Le Courrier ACP - No. 172 - Désertification - Reportages Uinée - Republique Dominicaine - Salomon (Commission Européenne, Novembre-Décembre 1998, 120 pages)
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par Péter King*

* Assistant technique responsable du projet ISFMP de 1995 à 1997, et de mai à septembre 1998

Les applaudissements ont fait vibrer les murs du foyer Mablosi lorsque Paul Vahia a été officiellement élu à la présidence du Conseil consultatif communautaire. Surnommé «Pineapple Paul» par ceux d'entre nous qui ont eu la chance d'être reçus chez lui et de goûter aux délicieux ananas qu'il cultive, Paul Vahia est un grand travailleur et le père de cinq enfants. A 35 ans, il est déjà le leader du Comité paroissial local d'East Boghotu et le président du micro-projet d'élevage géré de longue date par sa collectivité locale. Il montre aux habitants de l'île d'Isabel ce que l'on entend par le sens de la communauté, et il leur révèle le potentiel d'une approche durable et diversifiée de leurs ressources.

En notre qualité de membres du projet sylvicole ISFMP (Isabel Sustainable Forestry Management Project), nous étions les premiers convaincus que les applaudissements étaient largement mérités. Son leadership a permis à sa communauté de se trouver une identité et d'adopter une approche nouvelle et parfaitement maîtrisée de son propre développement. Dans le même temps, Paul a œuvré aux côtés de cette communauté pour qu'elle devienne la plus performante du projet. La dernière expédition d'écobois au départ de son village, en juin dernier, a rapporté plus de 14.000 Sl$, ce qui représente un apport précieux à une économie locale dominée par la production de coprah et l'exploitation de ressources maritimes de plus en plus précaires.


Willie Feitei, responsable du projet, contrôle le bois prêt à l'exportation

C'est la crise latente pesant sur les ressources naturelles de l'île qui a été, dès 1991, le catalyseur de l'ISFMP. Une tournée des responsables nationaux de la planification révéla la véritable situation des habitants d'Isabel, peu nombreux et dispersés dans des petits villages côtiers, qui dépeignirent aux hauts fonctionnaires un tableau très clair, et très préoccupant, de l'avenir de leur île.

1 L'ISFMP est appelé à devenir un Trust, détenu et géré par la population d'Isabel et les propriétaires des ressources. Etant l'armature de ce Trust, le Conseil communautaire consultatif y exercera une influence déterminante.

Ils firent savoir que les sources traditionnelles de revenus telles que le coprah et, plus récemment, le cacao n'assuraient pas de recettes suffisantes et demandaient énormément de main-d'œuvre - sans compter la destruction causée a la forêt par leur système de plantation. Les femmes se sont plaintes de devoir parcourir des distances de plus en plus longues pour aller cultiver leurs jardins, étant donné que ces projets agricoles décevants ont mobilisé une part importante des terres fertiles. Les femmes ont également signalé que leur approvisionnement en eau était de moins en moins salubre, et de moins en moins abondant, car des gens s'étaient mis à déboiser autour des petits cours d'eau qui amènent l'eau douce dans tous les villages de l'île.

Les initiatives lucratives plus récentes telles que la pêche à la bêche-de-mer ou au troque sur les nombreux récifs coralliens de l'île ont eu des répercussions dramatiques sur les récoltes. Comme l'explique un vieux chef traditionnel: «Les gens sont devenus fous. Ils sont partis toute la journée sur les récifs. Le travail de la collectivité a été négligé parce que tout le monde s'est rué pour faire un maximum d'argent en plongeant du matin au soir. Une chance pour moi que les ressources de crustacés se soient épuisées avant que toutes ces plongées de nuit me donnent une pneumonie».


Eileen Sopomana suit un cours de formation en vue d'un travail de sciage dans sa communauté de Kava

Mais un autre spectre se profilait déjà à l'horizon, semant le désaccord et l'inquiétude. Les représentants de sociétés malaises d'abattage sont arrivés dans la province, et ont demandé aux collectivités locales l'autorisation d'opérer sur leurs terres. Partagés entre le besoin de revenus pour assumer des frais scolaires de plus en plus élevés et la spirale des prix des produits de base, d'un côté, et, de l'autre, le désir profond de sauvegarder leur culture et leur mode de vie, les habitants d'Isabel semblaient dans l'impasse.

Du fond de leur désespoir jaillit pourtant une idée: pourquoi ne pas protéger leurs ressources maritimes, leur approvisionnement en eau et leurs forêts ombrophiles? Pourquoi ne pourraient-ils gagner leur vie en exploitant eux-mêmes leurs arbres? L'idée de l'ISFMP avait germé - mais elle ne porta pas ses fruits du jour au lendemain.

Les premiers documents de ce projet ont été rédigés au moment même où se tenait la Conférence de Rio et où la Communauté européenne décidait de renforcer son engagement vis-à-vis des communautés des forêts pluviales au travers de sa ligne budgétaire «Action en faveur des forêts tropicales». Ce tournant s'est avéré décisif pour la population d'Isabel. A la fin de 1992, une entreprise d'abattage avait déjà démarré ses activités sur l'île, et espérait étendre largement ses activités à d'autres régions. Les collectivités locales se montraient encore indécises.

A la fin de l'année suivante, aidé par l'ONG néo-zélandaise Maruia Society, le gouvernement provincial d'Isabel avait adopté trois lois sur la conservation visant respectivement à protéger les captages d'eau, à sauvegarder les ressources maritimes et à permettre aux collectivités de déclarer «réserves naturelles» certaines parties de leurs terres afin de les soustraire au risque d'une exploitation destructrice. Le gouvernement local a également attesté de sa volonté de développement durable en apportant son soutien absolu à l'ISFMP.


Le bois en partance pour la Nouvelle-Zélande

Le projet ISFMP a commencé par examiner les expériences antérieures en matière de sciage à petite échelle dans le but de surmonter les difficultés rencontrées sur l'île. Il fut donc décidé de dispenser aux collectivités une formation en foresterie durable et en techniques sylvicoles simples, l'accent étant plus particulièrement mis sur la sélection des arbres, la qualité et la sécurité lors de l'abattage et du traitement. L'acquisition de notions comptables élémentaires et l'ouverture de comptes bancaires locaux devaient régler le problème de «l'argent qui se perd». Parmi les autres priorités du projet, le ciblage d'acheteurs étrangers à hauts prix pour trouver des marchés supplémentaires et l'étude d'alternatives au bois en tant que source de revenus.

Les idées de base étaient bonnes et bénéficiaient d'un large soutien. Un accord a été trouvé entre toutes les parties en 1994 et le financement a démarrée la fin de l'année suivante. Mais les entreprises d'abattage s'étaient, entre-temps, bien implantées dans la province -et les espoirs de certaines collectivités de l'île de rejoindre le projet étaient déjà partis en fumée. Un côté de la «longue île», comme on appelle Isabel, avait toutefois échappé à l'action des entreprises d'abattage, et c'est dans cette région que nous avons concentré nos efforts.

Pour certains insulaires, le projet a commencé juste à temps. Davis Vihu. chef du clan Koligua qui vit à Varaghia, reconnaît aujourd'hui qu'il était sur le point de laisser une entreprise forestière exploiter ses terres: «J'avais déjà signé l'accord. Les représentants de cette entreprise avaient affirmé que celui-ci ne concernait que le laissez-passer d'une route vers une autre terre communale, et qu'ils paieraient tous les arbres abattus. Ils ont ensuite déclaré que je devais leur donner un peu de mes terres à des fins d'abattage, "juste pour une seule livraison". Les membres de ma communauté ont alors réagi et décidé que nous devrions adhérer au projet de gestion durable». Le clan Koligua a adhéré à l'ISFMP et a procédé à un exercice d'aménagement territorial en établissant des réserves naturelles sur une zone de près de 400 hectares, une superficie de gestion forestière de 800 hectares, une zone protégée de captage d'eau et plusieurs zones horticoles et agricoles. La collectivité locale produit de l'éco-bois qu'elle exporte vers la Nouvelle-Zélande. Les recettes lui ont permis de monter une petite activité commerciale sur le littoral ainsi qu'un dépôt de carburant pour moteurs hors-bord. Les membres du clan sont devenus à ce point compétents en matière de sylviculture durable et de techniques de scierie qu'ils assurent à leur tour certaines formations.

Coopération Iles Salomon - UE 1990-2000

Lomé IV 7éme FED

MECU

Secteurs de concentration

Programme indicatif national Lomé

19.0

Développement du secteur rural

Fonds régionaux

1.5

Développement des ressources humaines Programme agricole

Stabex

8.

Produits à base de palme



Coprah



Cacao

Fonds BEI

2.0

Prêt au secteur privé

Financement total Lomé

30.8


Autres lignes budgétaires de la CE

1.5


Total

32.3


Lomé IV 8ème FED

Le programme indicatif national n'est pas encore signé. 19 million d'Ecus ont été réservés.

Le grand succès du projet réside dans sa capacité d'intégration dans la vie et la culture d'Isabel. Les lois sur la conservation, par exemple, ont été élaborées par la population elle-même, et respectent les pratiques et règles locales. A ce jour les collectivités associées au projet ont affecté 19.000 hectares à des réserves naturelles, et placé 7.000 hectares en gestion forestière. La population ayant déjà de nombreux engagements vis-à-vis d'écoles, de cliniques et de l'église, il a fallu que le projet se mette au rythme de la vie locale - une situation parfois frustrante pour ses gestionnaires, davantage axés sur des objectifs, mais qui convient parfaitement aux habitants.

Un hommage tout particulier doit être rendu à ces collectivités locales qui, n'ayant pratiquement aucune expérience dans ce domaine, sont parvenues en très peu de temps à produire un bois d'un tel niveau de qualité qu'il n'y a pratiquement aucune perte. Elles se conforment aux règles de la gestion durable de leurs forêts, et elles se font un point d'honneur de replanter de jeunes arbres. Les communautés associées au projet sont aujourd'hui de véritables centres d'expertise de la production écologique du bois.

Elles ne sont pas pour autant au bout de leurs inquiétudes et de leurs défis. Bien que le projet ait veillé à la formation des femmes à tous les aspects de la sylviculture durable, les hommes ont gardé la prédominance du côté de la production et perçoivent donc un salaire de la collectivité pour leur travail. Les habitants d'Isabel, hommes et femmes, continuent de percevoir la sylviculture comme une activité masculine et il s'avère donc difficile pour les femmes, culturellement parlant, d'effectuer ce type de travail. À titre «compensatoire», le projet a décidé de commercialiser les nattes en feuilles de pandanus, tissées par les femmes. Les premiers essais sont concluants et ce volet du projet devrait être totalement mis en œuvre au cours du second semestre de cette année.

Les communautés ont eu, en leur propre sein, un certain nombre de problèmes à résoudre. Mais comme l'a déclaré Paul Vahia aux responsables du projet et au Conseil consultatif lors de son élection: «Nous vous remercions vivement de nous soutenir dans nos combats. Mais vous devez vous rendre compte que nous avons des frustrations et difficultés qui nous sont propres. Nous faisons de notre mieux pour suivre la voie que nous nous sommes tracée mais des dissensions peuvent survenir entre nous. Ainsi va la vie sur notre île. Les réunions que vous organisez nous permettent toutefois de découvrir les solutions spécifiques à nos problèmes communs. Regardons donc ensemble vers l'avenir et vivons ensemble en paix, en ne songeant pas à nous-mêmes mais à nos enfants et à nos petits-enfants».

P.K.