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close this bookL'hygiène du Milieu après une Catastrophe Naturelle (PAHO)
close this folderDeuxième partie - L'hygiène du milieu après un désastre
View the documentChapitre 1- Facteurs essentiels à une gestion efficace
View the documentChapitre 2 - Première phase: mesures à prendre avant une catastrophe
View the documentChapitre 3 - Deuxième phase: mesures à prendre pendant et après un désastre
View the documentChapitre 4 - Troisième phase: activités de réhabilitation

Chapitre 2 - Première phase: mesures à prendre avant une catastrophe

La plupart des catastrophes naturelles se déclarent de manière imprévisible et la période d'alerte, pendant laquelle une action préventive est possible, est très brève sinon inexistante. Au mieux, par les moyens que nous offre la technologie courante, nous ne pouvons prédire l'imminence d'une catastrophe que quelques jours avant l'impact. Souvent même, les signes annonciateurs ne sont perceptibles que quelques instants avant le déclenchement de la catastrophe et, par conséquent, la seule manière efficace de réagir est de créer, dans les zones vulnérables, une stratégie de prévention.

Le premier objectif des mesures d'hygiène du milieu avant une catastrophe est d'éliminer ou, à tout le moins réduire, dans les régions qui seront sinistrées, les risques d'altération de l'environnement. Pour y parvenir, il est nécessaire d'établir, pendant l'alerte, un plan d'action pour le contrôle de l'hygiène du milieu, de prendre des mesures de routine de protection de l'hygiène du milieu et d'élaborer un programme d'éducation et d'information pour le personnel de santé et pour l'ensemble de la population.

Programme d'urgence de protection de l'hygiène du milieu

L'efficacité de la réponse aux catastrophes dépend, dans une large mesure, de la planification des opérations d'urgence pour la sauvegarde de l'hygiène du milieu. Une fois faite, cette planification devrait, en règle générale, être repensée tous les 5 ou 10 ans. Une révision est plus que probablement nécessaire à la lumière de l'expérience acquise après une catastrophe. Un plan d'urgence ne peut consister en un voeu pieux mais plutôt en la détermination raisonnée, simple et claire du "qui" "quand" et "quoi" faire, en utilisant les moyens disponibles sur place dès que survient un désastre.

Le plan doit indiquer les directives et les priorités à respecter, en évitant les fastidieuses descriptions des fonctions et rôles de chacun en particulier, non pour minimiser le rôle des individus dans toute organisation, mais parce que ce rôle ne ressort, le plus souvent, qu'après avoir déterminé la meilleure façon d'utiliser les ressources disponibles dans les circonstances propres à chaque catastrophe.

Le plan général comprend un guide pour la coordination de toutes les actions à entreprendre, dès qu'une catastrophe est annoncée (ou qu'elle s'est produite), par le personnel des divers services de l'hygiène du milieu et des autres services concernés. Des plans particuliers doivent, dans ce cadre, être conçus pour les services de distribution d'eau, de voirie, etc. Les différentes étapes à suivre dans l'élaboration des plans d'urgence, par les services de l'hygiène du milieu et les autres services concernés sont présentés dans l'Annexe 1. La somme de ces plans particuliers permet la réalisation du plan global de préparation à toute catastrophe.

Le plan global contient sept composantes fondamentales. La première est une estimation de l'étendue des dommages que subirait une région sujette à un certain type de catastrophe. Les trois composantes suivantes montrent comment estimer les ressources qui seraient encore disponibles après le désastre, comment calculer les besoins des communautés sinistrées et, enfin, comment satisfaire ces besoins en fonction des ressources. Afin de déterminer les actions d'urgence à entreprendre pendant la période d'alerte, s'il y en a une, immédiatement après l'impact, et, enfin, dans la phase de réhabilitation, il est utile de se baser sur un inventaire des approvisionnements, des équipements et du personnel et sur une estimation de l'étendue des dégâts.

Les trois dernières composantes du plan d'urgence sont réalisées après l'impact du désastre. Ces étapes réunies forment ensemble le Plan d'action d'urgence. Ce plan doit contenir une grille des services à assurer en priorité et qui répondent aux besoins spécifiques d'une communauté (par exemple la distribution de nourriture, d'abris, d'eau et de soins avant de prendre les mesures destinées à assurer l'hygiène individuelle), il doit indiquer la meilleure manière d'utiliser les ressources disponibles et, enfin, assigner leurs tâches particulières aux membres du personnel des services de l'hygiène du milieu. Il est à souligner que le Plan ne devrait être élaboré qu'après évaluation des mesures déjà prises.

Il est peut-être utile, avant de poursuivre, de reprendre l'ensemble des mesures prioritaires décrites ci-dessus: - procurer des abris répondant aux rigueurs du climat, en s'assurant que leur localisation ne nuira ni aux services de l'hygiène du milieu ni à la salubrité de l'environnement; fournir un minimum d'eau potable saine; éliminer les excréments humains et les autres déchets liquides et solides des abords immédiats des lieux d'habitation et les entreposer dans les lieux qui ne feront courir de risque à personne; contrôler les populations de vecteurs de façon à ce qu'ils ne puissent propager de maladies et ne contaminent pas les ressources alimentaires et s'assurer que les pratiques de préparation alimentaire ne contribuent pas à la propagation des maladies.

Enfin, le plan d'urgence doit indiquer clairement la manière dont l'information sera diffusée durant la période d'alerte et les moyens d'assurer aux secouristes la protection et les logements nécessaires. Ce personnel devra recevoir toutes les vaccinations utiles et disposer, pour sa protection, de vêtements adéquats et d'installations sanitaires. Les responsables seront informés de la bonne manière d'utiliser l'équipement et les approvisionnements.

Mesures de protection

Prendre des mesures de protection implique de nombreuses activités allant du choix des mesures adéquates à la mise en oeuvre des mesures décidées avant, pendant et après une catastrophe. Trois étapes sont indispensables pour planifier de façon optimale cet éventail d'activités: primo, faire la revue de toutes les conséquences possibles du désastre; secundo, envisager parmi les mesures de protection celles qui sont susceptibles d'atténuer les effets de tout type de catastrophe; tertio, examiner les mesures propres à certains types du désastre ou applicables seulement en fonction des conditions locales.

Un examen des effets connus des désastres sur l'hygiène du milieu montre que les dégâts aux ouvrages de génie civil, la contamination de l'eau et des aliments, les coupures de courant et les problèmes de transport sont très probables et constituent les points critiques de tout état d'urgence. Toutes les mesures adéquates pour parer à chacun de ces effets seront maintenant discutées.

Dégats aux ouvrages de génie civil

Toute catastrophe naturelle peut détruire ou sérieusement endommager les ouvrages de génie civil: bâtiments, systèmes d'adduction d'eau (tels que conduites d'eau, stations de pompage, de captage et digues), murs de soutènement, pilones électriques, routes et quais. Ces dégâts, outre qu'ils peuvent blesser les personnes proches, provoquent l'interruption totale ou partielle des services vitaux qu'ils assurent à la communauté.

L'un des principaux moyens de réduire ou d'éliminer les effets d'un désastre sera d'anticiper les destructions et de prévoir les modifications à apporter aux installations existantes. Les structures peuvent être renforcées de façon à résister à l'impact d'un désastre. L'ancrage et le soubassement des machines, des équipements et des réservoirs peuvent être améliorés. Il faudra rechercher des solutions de rechange: par exemple, en prévision de panne dans les installations d'adduction d'eau, au niveau de l'équipement ou du fonctionnement, les installations peuvent être établies dans un endroit où l'eau captée peut être traitée au chlore. Enfin, l'adoption de règles et procédures normalisées optimisera la préparation à tout type de catastrophe.

On peut aussi réduire les dégâts aux structures de génie civil en améliorant l'exploitation des données de base et la planification des projets standards: l'étude météorologique, topographique, hydraulique et géologique des sites a choisir permettra aux planificateurs d'éviter les situations dangereuses. Les installations d'importance vitale pourront ainsi être implantées dans des sites présumés à l'abri de l'impact des désastres. Dans le même ordre d'idées, on protégera les structures, l'équipement et les approvisionnements par des méthodes spécifiques: par exemple, on peut augmenter de une et demie à deux fois la capacité des réservoirs d'eau de façon à en permettre la distribution dans les situations d'urgence.

Contamination de l'eau et des aliments

La contamination de l'eau et des aliments est une des conséquences les plus graves d'un désastre sur la santé publique. Elle peut se produire à la source d'approvisionnement, durant le transport, au moment du traitement, et lors de l'entreposage ou de la distribution. Les dégâts aux structures de génie civil sont la principale source de contamination.


J. Vizcarra Brenner/OPS -
À Sainte-Lucie, un agent du service des eaux détourne les eaux de surface vers un réservoir de désinfection. La préparation aux désastres comprend l'évaluation de la vulnérabilité des installations de traitement de l'eau et des réservoirs.

À moins qu'il ne suspecte la présence de contamination chimique de l'eau et des aliments, le responsable du plan d'action aura comme premier souci d'éviter la contamination microbiologique. Il faut, dans ce cas, identifier et contrôler les agents microbiologiques (et si possible, chimiques) dans l'eau et dans les aliments. Les aliments peuvent être analysés seulement s'il existe un laboratoire de recherche avant la catastrophe. L'analyse des denrées alimentaires est plus difficile que celle de l'eau, parce qu'elle requiert une technologie plus avancée.

Un premier contrôle de la contamination alimentaire peut être fait en utilisant les techniques d'inspection et les équipements destinés aux épreuves sur le terrain.

Si les sources habituelles sont polluées, il faut, pour éviter la contamination, rechercher de nouvelles sources d'approvisionnement en eau et en denrées alimentaires. En cas de rupture du système d'adduction d'eau, il faut rechercher des solutions de rechange pour le traitement et la distribution de l'eau. Si possible, d'un point de vue économique, il faut, le plus rapidement possible, drainer l'eau ou abaisser le niveau d'eau aux sources d'approvisionnement et utiliser de puissants diluants pour réduire la teneur en agents contaminants. Il faut aussi prévoir des moyens de lutte contre la pollution autour des sources d'approvisionnement.

Ruptures énergétiques

Lignes électriques endommagées, dégâts aux installations de génie civil, équipements détruits, telles sont les causes les plus connues des ruptures énergétiques que l'on observe habituellement lors de l'impact et après un désastre. Ces ruptures aggravent les problèmes que rencontrent les services de base. Elles interrompent les opérations de pompage et de traitement de l'eau et des combustibles, empêchent la réfrigération, essentielle pour un entreposage sain des aliments et font obstacle à la dispensation des soins dans les hôpitaux.

Pour faire face à ces ruptures, il faut prévoir du matériel non électrique permettant une distribution limitée d'énergie (par exemple, en profitant de la force de gravitation pour distribuer l'eau) et d'autres systèmes de rechange, électriques ou auxiliaires, d'alimentation des installations vitales telles que les stations de pompage, les centres de traitement et de distribution de l'eau et les hôpitaux. Les générateurs mobiles seront préférés aux fixes.


J. Vizcarra Brenner/OPS -
Il faut rechercher, lors d'une urgence, tous les moyens de transporter Peau.

Il faut prévoir des réserves de carburant pour les générateurs auxiliaires leur donnant une autonomie de 3 à 5 jours. Enfin, il faut que ces générateurs auxiliaires puissent remplacer les installations et le matériel afin d'éviter, lors d'une coupure, une interruption totale des services.

Problèmes de transport

Les transports sont indispensables au succès des opérations de secours. Les problèmes de transport peuvent paralyser les services de base, essentiellement la distribution de l'eau et des aliments et l'élimination des déchets solides.

On peut, pour réduire les conséquences des problèmes de transport, construire des routes secondaires menant aux principales sources d'approvisionnement en eau. Tous les autres moyens de transport utilisables en cas d'urgence doivent être répertoriés. Après un désastre, les véhicules tout terrain et à traction animale seront utiles parce qu'ils peuvent transporter, sur de courtes distances, tant des gens que des marchandises. En plus, il faut prévoir une liste de moyens de transport prioritaires dont il faut pouvoir disposer après la catastrophe.

Le matériel de base, tel que les produits chimiques et les pièces de rechange, doit être entreposé de façon à rester disponible malgré les problèmes de transport. Il faut prendre des dispositions, permettant de mettre en réserve un petit pourcentage de produits essentiels, avec les distributeurs locaux de produits chimiques, de pièces de rechange et de produits alimentaires, afin qu'ils soient disponibles en cas d'urgence. A Barbade, par exemple, certains distributeurs locaux de denrées alimentaires se sont engagés à garder quelques produits en réserve pendant 5 jours au moins. Cette pratique garantit la. disponibilité des aliments de base après un désastre et permet d'éliminer les coûts d'entretien d'importantes réserves alimentaires par l'organisation nationale des secours.

Éducation du personnel et de la population

La formation adéquate du personnel de santé et de la population est essentielle lors de l'élaboration d'une stratégie de prévention dans les régions sujettes aux désastres. Tout service de l'hygiène du milieu, qu'il soit public ou privé, doit élaborer des programmes de formation aux opérations d'urgence. Ces programmes devraient comprendre un cours destiné à toutes les catégories de personnel et axé sur les mesures d'urgence à prendre lors de catastrophes naturelles. Ce cours doit être très général, et montrer ce qui peut arriver, ce qui peut être fait par chacun et la manière de le faire. Il devrait être donné au moins une fois par an pour former les nouveaux membres du personnel. Cet enseignement devrait être complété par un cours plus détaillé destiné au personnel choisi pour accomplir les fonctions les plus importantes dans les situations d'urgence. Un programme de préparation doit également inclure des exercices pratiques, répétés périodiquement, afin que le personnel puisse expérimenter les mesures à prendre en cas d'urgence. La formation peut être approfondie par des cours spéciaux sur les situations d'urgence, par des conférences, séminaires, livres et articles concernant les catastrophes naturelles. Dans les situations d'urgence, l'éducation du public est de la plus grande importance. Cette éducation a pour but d'obtenir leur agrément à la préparation aux désastres dans les régions vulnérables. Le succès des actions entreprises dans les situations d'urgence dépend en grande partie de la compréhension et de la coopération de la communauté. Les problèmes opérationnels seront plus facilement résolus si la population est consciente de ce que l'on attend d'elle et connaît les mesures d'urgence qui devront sans doute être prises.