
| 16. Faut-il privatiser la santé reproductive? Beaucoup de slogans mais peu d'arguments |
Pas de recommandations générales. Une solution facile pourrait être de dispenser les soins de santé reproductive à travers les OPNL ou même par des services privés lucratifs. Cest le cas quand le poids de lhistoire et la perception par le public de léchec du gouvernement pèse tellement lourd que le redressement des services publics devient très improbable. Une chose ressort des preuves fragmentaires, les recommandations générales ne conviennent pas. Il y a des arguments en faveur du secteur privé là où il se met au service de lintérêt public et permet la réallocation des maigres ressources. Quand ces conditions ne sont pas présentes, appuyer cette stratégie nest pas rationnel. Le secteur privé ne doit pas être soutenu juste parce que cest une option à la mode dans les clubs dexpats internationaux du développement. Lappui, mais également le simple contrôle, entraîne des coûts pour la machine administrative du secteur public. Les coûts des nouvelles responsabilités de létat doivent être compensées par des économies provenant de gains obtenus par une amélioration de lefficience (Brugha et al. 1999, McPake & Hongoro 1995). Bref, lappui du secteur privé doit être assujetti à certaines conditions.
Conditions. Si on veut être sûr que le secteur privé en fait ne détourne pas les ressources du secteur public, une exigence minimum est de sassurer quil existe des conditions préalables pour linfrastructure (McPake & Hongoro 1995), que ce secteur offre des interventions coût-efficience (Potts & Walsh 1999), quil y ait un accès adéquat aux médicaments et aux examens paracliniques daide au diagnostic (Brugha et al. 1999) et que les systèmes dinformation permettent de faire le suivi des obligations contractuelles (McPake & Hongoro 1995). On doit préférer des prestataires privés ayant des antécédents de gestion efficiente des ressources et qui peuvent de façon professionnelle fournir rapidement les données nécessaires sur le marche de service et les données financières (Potts & Walsh 1999). Il y a également des considérations stratégiques. Les gouvernements doivent se méfier des prestataires privés contractuels qui prendront une position de pouvoir dans les négociations, sil ny a pas de concurrents sérieux et si le gouvernement nest pas à même doffrir un service alternatif.
Le problème est de définir les conditions sous lesquelles cela peut se faire sans perte de qualité, defficience et déquité. Dans ce contexte six points doivent être pris en considération.
1. On doit trouver une manière dencourager les OPL et/ou les OPNL à fournir une gamme complète de services prioritaires, de préférence de manière intégrée. Etant donné lhabitude des OPL et des OPNL à offrir des services spécialisés ou des services spécifique à un créneau, et un manque dautorité des Ministères de la Santé dans de nombreux pays, ceci nest pas une tâche facile.2. Nous devons trouver une façon dassurer laccessibilité pour ceux qui en ont besoin, y compris les pauvres. Beaucoup craignent que ceci se passe dans un système à deux vitesses avec une qualité de soins perçue différemment pour les riches et pour les pauvres.
3. Ladhérence aux standards de qualité doit être assurée, y compris les mécanismes évitant la sur médication et les effets iatrogènes.
4. Les conflits dintérêts, particulièrement dans des situations où un secteur dépend dun autre pour certaines de ses ressources, doivent être reconnus et abordés de manière explicite
5. Tous les efforts doivent être entrepris afin de créer des mécanismes pour rendre des comptes multiples et indépendants. Des pénalités doivent être établies en cas de non-satisfaction aux obligations contractuelles, en utilisant les mécanismes créés pour rendre ces personnes redevables devant les conseils et associations professionnelles et le public.
6. Leffort dinvestissement dans le secteur privé est de réinvestir les gains de la complémentarité. Que ceci se passe dans la pratique nest que spéculation: cela na pas été prouvé. On pourrait sattendre à ce quun gouvernement sassure que les preuves des bénéfices réels puissent être documentées. Ceci nest pas facile, et le paradoxe est que précisément les pays dans lesquels les services publics ne fonctionnent pas bien, et qui donc sont les premiers candidats pour transférer une partie des services vers les OPNL ou OPL sont justement ceux dans lesquels ladministration publique les ressources pour la recherche et les compétences sont les pires pour sassurer que la population bénéficie réellement du transfert.
Les gouvernements ont un certain nombre doutils de réglementation à leur disposition quils peuvent utiliser de façon plus efficace. Ceci inclut laccréditation, des tests indépendants dassurance de qualité, mais également le pouvoir de réglementer les paiements et les subventions et dintroduire des taxes et impôts indirects. Une bonne législation nest pas suffisante. Létat doit avoir le pouvoir de la faire respecter. En Inde, par exemple, les cabinets privés et les équipes mobiles faisaient la promotion de lidentification prénatale du sexe de lenfant en lannonçant dans les journaux locaux, malgré linterdiction par le gouvernement de cette pratique (Nations Unies 1998). Il y a des expériences qui montrent que les plans de financement permettent que le secteur privé ait un rôle complémentaire à celui de létat (Potts & Walsh 1999).
Contre pouvoir. Durant les dix dernières années,
lintérêt pour le secteur privé a gagné du terrain sur base de rhétorique
et de voeux pieux. Néanmoins le fait est là. Actuellement, le problème principal
est que le secteur privé se développe sans contrôle ni supervision. Les clients
ne sont pas protégés contre les conséquences de lasymétrie de
linformation auxquelles ils sont confrontés - conséquences sur le plan de
la santé et sur le plan financier. Létat ne peut ou ne veut pas tirer
avantage de la «complémentarité» pour réallouer ses ressources vers
ceux qui en ont le plus besoin. Réglementer est plus facile à dire quà
faire. Lévolution récente dans nombre de pays à revenus moyens comme la
Thaïlande (National Forum on Health Care Reform 2000) - et comme on la vu
dans lhistoire du mouvement des travailleurs en Europe - indique que
peut-être la façon la plus efficace daider létat à réglementer le
secteur privé est daugmenter la pression de la société civile. Dun
point de vue santé publique, la privatisation na de sens que si
létat et la société civile sont assez
forts.