Allocutions du Directeur général

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et
l'agriculture
Connaître la 
FAO
Allocutions du Directeur général


DECLARATION DU DIRECTEUR GENERAL
A LA 29EME SESSION DE LA CONFERENCE

Rome, 7-18 novembre 1997

Monsieur le Président de la Conférence,
Monsieur le Président indépendant du Conseil,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Excellences, Mesdames et Messieurs,

Il y a un an, dans cette même salle, se tenait le Sommet mondial de l'alimentation. Je n'ai pas besoin de souligner l'importance de cet événement pour la mise en oeuvre du mandat de l'Organisation et je tiens à rendre hommage encore une fois à tous ceux qui ont permis de faire du Sommet un grand succès, les gouvernements, les parlementaires, les représentants des organisations intergouvernementales, non gouvernementales et du secteur privé et le personnel de l'Organisation.

Il s'agit maintenant d'accomplir le plus important, avec détermination, ténacité et cohérence, de mettre en oeuvre les engagements adoptés par 186 pays. C'est donc dans cette perspective qu'il convient de placer les travaux de cette vingt-neuvième session de la Conférence.

[Situation de l'agriculture et de l'alimentation dans le monde]

La situation de l'agriculture et de l'alimentation mondiales présente aujourd'hui des aspects contrastés. Les fortes tensions sur les marchés vivriers de 1995-96 sont maintenant largement résorbées grâce aux bonnes récoltes de 1996. Cependant, les difficultés persistent dans de nombreux pays et les premières estimations pour 1997 indiquent une augmentation de la production agricole mondiale de 1,1 pour cent seulement. En outre, les stocks de céréales, estimés à un total de 285 millions de tonnes, soit un peu plus de 15 pour cent des utilisations prévues en 1997/98, n'ont pas retrouvé le seuil de sécurité fixé entre 17 et 18 pour cent des besoins annuels. Pour beaucoup de pays à faible revenu et à déficit vivrier, les coûts élevés des importations alimentaires ont constitué un grave problème financier et entravé leur progrès vers la sécurité alimentaire.

Au plan global, les perspectives sont bonnes, la croissance de l'économie mondiale en 1997 et 1998 devant se situer autour de 4,2 pour cent contre 4,1 pour cent en 1996. Mais la situation reste préoccupante dans bien des parties du monde. De nombreux pays en développement, écrasés par leur dette extérieure qui a atteint un total de 2.177 milliards de dollars en décembre 1996, risquent de plus en plus d'être marginalisés. Beaucoup peinent à se doter d'un environnement capable d'attirer des capitaux étrangers et à améliorer leur compétitivité assez vite pour faire face à la montée du libre échange et de la globalisation. L'aide au développementcontinue de s'amenuiser en termes réels puisqu'elle est restée ces dernières années autour d'une valeur nominale de 60 milliards de dollars.

Celle destinée au secteur agricole a par contre connu une forte réduction en passant de 16 milliards de dollars en 1988 à environ 10 milliards en 1995, bien qu'heureusement un changement de tendance semble s'amorcer. Dans ces conditions, les écarts entre riches et pauvres ne peuvent que s'accentuer, aussi bien entre pays qu'au sein des Nations.

En outre, conflits armés et urgences alimentaires persistent et se renforcent mutuellement dans beaucoup de cas. Si la paix est l'une des conditions premières pour la sécurité alimentaire, il ne peut y avoir de vie paisible pour des peuples affamés.

[Mise en oeuvre du Plan d'action du Sommet]

Pour atteindre les objectifs du Sommet mondial de l'alimentation, différentes initiatives ont été lancées:

L'élaboration, avec 150 Etats membres en développement et en transition, de documents sur les stratégies nationales pour l'agriculture et la sécurité alimentaire vers l'an 2010 permet de disposer d'un cadre pour la collaboration de la FAO avec ces pays. Il est souhaitable que les pays développés, membres de la FAO, participent à cet exercice en préparant, dans les meilleurs délais, des documents similaires dans l'esprit de l'approche globale des problèmes de la sécurité alimentaire.

Le développement du Système d'information et de cartographie sur l'insécurité et la vulnérabilité alimentaires a été engagé dès le début de cette année en étroite collaboration avec de nombreuses agences du Système des Nations Unies ainsi que des institutions internationales et nationales actives dans ce domaine. La Consultation d'experts organisée par la FAO en mars dernier a défini les actions à prendre pour le lancement de ce programme. Ces actions ont reçu l'aval du Comité de la sécurité alimentaire mondiale lors de sa session d'avril 1997. Un Groupe de travail inter-agences a été formé pour leur mise en oeuvre.

Mais pour diminuer de moitié en 2015 les 800 millions de personnes qui n'ont pas un accès adéquat à la nourriture, il faut aller au delà des discours, des séminaires, des études et des rapports de consultants. C'est pourquoi des actions concrètes sur le terrain ont été menées. Le Programme spécial pour la sécurité alimentaire, fer de lance de l'action concrète au niveau des communautés rurales des pays pauvres, est déjà opérationnel dans 24 pays et le processus de formulation est en cours dans 42 autres. Les fonds modestes prévus au programme régulier de l'Organisation ont cependant permis par leur effet catalytique de mobiliser des ressources bilatérales et multilatérales qui vont permettre à ce programme vital de se développer progressivement pour couvrirles 86 pays à faible revenu et à déficit vivrier.

Par ailleurs, le Programme de lutte contre les maladies transfrontières des plantes et des animaux et contre les ravageurs a déjà à son actif de nombreux succès: interventions précoces pour faire face à des situations d'urgence, notamment pour la peste bovine dans cinq pays et lutte contre le criquet pèlerin dans les régions les plus menacées par ce fléau, en Afrique du Nord, au Sahel autour de la Mer Rouge et du Golfe d'Aden. Son développement va se traduire par l'établissement d'un réseau mondial d'unités nationales et le renforcement de la capacité d'intervention rapide et d'assistance aux pays pour l'élimination des épizooties et la lutte contre les maladies des plantes.

La FAO a aussi poursuivi et renforcé son appui aux Etats membres dans la mise en oeuvre des accords de Marrakech au plan normatif et opérationnel. Cette assistance, fournie au travers de 18 séminaires régionaux et 44 projets nationaux, a porté sur les politiques agricoles, les perspectives ouvertes par la "Décision sur les mesures concernant les possibles effets négatifs du programme de réforme sur les pays les moins développés importateurs nets d'aliments", les droits de propriété intellectuelle, les mesures sanitaires et phytosanitaires, les obstacles techniques au commerce et les normes internationales du Codex Alimentarius dont la Commission conjointe FAO/OMS compte aujourd'hui 158 membres. L'Organisation devra cependant renforcer ses capacités pour aider à la préparation des négociations commerciales futures, en collaboration étroite avec l'OMC, la Banque mondiale et la CNUCED.

Le Sommet a souligné avec force la nécessité d'associer la société civile à la lutte contre la faim et la malnutrition. La FAO a donc encouragé le lancement de campagnes "de la nourriture pour tous". D'ores et déjà certains pays développés comme en développement ont entrepris un processus de concertation au niveau national à cet effet. Je voudrais réitérer mon appel à tous les gouvernements pour qu'ils lancent leur campagne nationale, notamment par l'organisation de forums nationaux regroupant tous les acteurs et partenaires au développement (parlementaires, ONG, secteur privé, associations de femmes et de jeunes, média, universités, etc..). C'est dans le cadre de cette ouverture à l'opinion publique mondiale, que l'opération "TeleFood", organisée à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, a permis de sensibiliser aux problèmes de la faim et de la malnutrition environ 500 millions de téléspectateurs d'une centaine de chaînes de télévision dans plus de soixante-dix pays.

En outre, sous l'égide du Comité administratif de coordination des Nations Unies, un dispositif de coopération inter-agences pour la mise en oeuvre du Plan d'action du Sommet a été mis en place notamment avec l'établissement, sur proposition de la FAO et du FIDA, d'un Réseau sur le développement rural et la sécurité alimentaire.

Enfin, la FAO a mis en oeuvre le dispositif de suivi de la mise en oeuvre du Plan d'action du Sommet, conformément aux orientations du Comité de la sécurité alimentaire mondiale qui examinera à sa prochaine session les résultats obtenus.

[Autres réalisations]

Monsieur le Président,

La FAO a poursuivi et intensifié ses efforts pour la mise en oeuvre du programme de réformes adopté par le Conseil à sa cent sixième session en juin 1994 au niveau des politiques, des priorités et des structures de l'Organisation. Elle a en outre entrepris des actions dans d’autres domaines importants de son mandat.

D'abord, les initiatives pour l'utilisation durable des ressources naturelles ont permis:

  • l'adoption du Plan d'action mondial de la Conférence technique internationale sur les ressources phytogénétiques, tenue à Leipzig en juin 1996;
  • la révision de la Convention internationale sur la protection des végétaux;
  • le programme de lutte intégrée contre les ravageurs, appliqué avec succès en Asie et en cours de mise en oeuvre en Afrique.

Ensuite les forêts, où la FAO a continué à développer un programme focalisé sur la contribution du secteur à la sécurité alimentaire, la gestion efficace et responsable des ressources et l'équilibre entre les valeurs économiques, écologiques et sociales des forêts. Elle a en outre aidé à l'élaboration de programmes forestiers nationaux, notamment en préparant un schéma de planification pour le développement durable de tous les types de forêts et d'activités forestières. Au cours de ces deux dernières années, la FAO a contribué de manière substantielle au dialogue sur les questions forestières au niveau international et a pleinement joué son rôle de chef de file en appuyant les travaux du Groupe intergouvernemental des Nations Unies sur les forêts et en présidant l'Equipe inter-institutions qui a préparé un Plan de travail pour mettre en oeuvre les décisions de ce Groupe. Par ailleurs, il y a moins d'un mois, se tenait à Antalya, le onzième Congrès forestier mondial à l'invitation de la Turquie et avec l'appui de l'Organisation.

Enfin les pêches et l'aquaculture, où la FAO a continué à oeuvrer dans le cadre du Plan d'action de Kyoto sur la contribution durable des pêches à la sécurité alimentaire, duCode de conduite pour une pêche responsable, et du renforcement des organes régionaux, en particulier la Commission des thons de l'océan Indien récemment créée et le Conseil général des pêches pour la Méditerranée. Depuis la dernière Conférence, 21 consultations techniques sur la gestion des ressources halieutiques marines ont eu lieu dans le cadre des organes régionaux. Par ailleurs, les travaux sur les ressources génétiques aquicoles ont été intensifiés et des études ont été conduites sur l'impact du phénomène "El Niño" sur les pêches en Amérique latine et en Afrique.

[Elaboration, analyse et dissémination d'information]

Dans tous ces domaines, la collecte, l'analyse et la dissémination d'informations comptent toujours parmi les activités les plus importantes de la FAO. La publication du rapport annuel sur la situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture reste le principal véhicule d'information générale sur le secteur. Ce rapport comporte désormais une section consacrée à l'évolution de la sécurité alimentaire à la suite du Sommet. Deux nouvelles publications ont été inaugurées afin d'offrir une analyse approfondie de la situation et des problèmes spécifiques aux secteurs halieutique et forestier: "La Situation mondiale des pêches et de l'aquaculture" et "La Situation mondiale des forêts". En outre, en 1996, la sixième Enquête mondiale sur l'alimentation a été publiée incluant pour la première fois la Chine et les pays d'Asie centrale en transition, avec une méthodologie affinée et une information anthropométrique plus complète.

La FAO continue aussi à servir de référence pour l'évolution à long terme de l'agriculture et de la sécurité alimentaire mondiales. Après l'étude "Agriculture mondiale: Horizon 2010", publiée en 1993, une mise à jour sur l'évolution probable à l'horizon 2015 sera entreprise et comprendra une évaluation moins détaillée à l'horizon 2030.

[Techniques modernes d'information et de télécommunication]

Ces dernières années, l'Organisation a élaboré et mis en oeuvre des stratégies et des plans en vue de l'utilisation efficace des technologies modernes d'information et de télécommunication. Fourniture ou remplacement des équipements, des logiciels et des applications, amélioration des flux d'information à travers le réseau interne et Internet, et introduction des outils multimédias ont permis de rationaliser et de moderniser les systèmes tout en réduisant les coûts. L'Organisation utilise désormais les vidéoconférences pour remplacer les réunions et consultations inter-institutions traditionnelles.

Les techniques de diffusion de l'information ont ainsi pu évoluer avec leur temps, grâce aux possibilités de ces moyens électroniques. Le Centre mondial d'information agricole (WAICENT) permet désormais aux gouvernements, aux institutions et au public en général d'accéder facilement à toute une séried'informations essentielles pour la sécurité alimentaire et le développement rural durable: FAOSTAT pour les données statistiques, FAOINFO pour les informations en forme textuelle, et FAOSIS pour l'accès à des systèmes d'information spécialisés notamment sur les ressources génétiques animales et les pesticides. En ce qui concerne le Système mondial d'information et d'alerte rapide sur l'alimentation et l'agriculture, trois modes différents d'accès ont été mis en place.

Ces efforts portent leurs fruits. Le "site" FAO sur Internet enregistre plus d'un million de visites par mois et a renforcé comme jamais auparavant la capacité de l'Organisation de disséminer ses informations aux utilisateurs anglophones, arabophones, hispanophones et francophones. Pour assurer l'accès à WAICENT dans les zones où l'usage d'Internet n'est pas encore aisé ni très répandu, 2000 CD-ROM ont été distribués dans tous les pays membres. Le Programme de travail et budget pour 1998-99 permettra d'élargir encore les divers services d'information à la disposition des Etats membres. En particulier, il prévoit de rendre disponible par Internet et sur CD-ROM une série de documents techniques de la FAO, mais aussi d'assister les Etats membres à développer leur capacité d'utiliser toute la richesse documentaire de la FAO.

[Participation populaire et rôle des femmes]

Monsieur le Président,

La FAO attache une importance capitale à la pleine participation de tous les membres de la société à la réalisation de l'objectif commun: la nourriture pour tous. Dans le cadre de cette volonté affirmée d'encourager une approche participative présente dans tous les programmes et activités de l'Organisation, le développement des actions en faveur des femmes a reçu un traitement prioritaire. Au sein du Secrétariat, le "Comité femmes et développement" encourage avec succès tous les départements techniques de la FAO à tenir compte de la parité homme/femme dans l'élaboration de leurs programmes et projets. Pour mieux faire prendre conscience de l'importance du rôle des femmes dans la sécurité alimentaire, une étude détaillée a été publiée à l'occasion de la Journée mondiale des femmes rurales en octobre 1997. Dans le domaine de la formation, le Programme d'analyse socio-économique selon le genre, mis en oeuvre depuis juin 1996, a touché près de 2 000 spécialistes dans 60 pays. En outre, les activités menées dans le cadre du Programme spécial pour la sécurité alimentaire amélioreront l'accès des femmes rurales aux technologies, aux intrants et au crédit et un accent particulier est donné à l'aviculture et aux cultures maraîchères qui sont généralement du ressort des femmes.

La mobilisation des jeunes est aussi une nécessité: c'est pourquoi, dans une première étape, un réseau des institutions gouvernementales responsables des programmes pour la jeunesse rurale dans 15 pays anglophones d'Afrique a été établi pour promouvoir la contribution de la jeunesse à la sécurité alimentaire et au développement durable. Cette expériences'étendra prochainement à d'autres pays.

[Partenariats]

Monsieur le Président,

L'Organisation poursuit aussi une politique énergique de recherche de partenariats et de coordination, en particulier:

  • avec la Banque mondiale et les banques régionales au moyen de nouveaux accords, notamment pour la mise en oeuvre du Programme spécial pour la sécurité alimentaire;
  • avec les institutions agricoles et alimentaires ayant leur siège à Rome, le FIDA et le PAM, grâce à des contacts réguliers et plus fréquents à tous les niveaux;
  • avec le Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale, son Comité technique consultatif et ses instituts;
  • avec les autres agences du Système des Nations Unies dans le cadre du Comité administratif de coordination;
  • avec le secteur privé et avec la communauté des Organisations non gouvernementales.

De même, diverses formes de coopération avec de nombreux Etats membres se multiplient: depuis trois ans environ 750 experts ont participé à l'exécution de programmes de la FAO dans le cadre des accords pour la coopération entre pays en développement ou en transition; quelque 150 chercheurs ont participé au programme de coopération avec les institutions académiques et de recherche; et plus de 400 experts ont été employés aux conditions du programme pour l'utilisation des retraités. Les économies, sans perte qualitative, réalisées grâce à ces accords sont considérables par rapport aux coûts des consultants internationaux. Par ailleurs, pour appuyer le Programme spécial pour la sécurité alimentaire, plusieurs accords de coopération sud-sud ont permis à des pays en développement plus avancés de fournir, avec le soutien de l'Organisation, une masse critique de techniciens de terrain au niveau des communautés rurales d'autres pays en développement. Enfin, pour renforcer les capacités nationales, la FAO a entrepris une enquête sur les possibilités de formation offertes par les Etats membres aux profit des étudiants et stagiaires de pays en développement dans les domaines de son mandat. C'est également dans cet esprit que la FAO emploiera, dans la mesure des ressources disponibles, des jeunes professionnels pour leur permettre de valoriser, par une expérience pratique, leur formationthéorique de haut niveau.

[Investissement]

La promotion de l'investissement dans le secteur agricole, thème de la Journée mondiale de l'alimentation de cette année, constitue une autre ligne de force des activités de la FAO. Le Centre d'investissement a notamment collaboré avec les organismes de financement pour préparer en 1995 et 1996 des projets d'investissement d'une valeur totale de 6 milliards de dollars dont 3,5 milliards de crédits externes. Les activités menées en 1997 pourraient mobiliser un total de 2,5 milliards de dollars.

Le Programme de coopération technique de la FAO continue à jouer un rôle catalyseur très important. Depuis janvier 1996, 350 nouveaux projets ont été mis en oeuvre à la demande des Etats membres dans des domaines nécessitant des actions préliminaires, urgentes ou imprévues. Le programme conserve ses caractéristiques: rapidité d'approbation, durée limitée des projets, faibles coûts et orientation pratique.

La coopération avec le Programme des Nations Unies pour le développement, qui avait accusé un recul marqué ces dernières années, montre une tendance à la reprise. Le rôle de la FAO dans l'exécution de projets financés par le PNUD s'est renforcé avec un total de 40 millions de dollars E.U. de ressources nouvelles approuvées dans les neuf premiers mois de 1997, un montant déjà supérieur à celui de l'année dernière.

[Restructuration et décentralisation]

Monsieur le Président,

Au cours de ce biennium, la restructuration de la FAO a été poursuivie avec détermination, selon les mêmes lignes directrices: recherche d'économies et meilleure efficacité par la décentralisation. Cet effort a cependant dû être mené dans des conditions de grande sévérité budgétaire.

La décentralisation s'achèvera en décembre de cette année: tous les nouveaux bureaux de liaison et bureaux sous-régionaux sont ouverts; les bureaux régionaux ont été renforcés; les dernières équipes opérationnelles font mouvement; en 1998-99, la couverture des Etats membres par le réseau des représentants de la FAO devrait s'améliorer grâce aux accréditations multiples ainsi qu'à l'utilisation des Agents nationaux de programme et des Correspondants nationaux. Les mesures prises depuis 1994 pour améliorer le rapport coût-efficacité des bureaux de pays seront poursuivies. En janvier 1998, 31 pour cent des postes du cadre organique et des directeurs pris ensemble et 38 pour cent du total des effectifs seront affectés aux bureaux décentralisés. La décentralisation des activités en matière d'assistance aux politiques et d'opération des projets permettra à la FAOd'être plus à l'écoute des besoins de ses membres et de leurs communautés rurales dans les différentes zones géographiques.

La réduction des effectifs s'est poursuivie - de 4185 postes en janvier 1994 à 3682 postes proposés en janvier 1998, soit une réduction de 12 pour cent ou 503 postes, et ceci tout en préservant le cadre organique qui n'a été réduit que de 7 postes. La pyramide des grades a été élargie par la suppression de 37 postes de directeurs, soit une diminution du 15,6 pour cent. Transparence et consultation avec les représentants du personnel, à qui je tiens à rendre hommage en cette occasion, ont minimisé le traumatisme social. Parallèlement, une attention croissante est portée à la formation du personnel, au renforcement du cadre féminin et à une représentation équitable des pays membres au sein du personnel. Le nombre des pays non représentés dans le personnel est passé de 54 en janvier 1994 à 31 en octobre 1997, compte rendu des recrutements en cours. En parallèle avec la réduction des effectifs, des économies annuelles de 25 millions de dollars E.U. ont été réalisées sur les coûts des voyages, des traductions, des publications et des réunions.

[Réforme administrative et financière]

La restructuration a été accompagnée par des réformes tout aussi importantes dans les domaines administratif et financier. Elle a comporté une nouvelle délégation de responsabilités opérationnelles, administratives et financières au profit des départements du siège et des équipes de terrain. C'est dans ce contexte que s'inscrit la création des Unités administratives de soutien au niveau des départements et des bureaux régionaux. La délégation de responsabilités a été accompagnée par un renforcement des contrôles d'audit dans tous les bureaux des régions, sous-régions et pays.

Pendant l'exercice en cours, la FAO s'est consacrée aussi à la simplification des procédures administratives et financières. Elle a aussi entrepris de remplacer le système informatique de gestion financière et du personnel par un système moderne, Oracle.

En ce qui concerne la planification, les méthodes de programmation et de coordination ont été renouvelées et le Plan à moyen terme amélioré. En outre, la programmation par objectifs pour le Programme de travail et budget est en cours d'expérimentation.

[Le Programme de travail et budget]

L'élaboration du Programme de travail et budget pour 1998/99 a fait l'objet d'un examen interne minutieux et d'un processus long et délicat de consultations avec les Etats membres. Les implications des différentes options budgétaires sur les programmes ont été analysées dans l'optique des orientations du Conseil et de ses Comités techniques. LeProgramme de travail et budget soumis à la Conférence combine donc, en réponse à la demande du Conseil, deux scénarios: les propositions associées au scénario à croissance réelle zéro présentées de manière détaillée pour un montant de 675,3 millions de dollars, et les changements qui seraient nécessaires pour parvenir à un budget à croissance nominale zéro de 650 millions de dollars. En outre, un bref document supplémentaire contient une description des réductions nécessaires pour arriver à un budget en dessous de la croissance nominale zéro. Il convient cependant de rappeler que le budget approuvé pour 1994/95 était de 673 millions de dollars.

Le scénario à croissance réelle zéro permettrait de préserver la capacité de l'Organisation dans les domaines prioritaires. Il s'agit tout d'abord du secteur normatif où figurent la Convention internationale pour la protection des végétaux, le Code de conduite pour les pesticides, le Codex Alimentarius, la conservation et la gestion des ressources génétiques, la pêche responsable et l'évaluation des ressources forestières. Il s'agit aussi des domaines d'assistance technique aux Etats membres fournie à leur demande, comme pour la mise en application des accords de Marrakech, le développement de l'aquaculture non polluante, la conservation et la gestion des forêts, la lutte contre les maladies et les ravageurs, l'alerte rapide en cas de pénuries alimentaires et le rôle des femmes dans le développement rural. Enfin le scénario à croissance réelle zéro permettrait de préserver l'appui direct de la FAO aux pays sous forme de conseils en matière de politique, d'aide dans la mise en oeuvre du Plan d'action du Sommet, de soutien à l'investissement, et d'opérations de terrain, notamment le Programme spécial pour la sécurité alimentaire.

Dans l'hypothèse de croissance nominale zéro, par contre, et malgré un effort particulier, la préservation de ces domaines prioritaires ne serait possible que pour certains: foresterie, Codex, PCT, Programme spécial.

Au-dessous de la croissance nominale zéro, il faut le souligner, l'impact négatif sur les programmes hautement prioritaires pour les Etats membres va évidemment s'aggraver.

A la suite de la revue des propositions de budget, je ne peux m'empêcher de faire quelques comparaisons édifiantes:

  • Le budget de la FAO équivaut à un peu plus de deux jours de consommation de tabac en Amérique du Nord et à
  • moins de deux mois de consommation de champagne dans un seul pays d'Europe.

De quel poids pèse donc la lutte contre la faim de 800 millions d'êtres humains dans les priorités des nantis?

[Conclusion]

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames, Messieurs,

Comme Directeur général dévoué aux objectifs de votre Organisation, je suis à la fois encouragé par la mobilisation historique qu'a générée le Sommet mondial de l'alimentation et soucieux de conserver à l'Organisation une capacité d'atteindre les objectifs que vous lui avez assignés, notamment dans la Déclaration de Rome et le Plan d'action de ce Sommet.

Je suis convaincu que la responsabilité première dans cette entreprise appartient aux Etats membres, et que le rôle de la FAO est de leur fournir les services et l'appui qu'ils demandent. Je ne puis que refléter l'ampleur des besoins qu'ils expriment en informant les dirigeants du monde et l'opinion publique internationale. En ce qui me concerne, je continuerai à tout faire pour que les ressources à ma disposition soient utilisées avec le plus grand souci d'économie, d'efficacité et de transparence. Je veux croire que par vos décisions vous veillerez à ce que la FAO soit en mesure de répondre aux besoins immenses et urgents que le Sommet a mis en lumière et aux attentes légitimes qu'il a soulevées chez les plus vulnérables et les plus pauvres du village planétaire.

Je vous remercie.


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