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Evolution des systèmes fonciers en Albanie: la microrégion de Preza (Tirana), Deuxième partie

par A. Civici, E. Goçaj et L. Shuke
Professeurs à l'Université d'agriculture de Tirana
A. Heta
Etudiant à l'Université d'agriculture de Tirana
B. Giorgi-Laurent
Consultante indépendante
P. Groppo
Service des régimes fonciers (SDAA) de la FAO
extrait de le bulletin Réforme agraire, colonisation et coopératives agricoles, 1996 (FAO, 1997)

Description des différents types de système

Type II: les paysans à revenus moyens. A l'intérieur de ce type nous pouvons déterminer deux sous-types d'agriculteurs: le sous-type IIa, localisé dans la zone 1, avec un système productif: céréales- légumes-élevage ou légumes-élevage avec le plus haut niveau de revenu; et le sous-type IIb, localisé dans les zones 2 et 3, avec un système productif: oliviers ou fruits-céréales-élevage.

Sous-type IIa: les petits agriculteurs-entrepreneurs. C'est le cas des UPF dont les terres se trouvent dans la zone 1, terres productives et aptes à toutes les cultures. Toute la superficie de la zone est irrigable, grâce aux deux rivières mentionnées plus haut. Le système d'irrigation est en bon état. L'assolement est dominé par les légumes, destinés principalement au marché et partiellement à l'autoconsommation, tandis que l'élevage est destiné à l'autoconsommation. Les systèmes de production sont assez semblables à l'intérieur du groupe, avec un système du type légumes-céréales-élevage. Presque tous les travaux culturaux sont mécanisés.

En général ces UPF peuvent renouveler le capital d'opération bien que l'investissement pose encore quelques problèmes: on pourrait en conclure qu'elles se trouvent donc au seuil de capitalisation. Cependant, en regardant leur dynamique au cours de ces quatre dernières années, il semble évident qu'il y a eu une nette progression: considérant que le seuil de reproduction est passé de 400-450 dollars EU en 1991 à 750 dollars EU en 1995 et que ces unités de production ont pu maintenir leurs positions, nous serions tentés de les considérer comme presque sauvées (voir l'exemple de l'encadré 3 et de la figure 4).

Encadré 3

M. Masar Zela, ouvrier agricole, ex-membre de la coopérative

M. Zela est originaire de Preza. Son exploitation actuelle est située aux mêmes endroits que sa propriété avant 1946, même s'il possède une superficie inférieure à celle d'avant 1946. Il n'y a pas de conflit entre lui et les nouveaux propriétaires qui possèdent actuellement son ancienne terre. La superficie de la terre en propriété est de 1,5 ha. Toute la superficie, localisée dans la zone 1, est irrigable. La famille est composée de 6 membres, dont 3 actifs. Le système de production appliqué est: Légumes - céréales - fourragères. Assolement: 0,3 ha de blé; 0,8 ha de luzerne; 0,1 ha de tomates et poivrons; 0,3 ha de pastèque. Elevage: Il possède 2 vaches de race Jersey croisée avec la race bigarrée. Moyens de travail: Il possède une charrette tirée par un cheval pour réaliser le transport, etc.

Quelques résultats économiques

Blé: la superficie cultivée en blé rapporte 12 quintaux. (rdt: 40 qx/ha). Cette quantité est vendue à un prix moyen de 17 $EU le quintal. Le revenu total est de 204 $. Les consommations intermédiaires du blé arrivent à 106 $EU (tous les travaux sont réalisés en traction mécanique sauf la fertilisation).

Marge brute agricole: 320 $EU/ha. Marge nette agricole: 32 $EU/actif.

Légumes: les légumes sont destinés à la fois à l'autoconsommation et au marché. Il a cultivé essentiellement des poivrons et des tomates, sur une superficie de 0,1 ha et la production que rapporte cette superficie doit avoir une valeur de 77 $EU, tandis que les consommations intermédiaires sont de 12 $EU.

Marge brute agricole: 650 $EU/ha Marge nette agricole: 22 $EU/actif

Pastèque: elle est destinée au marché. Hormis le travail de la terre, fait par des moyens mécaniques, toutes les autres opérations de travail, y compris le transport, se font à la main. La production de pastèque arrive à 85 quintaux (rdt: 238 qx/ha). La vente de cette quantité à apporter 1020 $EU. Les consommations intermédiaires sont de 120 $EU.

Marge brute agricole: 3 000 $EU/ha Marge nette agricole: 300 $EU/actif.

Elevage: l'élevage est orienté vers la production de lait et de viande, partiellement pour l'autoconsommation et essentiellement pour le marché. Le revenu total de la vente du lait est de 1 200 $EU, tandis que le revenu annuel de vente des veaux est de 750 $EU.

0.8 ha de la superficie est cultivée en luzerne, servant à l'alimentation du bétail (la moitié de la superficie est cultivée en luzerne de 1 an et l'autre en luzerne de 4 ans). Les consommations intermédiaires annuelles de la luzerne arrivent à 60 $EU.

Marge brute agricole: 1950 $EU Marge nette agricole: 630 $EU/actif.

Volaille: il possède 20 poules qui donnent une production de 2 500 oeufs, dont le prix moyen est de 0,09$ la pièce.

Marge brute agricole: 225 $EU. Marge nette agricole: 75 $EU/actif.

Le coût fixe: le capital à la disposition de cette exploitation se compose d'une étable, dont la valeur initiale est de 1 800 $EU. On pense qu'elle va avoir une durée économique de 50 ans. La valeur annuelle d'amortissement de cette étable et de 36 $EU. Il possède aussi une charrette de transport à cheval avec une longévité de 6 ans. Le prix initial d'achat est de 350 $EU. La norme annuelle d'amortissement est de 58 $EU.

Le coût fixe total est de 94 $EU. Le coût fixe par actif est de 31 $EU.

FIGURE 4 - M. Masar Zela (Sous-type II.a)

Sous-type IIb. C'est le cas des UPF localisées dans les zones 2 et 3 ayant un niveau de revenu qui dépasse le seuil de reproduction simple, mais plus réduit que les UPF de type IIa. Les exploitants de ce type appliquent en général deux sortes de systèmes productifs: arboriculture-légumes-céréales-élevage ou légumes-céréales-élevage. Le choix du système productif dépend du fonctionnement du système d'irrigation (partiellement détérioré pendant la période de transition). Le système légumes- céréales-élevage est appliqué surtout par les exploitants qui manquent de possibilité d'irrigation sur toute la superficie. Pour faire face au risque, ces exploitants sont obligés de produire diverses cultures. La préparation du sol et les autres opérations en général se font par des moyens mécaniques loués, dont les tarifs de location sont très élevés. L'élevage est destiné surtout à l'autoconsommation de la famille et partiellement au marché (voir l'exemple de l'encadré 4 et de la figure 5).

Encadré 4

M. Shefqet Kurti ouvrier agricole, agronome de l'ex-coopérative

Sa famille est originaire de Preza: (Fushe-Preza), où le chef de famille avait sa terre avant la réforme de 1946. Cette famille est composée de 6 membres, dont 2 actifs. La superficie en propriété est de 1,17 ha. Le système de production utilisé est: arboriculture - légumes céréales - élevage. Assolement:

A. Cultures primaires:

0,35 ha d'arboriculture (1-3 ans: prunes et pêches) 0,45 ha luzerne , 0,25 ha de tomate, 0,12 ha de concombre, 0,15 ha de pastèque (cultivée entre les lignes de pêchers)

B. Autres cultures:

0,15 ha de choux pour la consommation, 0,10 ha de maïs pour l'alimentation du bétail, 0,07 ha de fromental.

Elevage. Cette famille possède une vache de race bigarrée croisée.

Quelques résultats économiques

Arboriculture: une année après la réforme foncière il a planté une partie de la superficie avec des pruniers et des pêchers qui ne sont pas encore en production.

Tomate: il a cultivé les tomates tôt au printemps, parce que la terre est légère et fertile. La production de tomate est de 100 quintaux, (Rdt 400 qx/ha) vendus au marché local à un prix moyen de 18 $EU le quintal. Les semis des tomates sont préparés en cubes notamment. Cela donne la possibilité d'une préparation des semis assez rapide. La préparation du sol se fait par des moyens mécaniques, tandis que les autres opérations comme le transport des cubes, la fertilisation etc. se font essentiellement à la main, par des salariés. Les consommations intermédiaires totales arrivent à 639 $EU.

Marge brute agricole: 4 644 $EU/ha Marge nette agricole: 580 $EU/actif.

Concombre: ici aussi toutes les opérations pour la préparation du sol sont faites par des moyens mécaniques. Pour la préparation des semis des concombres il utilise presque la même technologie que pour les tomates. Les autres opérations comme l'aspersion, la récolte et le transport se font à la main par les membres de la famille et par des salariés. La production du concombre est de 36 quintaux, vendue au marché à un prix moyen de 20 $EU le quintal. Le revenu total de la vente est de 720 $EU. Les consommations intermédiaires totales arrivent à 580 $EU. Marge brute agricole: 1Ê166 $EU/ha Marge nette agricole: 70 $EU/actif.

Pastèque: c'est une culture destinée essentiellement au marché. La technologie utilisée pour la cultiver est simple et traditionnelle. La préparation du sol est faite par des moyens mécaniques. La pastèque est semée en avril, et récoltée vers mi-juillet. Pendant la période de l'ensemencement de la pastèque se fait aussi l'ensemencement du concombre et quelques opérations pour d'autres cultures. C'est pourquoi, pendant cette période, il a besoin de main-d'oeuvre salariée. La production de pastèque est de 35 quintaux (Rdt 2 339qx/ha). Toute la quantité produite est vendue à un prix moyen de 6$ le quintal. Les consommations intermédiaires arrivent à 141 $. Le revenu total est de 210 $.

Marge brute agricole: 460 $EU/ha Marge nette agricole: 34,5 $EU/actif.

Elevage: comme déjà mentionné, cet exploitant dispose d'une vache laitière, dont la production annuelle arrive à 300 litres. La vache lui donne un veau, qui est vendu à l'âge de 10 mois. Pour l'alimentation du veau il dépense 300 litres de lait. Pour l'alimentation de la vache il utilise les cultures secondaires et la luzerne, pour lesquelles il a dépensé à peu près 100 $EU. Il a dépensé aussi 30 $EU pour le traitement vétérinaire de la vache. Donc, les consommations intermédiaires totales arrivent à 130 $EU. Le revenu de la production du lait est calculé être 675 $EU. Le revenu de vente du veau est de 160 $EU. Le revenu total est de 835 $EU.

Marge brute agricole: 705 $EU Marge nette agricole: 352,5 $EU/actif.

Le coût fixe: le capital fixe est composé d'une étable, dont la construction a coùté environ 500 $EU et dont on estime une durée économique de 20 ans. La norme annuelle de l'amortissement est de 25 $EU. Il a construit aussi un entrepôt, dont la valeur initiale est de 400 $EU et qui doit avoir une durée économique de 15 ans. La norme annuelle de l'amortissement est de 26,6 $EU. Le coût fixe total est de 26 $EU/actif.

FIGURE 5 - M. Shefquet Kurti (Sous-type II.b)

Cadre économique de l'analyse

L'analyse des différents types d'exploitants donne une représentation de la situation de la paysannerie dans la région étudiée. Compte tenu de la méthode utilisée, les études de cas ne sont statistiquement pas représentatives de l'univers étudié. Une estimation des poids respectifs des différents types et sous-types est néanmoins possible mais elle demande un travail complémentaire, qui consiste à croiser données statistiques et critères structurels caractéristiques issus de la typologie.

Méthode de réflexion sur les systèmes les plus directement menacés

La simple comparaison du rendement actuel de travail avec celui de la meilleure année pour la même superficie, nous laisse croire qu'il y ait des possibilités d'amélioration; à titre indicatif, pendant les meilleures années de fonctionnement des coopératives agricoles le rendement des cultures était 30-40 pour cent plus élevé qu'à présent. Or, l'accroissement du rendement est une des possibilités pour arriver au seuil de reproduction. Mais dans les conditions de limitation des facteurs productifs et d'un niveau très réduit d'équipement de travail, il faut tester d'abord l'hypothèse de l'extension des systèmes actuels (augmentation de la superficie).

Pour cela, des modélisations simples de deux systèmes plus directement menacés, I.a et I.b ont été réalisées, sur la base des données correspondant aux archétypes (M. Muharrem Halili et M. Sadik Zela) décrits dans la typologie (en effet les exploitations du type II semblent sorties de la phase de stagnation initiale et ont déjà commencé la conversion de leurs systèmes de production en direction des marchés urbains; on constate aussi une tendance à la spécialisation productive accompagnée par les premiers changements technologiques et d'augmentation du niveau d'intrants chimiques). Les figures 6, 7, 8 et 9 doivent être lues de la manière suivante:

  • l'axe des abscisses représente la surface disponible par actif;

  • sur la partie négative de l'axe des ordonnées la quantité indiquée représente la consommation annuelle de capital fixe (le total des amortissements) par actif;

  • toujours sur le même axe nous avons ensuite indiqué les consommations intermédiaires (coûts variables) par actif utilisées pour la réalisation de ces activités (semence, engrais, etc.);

  • à partir de là, sur la partie positive de l'axe des ordonnées nous avons reporté les marges brutes des différentes activités agricoles et d'élevage (l'ordre n'ayant pas d'importance) exprimées en dollars par actif;

  • finalement, le trait pointillé, unissant l'origine et la dernière marge brute, représente par construction la marge nette moyenne obtenue dans ce type de système de production.
A partir de la situation actuelle décrite sur les figures, deux projections de ces systèmes de production ont été effectuées: la première consiste à s'interroger sur la surface supplémentaire requise pour que ce même système atteigne l'équilibre, c'est-à-dire que la marge nette par actif atteigne (objectif minimum) le seuil de reproduction simple. Pour cela, on prolonge la droite représentant cette marge nette jusqu'à l'intersection avec la droite représentant le SRS. La valeur correspondante de l'abscisse de ce point d'intersection nous indique quelle est la surface minimale par actif permettant d'atteindre le niveau de la reproduction simple. Par différence avec les grandeurs correspondant au système actuel, nous obtenons ainsi l'augmentation de surface nécessaire (par actif), ainsi que l'augmentation des coûts proportionnels induite par le surplus de surface. Ce raisonnement suppose que l'augmentation de surface n'introduise pas de nouveaux goulots d'étranglement dans le système, qui reste donc identique mais mis en oeuvre sur une superficie plus importante; cela suppose donc notamment que les ressources en force de travail de l'exploitation permettent de mettre en oeuvre le même système sur une plus grande surface.

FIGURE 6 - Sous-type I.a : résultat de la projection

FIGURE 7 - Sous-type I.b : résultat de la projection

FIGURE 8 - M. Muharrem Halili (Sous-type I.a)

FIGURE 9 - M. Sadik Zela (Sous-type I.b)

La seconde consiste à observer les effets sur la reproductibilité de ces UPF d'une amélioration technique portant sur les principales culture. Pour cela on utilisera les rendements maximaux réalisés dans la zone par des producteurs dans des conditions semblables.

Ces premières projections permettent d'asseoir sur des bases concrètes le problème de la consolidation et de la reproductibilité des UPF dans cette zone de travail.

Le calcul de la superficie supplémentaire pour les sous-types Ia et Ib se fait comme suit:

  • sous-type Ia: 1) la marge nette agricole totale pour toute la superficie de l'exploitation est de 2 834 dollars EU, soit l'équivalent de 1 349 dollars par hectare; 2) la superficie minimale de terre par actif, nécessaire pour arriver au seuil de reproduction simple est égale à 0,55 ha (750/1349); 3) la superficie supplémentaire nécessaire pour arriver au seuil de reproduction simple est égale à 0,13 ha (0,55-0,42) par actif ; 4) pour mettre en production cette superficie additionnelle, il faut prévoir aussi une augmentation des consommations intermédiaires, qui sont proportionnelles à la surface; de la même manière que pour la surface, nous avons calculé cette augmentation qui est égale à 47 dollars EU par actif;

  • sous-type Ib: 1) la marge brute agricole totale pour toute la superficie de l'exploitation est de 752 dollars. La marge nette agricole par hectare est de 417 dollars; 2) la superficie minimale par actif nécessaire pour arriver au seuil de reproduction simple est égale à 1,8 ha (750/417); 3) la superficie supplémentaire nécessaire par actif est égale à 0,6 ha (1,8-1,2); 4) pour ce qui concerne les consommations intermédiaires supplémentaires, elles ont été calculées de la même manière que la surface et sont égales à 106 dollars EU par actif.
Ainsi, la situation actuelle et la projection des améliorations techniques possibles de ces types d'exploitants sont représentées par les graphiques qui suivent (où le trait a-b représente la superficie additionnelle nécessaire et le trait c-d les consommations intermédiaires supplémentaires).

Amélioration technique des systèmes

(sous-types I.a et I.b). Comme les résultats le montrent, le chemin de la simple expansion du système actuel pourrait donner des résultats théoriquement positifs; cependant il faut considérer que dans le village les terres actuellement disponibles sont assez rares et que le marché foncier est limité (tant pour le blocage légal, que, surtout, pour le manque de liquidité de la part des paysans): le résultat serait donc une compétition accrue avec les autres sous-types (tant du groupe I que du groupe II), sans pouvoir arriver à trouver une solution convenable pour tout le monde.

Pour cela, la question de l'intensification/ amélioration des systèmes de production se pose: les figures 8 et 9 montrent comment il serait possible de permettre aux sous-types I.a et I.b d'atteindre, à surface constante, un revenu garantissant la reproduction du système.

Conclusions et recommandations

Les exploitations agricoles de la microrégion de Preza se trouvent confrontées aux contraintes suivantes:
  • contraintes foncières: disponiblités en terres cultivables; manque d'irrigation; insécurité foncière;

  • contraintes économiques: revenus disponibles pour la réalisation d'investissements au sein des exploitations; accès au crédit;

  • contraintes commerciales: dépendance des commerçants pour ce qui est de l'approvisionnement en intrants, limitant la productivité des UPF; mauvaise connaissance de l'organisation des marchés et de leurs acteurs, limitant la propension des UPF à produire pour vendre.
L'étude de diagnostic rapide, si elle a pu mettre en évidence ces contraintes, ne permet pas à l'heure actuelle d'établir une hiérarchie entre ces facteurs qui semblent étroitement imbriqués pour l'ensemble de la commune. Il est toutefois remarquable que les UPF les plus performantes soient celles qui ont pu résoudre les contraintes foncières et commerciales susmentionnées, et que les UPF les plus en péril soient celles placées sous l'emprise de la contrainte insécurité foncière.

Partant du cadre institutionnel et de la politique agraire actuelle on donne ci-dessous en guise de conclusion, quelques hypothèses sur le développement des UPF de la zone d'étude, qu'il conviendrait néanmoins de corroborer.

Dans le domaine foncier, l'Etat a entrepris, d'une part, de poser les conditions permettant de lancer le marché foncier et, d'autre part, d'améliorer la valeur foncière des terres agricoles notamment par le biais de projets d'investissement ayant pour but la réhabilitation des réseaux d'irrigation de plaine détruits - faut-il le rappeler - par les anciens membres de la coopérative au cours de la période de transition (1990-1991).

La question du marché foncier reste délicate à aborder; l'accès à la terre pour les UPF de la région étudiée semble être pris en otage par les rapports de force qui s'établissent en dehors de la loi en vigueur, faisant référence à des modes de faire-valoir d'avant 1946. L'offre et la demande en terre potentiellement acquérable par achat ou location au niveau de la commune n'ont pas été évaluées dans le cadre de cette étude; il reste donc malaisé de se prononcer sur la faisabilité d'une alternative d'expansion des superficies cultivées, d'autant plus que les premiers candidats potentiels à l'acquisition de ces terres pourraient se trouver rapidement confrontés à des disponibilités limitées en main-d'oeuvre et en débouchés.

Concernant la réhabilitation des réseaux d'irrigation en plaine, les entretiens de terrain révèlent la faible propension des agriculteurs (tous types confondus) à contribuer à la réhabilitation de ces réseaux, que ce soit financièrement ou même en s'organisant en association d'utilisateurs d'eau. A cela il faut ajouter une attente démesurée de l'Etat, dont on considère comme un dû qu'il finance les travaux nécessaires à la remise en fonction de ces réseaux.

Concernant les aspects de revenu disponible, il importe ici de souligner l'importance significative des revenus extra-agricoles générés par un travail en ville ou une migration saisonnière (enquêtes effectuées dans la région voisine, résultats en cours de publication). De telles activités contribuent à ramener la marge nette globale de bon nombre d'UPF aux alentours du seuil de reproduction, voire même de dépasser largement celui-ci. Rares sont les exploitations de la microrégion qui, basant leur stratégie sur des revenus d'origine exclusivement agricole, arrivent à se positionner à des niveaux élevés de marges.

Cet état des choses doit être pris en compte, car il introduit en fait un coût de la main-d'oeuvre agricole additionnelle au sein de l'UPF, limitant ainsi le modèle d'expansion en introduisant des coûts supplémentaires qui cessent d'être proportionnels à la superficie cultivée.

En ce qui concerne le crédit, il nous a paru remarquable que pratiquement aucun des individus questionnés au sein des UPF n'ait évoqué l'absence d'accès à celui-ci de façon significative. Ce constat nous paraît pouvoir être lié d'une part aux niveaux élevés d'autoconsommation et d'autre part à l'existence de sources de financement provenant notamment d'activités «extra-agricoles» pour la classe des «entrepreneurs».

L'importance des cultures céréalières et des fourrages dans les assolements pratiqués est certainement une réaction face à l'incertitude des débouchés. Si elle semble économiquement moins intéressante, ce choix permet aux UPF de couvrir leurs besoins alimentaires tout en faisant appel à un référentiel de technicité et d'entreprise encore bien ancré dans les mentalités.

Cela dit, le «secret» des UPF en voie de capitalisation semble résider avant tout dans leur capacité à assurer un débouché pour leurs produits, voire parfois un meilleur prix unitaire d'écoulement.

Une fois percé le secret apparent de cette réussite, il reste à comprendre comment et pourquoi, dans des villages assez proches de la capitale ou d'autres marchés importants, certains entrepreneurs agricoles arrivent à émerger alors que d'autres exportent leur main-d'oeuvre dans d'autres secteurs. L'absence généralisée de niveaux d'organisation ou de services dans le domaine d'approvisionnement en intrants de bonne qualité (notamment semences et herbicides) et dans le domaine de la commercialisation des productions agricoles (vendues quasi exclusivement par les producteurs se déplaçant individuellement jusqu'aux marchés urbains de Tirana) sont des caractéristiques constantes au niveau de la microrégion et sont identifiées par les producteurs comme des contraintes majeures. Dans ce domaine aussi, on se heurte à une réticence générale limitant toute initiative de mise en place de niveaux organisationnels.

Il y a donc là certainement lieu de réfléchir à l'opportunité de la mise en place de services privés, qui, venant d'entrepreneurs individuels (grossistes, commerçants) pourraient tirer parti du manque d'organisation des producteurs et s'approprier la plus-value de la production destinée aux marchés.

Il semble donc nécessaire d'affiner le niveau de compréhension des différentes contraintes inhérentes au milieu étudié, afin de pouvoir les hiérarchiser et être à même d'envisager des propositions de services à mettre en place pour les différentes catégories de paysans identifiées. Dans ce sens, l'approche développée tout au long de ce document semble être prometteuse, car c'est un outil permettant la compréhension de la dynamique paysanne, nécessaire pour la formulation de politiques différenciées à partir des éléments clés des systèmes.


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