| Le Courrier ACP - No. 172 - Désertification - Reportages Uinée - Republique Dominicaine - Salomon (Commission Européenne, Novembre-Décembre 1998, 120 pages) |
| Reportage |
Ne vous y méprenez surtout pas! Ce n'est pas parce que les autorités guinéennes envisagent de réduire la dépendance de l'économie à l'égard des ressources minières et de la bauxite en particulier en favorisant l'expansion des autres secteurs d'activité potentiellement rentables et jusque-là inexploités, que celles-ci seront reléguées au second plan. Bien au contraire, une partie des réformes engagées par le gouvernement vise également la mise en valeur et l'exploitation optimale des immenses richesses minières dont regorge le pays.
Avec l'un des sous-sols les plus fournis du continent africain en potentialités minières, la Guinée voudrait occuper une place de choix dans le peloton de tête des économies africaines les plus avancées et se débarrasser par la même occasion de l'expression de scandale géologique qui lui colle encore à la peau. Fleuron de l'industrie guinéenne depuis l'indépendance, le secteur minier a assuré à lui seul plus du tiers du produit national brut et garanti au moins 70% des recettes totales à l'Etat. Son poids dans l'économie a été depuis lors ramené à de raisonnables proportions. La bauxite qui est de loin le principal produit minier continuera néanmoins à jouer un rôle de tout premier plan en tant que source de devises. Estimés à environ 25 milliards de tonnes, les gisements "bauxitiques" de la Guinée représentent à eux seuls les deux tiers des réserves mondiales. Ce matériau qu'on trouve à foison sur le territoire obéit à des conditions d'exploitation assez simples. Plusieurs sociétés se partagent son marché en Guinée. La SBK (Société des bauxites de Kindia) dont le capital appartient à 100% à l'Etat exploite les gisements de Débélé situés à une centaine de kilomètres de la capitale. Son processus de privatisation a été enclenché et les dossiers d'éventuels repreneurs sont à l'étude. Dans la région de Boké, c'est la société d'économie mixte CBG (Compagnie des bauxites de Guinée) gérée par l'Etat et le consortium de firmes multinationales HALCO qui se charge de l'exploitation des mines. Les 20% de l'alumine produite dans le monde proviennent directement des gisements exploités par la CBG. Mais saviez-vous aussi que 60% de l'aluminium entrant dans la fabrication des avions du grand constructeur américain Boeing sont obtenus à partir de la bauxite de Boké?
D'autres régions comme la Haute et la moyenne Guinée fournissent également leur part de la précieuse ressource avec un potentiel qui avoisine selon les estimations près de 5 milliards de tonnes. La modernisation de l'industrie minière déclenchée par le Gouvernement depuis quatre ans s'est traduite par une vague de libéralisation et une ouverture du capital de plusieurs sociétés aux acteurs privés. Elle ne s'est cependant pas faite sans anicroches comme l'illustre l'exemple de la société Friguia responsable depuis plus de vingt ans de la transformation de la bauxite du site de Fria Kimbo en alumine. En perte de vitesse depuis quelques temps, cette entité industrielle conjointement gérée par l'Etat et le groupe FRIALCO a dû faire face à une crise majeure en raison d'importantes pertes financières, de l'ardoise de sa dette, du manque d'investissement et de la dégradation du site industriel. Après de sérieuses empoignades entre les différents actionnaires et le départ de certains d'entre eux, un nouveau directeur a été désigné. Le plan de relance adopté devrait favoriser le redressement de l'entreprise malgré la persistance des difficultés financières.
Mis à part la bauxite, la Guinée dispose d'un énorme potentiel en fer quasi inexploité qui s'évalue à environ 12 milliards de tonnes. Pourtant les gisements de ce minerai situés aux monts Simandou et Nimba auraient dû à eux seuls permettre au pays de conquérir des parts sur le marché mondial car leur qualité et surtout leur teneur en métal sont considérées parmi les meilleures au monde. Avec l'aide de quelques sociétés étrangères, des études sont actuellement menées pour analyser les autres gisements ferrugineux du pays.

S'agissant des métaux précieux enfouis dans le sol guinéen,
ils sont plus que jamais dans la ligne de mire des autorités. Les réserves
d'or (1000 tonnes dont 500 prouvées) qui se présentent sous forme
alluvionnaire dans les cours d'eau ou en filons ont en effet de quoi
susciter l'enthousiasme. Cet or guinéen, étroitement lié à l'histoire
de la région fut pendant longtemps convoité par les marchands arabes et
occidentaux au moyen âge avant de faire la grandeur et la puissance des grands
empires de l'Afrique de l'Ouest comme celui du Mali au XIII ème
siècle. Les principaux gisements aurifères localisés en Haute-Guinée et en
Guinée forestière ou encore à Kindia sont exploités par la SAG (Société aurifère
de Guinée), la SMD (Société minière de Dinguiraye) et le Groupe Ashanti
Goldfield désormais actionnaire majoritaire de la SAG. Les résultats obtenus par
ce dernier, installé depuis 1995 dans le pays avec un contrat d'extraction
de l'or du site de Siguiri sont plus qu'encourageants. Les prévisions
initiales de production d'or de cette mine ont été largement dépassées et
constituent aujourd'hui un argument d'incitation supplémentaire pour
le gouvernement à l'égard des investisseurs étrangers. Quant au diamant,
ses réserves totales avoisineraient les 25 à 30 millions de carats. Très prisé
en industrie, mais surtout en joaillerie, le diamant guinéen réputé pour sa
qualité, pourrait constituer une rente importante pour le pays. Toutefois, son
exploitation artisanale sauvage et clandestine en cours dans certaines régions
devrait être réglementée. D'autres produits du sol et du sous-sol à
l'exemple du nickel, du chrome du manganèse et des métaux stratégiques
comme le titane, le cobalt, l'étain, l'uranium, le zirconium etc.
viennent compléter l'impressionnant tableau du patrimoine minier Guinéen.
Afin d'accroître la rentabilisation de ces atouts naturels, des
restructurations institutionnelles profondes ont été entreprises et de nouveaux
organes de gestion des ressources minières ont vu le jour. Tout porte à croire
que la poursuite sans discontinuité de ces efforts pourrait faire de la Guinée
une puissance industrielle
régionale.
K.K.