
| La santé mentale des réfugiés (WHO - OMS, 1997, 158 p.) |
Ce manuel sadresse principalement aux agents qui travaillent dans les camps de réfugiés et dautres personnes déplacées. Il a pour but de les aider à soccuper des problèmes de santé mentale des personnes qui ont fui leur foyer et, dans de nombreux cas, également leur pays. Il ne traite pas en détail de questions plus vastes, en grande partie parce quon a estimé que les lecteurs potentiels ne seraient pas en mesure de prendre des décisions affectant le fonctionnement du camp dans son ensemble. Mais il est peut-être utile de faire ici quelques suggestions sur la façon dont la vie dans un camp de réfugiés pourrait être organisée pour tenir compte des besoins mentaux comme des besoins physiques des gens. Ces idées sont seulement données sous forme de brèves indications, sans propositions détaillées quant à la manière de les mettre en oeuvre. Cela tient en partie au fait que les modalités dapplication dépendront de la situation particulière à chaque camp de réfugiés, des structures déjà existantes et de la culture dominante des personnes qui vivent là. Cest pourquoi il faudra trouver des mécanismes pour encourager les réfugiés et autres personnes déplacées, dans la mesure du possible, à prendre en charge eux-mêmes les aspects de la vie du camp qui affectent leur bien-être mental. Si les réfugiés doivent être responsables, cela signifie quils doivent exercer un pouvoir décisionnel sur ce qui est fait. Cela pourra revenir à confier entièrement certaines choses à des personnes qui appartiennent à la communauté des réfugiés.
Lobjectif nest pas simplement dassurer que ce qui est fait est culturellement approprié. En obtenant une large participation et en donnant la parole aux réfugiés et autres personnes déplacées on évitera le sentiment nuisible dimpuissance et de dépendance forcée qui peut les priver de leur énergie. Les réfugiés eux-mêmes, sils y sont encouragés, proposeront leurs idées sur ce qui peut être fait et, même si elles paraissent difficiles à mettre en oeuvre, elles devront être étudiées, voire mises à lessai. Là où les gens sont démoralisés, où les ressources font défaut et où les choses auxquelles les gens avaient normalement accès manquent, certains réfugiés peuvent devenir violents et se rendre coupables dactes criminels, exploitant les personnes plus faibles et plus vulnérables dans le camp. En encourageant la création de groupes de soutien mutuel et, si possible, en leur donnant les moyens de se réunir, le moral pourra être amélioré et des mesures pourront être prises pour que les gens se protègent les uns les autres. Si les gens se rendent compte quils ont le pouvoir de prendre leur vie et leur environnement en main, cela pourra les encourager à améliorer lenvironnement de leur camp et leur santé. Ainsi pourra se créer un cercle bénéfique tel que les réfugiés, voyant quils sont effectivement capables daméliorer les choses, se sentiront plus puissants et encouragés à relever dautres défis.
Offrir des emplois est naturellement très difficile dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées et un tout petit nombre de personnes trouveront dordinaire du travail. Mais grâce à la fourniture doutils et de matériaux pour la culture et la construction les gens pourront faire des choses pour eux-mêmes. Les réfugiés et autres personnes déplacées peuvent être encouragés à organiser leurs propres activités de loisirs et, là aussi, avec peu de ressources ils pourront organiser des activités culturellement appropriées.
Si, administrativement, il est plus facile de séparer les familles et de loger dun côté les hommes et de lautre les femmes et leurs enfants, cela doit être évité à tout prix. Il suffira, par exemple, de suspendre des vêtements ou des nattes entre les espaces qui leur sont, alloués pour donner aux familles un peu dintimité. Pour toutes ces questions, les souhaits, les coutumes et les suggestions des réfugiés doivent naturellement être pris en compte. Sil importe de maintenir ensemble les membres dune famille, il faudra envisager lorganisation de crèches et de garderies pour les enfants. Un système de roulement pourra être instauré à cet effet, les parents se partageant la responsabilité des soins et soccupant à tour de rôle dun groupe denfants. Ainsi, les parents auront du temps à eux.
Cest lorsquarrive la première grande vague de réfugiés et de personnes déplacées que les besoins physiques en nourriture et en hébergement sont les plus grands. Il est tentant pour les organismes daide de continuer à se préoccuper de ces questions, et doublier quune fois ces besoins satisfaits - même partiellement - les besoins en santé mentale sont tout aussi importants. Le souci daméliorer et dentretenir le moral des réfugiés et des autres personnes déplacées ne devrait jamais être ignoré. Un petit investissement dans ce domaine rapportera des dividendes énormes, pas seulement pour la santé mentale mais aussi pour la santé physique.