Le Courrier ACP - No. 172 - Désertification - Reportages Uinée - Republique Dominicaine - Salomon (Commission Européenne, Novembre-Décembre 1998, 120 pages)
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«II faut récolter de l'argent avant de pouvoir le dépenser»

C'est un électoral décidé à «faire le ménage» au niveau de l'Etat qui a mis l'administration actuelle au pouvoir en août 1997. Comment peut agir l'opposition face à cette volonté populaire? Nous avons posé la question au premier intéressé. Job Tausinga, en lui demandant tout d'abord comment il était devenu leader de l'opposition.


Job Tausinga

- Il y a cinq mois environ, l'opposition a décidé de changer de leadership et j'ai été approché dans cette perspective. J'ai beaucoup réfléchi avant d'accepter cette mission car j'assumais déjà d'importantes responsabilités au niveau de la politique nationale et des collectivités locales. Mais le groupe est revenu à la charge: les membres de l'opposition ne trouvaient pas d'autre candidat et pensaient que j'étais le plus apte à remplir cette fonction. J'ai donc accepté de les aider.

· Il y a eu une motion de censure à l'égard du gouvernement en novembre mais elle a ensuite été retirée. Pourriez-vous nous donner quelques détails?

- Je crois que l'idée sous-jacente était de mettre le gouvernement à l'épreuve, et que le retrait de la motion atteste de la solidarité fondamentale des deux groupes. Le gouvernement a pris conscience à cette occasion qu'il devait affirmer sa responsabilité dans la mission qu'il s'est donnée. A nous de veiller à faire le juste contrepoids. Nous avons voulu faire savoir qu'aux yeux de l'opposition et de certaines catégories de l'opinion publique, le gouvernement ne remplissait pas sa mission.

· Quelle est la nature de vos relations avec l'administration au pouvoir?

- Nous sommes un tout petit pays confronté à une crise économique, ce qui nous oblige à travailler côte à côte avec le gouvernement. Nous devons lui rappeler ses engagements. Mais nos relations sont cordiales et constructives, et nous entretenons avec lui un dialogue permanent.

· Que pensez-vous du programme de réforme structurelle?

- Nous entendons parler de réforme structurelle depuis plusieurs années. La véritable question serait plutôt de savoir quand le gouvernement compte la mener à bien. Ce programme est essentiellement axé sur la compression des dépenses et les économies. Mais il faudrait également songer aux moyens de générer des revenus. Cela relève du simple bon sens mais il faut récolter de l'argent avant de pouvoir le dépenser. Nous envisageons donc des réformes fiscales.

· Que peut-on faire pour générer des revenus?

- Nous avons traditionnellement compté sur l'huile de palme, l'abattage et le bois, les produits de la mer et le coprah pour nos recettes en devises. Je crois personnellement que le secteur du tourisme offre un réel potentiel à cet égard, et que nous devrions sérieusement l'envisager. Nous n'avons pas encore suffisamment développé notre infrastructure d'accueil, et nous pourrions nous orienter vers l'organisation de séminaires, d'ateliers et de sessions de formation. Les services de certains de nos hôtels doivent être adaptés aux touristes. Et nous devons dynamiser notre action promotionnelle: il ne suffit pas d'attendre les bras croisés que les visiteurs arrivent.

· Les ajustements nécessaires s'annoncent-ils difficiles?

- Toute administration nouvelle doit fixer son propre programme. Le gouvernement actuel estime que sa priorité est la mise en œuvre du programme d'ajustement. L'avenir nous dira si cette option est réaliste. La réforme du secteur public va causer des pertes d'emplois, et ce au détriment des familles. Mais si le gouvernement estime que cette voie est la meilleure pour remettre le pays sur pied, il faudra bien l'emprunter. En cas de succès, l'Etat sera en mesure d'apurer la dette nationale. Des restrictions seront assurément ressenties au niveau de la population, mais il s'agit d'un passage obligé pour parvenir au changement.

Je pense personnellement que nous devrions davantage encourager la production car en produisant plus, nous gagnerons plus. Je suis très intéressé par un récent projet axé sur les petites exploitations rizicoles car nous importons tout notre riz, alors que nous pourrions parfaitement le cultiver. Ce serait un bon moyen de diminuer la facture de nos importations alimentaires. La substitution des importations est donc l'une des approches à considérer. Les possibilités d'emploi sont actuellement très limitées, et la promotion des petites entreprises pourrait également donner du travail aux jeunes qui sortent de l'école.

· Le secteur de l'abattage a traditionnellement été la première source de revenus de votre pays, mais il est durement frappé par la crise asiatique. Comment voyez-vous l'avenir de cette industrie?

- La question fait l'objet de multiples controverses et la viabilité de cette activité est fortement remise en question. Certains disent que notre mode d'exploitation de cette ressource la condamne à brève échéance. La recherche d'une durabilité impose donc certaines restrictions au développement de ce secteur. Notre comportement doit évoluer en mettant notamment l'accent sur la replantation. Car c'est la seule manière d'assurer le maintien de cette précieuse ressource - et la population doit être éduquée dans ce sens.

· Est-il exact que la plupart des entreprises d'abattage sont étrangères et que l'essentiel des bénéfices sort, par conséquent, du pays?

- Les propriétaires des forêts les ont invité à venir, et le gouvernement a approuvé leur démarche - sinon ces entreprises ne seraient pas là. Et il faut reconnaître que ces sociétés étrangères fournissent un nombre important d'emplois, non seulement dans le domaine de la sylviculture mais également dans l'exploitation des ressources maritimes.

· Estimez-vous que le gouvernement a choisi la bonne approche en matière de gestion des ressources naturelles?

- Il fait de son mieux. Mais les arbres ne lui appartiennent pas. Ils appartiennent à la population. L'une des grandes difficultés de la gestion des forêts réside précisément dans le fait que ce sont les collectivités locales qui ont le pouvoir de décision. Elles peuvent très bien dire: «c'est ma forêt et sa gestion ne vous concerne pas».

Interview réalisée par D.M.