dégraissages effectués par de nombreuses sociétés. Dès qu'ont commencé ces graves difficultés économiques, le gouvernement a mis en place des programmes spéciaux de formation pour les chômeurs dans le cadre d'une stratégie d'aide sociale. En juillet 1998, 994 établissements proposaient 3.079 programmes de formation.

Les défis du XXIe siècle et les stratégies futures

La mondialisation des échanges commerciaux et des marchés du travail, l'évolution rapide des technologies et le chômage massif induit par la crise économique récente: ce sont là des tendances qui devraient se poursuivre au XXIe siècle. D'où les changements qui ne tarderont pas à frapper les structures de l'industrie et de l'emploi.

Etant donné les bouleversements subis par le marché de l'emploi, certains métiers perdent de l'importance, d'autres en acquièrent, d'autres encore exigent des compétences tout à fait nouvelles ou différentes. Dans le secteur des services et dans les industries de pointe, qui exigent un niveau d'instruction élevé et de grandes compétences, les effectifs augmenteront; en revanche, la demande de travailleurs peu qualifiés diminuera. Nombre d'employés seront probablement amenés à changer de travail, voire de carrière, plusieurs fois au cours de leur vie active. Le caractère évolutif du marché du travail n'est pas sans conséquences importantes pour l'enseignement, puisqu'il implique notamment la nécessité d'une formation tout au long de la vie, d'un enseignement technique et professionnel continu et périodique et d'une actualisation permanente des connaissances et compétences.

Pour pouvoir répondre aux défis nouveaux du XXIe siècle, le gouvernement poursuivra les réformes en cours. Les mesures et recommandations pratiques ci-après sont à envisager:

(i) Il faut procéder à une révision du tronc commun qui mette l'accent sur l'éducation de base plutôt que sur l'éducation spécialisée. Il faut recenser les compétences fondamentales requises des élèves et les intégrer dans le tronc commun de la première à la dixième classe, ainsi qu'il est proposé dans le Septième programme d'enseignement qui prendra effet en l'an 2000. Il s'avère impératif d'apporter des améliorations constantes dans le domaine du savoir et des aptitudes si l'on veut qu'à l'avenir la main-d'oeuvre dispose de bases suffisantes pour perfectionner ses connaissances et compétences aussi vite et efficacement que possible. D'où la nécessité d'un niveau de culture générale suffisant pour faciliter l'acquisition du savoir dans des domaines précis, c'est-à-dire d'une base de "connaissances générales".

(ii) Regroupement des programmes d'enseignement dans les lycées. Les lycées qui le souhaitent peuvent intégrer et mener à bien à la fois les programmes propres aux établissements professionnels et les programmes des établissements classiques pour offrir à leurs élèves un large éventail de filières en deuxième et troisième année. Les élèves seront ainsi en mesure de satisfaire aux exigences d'une formation plus poussée tout en acquérant en même temps des connaissances et aptitudes liées à un métier qui leur permettront d'entrer dans la vie active. Les établissements qui intègrent et mènent à bien les deux programmes devront réduire le plus possible le nombre de matières obligatoires et augmenter celui des matières à option.

(iii) Il faut renforcer, à différents niveaux, l'éducation tout au long de la vie pour que tout citoyen puisse en bénéficier. Du fait des tendances nouvelles, de plus en plus d'élèves choisissent de poursuivre leurs études après le lycée professionnel. Les établissements d'enseignement supérieur tels que universités polytechniques, facultés polytechniques et instituts universitaires professionnels devraient donc être renforcés et équipés pour devenir des établissements d'éducation tout au long de la vie permettant à des personnes de tous âges de bénéficier de possibilités de perfectionnement professionnel. Il faut veiller à ce que l'accès à l'enseignement professionnel et à la formation tout au long de la vie soit souple.

(iv) Il faut mettre en place un système de passage de l'école à la vie. Ce système devrait exercer ses effets dès les premières années de la scolarisation, en associant les efforts entrepris pour améliorer l'enseignement, former de la main-d'oeuvre et oeuvrer au développement économique. Il a pour but de faciliter le processus de transition pour tous les élèves, qu'ils se destinent ou pas aux études supérieures, y compris les jeunes défavorisés et déscolarisés. Il cherche une solution équilibrée pour préparer les élèves à des "métiers réels" sans restreindre leurs possibilités d'emploi ni leurs perspectives scolaires. Les éléments du système sont les suivants:

(a) apprentissage professionnel;
(b) études scolaires;
(c) activités qui établissent un lien entre les études scolaires et l'apprentissage professionnel;
(d) programmes d'information sur les professions.

(v) La formation en entreprise doit être encouragée. Les sociétés, en particulier celles qui ont investi dans les industries de pointe, exigent une actualisation continue des compétences et savoirs, ce que les établissements formels ne sont pas convenablement préparés à assurer. Les entreprises constituent le meilleur cadre pour que les travailleurs acquièrent les connaissances et compétences professionnelles nécessaires pour assimiler rapidement les technologies de l'avenir. Outre qu'elles sont des lieux de travail, les entreprises doivent devenir des "lieux d'apprentissage". Les politiques de formation doivent les encourager à proposer à leurs employés des possibilités de perfectionnement.

Programme de l'UNESCO sur l'enseignement technique et professionnel pendant la première décennie du nouveau millénaire

Colin N. Power
Directeur général adjoint pour l'éducation
UNESCO

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les participants et observateurs,
Mesdames et Messieurs,

Nos travaux de ces trois derniers jours nous ont fait comprendre que la mondialisation économique amenait la communauté internationale à se fixer de nouvelles tâches de développement. Le monde se dirige vers une économie fondée sur l'information, où ce qui détermine l'efficacité d'une entreprise ou d'un pays, c'est la qualité de ses produits et services. Les systèmes de production fondés sur les technologies nouvelles qui permettent d'améliorer la productivité et l'adaptabilité exigent de tous les travailleurs qu'ils mettent constamment à jour leurs compétences et se montrent plus entreprenants. Il apparaît clairement que les nations les plus productives sont celles que caractérise une main-d'oeuvre souple et bien qualifiée, avec un mélange riche et diversifié de compétences qui sont continuellement mises à jour et améliorées pendant toute la vie. D'où le thème de notre Congrès: Education et formation tout au long de la vie, un pont vers l'avenir.

Comme nous l'avons entendu au cours de nos débats, l'enseignement et la formation technique et professionnelle (EFTP) ont surtout pour objet l'acquisition des connaissances et du savoir-faire qu'exige le monde du travail, qu'il soit formel ou informel, urbain ou rural. C'est à chaque pays qu'il appartient d'adapter son programme d'EFTP pour répondre aux besoins de qualification de l'atelier du XXIe siècle. Nous avons vu que ces besoins pouvaient varier considérablement selon le degré de développement socio-économique du pays considéré. Toutefois, il est apparu très clairement que chaque pays, quel que soit son stade de développement, était amené à repenser son programme national d'EFTP s'il voulait pouvoir aborder efficacement les problèmes d'emploi et de développement du siècle prochain. Comme le montre l'expérience récente des pays d'Asie, la situation économique peut basculer du jour au lendemain, créant des problèmes massifs de chômage et obligeant des jeunes à choisir, pour l'avenir, de devenir travailleurs indépendants. D'où la nécessité d'élaborer des politiques d'éducation, de formation et d'emploi plus cohérentes, et de trouver des moyens de coordonner les activités des Ministères de l'Education, du Travail et des Affaires Sociales.

Une fois de plus, une grande réunion internationale a fait apparaître que le modèle actuel de développement international ne peut se poursuivre indéfiniment en raison de ses effets néfastes sur l'environnement, l'éducation et le secteur social. Vous l'avez dit, il faut parvenir à un modèle de développement durable, et l'EFTP de l'avenir doit non seulement préparer les individus à exercer un emploi dans la société de l'information, mais aussi en faire des citoyens responsables qui se préoccupent de préserver l'intégrité de l'environnement et le bien-être d'autrui. Vous l'avez souligné, les programmes d'EFTP ne doivent pas être seulement "induits par la demande" mais aussi "induits par les besoins de développement". Au sens qui lui est donné ici, le développement regroupe à la fois les facteurs sociaux, économiques, personnels et environnementaux.

Vous avez également dit que l'EFTP devait commencer pendant la période d'enseignement général, pour que soit présenté à l'enfant tout un ensemble d'expériences et de compétences de la vie courante. Surtout, les programmes d'EFTP doivent être mis en oeuvre de façon diversifiée, de façon à être accessibles à tous les groupes sociaux et classes d'âges. En d'autres termes, il faut que nous offrions à tous des possibilités d'apprentissage tout au long de la vie. Vous avez souvent souligné que, pour de nombreux pays en développement, il n'était pas facile d'offrir des possibilités d'éducation de base aux jeunes marginalisés exclus de l'enseignement formel. L'EFTP peut, sans aucun doute, être un vecteur d'éducation des jeunes marginalisés en les mobilisant pour apprendre pendant qu'ils travaillent dans de petites et moyennes entreprises.

Mesdames et Messieurs,

Vous avez souligné que nombre de pays en développement n'avaient pas de ressources techniques et financières suffisantes pour repenser leurs programmes d'EFTP. Malheureusement, nous avons aussi constaté ces dernières années une baisse sensible des fonds de coopération pour le développement fournis par les pays industrialisés et organismes de financement. Nous avons entendu l'appel que vous avez lancé pour élargir considérablement la coopération multilatérale et bilatérale pour le développement en vue de l'EFTP. Dans le monde interdépendant d'aujourd'hui, les pays industrialisés ont sans doute intérêt à apporter un soutien concret aux efforts qu'entreprennent les pays en développement pour former leurs ressources humaines et s'arracher au cercle vicieux de la pauvreté, de l'injustice, du chômage et de la violence. Comme vous l'avez dit, le chômage est désormais un problème international et il ne saurait être maintenu à l'intérieur des frontières nationales.

Nous sommes fermement convaincus qu'un enseignement et une formation technique et professionnelle visant à former des techniciens compétents ainsi que des travailleurs qualifiés et spécialisés devraient être des éléments essentiels du programme de développement de tous les pays. L'EFTP est un pont vers l'avenir, mais il doit déboucher sur l'emploi, sinon nous allons créer de nouveaux problèmes. Ce dont nous avons besoin, ce n'est donc pas seulement d'un programme d'EFTP plus dynamique et plus cohérent, mais d'une nouvelle conception de l'EFTP et de l'emploi, nous avons besoin de nouveaux modèles d'EFTP, qui établissent un lien entre l'éducation, la formation, l'emploi et la protection sociale, sur le plan national comme sur le plan international.

A l'occasion de ce Congrès, l'UNESCO souhaite appeler toutes les organisations internationales qui s'intéressent à l'enseignement et à la formation technique et professionnelle à se joindre à elle pour répondre aux besoins de tous les pays, en particulier les pays en développement, et les aider à réformer leur système d'EFTP. Nous devons mettre nos compétences en commun et prendre ensemble des mesures concrètes pour que ces pays préparent leur main-d'oeuvre à répondre aux défis du XXIe siècle. Il faut adopter une stratégie coordonnée de façon que, par synergie, les investissements en ressources et en efforts aboutissent à des résultats. A cet égard, la Convention sur l'enseignement technique et professionnel que la Conférence générale de l'UNESCO a adoptée en 1989 peut servir de référence précieuse pour mettre en place le cadre d'initiatives conjointes de ce type.

Compte tenu des recommandations formulées lors des conférences régionales et sous-régionales de préparation à ce Congrès et des débats de ces trois derniers jours, nous allons élaborer un projet de plan d'action pour le développement de l'EFTP au cours des dix prochaines années. La stratégie future de l'UNESCO et ses activités d'ETP, ainsi que les liens avec la formation et donc avec l'OIT viendront compléter ce plan d'action.

Je voudrais maintenant vous présenter les principaux objectifs qui ont été proposés pour la future stratégie de l'UNESCO. Cet ensemble d'objectifs ne se veut aucunement définitif et exhaustif. Il ne fait que traduire les priorités qui, selon nous, sont conformes au mandat de l'UNESCO et à ses domaines de compétence.

Objectif 1 - Renforcer l'EFTP en tant que composante intégrale de l'apprentissage tout au long de la vie

A une époque caractérisée par le défi de la mondialisation, par une évolution technologique rapide et par l'incertitude économique, il faut impérativement que toutes les parties prenantes s'emploient conjointement à élaborer une législation et des politiques, à mettre en place des structures institutionnelles et à repenser les programmes d'enseignement pour faire en sorte que l'EFTP réponde comme il convient aux besoins divers de tous les membres de la société en leur permettant d'entrer, et de rentrer, dans le monde du travail. A cette fin, des possibilités continues d'EFTP doivent être offertes tant pour le développement personnel que pour le développement social. Les activités de l'UNESCO devraient donc viser:

· à inscrire les matières professionnelles dans les programmes d'enseignement général pour aider les jeunes à acquérir des connaissances technologiques générales et des compétences préprofessionnelles essentielles, de sorte que l'EFTP pour tous fasse partie intégrante de la politique nationale d'éducation;

· à articuler davantage l'enseignement technique et professionnel sur les autres secteurs de l'éducation, en insistant sur la prise en compte de ce qui a été appris précédemment et de l'expérience professionnelle et en accroissant le statut de l'EFTP dans les systèmes éducatifs;

· à améliorer la coordination entre les systèmes d'éducation formelle et de formation informelle, les ministères responsables de l'éducation, de la formation, du travail et de l'aide sociale;

· à encourager la participation de toutes les parties prenantes, en particulier du secteur privé, à l'apport d'un EFTP et à améliorer le lien et la coopération avec le monde du travail.

Objectif 2 -Orienter l'EFTP vers le développement durable

L'EFTP peut contribuer à former une nouvelle génération d'individus qui, surmontant les obstacles, puissent oeuvrer à un développement socio-économique durable. Il faut donc qu'un certain nombre de matières (questions) nouvelles soient inscrites aux programmes d'enseignement et d'apprentissage de l'EFTP ou qu'elles soient davantage privilégiées dans le souci de notre avenir à tous, qui nous efforçons d'apprendre pendant toute la vie. Une main-d'oeuvre technique bien formée est essentielle à tous les pays s'ils veulent parvenir à un développement durable. Les activités de l'UNESCO devraient donc viser:

· à faire en sorte que l'EFTP soit inscrit au programme de développement de tous les pays et qu'il constitue une partie intégrante et précieuse de sa stratégie d'éducation et de développement des ressources humaines;

· à inscrire les problèmes environnementaux à tous les programmes d'enseignement d'EFTP en vue de promouvoir le concept de développement durable;

· à insister sur l'acquisition, dans le cadre de l'EFTP, des capacités d'entreprendre, de créer et travailler en équipe et de communiquer;

· à introduire et appliquer les nouvelles technologies de l'information et de la communication dans l'enseignement et l'apprentissage de l'EFTP sans perdre pour autant ce qu'ont de précieux les méthodes traditionnelles d'enseignement;

· à veiller spécialement à assurer une formation pour les industries du tourisme et de l'accueil, qui peuvent offrir des possibilités de création d'emplois et de croissance économique dans le monde en développement.

Objectif 3 - Assurer l'EFTP pour tous

Outre qu'il est censé préparer les gens au monde du travail, l'EFTP doit aussi être un instrument d'intégration et de cohésion sociale. L'accès généralisé à l'EFTP, sa disponibilité et le droit au travail sont des problèmes étroitement liés. L'UNESCO aidera donc les Etats membres à faire en sorte que les programmes d'EFTP soient polyvalents et intègrent suffisamment d'éléments pour répondre aux besoins de tous les apprenants. Les activités de l'UNESCO à cet égard viseront:

· à encourager les initiatives et efforts spéciaux pour assurer l'égalité d'accès des jeunes filles et des femmes à l'ETP et éliminer les préventions historiques très fortes contre les femmes qui ont trop longtemps caractérisé les politiques et pratiques en matière d'EFTP;

· à ouvrir les programmes d'EFTP, tant formels qu'informels, aux chômeurs et divers groupes marginalisés, notamment à ceux qui ont quitté l'école prématurément, aux handicapés, aux pauvres des campagnes, aux personnes déplacées et aux soldats démobilisés à l'issue de conflits, contribuant ainsi aux efforts de l'ONU pour lutter contre la pauvreté;

· à réformer l'orientation pédagogique et professionnelle pour qu'elle puisse bénéficier à tous les membres de la société;

· à promouvoir un large accès à l'apprentissage et à la formation tout au long de la vie.

Mesdames et Messieurs,

Pour répondre aux grands défis que pose la nécessité de développer les ressources humaines, les Etats membres de l'UNESCO ont prié l'Organisation de revaloriser ses activités d'EFTP et de leur apporter une assistance plus efficace dans ce domaine. L'UNESCO prévoit de lancer un programme international d'enseignement technique et professionnel au commencement de l'exercice 2000-2001 pour répondre à cette demande. On trouvera ci-après un cadre proposé pour ce programme. Après ce Congrès, les objectifs et le cadre seront modifiés compte tenu de vos observations et suggestions. Un document sur le nouveau programme proposé sera ensuite soumis à la Conférence générale de l'UNESCO à sa 30e session, en novembre 1999, pour approbation.

Le programme sera conçu et mis en oeuvre selon les modalités ci-après:

A. Améliorer la capacité décisionnelle des Etats membres

Les activités ci-après seront prévues pour aider les Etats membres à formuler des politiques adéquates de mise en place de l'EFTP dans le cadre du programme de développement national:

· apporter aux responsables nationaux des données comparées et analytiques sur les politiques nationales de réforme des systèmes d'EFTP, sur les meilleures pratiques d'EFTP et les travaux de recherche dans divers Etats membres;

· organiser des réunions internationales, régionales et sous-régionales pour permettre aux responsables, professionnels et chercheurs d'échanger points de vue, données d'expérience, programmes d'EFTP, dossiers didactiques et idées;

· recenser les facteurs qui déterminent la qualité et la pertinence de l'EFTP, en vue d'en rehausser le prestige et l'intérêt dans les systèmes éducatifs;

· en coopération avec les Etats membres, rationaliser et affiner la collecte des statistiques nationales en matière d'EFTP et élaborer des indicateurs pour faciliter la prise de décisions, la planification et l'évaluation aux niveaux national et international,

· apporter des informations et une aide pour permettre aux Etats membres d'élaborer leur cadre législatif national pour l'EFTP.

B. Contribuer au renforcement des capacités institutionnelles dans les Etats membres

En vue de renforcer les capacités des institutions d'EFTP en matière de recherche, de développement et de formation, les activités suivantes seront prévues:

· appuyer les activités régionales et apporter aux Etats membres des directives sur la préparation du personnel d'enseignement et de formation pour l'EFTP;

· aider les Etats membres à utiliser les technologies de l'information et de la communication comme instruments d'enseignement et d'apprentissage tant en contact direct qu'en mode de téléenseignement;

· établir un inventaire annoté des méthodes, instruments et outils existants pour la mise au point de systèmes d'EFTP et divers modèles de formation;

· réaliser des projets de mise au point de spécimens de modules et de didacticiels interactifs utilisés sur l'Internet et l'Intranet.

C. Renforcer la coopération internationale

Les initiatives pour encourager la coopération internationale en matière d'EFTP insisteront sur les échanges Nord-Sud et Sud-Sud ainsi que sur la coopération entre pays qui connaissent des problèmes similaires. Des efforts seront notamment entrepris pour renforcer la capacité de communication internationale des centres UNEVOC dans les environnements de communication les moins privilégiés, en particulier dans les pays les moins avancés, les petits Etats et dans certaines parties d'Afrique;

· collecter et diffuser des informations sur les compétences en matière de programmes d'enseignement pour rendre plus uniformes et transférables les titres, savoir-faire et compétences professionnels entre les pays et entre les régions;

· renforcer l'actuel réseau UNEVOC et améliorer la capacité des centres nationaux UNEVOC en tant que centres d'information et d'action;

· instituer une coopération étroite avec d'autres institutions des Nations Unies, organismes donateurs, banques de développement et ONG s'intéressant à l'EFTP en suscitant une alliance (comme pour l'Education pour tous) pour soutenir l'EFTP et la nouvelle conception suscitée par le Congrès de Séoul;

· prévoir des activités de soutien de l'EFTP en tant que partie intégrante du programme des institutions financières et organismes donateurs bilatéraux et multilatéraux en matière de développement, en encourageant les échanges de créances et l'allégement de dettes en faveur de l'éducation et de la formation ainsi que le respect des priorités nationales en matière de développement humain;

· rapprocher projets nationaux, organismes donateurs et ONG compétentes;

· lancer des initiatives internationales de nature à attirer l'attention du public sur l'EFTP.

Mesdames et Messieurs,

Je me permettrai maintenant de décrire brièvement la structure proposée pour la mise en oeuvre du Programme international de l'UNESCO sur l'enseignement technique et professionnel.

L'UNESCO s'efforcera de mettre en place une alliance internationale pour soutenir l'EFTP. En particulier, nous espérons pouvoir élaborer une politique commune avec l'OIT en vue de l'élaboration et de l'exécution conjointes de politiques et programmes visant à lutter contre la pauvreté et à renforcer les liens entre l'éducation, la formation et l'emploi, mais en attirant aussi d'autres partenaires comme la Banque mondiale, la Fondation européenne pour la formation, la SEAMEO, le KRIVET, le CINTERFOR, pour ne nommer que ceux-là.

Avec l'aide de plusieurs organismes donateurs bilatéraux (par exemple le BMZ, l'USAID), de partenaires comme le KRIVET et les centres UNEVOC d'Australie, France, Grèce, Brésil, Corée, Emirats Arabes Unis et autres pays, l'UNESCO renforcera son réseau UNEVOC et apportera un soutien sensible à ses 190 centres nationaux en finançant des bourses et des échanges en vue d'encourager le renforcement national des capacités et la coopération internationale pour le renouvellement de l'EFTP.

C'est le Secrétariat de l'UNESCO qui sera chargé de la planification générale et du suivi du programme à long terme d'éducation technique et professionnelle et qui encouragera la coopération avec d'autres partenaires internationaux. Il veillera en particulier à renforcer la coopération et à encourager les activités aux niveaux régional et sous-régional. Les grands bureaux hors Siège de l'UNESCO (Bangkok, Beyrouth, Dakar et Santiago) et les réseaux régionaux d'innovation éducative en vue du développement continueront de jouer un rôle essentiel dans la mise en oeuvre des recommandations du Congrès de Séoul.

Avec la collaboration de l'OIT, l'UNESCO va créer sur l'Internet un site Web à guichet unique de soutien à l'EFTP, le "TVET Implementation Centre". Elle y installera en ligne des informations et directives essentielles, des exemples de meilleures pratiques, etc., avec des fonctions d'aide et de guidage de la recherche qui répondront aux besoins d'utilisateurs de différents niveaux dans les pays membres. On y trouvera des références approfondies et des possibilités de liaison avec les ressources d'autres sites, permettant de développer encore et d'utiliser ceux-ci. Cet "outil de mise en oeuvre" améliorera l'efficacité des missions et services de consultants, qui devront être maintenus.

Grâce à une offre généreuse du gouvernement allemand, nous nous proposons de créer un Centre international de l'enseignement technique et professionnel à Bonn. Ce Centre devrait constituer une ossature d'appui technique pour le réseau international UNEVOC et renforcer la capacité des centres nationaux UNEVOC en offrant (a) un service d'échange d'information pour les recherches et études et (b) une formation du personnel des centres UNEVOC nationaux. Le site Web de mise en oeuvre de l'EFTP y sera également domicilié. Au nom de l'UNESCO, je tiens une fois de plus à remercier le gouvernement allemand pour son soutien assidu aux activités de l'UNESCO dans le domaine de l'enseignement technique et professionnel.

Dans le cadre de ce réseau international, plusieurs centres régionaux seront créés avec le soutien de l'UNESCO, pour faciliter les activités de mise en réseau et de programme menées aux niveaux régional et/ou sous-régional. Plusieurs Etats membres, notamment l'Australie, le Brésil, la Fédération de Russie, le Pakistan et la République de Corée, ont d'ores et déjà proposé d'accueillir des centres régionaux de ce type. En fonction de leur importance spécifique, ces centres pourront peut-être aussi exercer des fonctions de centres d'excellence dans un domaine donné comme, par exemple, l'application des nouvelles technologies de l'information et de la communication à l'EFTP.

Si l'UNESCO est l'organisme chef de file du système des Nations Unies dans le domaine de l'éducation, nombre d'autres institutions intergouvernementales et non gouvernementales s'intéressent aussi à divers aspects de l'éducation et de la formation. Dans ses activités de planification et de mise en oeuvre de son programme sur l'enseignement technique et professionnel, l'UNESCO s'efforcera d'instaurer une coopération étroite avec d'autres partenaires pour donner au programme un caractère interinstitutions. A cet égard, c'est avec un grand plaisir que je signalerai que l'UNESCO et l'OIT sont convenues en principe d'élaborer un cadre d'action conjoint en matière d'enseignement et de formation techniques et professionnels en vue de renforcer la coopération en cours entre les deux organisations dans ce domaine.

Mesdames et Messieurs,

C'est par le programme à long terme d'ETP susmentionné que l'UNESCO entend répondre à la demande des Etats membres qui souhaitent que nous renforcions nos activités en adoptant une nouvelle approche, une nouvelle vision de l'EEFTP pour tous, en particulier pour les jeunes filles et les femmes, dans tous les pays, au cours de la première décennie du prochain siècle. J'espère sincèrement que tous les Etats membres de l'UNESCO et OIG et ONG compétentes dans ce domaine s'associeront à nos efforts pour que l'EFTP devienne un instrument efficace d'apprentissage et de formation tout au long de la vie et un pont jeté vers un avenir meilleur et plus prospère.