Investir dans la nutrition avec l'aide de la Banque mondiale (Banque Mondiale, 1993)
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View the documentPourquoi investir dans la nutrition
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View the documentLes enseignements pour l'avenir

Pourquoi la Banque mondiale investit-elle dans la nutrition? La réponse est simple: parce que les ressources consacrées à la nutrition constituent un investissement d'une bonne rentabilité, dès aujourd'hui et dans l'avenir. En outre, les résultats découlant de ce type d'investissement répondent aux objectifs fondamentaux de la Banque mondiale, à savoir l'allégement de la pauvreté et la promotion de la croissance économique.

L'amélioration de la nutrition agit directement sur certaines des conséquences les plus graves de l'état de pauvreté. Elle a un effet positif et concret sur le bien-être des populations, même lorsque les revenus restent bas, et elle offre la promesse d'un accroissement des revenus dans l'avenir puisqu'elle augmente la productivité. L'investissement dans la nutrition peut, en effet, aider les travailleurs à produire davantage et les enfants à apprendre plus à l'école. Un tel investissement dans le patrimoine humain est le fondement le plus solide du développement économique et social.

La malnutrition est avant tout provoquée par une insuffisance d'énergie d'origine alimentaire (calories) et de protéines, souvent associée à une forme ou une autre d'infection, et par un manque de micronutriments (iode, fer et vitamine A, surtout). Les effets, trop bien connus, sont un mauvais état de santé, l'arrêt de la croissance, la cécité, la débilité mentale et la probabilité d'un décès précoce. Les sujets les plus exposés à ces conséquences sont les enfants de moins de trois ans - en période de croissance critique - et les femmes enceintes et allaitantes, qui ont des besoins nutritionnels particuliers. Dans les pays pauvres, un tiers des décès infantiles enregistrés chaque année es dû en partie à la malnutrition; par ailleurs, une forte majorité des femmes enceintes dans les pays en développement souffrent d'anémie causée par des carences en fer et courent ainsi des risques plus élevés de décès à l'occasion des accouchements.

Ce que peut faire l'investissement dans la nutrition. Les investissements dans la nutrition destinés aux groupes vulnérables peuvent atténuer et, parfois, éliminer les effets débilitants et potentiellement mortels de la malnutrition. Simultanément, ces investissements peuvent commencer à remédier aux causes profondes de la pauvreté et de la malnutrition en permettant aux populations pauvres et mal nourries d'être plus productives et de bénéficier davantage de l'éducation - deux aspects importants pour la croissance économique.

· Productivité. Les enfants chroniquement mal nourris deviennent des adultes de petite taille, aux capacités physiques réduites, ce qui nuit évidemment à la productivité dans de nombreux métiers. Les avantages d'une nutrition correcte chez les adultes sont très nets: un plus grand nombre de jours de travail productif, moins de jours perdus pour cause de maladie, et une vie active plus longue. Les avantages qui en résultent se manifestent par des gains plus élevés et une plus longue participation à la vie active.

· Education. La malnutrition dans la petite enfance peut retarder ou perturber irrémédiablement le développement mental d'un enfant et diminuer sa capacité d'apprendre. L'investissement dans la nutrition au stade de la petite enfance a pour avantage, confirmé par des études récentes, de prévenir de tels effets tout en améliorant la croissance et l'état de santé, et de contribuer à la qualité des résultats à l'école et, ultérieurement, dans la vie active. En revanche, la malnutrition et les maladies qui l'accompagnent nuisent, chez les enfants d'âge scolaire, à la capacité d'apprendre et même de fréquenter l'école. L'amélioration de la nutrition des enfants d'âge scolaire permet à un plus grand nombre d'entre eux d'être scolarisés pendant une plus longue période et avec de meilleurs résultats.

Justification d'une action directe. Bien que, généralement, la nutrition s'améliore dans la plupart des pays avec la croissance économique, surtout dans les pays enregistrant les niveaux de revenus les plus faibles, cette voie est le plus souvent trop lente. Dans les hypothèses de croissance les plus optimistes, l'amélioration de la nutrition exige généralement plus que le temps d'une génération, alors que le moindre temps perdu dans ce domaine entraîne des conséquences onéreuses.

D'autre part, l'augmentation du revenu des familles pauvres, si nécessaire qu'elle puisse être pour améliorer durablement la nutrition, ne provoque pas automatiquement une meilleure nutrition, en particulier parmi les groupes de population les plus exposés aux risques. L'avantage du surcroît de revenu peut être anéanti par de mauvaises habitudes en matière d'alimentation et de soins, et par des problèmes résultant de maladies infectieuses, souvent causés par un manque d'hygiène environnementale ou par l'absence de services de santé appropriés.

De même, pour importante qu'elle soit, la hausse du niveau de la production alimentaire destinée à la consommation intérieure ne garantit pas non plus une nutrition adéquate. L'augmentation de l'offre totale de produits alimentaires ou l'ajustement des prix des produits alimentaires n'améliorent pas nécessairement, pour les individus menacés de malnutrition, la capacité de se procurer des produits alimentaires. Pour atteindre les familles souffrant d'un déficit alimentaire, il faut que les mécanismes de commercialisation et de distribution des produits alimentaires soient efficaces, ce qui n'est souvent pas le cas. En outre, les effets des variations des prix alimentaires sur les populations mal nourries sont incertains. Les ménages qui sont consommateurs nets de produits alimentaires peuvent bénéficier de la baisse des prix de ces produits mais ceux qui sont producteurs nets de produits alimentaires risquent d'en souffrir. D'autre part, même si les groupes à risque reçoivent des suppléments alimentaires, les causes comportementales et sanitaires de la malnutrition peuvent anéantir les effets bénéfiques espérés.

En bref, attendre que la croissance économique améliore la nutrition n'est pas une attitude satisfaisante et chercher à améliorer la nutrition en augmentant les revenus ou l'offre générale de produits alimentaires est une démarche insuffisante et qui prend trop de temps. Il faut y ajouter une action directe et immédiate pour remédier aux problèmes de la malnutrition.