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close this book Agricultural Expansion and Pioneer Settlements in the Humid Tropics (1988)
close this folder 13. Un exemple de colonisation des terres marginales: le cas du nord-est Ivoirien
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Le paysage naturel: realités et mythes

Le paysage naturel: realites et mythes

Comme toutes les régions dominées par la savane, les insuffisances du climat au regard des exigences agricoles donnent la principale coloration du milieu. Vient s'y ajouter la médiocrité des sols, aggravée par le niveau élevé des déficits hydriques. On a très souvent résumé le tout par une opinion qui a encore cours dans bien des cercles techniques ou profanes invoiriens: "Le problème du Nord-Est, c'est celui de l'eau".

Un climat difficile

La difficulté du climat ne procédé pas tellement du niveau de l'eau qui est en théorie suffisant pour l'agriculture mais de l'irrégularité dans la répartition des pluies et de l'importance des deficits annuels. Il y a cependent des nuances zonales qui méritent d'être soulignées dans le cadre de cette région qui s'étend principalement au Nord du 8e parallèle.

La nuance méridionale. Au Sud de Bondoukou, le climat de tendance subhumide avec les caractéristiques suivantes:

(i) Une forte irrégularité de la pluviometrie qui atteint son maximum en septembre (1100 a 1300 mm).
(ii) Le déficit hydrique se situe entre 400 et 500 mm. La saison sèche cure cinq mois.

C'est cette partie qui est considérée comme domaine guinéen mesophile. Le climat qui y regne favorise le développement d'un couvert végétal de type forestier avec des intrusions de savane.

Au Nord. Une tendance soudanienne caractérisée par:

(i) deux saisons bien marquées dont la saison sèche qui cure de 6 a 8 mois;
(ii) I'harmattan d'une durée de 3 a 6 mois, ce qui abaisse considérablement le degré hygrométrique;
(iii) un déficit hydrique de 500 a 900 mm.

C'est ainsi qu'a la fores dégradée succède la savane arborée qui domine aux trotsquarts la partie septentrionnale de la région Nord-Est.

L ' assèchement généralisé du climat depuis plusieurs années a pose de fac,on plus accentuée le problème de l'eau. Les ouvrages de retenue, dont l'un des plus importants est le barrage de la Kpoda situe a quelques kilomètres de Bondoukou, vent restes a sec pendant de nombreux mois. Cette situation n'a naturellement pas favorise les progrès de la riziculture irriguée, qui est l'un des points forts du programme de reconversion de l'économie locale.

Les sols vent de qualité généralement médiocre.

En ce qui concerne la colonisation des terres et les problèmes engendres, l'observation de la qualité des sols est d'un grand intérêt, car c'est elle qui oriente les activites rurales et justifie la densité démographique.

Répartition et caractéristiques des sols. On peut classer en quatre catégories les sols de la région: les sols ferrallitiques typiques ou remanies, les sols ferrugineux, les sols bruns eutrophes tropicaux et les sol hydromorphes (Avenard et al. 1971). D'une manière générale, la présence massive de roches granitiques, la pluie chaude et la nature du couvert végétal concourent a l'appauvrissement avance des sols, avec dans le détail, les aspects physico-chimiques suivants:

(i) une capacité d'échange faible due a la présence des constituents kaoliniques et des sesquioxydes
(ii) une quantité faible des bases
(iii) un pH acide
(iv) un taux de saturation généralement faible, surtout au niveau de l'horizon B.

La texture des sols est déterminante au plan de leur comportement vis-a-vis de l'agriculture. Les sols de la région se développent généralement sous un relief particulièrement monotone fait d'une suite de croupes subaplanies séparées par des dépressions a pentes faibles a ['exception de la partie méridionale de la région.

Sur les plateaux se développent des sols sablo-argileux avec une présence plus ou moins importante d'éléments cuirasses ou concretionnaires dans l'horizon B. Les formations gravillonnaires dans les horizons A et B vent aussi fréquentes.

En bas de pente, on se trouve assez fréquemment en présence de formations soit hydromorphes, soit gravillons enterres.

Tout montre la fragilité pédologique d'un tel milieu et place la colonisation des terres dans un contexte particulier. L'expérience a montre que l'agriculture traditionnelle a souvent respecte les possibilités des sols dans la répartition et la mobilité des populations ainsi que dans l'établissement des calendriers de mise en culture des parcelles.

On ne peut comprendre autrement la faiblesse des densités démographiques de certains endroits, celle-ci ne pouvant être attribuée uniquement a la virulence des agents pathogènes. On sait aussi que parmi beaucoup d'autres causes, I'epuisement des sols constitue l'un des motifs de la mobilité de la population et de la longueur des jachères.

La conjoncture pedoclimatique et economique est telle que la concentration démographique a tel ou tel endroit, et la fréquence des mises en culture, vent des facteurs susceptibles de rompre les équilibrés précaires installes dans la région.

Si l'on ajoute a cela les difficultés de mécanisation a grande échelle et en profondeur, du fait de la proximité et de la pierrosite des horizons B, on mesure l'importance et la divesite des problèmes poses a la mise en valeur de la région.