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Le crabe, une fois rentré chez lui, planta la graine de kaki dans un coin de son jardin. Tous les jours il l'arrosait, la cajolait, l'entourait de soins mais aussi la menaçait :
"Vite, vite, graine de kaki, fais des bourgeons; si tu ne te dépêches pas, je te pincerai!",
et la graine de kaki se dépêcha de faire sortir ses bourgeons.
Ensuite, le crabe la pressa encore :
"Vite, vite, graine de kaki, deviens un bel abre; si tu ne te dépêches pas, je te pincerai!",
et la graine devint un bel arbre. Et le crabe dit encore à l'arbre :
"Vite, vite, fais des fruits; si tu ne te dépêches pas, je te pincerai!",
et l'arbre se dépêcha de faire pousser ses fruits.
Les kakis mûrirent, et le crabe se dit :
"Enfin, je vais pouvoir manger des kakis. Comme ils ont l'air bons!"
Il commença à grimper à l'arbre, cliquetant de toutes ses pinces, mais il glissait sur le tronc et retombait par terre. Il eut beau essayer encore et encore, il retombait à chaque fois.
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Sur ce, le singe arriva et voyant les beaux kakis, il eut envie d'en manger. Il dit au crabe :
"Comme c'est moi qui ait ramassé cette graine, j'ai le droit de manger des kakis."
Le singe grimpa lestement à l'arbre, et commença à se goinfrer de kakis, choisissant les meilleurs fruits, les plus rouges.
Le crabe resté au pied de l'arbre lui demanda :
"Envoie-moi quelques fruits, je veux en manger aussi!"
Le singe choisit un fruit encore vert, tout dur, et le lança de toutes ses forces sur le crabe, dont la carapace vola en mille morceaux. Constatant que le crabe était mort, le singe s'enfuit. Les enfants du crabe sortirent alors de sous la carapace brisée de leur pauvre maman et se mirent à pleurer.
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Les petits crabes, l'abeille, la châtaigne, le mortier et la bouse de vache arrivèrent chez le singe. Celui-ci était absent, et ils profitèrent de cette aubaine pour tendre leur piège : la châtaigne se cacha dans le foyer, les petits crabes dans le baquet d'eau et l'abeille se posta au-dessus de la porte. Enfin, le mortier s'installa sur le toit de la maison et la bouse de vache sur le pas de la porte. Chacun se tint silencieusement à son poste, attendant le retour du singe.
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Le singe rentra enfin, grommelant "Brr, qu'il fait froid ici!". Il s'assit au coin du feu pour se réchauffer, et à ce moment, la châtaigne brûlante lui sauta sur le dos. "Aïe, aïe!". Le singe, gémissant de douleur, se précipita vers le baquet d'eau pour asperger sa brûlure; alors les petits crabes sortirent de l'eau et le pincèrent de toutes leurs forces. Le singe, poussant des hurlements, s'enfuit et lorsqu'il arriva à la porte, l'abeille qui se tenait prête le piqua très fort sur la tête. Le singe fou de peur et de douleur tenta de s´échapper, glissa sur la bouse de vache qui se trouvait sur le pas de la porte, et s'étala de tout son long. Le mortier qui attendait, sur le toit, tomba dans un grand fracas et aplatit le singe comme une crêpe. C'est ainsi que les compagnons vengèrent la mort du crabe.
Traduit du japonais par Myriam Dartois.
Illustrations Nobuteru Shiroshita.