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Evolution des systèmes fonciers en Albanie: la microrégion de Preza (Tirana), Première partie

par A. Civici, E. Goçaj et L. Shuke
Professeurs à l'Université d'agriculture de Tirana
A. Heta
Etudiant à l'Université d'agriculture de Tirana
B. Giorgi-Laurent
Consultante indépendante
P. Groppo
Service des régimes fonciers (SDAA) de la FAO
extrait de le bulletin Réforme agraire, colonisation et coopératives agricoles, 1996 (FAO, 1997)

Introduction

L'Université d'agriculture de Tirana et le Service des régimes fonciers de la FAO (SDAA) ont entrepris la validation d'un outil méthodologique pour la réalisation de diagnostics des systèmes fonciers. Considérant l'importance centrale de la question foncière pour le développement rural du pays, et la limitation des connaissances détaillées sur les différents types d'unités de production, il a été décidé de commun accord de procéder de la manière suivante:
  • bref cours théorico-pratique pour un groupe sélectionné de professeurs et d'étudiants de l'Université en matière de diagnostic rapide;

  • validation de l'outil proposé à l'échelle de deux microrégions.
Cet article est centré sur la microrégion de Preza, proche de la capitale Tirana.

L'approche méthodologique utilisée (Diagnostic des systèmes agraires), en cours d'élaboration par la FAO, appartient à la famille des méthodes systémiques. Ces méthodes ont pour objectif d'appréhender la complexité agraire dans sa dynamique. L'attention ne porte pas seulement sur l'analyse des éléments constitutifs de la réalité agraire, mais plutôt sur leurs interactions, leurs origines et effets, pour arriver à proposer une stratégie d'action par objectifs clairement identifiés et hiérarchisés.

Dans cette approche, l'élaboration d'une typologie représente une étape essentielle du travail, parce qu'elle répond à une constatation et à une préoccupation partagées par tous les acteurs du développement. La grande hétérogénéité qui existe entre les unités de production paysannes, même dans des espaces territoriaux extrêmement limités, nécessite la mise en évidence de cette diversité afin de promouvoir un appui différencié qui prenne en compte les facteurs limitants et les objectifs spécifiques à chaque unité de production.

Aperçu sur l'évolution récente de l'agriculture albanaise

L'agriculture albanaise a connu différentes étapes dans son développement. Nation encore dotée de structures semiféodales à la veille de la seconde guerre mondiale, et dont l'agriculture, tout en créant les neuf-dixièmes du produit intérieur, ne parvenait pas à assurer l'alimentation de la population nationale, l'Albanie a depuis, tout en s'industrialisant, modifié radicalement son agriculture. A cette époque, seules 10,2 pour cent des terres étaient emblavées en maïs, blé et autres céréales. Labourées à l'aide d'instruments rudimentaires (notamment l'araire en bois), les terres emblavées n'étaient que rarement amendées et ne recevaient qu'exceptionnellement des engrais chimiques, tandis que la plupart des plaines restaient le domaine des marais.

Le régime d'appropriation du sol contribuait à freiner l'essor de la production agricole, en laissant une grande partie des terres à un petit nombre de propriétaires absentéistes (3 pour cent des propriétaires contrôlaient 40 pour cent de la surface agricole alors que 91 pour cent des paysans possédant une superficie inférieure à 1 ha en contrôlaient 30 pour cent) dont les vastes domaines, confiés à des régisseurs, servaient à l'élevage extensif des ovins.

Immédiatement après la seconde guerre mondiale, le secteur agricole a connu de grandes réformes. La première préoccupation du gouvernement d'après-guerre concernait le problème foncier. Une loi promulguée en janvier 1945 annulait toutes les anciennes dettes de fermage et fixait pour les années 1944/45 une réduction de leurs coûts jusqu'à 75 pour cent. En mai de la même année, l'ensemble du système d'irrigation fut nationalisé. La loi sur la réforme agraire fut promulguée en août 1945. Aux termes de cette loi, les domaines de l'Etat, les propriétés des institutions religieuses et toutes les terres privées d'une superficie supérieure à l'étendue prévue par la loi furent expropriés sans indemnisation.

Conscients du profond attachement à la propriété du sol chez la plupart des paysans, les pouvoirs publics ont délibérément choisi de ne pas brusquer l'évolution de la réforme foncière et de ne procéder que graduellement à la collectivisation. Les paysans opposèrent une certaine résistance aux premières mesures de collectivisation édictées entre 1948 et 1950, mais allèrent jusqu'à se rebeller ouvertement contre celles édictées en 1950. Ensuite, les mauvaises récoltes de 1953 incitèrent les pouvoirs publics à plus de prudence, et la collectivisation des terres, au milieu des années 50, était encore loin d'être achevée.

La terre fut légalement proclamée propriété d'Etat, ne conférant aux coopératives agricoles et à leurs membres qu'un simple droit d'usage. Le résultat de cette politique fut la concentration du processus productif en un nombre très limité de coopératives et de fermes d'Etat. Pendant une première phase, jusqu'en 1960, 1 500 coopératives villageoises furent créées; par la suite, leur nombre fut réduit (par regroupement en unités supérieures) jusqu'à 600 coopératives agricoles d'une superficie moyenne de 750-800 ha et 120 fermes d'état d'une superficie moyenne de 1 500 ha.

Pendant la période du régime communiste, la propriété foncière privée subit continuellement des diminutions jusqu'à disparaître complètement vers 1967, à l'avènement du processus de collectivisation. Les exploitations familiales, qui devaient avoir disparu dès 1960, continuèrent cependant à subsister dans les Alpes albanaises jusqu'au début des années 70. Les traditions d'indépendance vis-à-vis de l'autorité dans ces régions difficiles d'accès ont alors dû céder devant la pression exercée par les pouvoirs publics. L'exploitation familiale albanaise ne survécut plus, à partir de cette époque, que sous la forme de «lopin familial» dans les coopératives. Au début des années 90, le secteur agricole employait 48,4 pour cent de la population totale, tout en contribuant pour 35,9 pour cent au PIB. Depuis 1991, les changements économiques et politiques ont été la cause de la profonde transformation du secteur agricole en Albanie. Les coopératives et les fermes d'Etat ont été détruites et la terre rendue en propriété aux familles paysannes, distribuée en fonction du nombre de membres de la famille (selon une loi approuvée par le parlement). Il en résulta 600 000 petites exploitations agricoles d'une superficie moyenne de 1,4 ha. Actuellement, environ 85 pour cent des exploitations se trouvent à un niveau de subsistance et 15 pour cent seulement ont réussi à dépasser ce niveau.

Dans le but de mieux connaître la dynamique actuelle du secteur paysan, une microrégion a été sélectionnée: la microrégion de Preza, située en Albanie Centrale (district de Tirana).

La microregion de Preza

Situation générale

La commune de Preza (constituée de plusieurs villages) se situe à 25 km de la capitale Tirana dont elle dépend administrativement. Son altitude varie entre 30 et 350 m. Le paysage agraire se caractérise à l'ouest par la présence de collines avec une pente limitée (10-15 pour cent). Sur le terrain accidenté se situent deux villages:
  • Palaq, complètement localisé en zone de colline et dont l'activité principale est essentiellement l'élevage, avec la plupart des revenus assurés par des activités extra-agricoles;

  • Preze Kala (Château de Preza), situé partiellement sur un terrain escarpé où dominent l'olivier et la vigne et partiellement en plaine, où se situent les champs emblavés des paysans.
Le climat est de type méditerranéen, avec des précipitations irrégulières qui varient entre 1 300 et 1 500 mm par an, concentrées dans la période novembre-avril, avec un maximum entre janvier et avril, et une période sèche pendant les mois de juin-août. Deux rivières constituent la principale source d'irrigation des terres cultivées de Preza.

La population de cette commune est généralement autochtone, homogène à la fois d'un point de vue culturel, ethnique et religieux. Depuis la seconde guerre mondiale la population a augmenté et changé de structure. En 1945, il y avait 300-400 grandes familles de 9 à 13 membres. La population totale était de 3 000 habitants. Aujourd'hui à Preza habitent approximativement 1 200 familles avec 4-5 membres en moyenne.

Un des changements les plus significatifs de l'après-guerre a concerné l'éducation. L'analphabétisme a été complètement éliminé et presque 60 pour cent de la population a terminé les études primaires et secondaires.

Développement de l'agriculture

Les étapes marquantes de l'histoire agraire récente peuvent être schématisées comme suit:
  • Avant 1946. Pendant cette période, le système foncier était essentiellement de type féodal. D'après une analyse historique, il a été possible de ranger les paysans de cette époque en quatre types: i) les valets et les agriculteurs pauvres avec peu ou pas de terre (1-2 ha); ii) les agriculteurs à revenus moyens avec 10-30 ha; iii) les agriculteurs riches avec 30-60 ha; et iv) deux propriétaires avec de très grandes superficies (jusqu'à 1 000 ha). Les valets et les paysans avec peu ou sans terre étaient employés par les grands propriétaires selon le principe de la dîme. Les systèmes de production étaient généralement de type polyculture - élevage, sans mécanisation. Les principales cultures agricoles étaient le blé, le maïs, l'avoine et quelques légumes; l'élevage était constitué essentiellement de bovins, ovins et de volailles. Les variétés utilisées étaient autochtones et leurs rendements étaient faibles par manque d'irrigation, utilisation limitée d'engrais chimiques et pesticides ainsi que par absence de mécanisation.

  • 1946-1960. Cette période coïncide avec la réforme agraire: les grandes disparités foncières furent éradiquées. Cette étape peut être divisée en deux temps:

    1. 1946-1957: cette période coïncide avec la toute première phase de la réforme, lorsque la terre expropriée en 1945 fut distribuée gratuitement aux familles ne possédant que peu ou pas de terre du tout. Chaque chef de famille se voyait attribuer jusqu'à 5 ha, avec interdiction de vente et de location. Les systèmes de production restèrent les mêmes qu'auparavant (niveau technique). Une partie des terres expropriées en 1945 ne fut pas répartie mais devint propriété d'Etat et fut le berceau, dès 1946, des premières coopératives. La fondation de coopératives a permis d'amorcer un processus d'amélioration productive, via la création des premières stations de machines et de tracteurs et l'introduction de variétés au potentiel productif plus élevé, importées essentiellement d'Union soviétique et de Yougoslavie.

    2. 1957-1960: cette période correspond à la fin de la propriété privée en Albanie. Les petites coopératives villageoises ont été obligées de s'associer en une seule coopérative incluant le village entier. Les coûts de production et les dépenses de gestion ont baissé, il y a eu une concentration des intrants de production, qui ont créé des conditions favorables à l'augmentation des rendements et de la production totale.

  • 1960-1967. Cette période représente un tournant dans le développement de l'agriculture dans cette zone. Au cours de cette époque, le système d'irrigation et de drainage fut mis en place, ainsi que le processus d'aménagement du territoire.

  • 1967-1990. Pendant cette période l'utilisation de la mécanisation et des intrants chimiques s'est généralisée, permettant un certain essor des coopératives, au moins pendant les premières années. C'est à l'époque des coopératives agricoles qu'on relève les niveaux les plus hauts des rendements, de mécanisation, d'organisation de la production, d'utilisation de nouvelles variétés, de concentration et de spécialisation de la production, etc. La transformation progressive des coopératives en de simples lieux d'exécution de décisions (prises à d'autres niveaux, sans connaissance des situations locales), sans place laissée aux initiatives paysannes et les paysans transformés en ouvriers agricoles, mena à l'effondrement du système qui continua à fonctionner seulement grâce aux énormes subventions de la part des pouvoirs publics. Quand ces transferts ne purent plus être maintenus, le système implosa.

  • Après 1990. Conformément aux réformes effectuées durant cette période, la terre fut distribuée de manière égalitaire à chaque habitant (0,25 ha par habitant) des villages de la commune, membre de l'excoopérative agricole. Suite à cette distribution, des exploitations familiales d'une superficie de 1 à 2,5 ha (répartis en deux ou trois lopins séparés) ont vu le jour.

    Les premières années de la transition ont été accompagnées d'une régression au plan productif, tant en termes globaux (superficies réduites) qu'en terme de productivité par hectare (dégradation du système d'irrigation et de drainage). Cependant, peu à peu, les agriculteurs (au moins une partie d'entre eux) commencèrent à montrer des signes de reprise en se familiarisant avec l'économie de marché et en réorientant leurs systèmes de production.

La distribution de la terre aux membres des excoopératives agricoles a parfois été accompagnée de conflits entre les anciens et les nouveaux propriétaires. Ainsi entre 10 et 15 pour cent des familles de la commune ont encore des litiges fonciers à régler et par conséquent, sont empêchées de mettre en valeur la superficie qui leur revient légalement. Les seules sources de revenus pour ces familles sont la partie de terrain qui éventuellement n'est pas objet de conflits et les activités extra-agricoles (enfants émigrés, travail dans des firmes privées, etc.).

Zonage du territoire étudié

Preza a une surface totale de 1 690 ha, dont 1 380 ha sont constitués de terre arable. Avant 1990, de ces 1 380 ha, plus de 700 ha étaient irrigués. L'irrigation était réalisée par six stations de pompage sur les deux rivières qui traversent la zone (Tèrkuza et Tirana). Actuellement seulement 200 ha sont irrigués à l'aide de trois stations de pompage.

Pour faire le zonage du territoire de Preza on a utilisé toutes les données disponibles: informations cartographiques, agropédologiques et agrochimiques, socioéconomiques, etc. Etant donné que Preza est une région homogène du point de vue démographique, coutumier et religieux, et qu'il n'y a pas une grande différence socioéconomique entre les agriculteurs, les critères suivants ont été retenus: les caractéristiques agropédologiques et agrochimiques des sols; et les systèmes productifs appliqués par les agriculteurs. Le choix de ces critères permet de délimiter la terre productive (1 475 ha), la terre non productive (215 ha) coïncidant avec le village Palaq.

Dans la partie productive trois zones peuvent être identifiées:

  • La zone 1 avec une superficie de 200 ha (Ndèrmjetèse et Bashkozè et une partie de Fushe-Preza). Les sols de cette zone ont une haute productivité et le système de production le plus utilisé est légumes-élevage-céréales, bien que ces terres soient aptes à toutes les cultures. Cette zone, située entre les deux rivières, est bien aménagée. Toute la superficie jouit d'un système d'irrigation en bon état.

  • La zone 2 avec une superficie 965 ha. (Fushe-Preze, Ahmetaq, Preze Qender). Les terres de cette zone ont une productivité moyenne et basse et peuvent être divisées en deux sous-zones: la sous-zone 2a, dont les terres ont une fertilité plus basse et ne sont plus irriguées (le système d'irrigation a été détruit après 1990) et se situent entre les collines et la route principale; la sous-zone 2b, dont les terres, partiellement irrigables, ont une bonne fertilité et se situent à l'est de la route principale. Les systèmes de production appliqués sont divers mais le plus utilisé est céréales-élevage-légumes- céréales-élevage-fourrages. Les terres de cette sous-zone ont une haute potentialité productive qui nécessiterait une amélioration du système d'irrigation.

  • La zone 3 avec une superficie de 310 ha (située sur la partie des collines du territoire de la commune auprès de la sous-zone 2 ou de la plaine). Le niveau de fertilité des terres est bas et le paysage est dominé par l'olivier, la vigne et les arbres fruitiers. En général cette zone inclut les agriculteurs qui ont une partie de leur propriété dans la plaine. Le système productif le plus appliqué est arbres fruitiers/oliviers- céréales-élevage-fourrages.

Typologie

Dans la commune de Preza habitent environ 1 200 familles. Il y a une coïncidence presque parfaite entre l'unité de production, celle de consommation et celle d'habitation, le tout pouvant se résumer à l'unité de production familiale (UPF). Les entretiens approfondis réalisés au cours du travail de terrain ont été analysés conformément à la problématique générale de l'étude, dans l'objectif d'identifier le niveau d'accumulation et la reproductibilité des UPF. Il a ainsi été possible d'élaborer une typologie en deux grands types d'unité de production familiale, chaque type se subdivisant à son tour en différents sous-types. Ces deux types peuvent être repérés sur la base d'un critère économique synthétique: la marge nette agricole par actif. Dans la figure 1, on a situé les unités enquêtées en fonction de la superficie disponible et de la marge nette par actif; le seuil de reproduction ayant été fixé à 750 dollars par actif sur la base des calculs du gouvernement:
  • au-dessous de 750 dollars par actif (type I), les systèmes ne sont pas reproductibles; des revenus complémentaires sont nécessaires à la survie des exploitants;

  • au-dessus de 750 dollars par actif (type II), les systèmes permettent une accumulation.

FIGURE 1 - Typologie des producteurs

Description des différents types de système

Type I: les paysans pauvres. Les agriculteurs de ce type sont généralement des autochtones vivant à Preza depuis des décennies, mais on trouve également des agriculteurs installés au cours des dernières années (émigrés des zones montagneuses du pays). Ces paysans sont parmi les plus pauvres et tous présentent une superficie très limitée par actif, par conséquent l'intégration des revenus avec d'autres activités devient essentielle pour leur survie.

Dans ce groupe se trouvent également les familles qui ont des conflits fonciers non résolus avec les anciens propriétaires, ce qui limite la possibilité d'utilisation des terres qui leur ont été attribuées par la loi (en général leur stratégie est axée sur le jardin potager autour de la maison), aussi bien que les paysans qui ont reçu de la terre dans les zones 2/a et 3 et, enfin, les familles qui ont reçu de la terre mais qui n'ont pas l'intention de la travailler.

Ce groupe peut être subdivisé en trois sous-types:

  • le sous-type Ia où domine un système de production céréales-élevage-fourrages; ces UPF ont reçu la terre selon la loi sans avoir de conflits avec les anciens propriétaires;

  • le sous-type Ib: les UPF de ce sous-type ont des conflits avec les anciens propriétaires et sont empêchés d'utiliser une partie de leur terre;

  • le sous-type Ic est représenté par des familles qui ont reçu de la terre (en tant que membres du village) mais sans avoir la capacité technique de la cultiver.
Sous-type Ia: les agriculteurs semi-pauvres. Cette catégorie d'agriculteurs, installés dans la zone 2/a et partiellement dans la zone 2/b, vit essentiellement grâce aux revenus qu'ils tirent de leur exploitation (complétés par les revenus du travail extra-agricole). Le niveau des revenus agricoles varie entre 500 et 730 dollars EU par actif. Le système de production est céréales-élevage-fourrages. Le travail est mécanisé et ils utilisent des semences à haut potentiel productif mais qui avec le temps se dégradent parce qu'ils utilisent toujours la semence de l'année précédente. Ils utilisent aussi les engrais organiques et chimiques.

En général les prix des travaux mécanisés et des apports agricoles sont très élevés. Avec la superficie de terre par actif dont ils disposent ils pourraient arriver au seuil de reproduction élargie si toute la superficie de terre qu'ils utilisent était irrigable, ce qui n'est généralement pas le cas. La possibilité d'augmenter la superficie de terre mise en valeur est limitée à cause de l'absence d'un marché foncier (achat ou location). La capacité d'investissement est limitée (mais pas absente) par la difficulté d'accéder à des activités extérieures; ce groupe a une faible potentialité comme l'illustre l'exemple de Muharrem Halili (voir encadré 1 et figure 2).

Encadré 1

M. Muharrem Halili, ouvrier agricole, ex-membre de la coopérative agricole

M. Halili est un des plus anciens habitants de la zone de Preza. Avant 1946 il pouvait être considéré comme appartenant au groupe des propriétaires de niveau moyen. Actuellement il possède une superficie de 2,1 ha. Sa famille est composée de 13 membres, dont 5 travaillent dans l'exploitation. Le système de production est: céréales-élevage-cultures fourragères. Assolement: 0,8 ha de blé; 0,2 ha de maïs; 0,75 ha de luzerne; 0,1 ha de pastèque; 0,1 ha de pomme de terre; 0,05 ha des légumes pour l'autoconsommation; 0,1 ha de haricot. Elevage: Il possède trois vaches de race Jersey croisée avec des races étrangères.

Quelques résultats économiques

Blé: la production totale est de 30 quintaux (Rdt: 37 qx/ha). Une partie de la production est destinée à l'autoconsommation et l'autre au marché. Le revenu total apporté par le blé, si on évalue toute la quantité produite au prix du marché (15 $ pour le quintal), est de 450$, tandis que les consommations intermédiaires arrivent à 258$.

Marge brute agricole: 240 $EU/ha Marge nette agricole: 38 $EU/actif.

Maïs: la production totale est de 10 quintaux (Rdt: 50 qx/ha), utilisée à la fois pour l'autoconsommation et pour le marché. Le revenu total, évalué au prix de marché est de 200$ et les consommations intermédiaires de 67$.

Marge brute agricole: 665 $EU/ha Marge nette agricole: 26$/actif.

Pastèque: Il a produit au total 40 quintaux (Rdt: 400 qx/ha), commercialisés à un prix moyen de 8$ le quintal. Le revenu total est de 320$ et les consommations intermédiaires de 25 $.

Marge brute agricole: 2950 $EU/ha Marge nette agricole: 59 $EU/actif.

Haricots: la production totale est de 2 quintaux (Rdt: 20 qx/ha), et le prix moyen de 100$ le quintal. Le revenu total est de 200$, les consommations intermédiaires arrivent à 26 $.

Marge brute agricole: 1740 $EU/ha Marge nette agricole: 40 $EU/actif.

Pomme de terre: la superficie cultivée en pomme de terre rapporte une production totale de 8 quintaux (Rdt: 80 qx/ha), le prix moyen de vente est de 20 $ le quintal. Le revenu total est de 160$ et les consommations intermédiaires de 105 $.

Marge brute agricole: 550 $EU/ha Marge nette agricole: 11 $EU/actif.

Légumes: les légumes sont destinés à l'autoconsommation. La valeur des légumes au prix de marché est de 200$ tandis que les consommations intermédiaires arrivent à 45 $.

Marge brute agricole: 2900 $EU/ha Marge nette agricole: 29 $EU/actif.

Elevage: les trois vaches donnent une production totale annuelle de lait de 7 500 litres. Il utilise 1 000 litres pour l'alimentation des veaux. La vente des veaux à l'âge de 7-8 mois lui rapporte un revenu de 600$. Une partie du lait est consommée par la famille et l'autre est destinée au marché à un prix moyen 0,2$ le litre. Pour l'alimentation du bétail il a cultivé 0,75 ha de luzerne, avec un coût initial de 240$. Ce coût est distribué proportionnellement dans les 4 années du cycle de la luzerne.

Marge brute agricole: 1840 $EU Marge nette agricole: 368 $EU/actif.

Le coût fixe. Le capital de cette exploitation est composé d'une étable qui a une valeur de 500$, (la durée économique estimée est de 40 ans) et aussi par quelques simples instruments de travail, avec une durée d'utilisation de 5 ans. La valeur de l'amortissement annuel est évaluée à 15 $/actif.

FIGURE 2 - M. Muharrem Halili (Sous-type I.a)

Sous-type Ib: les paysans pauvres. Les exploitations de ce type disposent en général d'une superficie réduite. De plus, la superficie réelle est souvent plus petite que celle à laquelle ils ont légalement droit: cette différence est due au conflit entre les anciens et les nouveaux propriétaires. Dans ce groupe se trouve également la catégorie des exploitations localisées dans la sous-zone 2a et les collines que l'entourent, dont les terres sont de mauvaise qualité. Le revenu de ce type d'exploitants varie entre 250 et 500 dollars EU par actif. La seule possibilité de s'en sortir semblerait être liée à un changement de système de production, en direction de l'arboriculture et des légumes sous serre (ce qui demanderait du capital pour la construction/renouvellement des serres et pour l'ouverture de puits). Cela pose automatiquement la question du crédit et de la formation professionnelle, nécessaire pour réaliser ces changements (voir l'exemple de l'encadré 2 et de la figure 3).

Encadré 2

M. Sadik Zela - agronome de la commune

Sa famille, autochtone de la zone de Preza, a reçu une superficie de terre de 1.8 ha. Toute la terre se trouve dans la sous-zone 2a. Sa famille est composée de 9 personnes, dont 1,5 actifs, parce que l'agronome travaille à temps partiel. Le système de production est composé de: céréales - légumes - élevage - cultures fourragères. Assolement: 0,5 ha de blé; 0,2 ha de ma s; 0,1 ha de légumes-pommes de terre;1 ha de luzerne (dont 0,3 ha pour la production des semences). Elevage: il dispose d'une vache.

Quelques résultats économiques

Blé: la production est de 20 quintaux (rdt: 40 qx/ha). Une partie est autoconsommée et l'autre est destinée au marché. Presque tous les services se font à l'aide de moyens mécaniques. Les semences sont assurées par la production de l'année précédente. La valeur totale de la production du blé, au prix du marché est de 280 $EU. Les consommations intermédiaires sont de 150 $EU.

Marge brute agricole: 260 $EU/ha Marge nette agricole: 100 $EU/actif.

Maïs: puisque la superficie se trouve dans la zone 2a qui n'est pas irrigable, le maïs est utilisé essentiellement pour l'alimentation du bétail, en le moissonnant avant d'être mûr. La valeur totale de la production restante est de 50 $EU. Les consommations intermédiaires sont de 38 $EU.

Marge brute agricole: 12 $EU Marge nette agricole: 8 $EU/actif.

Légumes - pommes de terres: les légumes sont destinés à la consommation de la famille. Leur valeur totale, au prix du marché est de 120 $. Les consommations intermédiaires sont de 35 $EU.

Marge brute agricole: 850 $EU/ha Marge nette agricole: 56 $EU/actif.

Luzerne pour les semences: 0,3 ha de la superficie cultivée en luzerne est utilisée pour la production des semences destinées au marché. La quantité produite est de 90 kg. Le prix moyen de vente de la semence de luzerne est de 20 $EU le kg.

Marge brute agricole: 600 $EU/ha Marge nette agricole: 120 $EU/actif.

Elevage: il possède une seule vache de race Jersey, pour satisfaire les besoins familiaux. La quantité moyenne annuelle de lait produite est de 1 400 litres, dont 300 litres sont utilisés pour alimenter le veau. Le prix moyen de vente du lait est de 0,19 $EU. Le revenu total de lait est de 209 $EU. Il vend le veau à l'âge de 7-8 mois. Cette vente lui rapporte 160 $EU. Pour l'alimentation de la vache et du veau il a cultivé 0,7 ha de luzerne. La culture de la luzerne coùte au total 380 $EU, distribués proportionnellement sur 4 ans, donc 95 $EU chaque année. On ajoute ici les dépenses pour l'insémination et le traitement des animaux.

Marge brute agricole: 345 $EU. Marge nette agricole: 230 $EU/actif.

Le coût fixe. Il a construit une simple écurie pour la vache, qui a une valeur de 200 $EU. Sa durée économique est supposée être de 10 ans. La norme annuelle de l'amortissement est de 14 $EU/actif.

FIGURE 3 - M. Sadik Zela (Sous-type I.b)

Sous-type Ic: paysans très pauvres. Ce sous-type est représenté par des personnes qui ont reçu de la terre selon la loi, mais qui ne l'utilisent pas. Actuellement ils vivent grâce à des revenus d'appui accordés par la commune. La non-utilisation de la terre est due soit au désir de ne pas la travailler, soit au manque de capacité physique. Cette terre a été laissée en friche parce qu'il y a encore quelques mois la loi interdisait la vente et la location de la terre.

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