Action 21/10:Terres
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Rapports d'activité
FAO, juin 1997
Chapitre 10:
Planification et gestion intégrées
des terres

L'enjeu

La population mondiale devrait augmenter de près de 75 pour cent d'ici l'an 2050, passant ainsi à plus de 9,8 milliards d'habitants. Certains pays en développement connaîtront une croissance démographique et économique si rapide que leurs besoins alimentaires seront alors sans doute quatre à cinq fois supérieurs à ceux d'aujourd'hui. Mais les méthodes actuelles d'utilisation et de gestion des terres permettent-elles d'assurer l'accroissement de production alimentaire nécessaire pour répondre à de tels besoins?

A cet égard, la situation actuelle n'est guère prometteuse. La plupart des terres cultivables sont déjà exploitées et, dans les pays en développement, la superficie arable disponible par habitant devrait tomber de 0,65 ha à environ 0,4 ha entre la fin des années 90 et l'an 2010. Pendant ce temps, le surpâturage, l'érosion, la salinité du sol et l'engorgement dégradent ou détruisent des millions d'hectares de terres agricoles productives.

Selon les meilleures études disponibles, la dégradation au cours du demi-siècle passé, soit quelque 16 pour cent de la superficie arable totale, est imputable à l'homme. Dans les pays en développement, l'érosion et le surpâturage constituent un grave problème. L'érosion du sol est en augmentation dans les pays développés où d'autres formes de dégradation des terres sont également enregistrées, telles que la pollution due aux activités industrielles et l'utilisation excessive de produits chimiques en agriculture. Dans le monde en développement, comme dans les pays développés, l'expansion des agglomérations urbaines et des infrastructures se fait aux dépens des terres productives et des habitats naturels. L'environnement, spécialement dans les zones urbaines, est si pollué qu'il constitue souvent un danger pour la santé humaine.

Aux fins d'un développement durable, la résolution des conflits relatifs à l'utilisation des terres est essentielle. Adapter les ressources en terres aux besoins de l'homme dans ce domaine permet, d'une part de maximiser la production durable et, de l'autre, de réduire la compétition, d'opérer des choix efficaces et d'établir un lien entre le développement socioéconomique et la protection de l'environnement et sa remise en état.

Une approche intégrée requiert une meilleure coordination de la planification et de la gestion sectorielles des terres et de leurs ressources. Le Chapitre 10 d'Action 21 invite à réorganiser et, le cas échéant, à renforcer la structure de prise de décisions et, notamment, en ce qui concerne les politiques, procédures et méthodes de planification et de gestion. Cette approche reconnaît la nécessité d'une participation de tous les intéressés à la prise de décisions concernant l'utilisation des terres et comble l'écart entre les objectifs des utilisateurs des terres en termes de production et de revenus, et l'objectif à long terme de la société, qui est celui de préserver les ressources naturelles.

Des conditions économiques et juridiques, qui encouragent et priment les pratiques d'utilisation durable des terres, revêtent une importance cruciale - un régime foncier inapproprié constituant l'une des principales entraves. Des liens doivent être établis entre les systèmes traditionnels de gestion des terres d'une part, et les applications de la science et de la technologie, d'autre part.

Les progrès accomplis depuis la CNUED

Depuis la CNUED, plusieurs pays développés ont adopté des plans et programmes de grande envergure en matière d'utilisation des terres. On peut citer, en exemple, le plan directeur du Japon en matière d'utilisation des terres, le programme australien de protection des terres et la planification des infrastructures écologiques entreprise aux Pays-Bas. D'autres pays ont constitué des bases de données informatisées sur les ressources en terres, ont procédé à un zonage écologique et se sont intéressés aux instruments de planification pour la gestion des terres.

Dans le monde en développement, la planification et la gestion sont gravement entravées par un manque de formation, d'informations de base et de fonds. Toutefois, des progrès considérables sont faits dans ce domaine par un nombre croissant de pays, notamment dans le cadre des plans d'action nationaux pour l'environnement financés par la Banque mondiale.

Divers pays d'Asie et d'Amérique latine ont conduit des enquêtes nationales sur leurs ressources en terres et l'usage qui en est fait, et mettent actuellement en place des institutions chargées de formuler des plans et des politiques intégrés, en collaboration avec les utilisateurs des terres. La Bolivie a récemment achevé un zonage détaillé de sa région amazonienne, auquel les intéressés ont pris part. En 1994, les neuf pays membres du Traité amazonien de coopération ont lancé un grand programme de zonage écologique et économique. En République-Unie de Tanzanie, au Kenya et dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, on enregistre une tendance encourageante à une consultation accrue entre gouvernement et utilisateurs des terres.

Les réformes foncières peuvent avoir un impact tout à fait positif sur la gestion des terres. La Chine et le Viet Nam, tout comme divers pays en transition, ont entrepris d'attribuer des terres à des particuliers et à des familles. Les augmentations de production ont souvent été spectaculaires et, pour la première fois du millénaire, on plante plus d'arbres que l'on n'en abat.

La FAO a soutenu dans plusieurs pays, par le truchement de son Programme de coopération technique (PCT), et en collaboration avec des donateurs, de nouveaux programmes à caractère participatif pour la planification de l'utilisation des terres.

Des progrès importants ont été fait au cours de ces deux dernières années dans le domaine des systèmes d'information automatisés, de la télédétection et des techniques de positionnement à l'échelle mondiale. Mais, alors que ces instruments et ces technologies pourraient faciliter la planification aux fins d'une utilisation plus productive et durable des terres, les progrès effectués dans la mise en place des capacités nécessaires à leur application courante dans tous les pays ont été bien moins nets.

De plus, les approches adoptées en matière de planification de l'utilisation des terres se sont révélées inefficaces dans bien des cas, souvent parce qu'elles ne tiennent pas compte des objectifs des utilisateurs des terres comme de ceux des gouvernements. Leur mise en uvre est également gravement entravée, et ce dans tous les pays, par l'absence d'organes de planification et de gestion interdisciplinaires, tant au niveau national que local.

Les questions clés

  • Vers une coopération internationale en matière de conservation et de développement des ressources en terres
    Les points suivants, identifiés après consultation avec d'autres organisations, méritent une attention urgente:

  • Une conception intégrée de la gestion des terres
    Au niveau international, la priorité devrait être accordée au développement et à la diffusion d'une approche nouvelle en matière de conservation et de développement des ressources en terres. Il s'agit par là de créer des conditions sociales, économiques et juridiques qui favorisent un développement durable, de répondre aux besoins d'information des gouvernements et des utilisateurs des terres, avec la participation de toutes les institutions concernées.

  • Des programmes nationaux pour la planification de l'utilisation des terres
    Chaque pays devrait mettre en place un programme national de planification de l'utilisation des terres, visant des objectifs clairement définis et comportant un calendrier de réalisation détaillé. Il s'agirait, au travers de ces programmes, d'éliminer les obstacles et de fournir des incitations, de permettre aux populations rurales de participer à la planification de l'utilisation des terres et à leur gestion, de fournir les données nécessaires pour la prise de décisions et pour le suivi, et d'établir des liens entre les institutions concernées.

  • Coopération dans certains domaines critiques
    Il s'agirait, pour les gouvernements et les organismes nationaux et pour les institutions des Nations Unies, de renforcer leur coopération dans certains domaines critiques. Les interventions proposées sont notamment les suivantes:
    • mettre en place des systèmes d'utilisation des terres stables dans les régions, comme les zones agricoles excentriques, où des écosystèmes importants sont menacés par les activités humaines;
    • mettre en application des systèmes de planification et de développement intégrés dans les régions récemment exposées à une colonisation et à une production agricole intensives;
    • résoudre les conflits relatifs à l'utilisation des terres et des eaux dans les zones péri-urbaines et dans les mégalopoles;
    • favoriser un dialogue intersectoriel concernant la planification et la gestion intégrées des terres.

  • Collaboration pour la mise au point d'instruments de base
    Les gouvernements, les organismes nationaux et les institutions des Nations Unies devraient collaborer à la mise au point d'instruments essentiels, par exemple à une classification commune de l'occupation et de l'utilisation des terres à l'échelon mondial, et à la cartographie des zones écologiques et économiques. Ils devraient étendre à d'autres pays des programmes pour la mise au point d'indicateurs concernant l'utilisation des terres et la viabilité du point de vue de l'environnement.

  • Echange d'informations et d'expérience
    Un programme bien plus vaste de réunions et d'ateliers est nécessaire pour permettre un échange de connaissances et d'expériences en matière de planification et de gestion des terres à divers niveaux - au sein des pays, entre pays ayant des ressources naturelles et des conditions socioéconomiques similaires, et à l'échelon mondial à l'appui des besoins nationaux.

  • Des cadres d'action nationaux et sous-régionaux
    Des pays ou groupes de pays devraient mettre en place des cadres d'action permettant aux pays et aux donateurs de collaborer volontairement à la mise au point et à l'exécution conjointes de politiques et de programmes pour une meilleure utilisation des terres.

  • Un groupe de travail international sur le Chapitre 10
    Des ressources sont nécessaires pour le financement des activités d'un groupe de travail international chargé d'élaborer d'ici la mi-1998 un programme pour la réalisation des objectifs du Chapitre 10, et de proposer des modalités d'exécution et de suivi. L'adoption d'un tel programme resterait à la discrétion des gouvernements.

Le rôle de la FAO

La FAO est le maître d'uvre désigné pour le Chapitre 10. L'Organisation a collaboré avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à la mise au point d'un cadre amélioré pour la mise en valeur et la gestion des terres visant à combler les principales lacunes des stratégies actuelles. Ces nouvelles approches sont introduites par le biais d'une série de trois publications - Our land, our future, brève introduction à cette nouvelle conception, Negociating a future for the land, qui paraîtra en 1997, et un guide d'exécution détaillé, actuellement en préparation.

La FAO a constitué des bases de données sur l'utilisation des terres et mis au point une méthodologie pour la classification et la cartographie des zones agroécologiques, un cadre pour l'évaluation des terres ainsi que des méthodes permettant de mettre en relation le climat et les besoins des cultures du point de vue de l'environnement. Elle dispose également de programmes d'action spéciaux pour l'eau et un développement agricole durable, et pour la conservation et la remise en état des terres, et collabore avec d'autres institutions des Nations Unies à la mise au point de systèmes pour la classification de l'occupation et de l'utilisation des terres. Un grand projet - Africover - concernant l'établissement d'une carte de l'occupation des terres sur le continent africain, est actuellement en cours de réalisation.

La FAO poursuit son action de promotion d'une planification et une gestion intégrées de l'utilisation des terres, malgré des ressources de plus en plus limitées. Considérant l'extrême importance des questions concernant les terres et les eaux, il faut que pays et institutions s'efforcent de fournir le soutien nécessaire et de mettre au point des programmes de collaboration.


Contacts

Robert Brinkman
Directeur, Division de la mise en valeur des terres et des eaux, FAO
Télécopie: (39-6) 5225-6275
Courrier électronique: Robert.Brinkman@fao.org


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