Au Nicaragua aussi, le nombre de familles urbaines qui se trouvent dans un état de pauvreté extrême augmente de jour en jour. A ce propos, le potentiel agricole des régions périurbaines joue un rôle très important dans le ravitaillement en denrées alimentaires des villes en rendant possible l'approvisionnement en produits frais des couches les plus pauvres de la population urbaine. D'autre part, l'élevée densité de population des régions périurbaines peut représenter un facteur de croissance très rapide des villes de part des familles paysannes à la recherche de conditions de vie plus acceptables. Jusqu'à présent, l'exode rural depuis les régions périurbaines ne se vérifie pas avec la même intensité qu'à partir d'autres régions rurales du Nicaragua. Cependant, les politiques néo-libérales du Nicaragua pénalisent les petits et moyens producteurs, qui, sans politiques économiques qui puissent rétablir des conditions favorables pour leur développement, ne pourront pas manifester leurs potentialités productives et d'élan à l'économie nationale.
Des solutions aux impacts de l'urbanisation rapide et un plan pour un système de sécurité alimentaire sont des éléments qui pèsent beaucoup dans la formulation des politiques socio-économiques dans un pays. Les caractéristiques de la production agricole des régions périurbaines du Nicaragua peuvent donner une contribution importante pour l'identification d'un modèle de développement durable pour le pays. Un manque d'attention au paysannat périurbain peut générer un double déséquilibre entre la ville et le monde rural : une augmentation de la migration depuis les campagnes vers la ville et la perte d'un élevé potentiel de ravitaillement des villes en denrées alimentaires à bas prix. De plus, les innovations rapides en agriculture, l'insertion dans le secteur informel des villes des agriculteurs périurbains, la production de produits pour l'exportation et pour l'agroindustrie, sont d'autres contributions de zones périurbaines à l'économie nationale.
Ce travail, dont l'objectif est de caractériser les dynamiques de recomposition rurale de la région de Ticuantepe, se développe dans le cadre des activités du projet FAO GCP/RLA/115/ITA, nommé "Mejoramiento de los servicios agrícolas para los pequeños y medianos productores y sus organizaciones" et basé à Managua. La particularité de ce projet est de rechercher et articuler des actions à niveau local et national pour un développement soutenable des petits et moyens producteurs agricoles du Nicaragua. Le diagnostic de la région de Ticuantepe est le dernier d'une série d'études avec une approche systémiques de quatre régions très différentes du Nicaragua, dont Ticuantepe est élu comme zone typiquement périurbaine. Les autres institutions impliquées dans ce travail sont le CNEARC (Centre National d'Etudes Agronomiques pour les Régions Chaudes) de Montpellier (France) et l'UCA (Universidad Centro Americana) de Managua (Nicaragua).
Dans cette phase de l'analyse, celle des calculs économiques et de caractérisation fine des systèmes de production, ont été privilégiées les petites et moyens unités de production familiale en privilégiant plus l'aspect de communauté d'intérêts que celui des relations de parenté simples, analysées dans leur rationalité économique. Ce choix a été effectué pourquoi à nos avis les petites unités de production familiale peuvent bien répondre aux exigences de ravitaillement des villes en denrées alimentaires à bas prix. En même temps, ces producteurs sont les plus vulnérables aux rapides changements des conditions socio-économiques générales et dans les cas extrêmes ils sont les premiers à migrer dans les villes à la recherche d'un teneur de vie plus acceptable.
Historiquement, les événements qui ont marqué la région ont été le développement de la caféiculture à la fin du XIX siècle dans la partie centrale de la zone, et la croissance du latifundium, liée à la culture du coton, dans la zone de Masaya au milieu des années 50. Ces événements ont empêché le développement des petites unités de production, et la synergie avec l'élevée croissance de population a intensifié le morcellement extrême de la propriété. Les grands latifundistes producteurs de café et coton se ravitaillaient en main-d'oeuvre dans ces régions. Tout récemment, les producteurs minifundistes, situés au milieu d'un réseau urbain en forte croissance, se sont insérés avec rapidité dans l'économie des villes à travers la production de fruits et légumes, les activités dans le secteur informel urbain et l'artisanat. Les activités agricoles effectuées par les producteurs minifundistes sont caractérisées par une élevée valeur ajoutée par unité de surface et par une faible intensité de capital par unité de surface.
La région de Ticuantepe, avec une extension de 66 km2, se situe au Nord de la zone définie en dessus. Le village de Ticuantepe se trouve à 18 km au Sud-Est de Managua et à 16 km au Nord-Ouest de la ville de Masaya. La commune a 20.225 habitants, dont 60% sont localisés dans la zone rurale et le restant 40% dans le village de Ticuantepe. La densité de population est égale à 306 hab./km2. Le territoire de la commune de Ticuantepe est délimité au Nord-Est par la route "Panaméricaine", le plus important axe routier du Nicaragua qui relie Ticuantepe aux villes de Managua et Masaya. Cette proximité détermine plusieurs dynamiques, comme par exemples la facilité dans le transport des produits agricoles vers les marchés des villes, mais aussi des phénomènes d'urbanisation croissante et de spéculation immobilière sur les terres agricoles de la région. Le potentiel agricole de la région est très élevé et les cultures qui plus caractérisent Ticuantepe sont : l'ananas, les légumes (tomate, poivron, oignon), les grains de base (maïs, haricot rouge) et les musacées. On retrouve très peu d'élevage, qui se limite aux animaux de basse court.
Les températures moyennes de la région varient de 22°C à 28°C. Les températures maximales se manifestent pendant les mois d'avril et mai, à la fin de la saison sèche et les températures minimales pendant les mois de décembre et janvier. Les précipitations sont de 1000-1600 mm/an, caractérisées par une grande variabilité inter-annuelle, phénomène qui détermine un niveau de risque très élevé dans l'exploitation agricole. On observe deux saisons bien marquées : une sèche et l'autre des pluies. L'époque de pluie commence dans les mois de mai, juin et termine dans les mois d'octobre, novembre, avec une interruption au mois d'août (période de "canícula"). La distribution bimodal des pluies, à l'intérieur de la période humide, détermine deux saisons de semis : la "primera", à partir de mai jusqu'à juin et la "postrera", d'août à novembre. Les vents soufflent 10 mois sur 12 d'Est à Ouest. Ce facteur climatique est déterminant pour la direction des émissions gazeuses du volcan Masaya, à la frontière Sud-Est de la commune. Ce volcan est dans une phase active avec abondantes émissions gazeuses, qui se dirigent dans la partie Sud de la commune, nuisant aux cultures de grains de base, café et musacées.
La région de Ticuantepe se trouve bordée à l'Ouest et au Sud par la chaîne montagneuse de "Las Sierras de Managua", qui rejoint au Sud-Est le volcan Masaya. La partie montagneuse, et le volcan, occupent 10% du territoire de la commune et forment un amphithéâtre qui borde les parties Est, Ouest et Sud de la région. L'érosion hydrique a conformé le paysage au Sud de la région avec une série de talwegs et alvéoles alternés, qui s'écoulent d'abord parallèles du Sud au Nord, pour ensuite converger au centre de la région. La partie Nord est caractérisée par un paysage presque plat à faibles pentes qui descendent plus doucement vers le lac de Managua. Avec le zonage ont été identifiées quatre zones, dans chacune desquelles les conditions de production agricole sont relativement homogènes.
Zone (A) de la Montagne : il s'agit de la zone montagneuse à forte pente (>75%) entre Ticuantepe et Managua, à l'Ouest de la commune. L'altitude va de 400 à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les sols, du groupe "Las Sierras", dérivent de cendres volcaniques et ils sont caractérisés par un bon drainage et une texture franche sableuse. La surface de la zone est de 22 km2 (35% du territoire de la région), et la densité de population est faible (10-20 hab/km2). Les chemins qui traversent la zone sont en très mauvais état, presque impraticables pendant la saison des pluies. Les dynamiques d'urbanisation ne sont pas développées. La culture prédominante est le café associé aux musacées et essences forestières. Les surfaces moyennes des exploitations agricoles sont de plus de 50 "manzanas" (L'unité de mesure de la terre au Nicaragua est la "Manzana" que l'on abrège "mz". L'équivalence avec l'hectare est : 1mz = 0,7 ha), dans les mains des producteurs privés.
Zone (B) des Talwegs et Alveoles : cette zone se trouve au Sud de la région et y prédominent des terrains escarpés (pente entre 50% et 75%) avec des petites parties planes ou légèrement ondulées. Le paysage est caractérisé par une alternance d'alvéoles et talwegs qui forment de petites vallées orientées du Sud vers le Nord. Il s'agit d'une zone typiquement rurale avec une surface de 23 km2 et une densité de population de 164 hab/km2. La zone n'est pas caractérisée par des dynamiques d'urbanisation mais le marché des terres agricoles est très actif. Dans les parties très en pente bien drainées, les agriculteurs cultivent l'ananas et au fond des alvéoles et des petites vallées plus humides, à l'abri des gaz du volcan, est cultivé le café associé aux musacées. D'autres cultures sont exploitées dans la zone : la pitahaya ("Hylocereus undatus", plante succulente résistante aux gaz du volcan dont les fruits sont exportés) et petites surfaces de grains de base et légumes sur les versants à l'abri des gaz du volcan. Le type de propriété prédominant est par réforme agraire, mais on retrouve aussi des minifundistes et des fermiers.
Zone (C) semi-urbaine : la zone se trouve en proximité du grand axe routier panaméricain au Nord de la région. Les dynamiques d'urbanisation sont très fortes et les prix de la terre sont deux fois plus élevés que dans la zone B. Le relief est légèrement ondulé avec des faibles pentes (1-4%), coupé par des torrents très encaissés dans le paysage. La surface de la zone est de 18 km2 et la densité de population est la plus élevée de la région : 805 hab/km2 en considérant la population du village de Ticuantepe et 405 hab/km2 sans la population urbaine. Une forte pression foncière caractérise les dynamiques de développement de la zone et dans les conflits qui se génèrent parmi les différents utilisateurs de la ressource sols, les producteurs agricoles sont presque toujours dans une position défavorisée. Le système de culture qui dominait la zone était les musacées en culture pure (les gaz du volcan ne touchent pas la zone). Aujourd'hui, elles sont en train d'être substituées avec l'ananas. On retrouve dans la zone des producteurs minifundistes, des métayers et des bénéficiaires de réforme agraire.
Zone (D) du Volcan : cette zone fait partie du parc national du volcan Masaya, à l'Est de la commune. Le paysage est typiquement volcanique avec de fortes pentes et terres marginales d'un point de vue agricole, avec des roches et sédiments volcaniques émergents. Le principal intérêt de la zone est touristique et naturaliste et l'exploitation agricole des ressources du parc est interdite par sa loi d'institution. Cependant, les broussailles qui poussent sur les sols volcaniques sont coupées par des paysans sans terre, qui vendent le bois dans le village de Ticuantepe.
Jusqu'à la fin du XIX siècle, les droits fonciers étaient réglementés à travers impôts payés à l'église qui légalisait la propriété de la terre et concédait les droits légaux de possession. Ensuite, au début du XX siècle, avec la "Révolution Libérale" (1893-1910), l'oligarchie conservatrice et ecclésial perdait ses privilèges et l'Etat prenait le contrôle sur la possession et les droits légaux de la terre. Une série de lois foncières est émise par les Gouvernements libéraux qui favorisaient l'accumulation des terres collectives, exploitées par les populations indigènes, dans les mains de peu de familles.
Avant 1890, la région de Ticuantepe était appelée "Llano grande". On suppose que la croissance démographique de la région est due à un déplacement de population des villages proches au volcan Masaya à cause de son éruption à la fin du siècle passé. Le village de Ticuantepe est fondé approximativement dans les années 1890-1893 par des familles de provenance étrangère. En même temps est construite, par une société française, une prise pour le ravitaillement en eau potable du village et beaucoup d'autres familles s'installent dans la région. Parallèlement à la formation du village de Ticuantepe commençait un processus de commercialisation des terres et une nette différenciation se produisait entre les grands propriétaires des latifundia et les paysans qui exploitaient des petites parcelles à travers des contrats de location, métayage et colonat avec les latifundistes de la région, qui profitaient de la force de travail du paysannat, rémunérée au minimum.
Dans le système de production latifundiste on trouve deux variantes : a) le latifundium à élevage bovin et b) le latifundium caféier. Les grandes exploitations à élevage occupaient presque la globalité du territoire de Ticuantepe. Les fermes étaient exploitées en pâturage pour l'élevage bovin, et une petite partie de l'exploitation était assignée à des colons ou métayers. Le sous-système de production latifundiste caféier se développait dans la zone montagneuse et dans des parties de la région où aujourd'hui ne serait pas rentable l'exploitation du café.
On retrouve aussi des systèmes de production de type fermier entrepreneur, dont les principales cultures exploitées étaient des produits de vente : tant produits bruts que transformés (canne à sucre, tabac, jus de canne concentré, sucre non raffiné et cigares.). Les familles du paysannat de Ticuantepe qui ne rejoignaient pas le niveau de survie avec leurs activités agricoles, travaillaient pour ces exploitations qui utilisaient beaucoup de main-d'oeuvre, gérée directement par le producteur.
Dans les années 60 et 70 se produisent de forts conflits sociaux dans tout le pays. Il s'agit des contrastes autour de la terre et des rapports du travail salarié. Le régime au pouvoir se rend compte du danger de ces conflits sociaux et à travers l'IAN ("Instituto Agropecuario Nicaragüence") il essaye de réduire les effets des forts conflits sociaux avec une réforme agraire. La réforme agraire somociste distribue surtout des lots de terre vierge dans la région atlantique, sans modifications de la structure des propriétés et sans philosophie de redistribution des ressources de manière plus équitable (RILLAERTS, 1992). L'objectif de cette réforme était d'éloigner des villes et des centres de pouvoir une population dangereuse pour le Gouvernement en place. En même temps, la répression somociste envers ses opposants se fait dans toujours plus violente, et dans les années 70 les militants du Front Sandiniste de Libération National (FSLN) rentrent en clandestinité et commencent une forte lutte armée contre l'Etat somociste. Vers la fin des années 70, le Gouvernement change ses politiques agricoles avec des actions de crédit et d'assistance technique aux petits agriculteurs et en 1975 est créé INBIERNO ("Instituto de Bienestar Campesino") avec la prétention d'assigner crédits et de fournir assistance technique pour la production de grains de base dans la région caféière du pays. En réalité, la majeure partie de ces fonds a été détournée pour le financement de la production des grands latifundistes caféiers.
Les systèmes de production caractéristiques de cette période dérivent de l'évolution des anciens systèmes. La distribution bimodal de la terre est maintenue (latifundistes d'un côté et paysans sans terre de l'autre), mais se développe aussi un système de production de petits propriétaires et se consolide le système de production fermier entrepreneur, même si la disponibilité en terre pour eux est moindre que dans la précédente période. C'est à partir de cette époque, avec la pratique de louer des terres pour la culture du coton, que le marché de la terre se développe d'une façon très forte. L'introduction du coton est un prétexte pour la consolidation du latifundium : le prix de la location de la terre augmente, fait qui exclue l'accès dans cette forme à la terre pour les petits producteurs.
Dans les exploitations latifundistes l'élevage diminue progressivement. La rapide croissance démographique, qui caractérise la période, détermine une transformation des grands latifundia qui abandonnent une partie de leurs activités d'élevage pour la production de grains de base, légumes et musacées. Ces systèmes de production continuent à caractériser la conformation de la propriété de la terre dans la région et l'organisation de la main-d'oeuvre salariée, structurée hiérarchiquement. Au même temps, les propriétaires assignent une partie de leur propriété à des paysans sans terre à travers des contrats de métayage et colonat. L'introduction du coton en Ticuantepe, même si pendant très peu d'années, fait déclencher une intensification en capital des systèmes de production avec l'introduction de la mécanisation, et de l'utilisation de grandes quantités d'intrants et main-d'oeuvre. Le sous-système de production latifundium caféier continue ses activités productives seulement dans la partie montagneuse de la commune avec les mêmes caractéristiques structurelles de l'époque passée grâce à la grande disponibilité en main-d'oeuvre à bas prix, provenant du paysannat de Ticuantepe.
Un système de production de propriétaires minifundistes qui exploitant 3-5 mz de terre, commence maintenant à se développer grâce à la vente de terres par les familles latifundistes qui échouent dans leurs activités productives. Ces producteurs peuvent investir dans la plantation de cultures pérennes, en particulier ananas. Les autres cultures exploitées sont des grains de base et des musacées avec la double finalité d'autoconsommation et vente. Cependant, les membres des ces familles sont toujours obligés de vendre leur force de travail et s'insèrent dans une logique de pluriactivité familiale. On retrouve le système de production en location, métayage et colonat qui dérive du même système identifié dans l'époque précédente. L'accès à la terre est limité à 1-3 mz pour l'exploitation de cultures annuelles : il s'agit de grains de base (maïs, haricot, riz pluvial et arachide) en rotation avec des légumes vendus sur les marchés locaux. Les systèmes de culture sont gérés avec un outillage manuel et la location d'attelages de boeufs. Les conditions de production sont très critiques : faible rémunération du travail, vente de main-d'oeuvre dans les systèmes de production latifundiste et fermier et pluriactivité des membres de la famille pour la survie du foyer.
En 1981 l'Etat sandiniste proclame la première loi de réforme agraire qui frappe les latifundia insuffisamment exploités. Les terres confisquées passent dans les mains d'entreprises étatiques ou de coopératives de production. Les politiques agricoles et de réforme agraire insistaient, jusqu'à 1984-85, sur la formation d'un secteur agraire moderne et reformé basé sur une structure étatique, appelée Zone de Propriété du Peuple -APP- ("Area Propiedad del Pueblo"), sur les coopératives de productions et sur des grands projets agro-industrielles. Le paysannat et le secteur de production familial en général était considéré de secondaire importance par le Gouvernement : il était plus un cas social qui une réalité productive qui pouvait contribuer au développement du pays (MERLET et al., 1993). Les paysans sans terre, pour avoir accès à cette ressource, sont obligés d'accepter la forme de coopérative de production, avec des titres de propriété de réforme agraire collectifs et non transférables. Au même temps l'endettement élevé du Nicaragua à la fin des années 70, obligeait le Gouvernement sandiniste à maintenir une production d'agro-exportation, afin de permettre l'entrée de devises étrangères dans le pays. Les petites exploitations, qui ne cultivaient pas des produits destinés à l'exportation, ne faisaient pas partie de ce modèle de développement.
En Ticuantepe, la réforme agraire sandiniste, exproprie les principales fermes latifundistes qui selon les données officielles de l'INRA ("Instituto Nacional de Reforma Agraria") occupaient 42% de la surface agricole. A partir de cette terre expropriée sont créées 18 coopératives de production (CAS : "Cooperativa Agrícola Sandinista"), formées par une grande partie des paysans sans terre et des ouvriers agricoles de la région, qui gèrent de façon collective terre, capital et main-d'oeuvre. Sept autres coopératives de crédit et service, appelées CCS ("Cooperativa de Crédito y Servicio"), se constituent avec des minifundistes propriétaires de la région.
Les autres politiques agricoles sandinistes sont caractérisées par le crédit dirigé, les politiques de subvention aux prix des produits agricoles destinés à l'alimentation de base, la collecte centralisée de grains de base et les grands projets agro-industriels. Malheureusement la distorsion du niveau des prix relatifs et la politique de crédit pour le secteur primaire, à travers un taux d'intérêt réel négatif, se transforment dans un apparat occulte de richesse en faveur de la production étatique, des grandes propriétés privées et des grandes coopératives de production (MERLET et al., 1993).
A partir des années 1984-85 une nouvelle guerre se développe entre les sandinistes et la "Contras", force contre-révolutionnaire supporté par les somocistes exilés et par le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique. Les problèmes qui apparaissent avec la guerre et les contradictions avec certains secteurs paysans, portent à une réduction des APP : les assignations individuelles augmentent et les coopératives se rendent plus flexibles, en acceptant la parcellisation des terres, gérées dans un premier moment de façon collective. Cependant les titres de propriété restent collectifs jusqu'après les élections de 1990 quand pendant la période de transition le Gouvernement sandiniste, permet la transformation des titres de réforme agraire en titres de propriété individuel.
Les cultures exploitées dans la période en Ticuantepe changent assez : les politiques de subventions aux prix des produits agricoles pour l'alimentation de base amenaient à une disparition presque totale de l'élevage et une augmentation des grains de base. L'évolution des systèmes de production se vérifiait avec la disparition du système de production latifundiste polyculture élevage dont les terres sont expropriées et redistribuées sous la forme de coopérative de production. D'une bipolarisation de la distribution de la terre se passait à la collectivisation de la production agricole. Pourtant, dans la montagne entre Managua et Ticuantepe les grandes exploitations caféières se maintenaient. La réforme agraire ne touchait presque pas aux paysans de la zone montagneuse à cause de sa faible densité de population. En effet seulement deux coopératives de production se situaient dans la zone caféière, tandis que les autres 16 étaient dans les parties basses de la région plus densément peuplées.
Le système de production fermier modifie sa structure en fonction de la diminution dans la disponibilité en main-d'oeuvre extérieure et du niveau des prix de produits agricoles pour l'alimentation de base, fixés par l'Etat. Ananas et musacées en culture pure permettaient la reproduction et la capitalisation du système et l'exploitation de grains de base augmente.
Certains minifundistes propriétaires, provenant de l'époque précédente, s'associent en coopérative de crédit et service (CCS) afin d'obtenir de crédits subventionnés par les banques publiques et assistance technique par les organisations de vulgarisation d'Etat. Les producteurs qui se retrouvent dans ce système de production sont des petits propriétaires qui possèdent entre 2 et 7 mz de terre exploitées en grains de base, musacées et légumes, intégrés avec 1 ou 2 mz d'ananas. Certains producteurs ne s'associent pas en CCS, et leurs possibilités productives sont plus limitées dans la mesure qu'ils n'ont pas accès au crédit ni à l'assistance technique de l'Etat.
Un petit pourcentage de paysans sans terre ne bénéficie pas de la réforme agraire sandiniste et continue à travailler avec des contrats de métayage et de location, stipulés avec des fermiers ou des grands propriétaires. Les conditions de vie de ces producteurs sont très précaires. On retrouve par exemple certains paysans sans terre qui exploitent en grains de base des terres très marginales à l'intérieur du parc national Masaya et qui survivent grâce à la vente de leur force de travail et au bois coupé dans le parc.
Presque 100% des CAS après le 1990 parcellise totalement la terre entre les membres de la coopérative. En Ticuantepe par exemple une seule CAS continue son travail en collectif. Le drastique changement des politiques agricoles modifie profondément les conditions de production. Il s'agit principalement d'une drastique réduction des services techniques pour les producteurs et leurs organisations, de la désarticulation du système de collecte et de commercialisation des grains de base, de la brusque ouverture des frontières pour le libre commerce et de la réduction sensible du crédit pour le secteur agricole. Si dans la majeure partie des cas cette réduction de l'intervention de l'Etat était nécessaire, la rapidité du passage d'une agriculture subventionnée à une politique de libre marché a provoqué une crise dans beaucoup d'unités de production.
Au niveau national, on remarque une sensible diminution des surfaces cultivées en produits pour l'alimentation de base, qui sont substituées avec des pâturages pour l'élevage bovin. Il s'agit de terres très productives, destinées durant la période précédente à l'exploitation de grains de base et cultures industrielles. Dans la région de Ticuantepe se manifeste aussi la même réduction de surfaces en grains de base et musacées, suivi de l'augmentation dans l'exploitation de fruits et légumes.