La médecine coloniale, ou la tradition exogène de la médecine moderne dans le Tiers Monde (Institut Tropical - Tropical Institute, Antwerpen, Belgium, 1997, 39 p.)
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La période coloniale a en effet coïncidé avec un moment d'exaltation du progrès scientifique et de certitude intense que la médecine était une science objective et universelle et devait donc pouvoir s'appliquer à tous les êtres humains indépendamment du contexte social, politique et culturel. La médecine occidentale a été importée dans les sociétés coloniales dans la méconnaissance de ses relations avec la tradition occidentale et de ses dimensions culturelles et subjectives. Alors qu'en Occident, elle s'était construite en continuité avec ses traditions, il y a eu dans le Tiers Monde discontinuité complète avec les systèmes traditionnels existants: la médecine moderne est venue de l'extérieur se surimposer ou se juxtaposer aux médecines traditionnelles.

Les services médicaux du Tiers Monde n'ont pas reçu en héritage uniquement la science, des techniques et des modèles d'organisation, ils ont aussi hérité - ce que nous avons tendance à oublier parce que nous n'en sommes pas nous-mêmes conscients - de l'occultation par la médecine des dimensions symboliques de la maladie et de la pratique de la médecine. Est-ce à dire que l'articulation spontanée que produisait le médecin généraliste entre son savoir objectivant et les représentations culturelles partagées était inopérante dans les colonies? Il se peut que la bonne réputation des assistants médicaux ait été liée à leur capacité de produire une telle articulation. D'autre part, tant les populations que leurs guérisseurs - avec lesquels une division implicite du travail s'était instaurée - vivaient dans un monde hautement symbolisé et la réarticulation en question était au plus un problème concernant le médecin mais non ses patients.