Aider les gens à vivre avec la trypanosomose

 

Aider les gens à vivre avec la trypanosomose, une des principales entraves au développement agricole en Afrique


Un nouveau programme multilatéral a été créé pour lutter contre un des obstacles les plus importants au développement agricole en Afrique, la trypanosomose, une maladie qui touche aussi bien les hommes que les animaux. Le nouveau Programme de lutte contre la trypanosomose en Afrique est le fruit d'un constat d'échec: les efforts engagés depuis près de cent ans pour lutter contre la maladie n'ont pas abouti à des solutions réelles et durables.

La principale "réussite" de la lutte contre la trypanosomose est l'emploi non contrôlé de médicaments par des éleveurs qui, lorsqu'ils peuvent se le permettre, achètent et appliquent sans supervision les trypanocides. Malgré ces efforts, la maladie demeure aujourd'hui un obstacle aussi important au développement agricole qu'il y a 40 ans.

Un tiers du continent africain est affecté par la trypanosomose et par l'insecte qui la transmet d'un animal à l'autre, la glossine ou mouche tsé-tsé. La maladie touche presque tous les grands animaux domestiques, ovins, caprins, bovins et chevaux. Elle constitue une entrave importante au développement agricole et rural car elle empêche les agriculteurs d'exploiter pleinement des terres fertiles. Sans animaux de trait pour tirer leurs charrues, ils doivent cultiver leurs champs manuellement, un travail lent et pénible qui limite les superficies ensemencées, les récoltes et la production vivrière.

Ethiopie: les animaux de trait permettent aux agriculteurs de mettre plus de terres en culture et de produire davantage de denrées alimentaires

Une étude réalisée suite à un programme de lutte contre la mouche tsé-tsé conduit avec succès dans la vallée de la Haute Didessa en Ethiopie a constaté que les terres cultivées avaient augmenté de plus de 380 pour cent, simplement parce que les paysans avaient pu introduire des animaux de trait.

Lorsqu'ils n'en meurent pas, les animaux domestiques touchés par la trypanosomose sont émaciés et anémiques, ce qui a des conséquences négatives sur leur reproduction, la production laitière et leur force de travail. D'après certaines estimations, la trypanosomose diminue la densité de bétail dans des proportions pouvant atteindre 70 pour cent dans les zones humides où une végétation abondante fournit un habitat propice à la glossine. Dans les zones subhumides plus arides, où la végétation est concentrée le long des rivières et autres étendues d'eau, la densité du bétail est réduite de 37 pour cent.

La "maladie du sommeil", la forme humaine de la trypanosomose, est présente dans des secteurs précis dans l'ensemble des vastes zones infestées par les glossines. Mais ces épidémies sporadiques provoquent des ravages énormes dans les populations locales. Il n'est pas rare que près de 40 pour cent de la population des villages affectés soit touchée et la maladie est souvent fatale si elle n'est pas traitée rapidement. Au cours des dix dernières années, la situation épidémiologique chez les humains s'est fortement détériorée et se rapproche aujourd'hui de ce qu'elle était dans les années 30.

Le Programme de lutte contre la trypanosomose africaine trouve ses origines dans la prise de conscience des raisons profondes de l'absence de progrès réalisés dans la lutte contre la maladie, soit l'absence de ciblage et de collaboration, que ce soit entre les disciplines ou entre les pays. Le Secrétariat du Programme est une alliance interinstitutions qui mobilise les compétences de quatre grandes organisations internationales: la FAO, l'Organisation mondiale de la santé, l'Agence internationale pour l'énergie atomique et le Bureau interafricain des ressources animales de l'Organisation de l'unité africaine. Dans son ensemble, le Programme est une coalition internationale rassemblant 37 nations africaines affectées, des instituts de recherche et des organismes et pays donateurs.

Le Programme a élaboré des plans d'action de lutte contre la maladie chez les humains et chez les animaux et se concentre sur le développement agricole et la production vivrière et sur la maîtrise des nouvelles épidémies de maladie du sommeil. Pour la maladie animale, un plan d'action en cinq points a été élaboré:

  • examen de l'impact de la trypanosomose animale sur l'agriculture;
  • identification des zones où la lutte contre la maladie donnera les meilleurs résultats;
  • identification des techniques de prévention et de lutte contre la maladie les plus indiquées pour les zones retenues;
  • suivi de l'application des techniques;
  • vérification de l'efficacité des techniques appliquées.

Plusieurs pays ont déjà commencé à mettre en oeuvre ce plan d'action. Les techniques de lutte contre la maladie et le vecteur qui seront utilisés dans le cadre du Programme comprennent:

  • les médicaments curatifs, qui soignent la maladie sans assurer pour autant une protection durable;
  • les médicaments prophylactiques, qui sont habituellement administrés tous les trois mois;
  • la lutte contre le vecteur à l'aide de:
    • pièges
    • cibles enduites d'insecticides
    • animaux enduits d'insecticides.

L'emploi d'animaux trypanotolérants est également indiqué dans certaines régions, quoique presque exclusivement en Afrique de l'Ouest. En raison de leur plus petite taille et de leur productivité inférieure à celle des races non trypanotolérantes, ces animaux ne sont guère appréciés des paysans et les caractéristiques de trypanotolérance sont rapidement diluées par les croisements. Des travaux de recherche à long terme sur l'utilité de ces races sont actuellement en cours dans le cadre du Programme.

Dans de nombreux pays, la trypanosomose et la pauvreté vont de pair. Les médicaments nécessaires pour traiter ou prévenir la maladie sont coûteux et donc inabordables pour les paysans pauvres. La maladie du sommeil réduit encore leur productivité. Le Programme de lutte a renoncé pour le moment au rêve d'une éradication totale d'une maladie qui couvre 9 millions de kilomètres carrés et qui est propagée par 23 espèces de glossines pour se concentrer sur le meilleur usage possible des connaissances et des ressources disponibles afin de rompre ce cercle vicieux et de permettre aux paysans de gérer la maladie et d'échapper au piège de la pauvreté.

28 mai 1998

 

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