La transmission d'Onchocerca volvulus est due à des petites mouches de couleur sombre: les simulies. La femelle absorbe les embryons en piquant les personnes infectées; au bout de quelques jours, les larves infestantes atteignent la trompe de l'insecte et pénètrent chez l'homme à l'occasion d'une nouvelle piqûre. Les simulies se reproduisent près des rivières à débit rapide et de ce fait, la maladie affecte surtout les populations rurales vivant aux approches des biefs d'eau courante.
Le lourd tribut des victimes n'est qu'un des aspects désastreux de cette maladie. La production alimentaire a également chuté dramatiquement lorsque les populations ont dû abandonner les vallées fertiles infestées pour se regrouper en masse sur des terres surexploitées. La dégradation progressive de l'environnement n'a fait qu'exacerber une situation déjà précaire.
C'est ainsi qu'en 1974, commença ce vaste projet grâce à une coopération multiforme. Au début, sept pays étaient concernés: le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger et le Togo. Il s'avéra impossible d'appliquer le programme d'éradication à un niveau purement national; aussi les gouvernements décidèrent-ils de l'étendre à toute la sous-région concernée. Des études révélèrent que la région la plus infestée était celle du bassin de la Volta. La stratégie adoptée consistait à déverser chaque semaine des insecticides par hélicoptère sur les sites de reproduction. L'information par satellite permettait de déterminer les zones de reproduction les plus denses. Un comité écologique indépendant fut créé ayant pour mission le contrôle et l'approbation de l'utilisation d'insecticides et la protection écologique des zones situées près des points d'eau.
En tant qu'agence d'exécution, l'OMS rassembla une équipe de 500 personnes composée d'entomologistes, d'épidémiologistes, d'agents de terrain, dépendant du siège du projet, situé à Ouagadougou, au Burkina Faso. Un comité d'organisation comprenant le PNUD, la FAO , l'OMS et la Banque mondiale fut constitué avec pour mission la surveillance des différentes phases du programme. La BM y assumait la responsabilité de la coordination entre pays ou organismes donateurs et de la gestion des fonds obtenus.
En 1987, un nouveau médicament, l'ivermectine, un microfilaire capable de tuer les larves à l'intérieur de l'organisme, fut identifié et incorporé au programme. Le fabricant, la société Merck and Co., décida alors de le distribuer gratuitement. Bien qu'il constitue un excellent remède pour la prévention de la cécité, l'ivermectine ne peut cependant remplacer les pulvérisations d'insecticides car il ne prévient pas la transmission de la maladie et ne suffit donc pas pour éliminer le parasite.
Si les modes d'action employés pour rejoindre les buts du programme de contrôle de la cécité des rivières n'ont guère changé, de plus en plus d'Africains, au fil des ans, y ont été mêlés, à tel point que présentement, environ 95% du personnel de l'OCP sont originaires des 11 pays concernés.
Outre le contrôle de l'onchocercose dans ces pays, les efforts visent essentiellement à prévenir toute résurgence de la maladie et à contrôler le bon déroulement du Programme, qui devrait s'achever vers l'an 2000.
Il est à noter cependant que l'occupation désordonnée de ces vallées, faute de politiques foncières garantissant la continuité de la tenure aux paysans qui s'installent sur des terres qui ne sont pas les leurs, laisse entrevoir les risques de surexploitation des ressources naturelles des aires onchocerquiennes et leur stérilisation progressive. Pour conjurer ce péril, la France et la Banque Mondiale ont organisé, en avril 1994 à Paris, une Conférence ministérielle ayant pour thème général le peuplement et le développement durable de la zone du programme de lutte contre l'onchocercose en Afrique de l'ouest.
Cette réunion a eu pour résultat la mise au point et l'adoption d'une série de principes de base selon lesquels formuler des politiques d'accès aux ressources naturelles des vallées de l'OCP et à leur utilisation renouvelable.
Avec l'assistance d'autres divisions techniques, le Secrétariat de la FAO pour l'OCP (SDA) a donc entamé l'établissement d'un inventaire des ressources qui permette l'individuation de projets circonscrits de développement rural durable, centré sur la mise à jour d'études précédentes et sur le traitement des données recueillies à la faveur d'études sur la situation démographique dans les vallées, les flux migratoires et les zones d'origine des immigrants; sur une description des capacités socio-économiques dans les vallées de l'OCP et sur les installations réalisées ou en cours d'exécution avec étude particulière sur les contrats d'accès et de mise en valeur des terres cédées aux nouveaux occupants afin d'y obtenir la pérennité des droits d'usage; enfin, sur un inventaire-diagnostic des ressources naturelles disponibles, notamment par des techniques de cartographie thématique basées sur les systèmes d'information géographique par satellite. Les documents cartographiques traités permettraient la formulation de propositions spécifiques de mises en valeur ainsi que la détermination des capacités de charge démographique et d'exploitation des ressources naturelles dans une aire donnée.
La réalisation de l'inventaire démographique a bénéficié d'une approche basée sur l'animation de cellules nationales de recherche. Grâce aux acquis méthodologiques et techniques perfectionnés au cours des inventaires requis, ces équipes de recherche démographique peuvent rendre d'utiles services à leurs pays respectifs lors d'études ultérieures.
A mi-parcours de leurs études nationales, les équipes de l'inventaire démographique se sont rencontrées lors d'un séminaire sous-régional pour discuter de leurs études respectives et s'échanger une série d'informations et de conclusions provisoires. Cette mise en réseau sous-régional des cellules de recherche démographique pourrait servir de modèle d'intervention pour les inventaires de ressources qui pourront bientôt s'avérer nécessaires.
A ces volets d'inventaire des ressources tant humaines que socio-économiques et naturelles, s'ajouterait la promotion de la production animale dans les pays de l'OCP. On pourrait commencer par le contrôle de la trypanosomiase dans l'optique d'une expansion naturelle du projet financé par la Belgique au Togo (GCP/TOG/013/BEL), jugé un succès par beaucoup.
Il y a lieu d'ajouter que le temps réclamé pour l'obtention des divers financement que nécessitent les études d'inventaire des ressources devrait être abrégé au maximum. Cette hâte dans le financement et la réalisation des études envisagées est due aux pressions démographiques d'ores et déjà exercées sur les terres des vallées et aux risques subséquents de surexploitation des ressources disponibles et d'utilisation de techniques non adaptées aux conditions écologiques locales.