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close this bookLe partenariat dans l'enseignement technique et la formation professionnelle - le concept et son application (IIEP, 1998, 72 p.)
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View the documentIntroduction
Open this folder and view contentsChapitre I Partenariat et régulation
Open this folder and view contentsChapitre II Le partenariat local
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Introduction

Le thème du partenariat dans le domaine de l'enseignement technique et de la formation professionnelle suscite un intérêt grandissant. Premièrement, ce phénomène doit être rapproché de l'évolution récente du rôle de l'Etat en matière d'éducation et de l'infléchissement consécutif des politiques éducatives. L'ouverture du système éducatif, et de l'école, à d'autres partenaires reflète ainsi à la fois la volonté d'inscrire le fonctionnement de l'institution scolaire dans le respect des principes démocratiques et la nécessité de trouver de nouvelles ressources pour tenter de satisfaire une demande potentiellement sans limite. Dans de nombreux pays se sont progressivement mis en place des partenariats entre l'Etat et d'autres acteurs, organisations non-gouvernementales, associations de parents d'élèves, administrations territoriales, organismes philanthropiques, entreprises, etc., et ce, à tous les niveaux d'enseignement. Le développement d'une approche «managériale» de l'éducation, les politiques de décentralisation et d'autonomie des établissements, l'apparition d'un marché de l'enseignement constituent autant de transformations qui ont contribué à mettre en évidence la pluralité des acteurs concernés.

En second lieu, le thème du partenariat traduit le souci de rapprocher l'école du monde du travail, en particulier pour l'enseignement technique auquel il est souvent reproché de ne pas suffisamment correspondre aux besoins des entreprises, comme aux attentes des jeunes en formation. A ce titre, le partenariat est perçu comme pouvant répondre à la fois aux exigences des entreprises et à la question de l'insertion professionnelle et sociale des sortants du système éducatif. Le rapprochement entre l'enseignement technique et les entreprises est motivé par plusieurs types de considérations dont la pondération varie d'un pays à l'autre. L'adaptation de la formation aux besoins en qualification en constitue naturellement la raison profonde.

Le transfert d'une partie des coûts représente également un objectif non négligeable, en particulier pour la formation dans les secteurs qui utilisent des équipements lourds ou une technologie avancée. Mais les motivations d'ordre pédagogique sont aussi fortes. Il s'agit en l'occurrence d'ouvrir, avec l'aménagement de séquences de formation en entreprises, une autre voie à des élèves plus sensibles à une démarche inductive ou à ceux en situation d'échec (UNEVOC, 1993). Davantage encore qu'un souci d'équité, la volonté d'impliquer les entreprises est liée à la valeur spécifique que l'on accorde aujourd'hui à la formation sur le lieu de travail, tant pour l'acquisition de certaines compétences professionnelles que pour l'adaptation des jeunes au monde productif.

S'agissant de la formation professionnelle continue, le principe du partenariat semble presque aller de soi, au moins en ce qui concerne la formation des salariés. On conçoit en effet sans peine la possible convergence entre les impératifs de modernisation économique et les aspirations individuelles. Ce mouvement se traduit dans de nombreux pays, notamment en Europe, par des pratiques de co-investissement par lesquelles employeurs et salariés unissent leurs contributions, en consacrant à la formation, de l'argent pour les uns, une partie de leur temps libre pour les autres. La négociation collective constitue alors le cadre du partenariat le plus répandu. Mais, de plus en plus, la formation continue ne se cantonne pas à ces objectifs et à ce public. Elle se trouve au coeur de la lutte contre le chômage et, à ce titre, implique généralement un grand nombre d'acteurs: Etat, collectivités locales, organisations non-gouvernementales, partenaires sociaux.

C'est ainsi que la réflexion sur la régulation de l'enseignement technique et de la formation professionnelle passe désormais davantage par une interrogation sur les modes d'action de l'Etat et le rôle des autres acteurs, en particulier les entreprises. A cet égard, divers courants des sciences sociales s'intéressent de près à la coordination des actions, notamment dans le cadre des politiques publiques. Remettant en cause l'hypothèse de rationalité universelle, l'économie des conventions étudie les règles sur lesquelles s'appuient les individus et les institutions pour agencer leurs interventions (Orléan, 1994). Ce faisant, elle s'efforce de révéler de quelle façon les conventions contribuent à aménager un espace commun aux multiples acteurs, siège de la coordination. En sociologie, de nombreux travaux des spécialistes de l'organisation sont consacrés à la question de l'action collective (Gaudin, Novarina, 1997). Les politiques publiques y sont décrites comme des processus de coordination. La fonction de coordination se trouve alors considérée comme facteur d'efficacité, compte tenu de la multiplicité des acteurs impliqués et de la complexité des actions. Source d'inspiration pour la réflexion sur l'évolution de l'action publique, ce riche support théorique conduit à analyser le partenariat comme un dispositif de coordination des acteurs.

Pourtant, en dépit de l'engouement dont jouit actuellement le thème du partenariat, séducteur à bien des égards, nombre d'incertitudes subsistent quant à son sens véritable et à sa capacité réelle à améliorer l'efficacité de la formation. Dans un environnement marqué par l'incertitude et les contraintes budgétaires, le partenariat répond principalement à une double finalité: s'associer avec d'autres acteurs pour prévoir ensemble et aussi pour investir davantage dans la formation. Il importe donc de savoir si le partenariat permet effectivement, et, dans l'affirmative, à quelles conditions et dans quel contexte, de mieux suivre voire d'anticiper l'évolution des besoins en qualification, et de mobiliser des financements complémentaires.

L'état des connaissances ne permet malheureusement pas aujourd'hui de répondre à ces deux questions, pourtant fondamentales. Il ne s'agira pas ici d'y parvenir mais, plus modestement, de clarifier la notion de partenariat, d'identifier les acteurs concernés et leur rôle, d'examiner les formes possibles et les objectifs majeurs du partenariat, et d'analyser les outils dont on dispose pour l'enclencher et le nourrir. Le point de départ de tout partenariat c'est, en effet, l'existence d'un intérêt mutuel. En l'absence de ce préalable, il faut créer les conditions techniques qui favorisent l'implication des partenaires dans la formation, en particulier les entreprises. Même lorsqu'un intérêt existe, les outils administratifs et législatifs, de type incitatif ou contraignant, contribuent à renforcer la participation des acteurs.

Afin d'aborder ces divers aspects, une distinction sera ici opérée entre le niveau central, espace de régulation, et le niveau local qui est considéré de plus en plus comme pouvant apporter une réponse aux problèmes d'ajustement de l'offre de formation au marché du travail. De plus, si le niveau central constitue un lieu de cohérence et d'impulsion, c'est à l'échelle locale que le partenariat trouve son expression la plus visible, notamment dans le cadre des relations entre établissements et entreprises.

Cette lecture du phénomène du partenariat explique l'organisation de l'ouvrage en deux parties principales. La première s'efforce d'abord de clarifier la notion de partenariat, d'en préciser les objectifs et les instruments, et d'identifier les partenaires. C'est à eux qu'est consacre le reste de cette partie, qui se prolonge par une analyse spécifique du rôle des représentants de salariés et des organisations non-gouvernementales dans la formation. On s'étonnera peut-être de ne pas voir apparaître ici, de manière distincte, les employeurs mais, en réalité, leur participation constitue une préoccupation récurrente dans l'ensemble du texte. La première partie s'achève sur la difficile question du partenariat public/privé qui est de plus en plus considérée comme la seule voie susceptible de répondre efficacement à l'accroissement de la demande de formation.

Centrée sur le niveau local, la seconde partie tente d'explorer l'hypothèse selon laquelle cet échelon constitue un espace privilégié pour bâtir des partenariats aboutissant à une meilleure interaction entre l'offre de formation et le marché du travail. Pour cela, une première perspective s'intéresse aux raisons qui expliquent la place importante qu'occupent aujourd'hui le niveau local et les acteurs locaux, dans la réflexion sur la régulation de l'enseignement technique et de la formation professionnelle. A ce titre, est examinée la question, centrale pour notre propos, de la dimension locale de la relation formation/emploi. Dans un second temps, se trouve abordé le thème de l'autonomie des établissements. Après un examen de cette notion, l'analyse porte sur son expression concrète et sur les modalités de coopération avec les entreprises, que le statut d'autonomie facilite.

Une brève partie terminale rassemble, en guise de conclusion, quelques éléments de synthèse et évoque une série de préoccupations essentielles. Ce questionnement invite à prolonger la réflexion sur le partage des rôles, la privatisation de l'offre et la gestion locale de l'appareil de formation.