LT:Analysis:Onchocercose
SD DIMENSIONS / Land Tenure / Analysis
Affiché le 31 Mars 1996

Mise en valeur des vallées onchocerquiennes en Afrique de l'ouest

par G. Ciparisse
Fonctionnaire responsable
Service de régimes fonciers (SDAA)
Division du développement rural, FAO

Qu'est-ce que l'onchocercose?

L'onchocercose, également appelée cécité des rivières, est une affection parasitaire engendrée par la présence de vers pouvant se reproduire dans l'organisme. Les victimes de cette maladie deviennent progressivement aveugles, parfois dès avant 35 ans. Ainsi, près de 15% de la population vivant dans le bassin de la Volta, une région d'Afrique occidentale représentant une fois et demie la superficie de la France, étaient frappés par cette maladie au début des années soixante-dix.

La transmission d'Onchocerca volvulus est due à des petites mouches de couleur sombre: les simulies. La femelle absorbe les embryons en piquant les personnes infectées; au bout de quelques jours, les larves infestantes atteignent la trompe de l'insecte et pénètrent chez l'homme à l'occasion d'une nouvelle piqûre. Les simulies se reproduisent près des rivières à débit rapide et de ce fait, la maladie affecte surtout les populations rurales vivant aux approches des biefs d'eau courante.

Le lourd tribut des victimes n'est qu'un des aspects désastreux de cette maladie. La production alimentaire a également chuté dramatiquement lorsque les populations ont dû abandonner les vallées fertiles infestées pour se regrouper en masse sur des terres surexploitées. La dégradation progressive de l'environnement n'a fait qu'exacerber une situation déjà précaire.

Le Programme de lutte contre l'onchocercose (OCP)

En 1972, Robert S. McNamara, alors Président de la Banque mondiale, était en visite à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso, lorsqu'il rencontra deux scientifiques français, les docteurs LeBerre et Picq. Ces deux chercheurs travaillaient sur la maladie depuis 1965. Ils réussirent à convaincre Mr. McNamara qu'il importait de détruire les larves de simulies sur l'ensemble des sites de reproduction si l'on voulait rompre définitivement le cycle de transmission de la maladie. Mr. McNamara proposa alors au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), à l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ainsi qu'à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de se joindre à la BM pour mettre sur pied un programme commun, avec l'aide de nombreux donateurs.

C'est ainsi qu'en 1974, commença ce vaste projet grâce à une coopération multiforme. Au début, sept pays étaient concernés: le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger et le Togo. Il s'avéra impossible d'appliquer le programme d'éradication à un niveau purement national; aussi les gouvernements décidèrent-ils de l'étendre à toute la sous-région concernée. Des études révélèrent que la région la plus infestée était celle du bassin de la Volta. La stratégie adoptée consistait à déverser chaque semaine des insecticides par hélicoptère sur les sites de reproduction. L'information par satellite permettait de déterminer les zones de reproduction les plus denses. Un comité écologique indépendant fut créé ayant pour mission le contrôle et l'approbation de l'utilisation d'insecticides et la protection écologique des zones situées près des points d'eau.

En tant qu'agence d'exécution, l'OMS rassembla une équipe de 500 personnes composée d'entomologistes, d'épidémiologistes, d'agents de terrain, dépendant du siège du projet, situé à Ouagadougou, au Burkina Faso. Un comité d'organisation comprenant le PNUD, la FAO , l'OMS et la Banque mondiale fut constitué avec pour mission la surveillance des différentes phases du programme. La BM y assumait la responsabilité de la coordination entre pays ou organismes donateurs et de la gestion des fonds obtenus.

Désillusions

Au début des années 80, force fut de constater que les zones situées à proximité du bassin de la Volta étaient infestées par les simulies, lesquelles envahissaient de nouveau la zone cible d'origine. De 1986 à 1987, le Programme fut donc étendu aux régions plus au sud du Bénin, de la Côte d'Ivoire, du Ghana, du Togo ainsi qu'en Guinée, en Guinée-Bissau, au Sénégal, en Sierra Léone et dans le sud du Mali.

En 1987, un nouveau médicament, l'ivermectine, un microfilaire capable de tuer les larves à l'intérieur de l'organisme, fut identifié et incorporé au programme. Le fabricant, la société Merck and Co., décida alors de le distribuer gratuitement. Bien qu'il constitue un excellent remède pour la prévention de la cécité, l'ivermectine ne peut cependant remplacer les pulvérisations d'insecticides car il ne prévient pas la transmission de la maladie et ne suffit donc pas pour éliminer le parasite.

Succès en vue

En 1991, le programme avait atteint son objectif de contrôle de l'onchocercose et s'apprêtait à entamer la phase suivante d'une durée de six ans (Phase quatre, 1992-1997), laquelle serait suivie d'une période de relâche d'environ trois ans. A la fin du programme, la maladie devrait être éradiquée dans les 11 pays concernés. Les zones traitées sont comprises à l'intérieur d'une aire de 1,3 million de km2, le long de 50.000 km de cours d'eau et concernent onze pays. Treize nouveaux donateurs se sont joints à ceux du début. Le budget annuel moyen, sur les vingt ans de vie de ce programme de santé publique avoisine les 30 millions de dollars des EU.

Si les modes d'action employés pour rejoindre les buts du programme de contrôle de la cécité des rivières n'ont guère changé, de plus en plus d'Africains, au fil des ans, y ont été mêlés, à tel point que présentement, environ 95% du personnel de l'OCP sont originaires des 11 pays concernés.

Outre le contrôle de l'onchocercose dans ces pays, les efforts visent essentiellement à prévenir toute résurgence de la maladie et à contrôler le bon déroulement du Programme, qui devrait s'achever vers l'an 2000.

Mise en valeur socio-économique des vallées.

Du point de vue médical, le programme de lutte contre l'onchocercose peut d'ores et déjà être considéré comme un succès: près de 30 millions de personnes sont désormais à l'abri de la maladie; environ 1,5 million de malades ont pu être guéris et les dix millions d'enfants qui ont vu le jour depuis le début du programme ne courent plus le risque de contracter la maladie. Selon les estimations de l'OMS, 500.000 cas au moins de cécité seront évités et l'on peut raisonnablement espérer qu'à l'aube de l'an 2000, l'onchocercose sera en grande partie éradiquée dans les zones concernées. Le contrôle du vecteur a permis ces dernières années d'envisager la réinstallation dans les vallées à nouveau accessibles de paysans et d'éleveurs sur des terres fertiles et généralement bien arrosées dont la superficie globale s'élève à plus de 80.000 km2.

Il est à noter cependant que l'occupation désordonnée de ces vallées, faute de politiques foncières garantissant la continuité de la tenure aux paysans qui s'installent sur des terres qui ne sont pas les leurs, laisse entrevoir les risques de surexploitation des ressources naturelles des aires onchocerquiennes et leur stérilisation progressive. Pour conjurer ce péril, la France et la Banque Mondiale ont organisé, en avril 1994 à Paris, une Conférence ministérielle ayant pour thème général le peuplement et le développement durable de la zone du programme de lutte contre l'onchocercose en Afrique de l'ouest.

Cette réunion a eu pour résultat la mise au point et l'adoption d'une série de principes de base selon lesquels formuler des politiques d'accès aux ressources naturelles des vallées de l'OCP et à leur utilisation renouvelable.

Inventorier les ressources

Suite aux voeux exprimés par les Chefs d'Etat et plusieurs ministres présents à Paris, les agences coparrainantes de l'OCP ont reconnu à la FAO, en avril 1995, le rôle d'agence principale du système des Nations Unies pour la formulation et l'exécution d'un plan d'action visant à la mise en valeur renouvelable des ressources naturelles des vallées de l'OCP ainsi que la fonction de coordination des plans nationaux de développement des zones en question.

Avec l'assistance d'autres divisions techniques, le Secrétariat de la FAO pour l'OCP (SDA) a donc entamé l'établissement d'un inventaire des ressources qui permette l'individuation de projets circonscrits de développement rural durable, centré sur la mise à jour d'études précédentes et sur le traitement des données recueillies à la faveur d'études sur la situation démographique dans les vallées, les flux migratoires et les zones d'origine des immigrants; sur une description des capacités socio-économiques dans les vallées de l'OCP et sur les installations réalisées ou en cours d'exécution avec étude particulière sur les contrats d'accès et de mise en valeur des terres cédées aux nouveaux occupants afin d'y obtenir la pérennité des droits d'usage; enfin, sur un inventaire-diagnostic des ressources naturelles disponibles, notamment par des techniques de cartographie thématique basées sur les systèmes d'information géographique par satellite. Les documents cartographiques traités permettraient la formulation de propositions spécifiques de mises en valeur ainsi que la détermination des capacités de charge démographique et d'exploitation des ressources naturelles dans une aire donnée.

La réalisation de l'inventaire démographique a bénéficié d'une approche basée sur l'animation de cellules nationales de recherche. Grâce aux acquis méthodologiques et techniques perfectionnés au cours des inventaires requis, ces équipes de recherche démographique peuvent rendre d'utiles services à leurs pays respectifs lors d'études ultérieures.

A mi-parcours de leurs études nationales, les équipes de l'inventaire démographique se sont rencontrées lors d'un séminaire sous-régional pour discuter de leurs études respectives et s'échanger une série d'informations et de conclusions provisoires. Cette mise en réseau sous-régional des cellules de recherche démographique pourrait servir de modèle d'intervention pour les inventaires de ressources qui pourront bientôt s'avérer nécessaires.

A ces volets d'inventaire des ressources tant humaines que socio-économiques et naturelles, s'ajouterait la promotion de la production animale dans les pays de l'OCP. On pourrait commencer par le contrôle de la trypanosomiase dans l'optique d'une expansion naturelle du projet financé par la Belgique au Togo (GCP/TOG/013/BEL), jugé un succès par beaucoup.

Gérer un outil permanent de planification

Au terme des études d'inventaire ci-dessus détaillées, la FAO serait en mesure d'aider chacun des 11 pays de l'OCP à formuler son plan de développement rural et de lui présenter une série de projets en agriculture, forêt, élevage ainsi qu'un canevas de développement rural intégré de ces zones, allant des secteurs de production agricole aux infrastructures, à la santé publique, à la démographie, aux pôles de développement, aux industries de transformation et de traitement. etc.

Il y a lieu d'ajouter que le temps réclamé pour l'obtention des divers financement que nécessitent les études d'inventaire des ressources devrait être abrégé au maximum. Cette hâte dans le financement et la réalisation des études envisagées est due aux pressions démographiques d'ores et déjà exercées sur les terres des vallées et aux risques subséquents de surexploitation des ressources disponibles et d'utilisation de techniques non adaptées aux conditions écologiques locales.


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