
| Deuxième Congrès International sur l'Enseignement Technique et Professionnel - Séoul 1999 - 3 - DOCUMENTS DE REFERENCE (UNEVOC - UNESCO, 1999, 111 p.) |
Fondation Européenne pour La Formation
Villa
Gualino, viale Settimio Severo 65
1-10133 Turin, Italie
INTRODUCTION
Le mot "transition" désigne lacte de passer dun stade de développement à un autre. Les sociétés, même "bien établies", néchappent pas à une remise en question et un changement permanents. Il en découle, pour lenseignement technique et la formation professionnelle, la nécessité dune adaptation permanente du système aux mutations technologiques et sociales.
La notion de "pays en transition" nest pas neuve. Lhistoire regorge dexemples de pays qui ont eu à sadapter à un nouvel ordre économique et social. Ainsi parle-t-on de "pays en transition" à propos des pays dEurope centrale et orientale et des nouveaux Etats indépendants, dont le présent document examine lévolution dans le domaine de lenseignement technique et de la formation professionnelle. Il sagit dune région qui comprend en principe tous les pays de lancien "bloc de lEst" qui vivent une formidable mutation politique, économique et sociale dans le contexte de la transition quils ont entamée vers une économie de marché et une société démocratique depuis leffondrement, en 1989, du système socialiste.
Les réformes de lenseignement technique et de la formation professionnelle actuellement en cours en Europe centrale et orientale et dans les nouveaux Etats indépendants (en particulier dans les pays les plus avancés dEurope centrale et orientale) présentent deux aspects très inusités par rapport au contexte dans lequel sopèrent en général les réformes. Tout dabord, par leur étendue, leur portée et leur profondeur, les réformes proposées ou déjà en cours de léducation et de la formation ont une dimension extraordinairement vaste. Elles sappliquent à tous les niveaux et tous les secteurs de lenseignement technique et de la formation professionnelle: législation, gestion et administration, financement du système, établissements denseignement technique et de formation professionnelle, programmes et personnel. Elles portent, en outre, sur la création de nouveaux établissements denseignement technique et de formation professionnelle et la conception de programmes détudes et de formation dun type entièrement nouveau.
En second lieu, lallure des réformes est elle aussi tout à fait exceptionnelle. Il faut dordinaire un certain temps pour concevoir des réformes éducatives dans des systèmes en place. Or, en Europe centrale et orientale et dans les nouveaux Etats indépendants, il a suffi de quelques mois là où il peut falloir des années pour concevoir, adopter et mettre en chantier les réformes de lenseignement technique et de la formation professionnelle.
Ce processus na évidemment pas lieu indépendamment de la transition générale en cours en Europe centrale et orientale et dans les nouveaux Etats indépendants. Les réformes de lenseignement technique et de la formation professionnelle ont le même caractère global et la même vitesse dexécution que lensemble des mutations, aussi rapides que radicales, que ces sociétés sont en train de vivre et qui visent à les faire passer à une économie de marché dans le cadre dune démocratie pluraliste.
La leçon des neuf dernières années est quil est possible de lancer rapidement le processus de la modernisation. Toutefois, il faudra du temps pour accomplir en profondeur une réforme systématique de lenseignement technique et de la formation professionnelle. Ce sera laffaire de toute une génération et non une question réglée en lespace dun an ou deux.
LE PROGRAMME DE LUNION EUROPEENNE A LAPPUI DES REFORMES EN EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE ET DANS LES NOUVEAUX ETATS INDEPENDANTS
Laide financière et lassistance technique dont lEurope centrale et orientale et les nouveaux Etats indépendants ont besoin pour appuyer leurs efforts de réforme est fournie par des organisations multilatérales comme la Banque mondiale et lUnion européenne et par des bailleurs de fonds bilatéraux, qui sont notamment des Etats membres de lUnion européenne et dautres pays de lOCDE.
LUnion européenne octroie son soutien financier dans le cadre de deux programmes.
Le programme Phare est une initiative de lUnion européenne qui a été inaugurée en 1990. Les pays susceptibles den bénéficier sont lAlbanie, la Bulgarie, la Bosnie-Herzégovine, lEstonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la République slovaque, la Slovénie, la République tchèque et lancienne république yougoslave de Macédoine. Le programme a principalement pour objet de prêter main forte à ces pays dans le déroulement de leur transformation économique et du renforcement de leur démocratie. Un effort spécial est consenti en faveur des pays qui ont demandé à adhérer à lUnion européenne, cela afin de les aider à parvenir au stade où ils seront en mesure dassumer les obligations dont saccompagne la qualité de membre. Le budget prévisionnel du programme Phare entre 2000 et 20006 sélèvera à 10,5 milliards dECUS. Quelque 6 milliards dECUS ont été octroyés entre 1993 et 1999 au titre du Phare, ce qui en fait le plus important programme dassistance de sa catégorie.Le programme Tacis, lancé en 1991, est une initiative de lUnion européenne en faveur des nouveaux Etats indépendants, à savoir lArménie, lAzerbaïdjan, le Belarus, la Géorgie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Moldavie, lOuzbékistan, la Fédération de Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan et lUkraine. Ce programme favorise létablissement de liens économiques et politiques harmonieux et fructueux entre lUnion européenne et ses partenaires. Il vise à soutenir les initiatives des pays partenaires en vue de développer des sociétés fondées sur la liberté politique et la prospérité économique. Il finance des savoir-faire mis en oeuvre à lappui du processus de transformation conduisant à établir des économies de marché et des sociétés démocratiques.
Les programmes de réforme sectorielle de Phare et de Tacis ont toujours attribué un rôle central au perfectionnement du personnel, grâce en particulier à la formation. En outre, le programme Phare fait de lenseignement technique et de la formation professionnelle un secteur à part entière. Chacun des pays admis a participer au programme sest vu octroyer un montant compris entre 3 et 25 millions dECUS. Dans le cadre de Tacis, cependant, lenseignement technique et la formation professionnelle ne constituent que depuis peu un secteur à financer en priorité. A ce jour, des programmes ont été mis en route au bénéfice de la Moldavie, de la Fédération de Russie et de lOuzbékistan.
LE CONTEXTE SOCIO-ECONOMIQUE DE LENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE EN EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE ET DANS LES NOUVEAUX ETATS INDEPENDANTS
Avant 1989, léducation et la formation en Europe centrale et orientale et dans les nouveaux Etats indépendants étaient subordonnées aux besoins déconomies soumises à une planification centralisée. Les accords du Comecon (1) instituaient une division du travail au titre de laquelle un pays fournissait aux autres des produits déterminés. Il en était résulté une concentration excessive de certaines industries tandis que dautres étaient totalement négligées. Qui plus est, des domaines comme lartisanat, le commerce, la banque, la comptabilité, le contrôle financier, lassurance et la création dentreprises sont restés sous-développés.
1 Comecon est le sigle du Conseil dassistance économique mutuelle, ancienne organisation économique créée pour encourager les échanges commerciaux et les relations amicales entre neuf pays communistes, dont lUnion soviétique.
Dans le cadre de lancien système, lenseignement technique et la formation professionnelle étaient censés répondre exactement aux besoins de grandes entreprises qui employaient un personnel pléthorique ayant un faible niveau dinnovation et de productivité selon un mode dorganisation du travail, inspiré du taylorisme, qui offrait essentiellement des emplois subalternes. La formation dispensée létait souvent en vue dune fonction devant être exercée à vie. Les professions de lartisanat, du commerce et des services étaient, on la vu, fort négligées. Les normes déquipement des établissements denseignement professionnel étaient à limage des médiocres normes technologiques de lindustrie elle-même. Les ministères de léducation ou les ministères sectoriels dont relevaient lenseignement technique et la formation professionnelle pesaient dun grands poids dans la définition de la portée, du contenu et de la durée des programmes denseignement professionnel, ce qui avait pour effet de figer le système dans la rigidité et la fragmentation.
A partir de 1989, les pays dEurope centrale et orientale et les nouveaux Etats indépendants ont subi des mutations politiques et économiques fondamentales et dune ampleur sans précédent. Ces changements touchent tous les aspects de la vie, quil sagisse de la structure démocratique de la société, de la privatisation des entreprises, ou des matières que les jeunes et les adultes étudient dans les établissements denseignement.
Depuis 1989/1990 les économies de la plupart de ces pays ont traversé de profondes crises dadaptation. La réforme agraire et la privatisation ont, en principe, été menées à bien dans un certain nombre de pays. Toutefois, le règlement définitif des droits de propriété, lorganisation fonctionnelle dun marché des terrains et la restructuration des industries sont des processus en cours qui ne sont pas encore près daboutir. De grosses difficultés sont suscitées en particulier par le problème de labsorption de la main-doeuvre excédentaire provenant du secteur agricole et des anciens secteurs industriels à forte intensité ergatique, notamment les mines de charbon et les aciéries, aujourdhui en déclin. Les liens anciens entre les écoles et les grandes entreprises publiques ont cessé dexister à mesure que celles-ci fermaient, faute de ressources, leurs structures de formation.
Ces pays cherchent à présent à tisser des liens commerciaux et à obtenir des débouchés à lexportation dans les pays occidentaux voisins où les normes en vigueur sont particulièrement élevées. Les nouveaux investisseurs appliquent des stratégies inédites et ont besoin de qualifications peu courantes à lheure actuelle. De surcroît, beaucoup dentreprises locales sont en proie à de graves crises financières. Les restructurations ou les fermetures dentreprises entraîneront inévitablement une aggravation du chômage - phénomène à peu près inconnu dans les temps révolus.
Les effets conjugués des tendances ci-dessus et des pressions énormes que subissent des entreprises qui doivent impérativement élever leur niveau de compétitivité se traduisent par une demande accrue de formation et de recyclage de la main-doeuvre. Il faudra mettre en place des programmes de formation de courte durée et de longue durée pour doter les gens des qualifications nouvelles que réclament lindustrie et le secteur des services qui est en train de se développer, et leur éviter dêtre exclus de la société.
LENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET LA FORMATION PROFESSIONNELLE A LHEURE DU LANCEMENT DES REFORMES: SITUATION EN EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE ET DANS LES NOUVEAUX ETATS INDEPENDANTS
Les réformes entreprises en 1989/1990 dans les pays dEurope centrale et orientale et dans les nouveaux Etats indépendants partaient des mêmes bases du fait de la similitude des systèmes politiques et économiques de ces pays. Les systèmes déducation et de formation étaient caractérisés par des structures communes reposant sur les mêmes modes dorganisation.
Distribution des responsabilités
La plupart des établissements denseignement professionnel relevaient alors de lautorité du Ministère de léducation, qui fixait lensemble des politiques éducatives, mais dautres ministères étaient, et sont encore, responsables décoles dans leurs domaines de compétence. Cette division des responsabilités faisait obstacle aussi bien à la conception dun cadre général de la politique des réformes lors de leur mise en chantier quà la grande restructuration du réseau des écoles.
Cétaient traditionnellement les ministères qui prenaient toutes les décisions concernant les budgets, les affectations de personnel, les programmes, les manuels, etc., tandis que les autorités régionales et/ou locales responsables de léducation de même que les directeurs détablissement faisaient essentiellement fonction dexécutants. On nencourageait pas linitiative et la prise de responsabilité individuelle. Les partenaires sociaux, représentants des employeurs et des employés, et les autres partenaires importants nintervenaient pas dans la discussion des politiques et la prise des décisions.
Le modèle de lenseignement professionnel
Dans la plupart des pays, le système denseignement professionnel comportait deux catégories distinctes de programmes: le programme offert dans les établissements de formation professionnelle (des ouvriers qualifiés) et celui quappliquaient les établissements denseignement technique postsecondaire (formant des techniciens). Lenseignement et la formation dispensés dans les écoles de formation professionnelle allait de la neuvième ou dixième année à la douzième année. Les établissements denseignements technique postsecondaire, qui dispensaient le plus haut niveau denseignement professionnel, offraient des programmes dune durée de deux ans et demi à quatre ans.
Lenseignement professionnel était toujours perçu comme un prolongement de lenseignement général, dont les matières étaient, de ce fait, prédominantes dans les programmes, ce qui laissait peu de place à des enseignements théoriques spéciaux. A lheure du premier emploi, les diplômés avaient donc des connaissances et des qualifications professionnelles restreintes.
La législation et la répartition des élèves et étudiants
Le secteur de léducation faisait lobjet dune réglementation densemble. La législation relative à léducation ne prenait généralement pas en ligne de compte les aspects spécifiques de lenseignement technique et de la formation professionnelle.
La répartition des élèves du secondaire entre lenseignement général et lenseignement professionnel variait selon les pays et représentait entre un et deux tiers de lensemble du groupe dâge correspondant. En raison de la pénurie constante douvriers qualifiés dont souffraient les entreprises des Etats socialistes à cause de linefficacité de lorganisation du travail et de lempilement des ressources humaines, une des fonctions principales du second cycle de lenseignement secondaire était dorienter la grande majorité des jeunes vers les diverses filières de lenseignement professionnel. Cependant, et cétait un trait commun à tous ces pays, lenseignement professionnel avait un prestige social relativement faible.
Le financement du système
LEtat et les grandes entreprises (publiques) se partageaient traditionnellement les coûts de lenseignement technique et de la formation professionnelle. Avant 1990, les investissements publics dans léducation étaient relativement élevés par rapport au PIB des pays. Pendant les premières années de la réforme, ces investissements ont continué à produire leurs effets. Mais la part du budget affectée à lenseignement professionnel était habituellement assez faible. Le fardeau financier salourdit encore lorsque les processus de restructuration financière amenèrent dès leur début la plupart des employeurs à cesser dintervenir comme auparavant dans la formation.
Il y avait, dans lensemble, suffisamment dargent pour couvrir les frais de fonctionnement du système (traitements des enseignants, coûts de fonctionnement et dentretien des écoles, etc.). Mais au-delà, il ne restait quun très petit budget à consacrer à de vrais investissements.
Le budget de lEtat a dû supporter le poids supplémentaire né de la nécessité de mettre en place un système de prestations sociales associée à la montée du chômage et à laugmentation massive de la demande de formation et de recyclage pour les besoins des processus dadaptation et de restructuration économiques. Tant et si bien que cest un remaniement complet des modalités de financement de la formation qui simpose à présent.
Compte tenu des nombreuses réformes mises en chantier dans ces pays après 1989/1990, on ne pouvait escompter une augmentation importante des moyens de financement du secteur de lenseignement technique et de la formation professionnelle. Laide de bailleurs de fond extérieurs sest dès lors avéré indispensable; sans elle, la plupart des pays auraient été incapables damorcer les réformes.
Rôle des entreprises et planification des ressources humaines
Les entreprises gérées par lEtat jouaient un rôle important en assurant la formation pratique des élèves de lenseignement technique et de la formation professionnelle dispensés à lécole. La formation avait lieu dans le cadre dun double système dans lequel lécole professionnelle faisait souvent partie dune entreprise dEtat. Lutilisation des ressources de main-doeuvre faisait lobjet dune planification centralisée sur la base des besoins en main-doeuvre exprimés par chaque entreprise. Lécole devenait un agent de lentreprise, dont elle contribuait à former la main-doeuvre en fonction de ses besoins.
Léclatement du système de planification centralisée a entraîné la disparition de lancien lien qui unissait solidement les écoles aux entreprises. Cela a créé un grave problème car, au long des cinquante années précédentes, les formations professionnelles spécifiques avaient été assurées dans les entreprises, tandis que les écoles se chargeaient denseigner les matières générales et dassurer une préparation sommaire à la vie professionnelle. Les écoles ont ainsi perdu tout contact avec les entreprises, sans que lEtat eût les moyens de compenser cette perte. Abandonnées à leur sort avec un matériel périmé et de mauvaise qualité, les écoles furent alors en proie au doute quant à leur nouveau rôle.
Qualifications et examens
Dans le cadre de lancien système, les écoles professionnelles dispensaient un enseignement et une formation qui correspondaient à des spécialisations définies avec rigueur. Le système reposait essentiellement sur un programme préalablement défini en termes de contenu et dheures de cours. Il y avait un contrôle restrictif et rigide à "lentrée", qui allait de pair avec un système très différent de contrôle de qualité à "la sortie" fonctionnant dans le cadre de lécole avec des examens arbitraires.
Leffondrement du système de planification centralisée a amené, après 1989/1990, une grande incertitude quant aux qualifications quil convenait de retenir. Labsence de directives générales du pouvoir central désignant les secteurs économiques à développer en priorité compliquait la situation. Il manquait aux représentant de lindustrie et aux nouveaux chefs dentreprise la méthodologie indispensable pour identifier leurs besoins de formation à partir de plans daction commerciale qui auraient pu fournir de précieuses indications aux ministères et aux écoles sur les qualifications réclamées par le marché du travail.
Les écoles en étaient réduites à prédire elles-mêmes les profils de qualifications que les entreprises risquaient de demander. Dans ces conditions, elles ont souvent dû composer leurs programmes en se référant à un monde conceptuel et en sen remettant de plus en plus à une académisation de lenseignement technique et professionnel.
Le personnel enseignant
II y avait trois catégories bien distinctes denseignants dans les écoles professionnelles. Les professeurs enseignant les matières de lenseignement général avaient une formation universitaire et étaient très spécialisés. Parallèlement à létude de leur discipline, ils avaient appris la pédagogie à luniversité. Ces professeurs de lenseignement général étaient dépourvus de toute espèce de connaissance et des compétence pratiques et navaient, a fortiori, aucune formation dans le domaine des nouvelles technologies. Cétait plus particulièrement à cette catégorie denseignants quétait attribuable "lacadémisation" de lenseignement professionnel.
Les professeurs enseignant la théorie des disciplines techniques composaient un groupe intermédiaire; ils avaient une formation technique (par exemple, dingénieur) et quelques uns avaient suivi des cours de formation pédagogique en poste dispensés par des universités ou dautres institutions.
Il y avait enfin un groupe important dinstructeurs datelier, qui étaient des ouvriers qualifiés ayant lexpérience de lencadrement de la formation pratique en atelier ou en entreprise, mais aucune formation pédagogique.
Les qualifications des trois groupes denseignants et de formateurs/instructeurs constituaient un sérieux obstacle au développement du système de formation professionnelle. La principale difficulté était dintégrer ces groupes denseignants et de créer un système plus global de formation préalable et en poste des professeurs et des instructeurs.
LE PROCESSUS DE MUTATION EN COURS
Depuis le lancement des réformes en 1989/1990, les différents pays dEurope centrale et orientale et les nouveaux Etats indépendants ont donné à leur développement des orientations diverses. Les réformes de lenseignement technique et de la formation professionnelle en sont à des stades bien différents dans les pays dEurope centrale et orientale, dune part, et dans les nouveaux Etats indépendants et en Mongolie, dautre part. Dune manière générale, on peut dire que les réformes vont beaucoup plus lentement dans les nouveaux Etats indépendants et en Mongolie en raison de lextrême modicité de leurs ressources, du contrôle très poussé exercé par le pouvoir central et du manque de structures de gestion efficientes. En Europe centrale et orientale, les réformes ont souvent démarré à la base. Cest en raison de cette différence de démarche quon examinera ci-après séparément, par région géographique, la nature des réformes menées dans lenseignement technique et la formation professionnelle et les enjeux qui sy rattachent.
Il importe, toutefois, dobserver que le tableau est loin dêtre homogène même à lintérieur de ces deux groupes de pays; tout dépend, en effet, du moment auquel les réformes ont été entreprises, de la dynamique économique et politique globale, du cadre législatif, de lhistoire, de la culture et des idéologies, de limportance attachée à léducation et à la formation par rapport à dautres secteurs et de lampleur des soutiens extérieurs.
LEurope centrale et orientale
Dès le début du processus de réforme économique et sociale, les pays dEurope centrale et orientale (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, République slovaque, Slovénie et République tchèque) ont mis en chantier des réformes visant à adapter lenseignement technique et la formation professionnelle aux nouveaux enjeux du marché du travail.
On la vu, les montants fournis par de nombreux bailleurs de fonds, en particulier sur le budget du programme Phare de lUnion européenne, ont servi au début à parer aux besoins les plus urgents du système après leffondrement des économies à planification centralisée. Puis, des réformes plus profondes ont été entreprises à un stade ultérieur.
Les activités initiales furent axées essentiellement sur:
· la révision des programmes existants et lélaboration de nouveaux programmes en vue de dispenser des formations pour une gamme assez étendue de professions, appartenant entre autres à de nouveaux secteurs dactivité économique, comme la banque, la finance, etc.;· le perfectionnement généralisé du personnel, portant notamment sur la formation des décideurs, du personnel dadministration de léducation à tous les échelons, des représentants des organisations demployeurs et demployés, des directeurs décole, des auteurs de programmes et des enseignants;
· la modernisation des équipements scolaires;
· la mise en place de partenariats avec des établissements de formation des Etats membres de lUnion européenne;
· la rédaction de documents de politique générale sur les grandes orientations des réformes de lenseignement technique et de la formation professionnelle et sur ladoption, dans la plupart des pays de la région, de nouvelles lois réglementant des aspects spécifiques du travail des établissements denseignement professionnel.
Les documents dorientation qui ont été établis dans la plupart des pays de la région assignent aux réformes de lenseignement technique et de la formation technique les objectifs suivants:
· application de nouveaux principes de gestion décentralisée, faisant intervenir des processus de décision tripartites;· application de nouveaux mécanismes de financement, plus souples, donnant aux établissement une plus grande liberté de décision et une plus grande latitude dinnovation;
· mise en place dun système intégré de formation initiale et continue, exploitant au maximum les ressources disponibles et exerçant un contrôle modéré sur la qualité de lenseignement technique et de la formation professionnelle dispensés;
· diversification de la structure de lenseignement technique et de la formation professionnelle, portant notamment sur des établissements denseignement technique supérieur appliqué de niveau préuniversitaire et visant accroître la mobilité horizontale et latérale des étudiants à lintérieur du système;
· réorientation des axes de lenseignement technique et de la formation professionnelle en fonction des besoins actuels et futurs des employeurs et intervention des partenaires sociaux dans les processus de décision moyennant la mise en place de mécanismes de communication structurés.
Les réformes de lenseignement technique et de la formation professionnelle ont été amorcées avec des écoles pilotes où lon a chargé le personnel, au niveau local, délaborer de nouveaux programmes et de nouvelles méthodes de travail. Cette démarche témoigne à la fois dun changement de mentalité et du caractère démocratique des réformes menées en Europe centrale et orientale.
Un de ses points faibles était le manque relatif déléments dorientation émanant du centre, surtout dans la phase de démarrage des réformes lorsquil ny avait pas encore de politique générale de la réforme de lenseignement et de la formation, que les institutions de soutien nexistaient pas ou ne savaient pas bien quel était leur rôle, quon navait adopté au niveau national ni un modèle revu et corrigé délaboration des programmes ni de nouvelles normes de qualification axées sur lindustrie... Les écoles se fiaient principalement à elles-mêmes pour élaborer de nouveaux modèles denseignement professionnel. Des donateurs bilatéraux ont ainsi prêté un concours technique à différents modèles de programme, bien que dans certains cas cela ait été fait plus ou moins indépendamment des besoins à satisfaire ou sans souci de la possibilité de reproduire le modèle dans dautres écoles.
Un autre défaut de lapproche des écoles pilotes a peut-être été aussi le fait quelles tendent à former une élite et à sisoler des structures générales de mise en oeuvre de lenseignement et de la formation lorsque les autorités nationales nacceptent pas et ne soutiennent pas - légalement mais aussi financièrement - les initiatives de réforme et nen diffusent pas les résultats dans lensemble du pays.
En conclusion, les efforts de reforme ont particulièrement bien réussi dans les pays où le travail a pu être mené aux niveaux national, régional et local en direction de cibles communes selon une démarche de complémentarité opérant de haut en bas et de bas en haut.
Il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur la viabilité des réformes mises en chantier dans les pays dEurope centrale et orientale, mais voici quels ont été à ce jour les principaux effets de ces initiatives des "écoles pilotes":
· le changement partiel dattitude pédagogique des enseignants (et des élèves) tant à légard de programmes axés davantage sur les nouveaux besoins du marché du travail et les nouvelles méthodes dapprentissage actif, qui en dernière analyse améliorent les perspectives demploi des diplômés;· une modification du style de gestion des écoles;
· les plans détudes, équipements et matériels nouveaux qui ont été mis au point selon une démarche cohérente;
· lamélioration de la communication entre les ministères de léducation et du travail et les ministères sectoriels qui conservent certaines compétences en matière denseignement technique et de formation professionnelle, les administrations régionales et locales, les organisations centrales demployeurs et demployés, les établissements de formation et les divers employeurs de la région;
· une attitude positive à légard des possibilités quune plus grande décentralisation de la gestion de léducation et de la formation offre tant aux établissements de formation quaux autorités locales et régionales;
· de nouvelles approches de lévaluation et de lobtention de la qualité.
Les principaux inconvénients du premier train de réformes de lenseignement technique et de la formation professionnelle dans certains pays dEurope centrale et orientale sont notamment le fait que les programmes de réformes ont en général été lancés sur la base dinformations insuffisantes sur le marché de lemploi. Maintenant seulement, les pays modifient progressivement la nature des réformes introduites dans les programmes: elles sont moins déterminées par lenseignement, plus axées sur la demande et font plus systématiquement appel à la participation de représentants des entreprises. Enfin, il reste à beaucoup de pays à intégrer leurs diverses initiatives de réforme dans le cadre dune politique globale de léducation et de la formation et à fixer les rôles et les fonctions attribués aux différents acteurs du système.
Les nouveaux Etats indépendants et la Mongolie
Les nouveaux Etats indépendants et la Mongolie sont soumis à dénormes pressions économiques et sociales qui ne manquent pas davoir aussi des effets dans le domaine de lenseignement technique et de la formation professionnelle. Avec les coupes effectuées régulièrement dans les crédits affectés par lEtat à léducation et la diminution des contributions naguère versées par les entreprises, il est devenu difficile ne serait-ce que de financer les dépenses les plus fondamentales - traitements des enseignants, bourses détudes et entretien des établissements. Pour couronner le tout, il ny a pas assez de manuels pour mener à bien lapprentissage.
Par ailleurs, lextrême pénurie de ressources financières a eu pour effet de resserrer léventail des activités que les ministères de léducation sont en mesure de conduire. Quelles que soient les idées de réforme envisagées, quil sagisse de la révision des normes de qualification, de la garantie dun budget de base pour les écoles ou de luniversalisation de laccès à léducation et à la formation, leur mise en oeuvre a été lente et difficile. En outre, il ny a pas deffets positifs à attendre de la décentralisation de la responsabilité de la gestion de lenseignement technique et de la formation professionnelle au bénéfice des autorités régionales si elle ne saccompagne pas de lattribution de fonds ou de possibilités de création des revenus.
Les écoles en sont de plus en plus réduites à gérer la crise. Pour survivre, elles doivent se mettre en quête de sources de revenus complémentaires. Cest souvent la vente de produits manufacturés ou de services fournis par les élèves dans le cadre dune "école de production" qui leur permet de subsister.
Pour les employeurs comme pour les syndicats, lenseignement technique et la formation professionnelle ne figurent pas actuellement en tête des priorités. Le ministère des affaires sociales ou celui du travail ont pris conscience des énormes besoins à satisfaire en matière de formation des adultes pour étayer les processus de restructuration économique. Cependant, ces ministères aussi sont pauvres et la majeure partie de leurs maigres ressources servent à payer les indemnités de chômage.
Il ny a pratiquement pas de fonds publics à investir dans linfrastructure scolaire ou la modernisation de lenseignement technique et de la formation professionnelle. Il ny en a pas davantage pour financer la formation ou le recyclage dont les enseignants ont le plus grand besoin. Dans un tel climat, il devient difficile de parler dinnovation.
Certains projets de réforme ont été lancés dans des établissements pilotes avec le soutien de bailleurs de fonds internationaux ou bilatéraux, en accord avec les autorités nationales. Comme on lindique au chapitre 2 du présent document, des programmes Tacis de lUnion européenne visant à réformer le secteur de lenseignement technique et de la formation professionnelle ont été mis en chantier en 1998 en Moldavie, en Fédération de Russie et en Ouzbékistan. Dans la région de la Russie du Nord-Ouest, la Fondation européenne pour la formation coordonne un projet qui est cofinancé par divers bailleurs de fonds. Son objectif général est lexpérimentation pilote dun modèle innovant denseignement technique et de formation professionnelle. Tous les projets ci-dessus visent principalement des réformes des programmes et des mutations institutionnelles au niveau des établissements et à celui de ladministration. Cest un début prometteur; il faut aller plus loin.
Dans les années à venir les nouveaux Etats indépendants et la Mongolie devront satteler à la rude tâche de lancer, comme leurs voisins dEurope centrale et orientale, des réformes conséquentes de lenseignement technique et de la formation professionnelle. Mais on ne saurait opérer de grands changement sans que soit assurée au préalable la stabilité politique et économique.
LES PRINCIPALES FONCTIONS DE LA FORMATION DANS LA PERIODE DE TRANSITION ET LES IMPERATIFS QUI EN RESULTENT
Dans les pays en transition lenseignement technique et la formation professionnelle remplissent une fonction corrective, une fonction dadaptation et une fonction daction prévisionnelle, fonctions mutuellement liées, révélatrices du sens de cet enseignement et de cette formation, qui est:
· détayer et de motiver le processus de transformation économique et sociale;· dempêcher et de combattre lexclusion sociale des personnes défavorisées sur le marché du travail;
· de parer aux effets de mutations technologiques constantes et aux incertitudes du marché du travail.
Le suivi des reformes déjà mises en chantier dans les pays dEurope centrale et orientale et dans les nouveaux Etats indépendants doit amener ces pays à répondre aux impératifs énumérés ci-après, qui auront de fortes répercussions sur leurs systèmes denseignement technique et de formation professionnelle.
Lanticipation
Anticiper lévolution future des qualifications et du marché est un impératif capital pour les pays en transition car cest à ce prix que leurs systèmes de formation seront adaptés en permanence et que leurs entreprises deviendront compétitives et/ou le resteront. Il y a des dispositifs institutionnels bien structurés à mettre en place pour anticiper lévolution de lemploi et des qualifications professionnelles. Il faut créer des mécanismes de coordination permettant dutiliser les prévisions à bon escient dans la formation professionnelle initiale et continue, dans lorientation professionnelle et dans le travail des organismes de placement. Il faut, en outre, améliorer la capacité qua chaque entreprise didentifier les qualifications et les formations dont elle a besoin.
Dans ce contexte, il importe sans cesse davantage de comprendre le marché du travail et de prédire son évolution, de comprendre aussi comment évoluent les qualifications et quelles structures résultent des modifications intervenant dans les produits, la technologie et les formes dorganisation du travail.
Une bonne anticipation suppose lexistence:
· dun partenariat social bipartite et tripartite dans les actions visant à anticiper le changement et à y réagir;· dune base de recherche crédible pour faciliter la capacité dadaptation des établissements denseignement technique et de formation professionnelle aux changements intervenant dans la structure des emplois et des qualifications;
· dinstitutions capables dintégrer lanticipation aux politiques industrielles et à la gestion des entreprises elles-mêmes.
En labsence de directives claires concernant le développement économique, le secteur de lenseignement technique et de la formation professionnelle pourra consulter le Ministère de léconomie, celui du travail et dautres ministères sectoriels en rapport avec eux, et prendre linitiative dentreprendre des analyses sectorielles ou régionales pour évaluer les perspectives de développement économique et demploi, ainsi que les capacités et les besoins de formation.
Formation à la gestion
"Les chefs dentreprise expérimentés détiennent les clefs de la croissance." (2) Une étude de cas réalisée en République tchèque a révélé que les entreprises dont les actionnaires étrangers avaient aussi investi dans la formation des dirigeants obtenaient de bien meilleurs résultats que les entreprises locales dont les dirigeants navaient pas été formés.
2 Ernesto Preatoni dans The Baltic Times, 15-21 octobre 1998
Les entreprises des pays dEurope centrale et orientale et des nouveaux Etats indépendants qui sont en train de sadapter à un nouveau mode de vie économique ont besoin, pour accroître leur compétitivité, de révolutionner leur conception de la gestion et de se doter des compétences correspondantes. La réorganisation des entreprises nécessite de la part de dirigeants et de chefs dentreprise qui opèrent dans un contexte de changement permanent la capacité de jouer des rôles qui se différencient de celui dautocrate sourcilleux. Cela passe nécessairement par la création de nouvelles cultures de lentreprise et de la gestion.
Pour être capables dintégrer et de faire fonctionner les nouvelles structures organisationnelles, les dirigeants doivent être formés à:
· décentraliser le pouvoir de décision, élargir le champ des responsabilités confiées aux travailleurs (en particulier par rapport à lexigence de qualité) et encourager linnovation;· aplanir les structures hiérarchiques, en introduisant dans la fonction de gestion de nouveaux rôles de modération, danimation et de conseil;
· intégrer les fonctions de "la tête et la main" sur le lieu de travail en formant avec des travailleurs polyvalents tenus responsables de leur travail des équipes chargées de tâches multiples.
Il faut que les dirigeants nhésitent plus à investir dans de nouveaux systèmes de formation, dorganisation et de mise en valeur des ressources humaines. La formation doit être analysée comme un investissement à long terme et comme un moyen dappliquer des stratégies de développement des affaires. On manque encore de grands programmes de formation et de soutien des nouveaux dirigeants, en particulier pour les PME.
Amélioration de la formation technique et professionnelle initiale
Pour améliorer la faculté dadaptation de lenseignement technique et de la formation professionnelle aux nouveaux impératifs du marché, il faut mettre en oeuvre et prolonger des réformes visant plus particulièrement:
· à adapter les infrastructures scolaires et les programmes existants aux nouvelles priorités économiques;· à poursuivre la réforme des qualifications jusquà ce quelles correspondent plus étroitement aux besoins du marché du travail;
· à accroître les investissements dans lenseignement technique et la formation professionnelle pour être en mesure de promouvoir linnovation et dobtenir de plus hauts niveaux de participation et dacquisition;
· à recréer des liens entre les établissements denseignement technique et de formation professionnelle et le monde du travail et des entreprises;
· à privilégier davantage lacquisition de compétences transversales ("compétences essentielles"), et notamment de qualifications technologiques, sociales, organisationnelles, linguistiques, culturelles et entrepreneuriales, moyennant des apprentissages de type actif.
Tout ce qui précède tend à améliorer lemployabilité des jeunes.
Formation continue
La profonde importance de la formation continue saffirme de plus en plus sous leffet des grandes mutations de la société et de la situation de lemploi. Il faut mettre en place des programmes de formation continue sur une échelle bien plus grande que ce qui se fait actuellement, pour étayer et stimuler les processus de guérison, de conversion et de diversification économiques.
Les objectifs économiques de la formation continue dans le contexte de la transition sont:
· daugmenter lefficience et la croissance,
· déviter les pénuries de qualifications risquant dentraver la croissance,
· daméliorer largement la productivité et la compétitivité,
· dattirer des investisseurs extérieurs.
Dans le contexte des grands ajustements structurels, la formation continue peut faire le lien entre lactivité économique du passé et celle de lavenir, assurer ladaptation des connaissances et des qualifications de la main-doeuvre en fonction des changements déjà survenus ou vraisemblablement appelés à se produire sur le marché du travail.
A cet égard, la formation continue devrait non seulement assurer la mise à jour des qualifications et lamélioration des compétences sur une plus grande échelle, mais aussi préparer les travailleurs à occuper des emplois en train de se constituer dans de nouveaux domaines dactivité économique. La formation continue doit ici tenir compte du fait que les sociétés des pays dEurope centrale et orientale et des nouveaux Etats indépendants vont sans doute se détourner des industries lourdes, dangereuses pour lenvironnement et à forte intensité de main-doeuvre et de la production de matières premières et de produits semi-ouvrés. Elles se tourneront de préférence vers des produits et des services de pointe et de haute qualité. Ces pays ont aussi toutes chances dévoluer, à linstar dautres pays industrialisés, vers une économie axée sur les services. Une telle évolution concernera aussi le secteur de la production où seront privilégiés des services tournés vers la distribution et lentretien des produits et vers la conception de produits nouveaux ou la recherche et le développement les concernant.
En outre, comme dans dautres sociétés industrielles, les entreprises seront soumises à lobligation de satisfaire à des normes techniques et de qualité qui ne cesseront de sélever. Lexpérience des pays occidentaux montre que la hausse escomptée de la productivité ne peut avoir lieu que si lon a suffisamment investi dans la formation de la main-doeuvre ou la réorganisation de la production au sein des entreprises. Les PME ont besoin à cet égard dun soutien spécial car il leur est particulièrement difficile dintégrer les technologies les plus récentes ou les meilleures façons de procéder à leurs modalités et leurs méthodes de travail.
Former pour combattre lexclusion sociale
Jusquà présent, les réformes ont été axées principalement sur des développements standards, quil sagisse de lévolution ou des élèves. Cependant, compte tenu de lampleur prévisible du chômage, il importe doctroyer une aide spéciale aux chômeurs de longue durée et aux personnes désavantagées en quelque autre façon, notamment les jeunes avec ou sans qualifications suffisantes, les personnes âgées, les femmes, les minorités ethniques et autres groupes minoritaires, afin de leur donner de meilleurs atouts sur le marché de lemploi et de les aider à trouver leur place dans la société nouvelle. Il est à prévoir quen labsence de cette sorte daide, ces groupes se verraient repoussés de plus en plus à lécart du marché du travail et souffriraient dune exclusion sociale croissante.
Le train de mesures doit être ajusté de manière à répondre au cas de chacun et à permettre à toute personne de suivre un ensemble planifié de modules de formation, dinstruction, de travail temporaire et dexpérience professionnelle. Les mesures appliquées au marché du travail devraient être liées au développement des collectivités locales et à la prestation de services sociaux, de santé et de sécurité sociale. Chacun pourra participer à diverses activités, notamment de conseil, dinstruction et de formation professionnelles et de travail, facilitées par divers prestataires, mais planifiées de manière intégrée et coordonnée.
Mesures daccompagnement
Les mesures dappoint destinées à renforcer lefficacité des mesures de formation indiquées ci-dessus devraient porter principalement sur la formation des formateurs et des enseignants, les modalités dévaluation et de certification, le développement de linfrastructure et lévaluation permanente des activités de mise en valeur des ressources humaines. Elles concernent aussi la nécessité de faciliter laccès aux qualifications en traçant des itinéraires de progression horizontaux et verticaux traversant les système déducation et de formation, en levant les obstacles qui barrent la route de lenseignement et de la formation de haut niveau et en créant des passerelles reliant diverses voies de parcours.
CONCLUSION
II nest plus possible désormais de réserver exclusivement la formation aux jeunes. Il faut équiper et former la totalité de la main-doeuvre potentielle. Cette proposition sapplique tout particulièrement aux pays en transition.
Il y a une interaction dialectique entre léconomie et la mise en oeuvre de lenseignement technique et de la formation professionnelle; en effet, la réforme de lenseignement technique et de la formation professionnelle ne fait pas quaccompagner les réformes économiques et la libéralisation générale du système, elle les motive et les provoque dans une large mesure, et la réciproque est vraie. Pour maîtriser le processus de transition et enclencher un progrès social et économique qui soit tout à la fois équilibré et durable, armé de compétences et animé dun esprit dadaptation et dinnovation, il faut préparer les gens par des mesures de formation et de recyclage.
Il est impératif que les principaux acteurs du système - à savoir lEtat, les établissements, les enseignants et les "clients" que sont les étudiants, les parents, les employeurs et les employés - modifient radicalement leur comportement.
Il faut des politiques équilibrées visant:
· à la stabilité macro-économique moyennant un ciblage des ressources,· à serrer les coûts et à mobiliser des moyens financiers supplémentaires,
· à promouvoir des choix déducation pour les jeunes et les adultes,
· à introduire des incitations et à mettre en concurrence les prestataires de services denseignement et de formation,
· à réguler les marchés du travail en y imposant des normes de qualification,
· à faire en sorte que tous puissent accéder aux services denseignement et de formation, y compris les catégories qui actuellement victimes dexclusion,
· à renforcer la capacité institutionnelle dapplication des réformes.
Ce nest pas la promulgation dune nouvelle législation qui conditionne essentiellement le développement du système denseignement technique et de formation professionnelle; dabord et avant tout, il faut enclencher de nouveaux processus caractérisés par leur ouverture et par la possibilité de mobiliser toutes les connaissances nationales et internationales disponibles pour résoudre des problèmes précis. On peut aborder la modernisation en commençant par proposer des expériences nouvelles et des processus dapprentissage à tous les participants. Mais il faut savoir que, comme dans tout apprentissage, les changements quon désire obtenir ne se produisent pas spontanément mais grâce à un travail guidé attentivement et au soutien de tous les partenaires intéressés.
Note explicative
Le présent document a été établi par la Fondation Européenne pour la formation (ETF).
La Fondation européenne pour la formation est une des agences de lUnion européenne. Elle a été créée en mars 1990 avec pour mission de promouvoir la coopération et la coordination de laide dans le domaine de la réforme de lenseignement technique et de la formation professionnelle dans les pays dEurope centrale et orientale, les nouveaux Etats indépendants et la Mongolie (dits pays partenaires). En juillet 1998, le mandat de la Fondation a été prorogé avec un champ dapplication géographique élargi aux pays admis à bénéficier du soutien du Programme MEDA.
Par ailleurs, la Fondation fournit une assistance technique à la mise en oeuvre du programme Tempus de coopération entre lUnion européenne et les pays dEurope centrale et orientale, les nouveaux Etats indépendants et la Mongolie dans le domaine de lenseignement supérieur.
Les activités de la Fondation européenne pour la formation ont lieu principalement dans le cadre des programmes Phare, Tacis et MEDA dassistance et de partenariat avec les pays partenaires de lUnion européenne.
Le champ dactivité de la Fondation sétend à tout le domaine de la formation professionnelle, à savoir la formation professionnelle initiale et continue ainsi que le recyclage des jeunes et des adultes, notamment en matière de formation à la gestion.
Pour plus amples renseignements sur les activités de la Fondation, veuillez consulter notre site web (www.etf.eu.int) ou prendre contact avec le Département de linformation et des publications, Fondation européenne pour la formation, Villa Gualino, Severo 65, 1 - 10133 Torino.
Tél: +39 011 630 22 22
Fax: +39 011 630 22 00
Courrier
él.:
info@etf.eu.int