| Le Courrier ACP - No. 172 - Désertification - Reportages Uinée - Republique Dominicaine - Salomon (Commission Européenne, Novembre-Décembre 1998, 120 pages) |
| Reportage |
Les années à cheval sur le millénaire pourraient laisser une empreinte indélébile dans le grand livre d'histoire de la République Dominicaine. Peut-être même les futurs maîtres d'école les qualifieront-ils d'âge d'or des grandes réformes, faisant ainsi explicitement référence à la modernisation de l'Etat et aux réformes économiques esquissées depuis le début de la décennie et accélérées par le gouvernement actuel de Leonel Fernández. Il faut convenir que ces réformes étaient nécessaires. L'appareil d'Etat est encore à bien des égards englué dans les vieilles recettes de clientélisme, de corruption, de paternalisme et le centralisme reste excessif. D'autre part, si la plupart des indicateurs macro-économiques sont au beau fixe, certaines carences persistent sur le pré carré socio-économique dont l'inégalité dans la répartition des revenus n'est certainement pas la moindre. La tâche ne s'avère toutefois pas simple.

La culture du passé, surtout si celui-ci fut autoritaire, n'est pas chose que l'on peut aisément laisser derrière soi. La République Dominicaine peut témoigner de cet état de fait. Car si la brutale dictature prit officiellement congé en 1961 avec l'assassinat de Trujillo, certaines mauvaises gorgées d'histoire restent toujours difficiles à recracher. Le pouvoir sans partage du généralissime mégalomane aura de fait duré trente ans. La période de «transition» qui suivit également. Un tiers de siècle durant lequel le pays s'est construit une démocratie à tatillon, du pouvoir fort et répressif propre aux premiers mandats de Joaquin Balaguer a l'élection de Léonel Fernández en 1996. Réélu pour la septième fois (!) deux ans plus tôt, le presque centenaire leader du PRSC (Partido Reformista Social Cristiano) n'avait pu terminer son mandat. En cause, une élection fâcheusement entachée de fraude. Peña Gomez, le candidat du PRD (Partido Revolucionario Dominicano) était donné largement vainqueur lorsqu'une soudaine coupure d'électricité vint bouleverser les données... Un arrangement disposa que de nouvelles élections soient organisées deux ans plus tard. C'est le nom de Fernàndez, candidat du PLD (Partido de la Liberación Dominicana) et fils spirituel de Juan Bosch, qui sorti des urnes.
«Verticallisme trujilliste»
Ce pays de plus de huit millions d'habitants baigné dans la mer des Caraïbes est une démocratie. Ce ne sont pas la liberté de presse (huit gazettes sortent de presse chaque jour), le suffrage universel, la multitude d'espaces de débat, les syndicats, les divers partis politiques ou encore le climat serein des récentes législatives qui en démentiront. Certes, cette démocratie avait besoin d'être plongée dans un grand bain de réformes, de trop nombreuses imperfections, essentiellement de nature institutionnelle, devant être balayées. Leitmotiv du nettoyage en profondeur au programme du gouvernement depuis son investiture: instaurer une démocratie vive et participative et en finir pour de bon avec le caudillisme. Force est de reconnaître toutefois que les premières eaux savonneuses datent du début de la décennie actuelle. C'est en 1994 par exemple, comme résultante du conflit post-électoral, que fut signé le très significatif Pacte pour la démocratie. Outre interdire que des membres de partis ne fassent désormais partie de la Junta Central Electoral, ce Pacte a surtout permis d'inscrire dans la Constitution que les élections législatives quadriennales soient séparées des présidentielles. Une séparation primordiale dans le cadre de la décentralisation des pouvoirs, un des points essentiels à l'agenda du «Programme national de réforme et de modernisation de l'Etat» approuvé en juin 1997.
Pour paraphraser un journaliste dominicain, le «verticallisme trujilliste» prime toujours dans la bureaucratie de l'Etat. A l'instar de nombre de pays d'Amérique latine, et bien que le pays soit divisé en 29 provinces et 1 district national (comprenant la capitale), eux mêmes subdivisés en 111 municipalités et 56 districts, le gouvernement national dispose de la quasi exclusivité des pouvoirs. Selon une étude faite par la Fondation Siglo 21, en 1995, 98% des dépenses publiques nationales étaient exécutées par le pouvoir central, l'ensemble des pouvoirs municipaux se partageant les 2% restant... De même, la provision et l'administration des services publics et sociaux restent circonscrites dans le giron fermé du premier, laissant très peu de fonctions aux mairies. Le fait que celles-ci aient le statut de gouvernements locaux n'a en réalité guère de signification pratique. Dépourvues d'attributions et de ressources, elles ont perdu progressivement toute capacité à gérer le développement local. Au même titre que toute considération sociale. Il s'agit donc d'inverser la tendance, ce qui passera notamment par un rapprochement entre l'Etat et la société.
Réforme institutionnelle corollaire à la décentralisation, la mise à sac de la corruption est plus que jamais à l'ordre du jour, tous échelons de l'appareil d'Etat confondus. Comités d'éthique dans chaque ministère, contrôle de la gestion publique, transparence, hausse des salaires des fonctionnaires sont autant de mesures prometteuses. D'autres ont suscité des interrogations dans le chef de certains interlocuteurs rencontrés. C'est le cas du «bureau de dénonciation de la corruption» permettant désormais à chaque citoyen de dénoncer tout congénère suspecté de maniement douteux des fonds et biens publics. Si ce n'est des actes de délation à craindre, une mesure de cette trempe présuppose un pouvoir judiciaire adéquat. Or, ce dernier reste encore à bien des égards à la dévotion de l'exécutif. La réforme de l'appareil judiciaire est d'ailleurs l'objet d'un débat important, notamment au sein de la société civile, l'inamovibilité des juges étant fortement préconisée. Un premier pas a déjà été accompli l'année dernière lorsque le Congrès approuva la révision de la Cour suprême. Onze auparavant, ses juges sont dorénavant seize et leur mode de désignation fut modifié au profit de plus de transparence et exempté de corruption et de favoritisme politique.
Il est évident que la «réinstitutionalisation» de l'Etat dominicain ne peut se faire que de façon graduelle. Il est tout aussi clair qu'elle doit s'accompagner d'un renforcement équilibré de la sphère économique. Afin d'engranger une économie plus solide et de réduire le niveau de pauvreté.
Croissance exemplaire et entreprises d'Etat à vendre
A la lecture du Rapport 1997 de la Banque centrale, l'économie dominicaine a le vent en poupe et fait même preuve d'une performance exceptionnelle. La croissance flirte avec les 6-7% depuis quelques temps, s'offrant même un pic de 8,2% l'année dernière. Les ressources nationales proviennent essentiellement des zones franches, du tourisme et des Dominicains installés à l'étranger. L'inflation, après avoir avoisiné les 50% au début de la décennie a été stabilisée aujourd'hui à 8%. La dette externe diminue de l'ordre de 8% par an, passant de 60% du PIB encore en 1991 à 26% en 1997. Le chômage baisse également, de l'ordre de 15% début 1998 (bien qu'il ne tienne pas compte de la très importante main-d'uvre haïtienne, illégale), et les investissements étrangers sont croissants, et certainement pour ce qui est des zones franches. Le pays affiche par ailleurs une réelle volonté de diversifier les relations avec le reste du monde. Si le voyage de Fernandez au Japon et à Taiwan, initialement prévu pour fin juillet, fut annulé, les négociations avec le Caricom et les pays d'Amérique centrale quant à la création d'accords de libre-échange sont en bon chemin. En outre, des secteurs comme le tourisme (voir encadré), les communications et la construction sont en plein essor. Les zones franches éparpillées dans toutes les régions du territoire comptent quant à elle trente nouvelles entreprises depuis début 1997. Le textile y reste l'activité principale (60%), bien que la croissance majeure fut affichée par la production de tabac, représentant désormais plus de 20% de l'activité totale. Le secteur agricole n'a certes pas connu d'aussi bons résultats, n'affichant que 3% de croissance. Il est vrai que onze mois de sécheresse suivis de fortes intempéries ont fortement affecté des productions telles que le riz, le tabac et le café.
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Le paradis du Todo incluido La République Dominicaine est un pays singulier. Première
destination touristique des Caraïbes, il a reçu plus de deux millions et demi de
visiteurs en 1997 (55% d'Européens, surtout allemands, britanniques
et français). Pourtant, ce ne sont pas les touristes qui courent les
rues! La raison est simple: le pays est le paradis du «tout inclus»,
et mémo si Félix Jiménez. Secrétaire d'Etat au Tourisme, affirme que
l'objectif est désormais de diversifier le marché. Une fois le bracelet en
plastique noué autour du poignet, tout vous est offert, de la piña colada de
retour de la piscine au cours de planche à voile personnalisé en passant par les
buffets internationaux qui jalonnent la journée. Même l'animation de la
soirée est assurée par des danseurs du cru qui inviteront les plus
récalcitrant(e)s. Le tout pour une somme sans concurrence. Il est
donc inutile de sortir de l'enceinte des hôtels, ce qui, il faut bien
t'avouer, fait le grand bonheur des touristes qui leur préfèrent la réalité
quotidienne dominicaine. Évidemment, toute médaille à son revers. L'extrême
bassesse des coûts des nuitées s'accompagne quelque fois de désagréments
d'ordre hygiénique (eaux, aliments, déchets...) qui suscitent
immédiatement le polémique, comme ce fut le cas il y a quelques mois. S'il
faut préciser que de tels problèmes restent circonscrits et que de leur côté les
hôtels ne cessent parait-il de renforcer la qualité de leurs services, nous
dirons quant à nous que la République Dominicaine ne se limite pas aux plages
des deux ou trois zones ou se concentrent ces lieux de villégiature. Bien au
contraire, elle regorge d'une nuée d'endroit, plus magiques les uns
que les autres... |
Si Valdez Albizu, gouverneur de la Banque, clame que le premier semestre 1998 est tout aussi rosé (une croissance de près de 7% est avancée pour la période), le dynamisme de l'économie dominicaine ne doit cependant pas faire oublier certaines fragilités sous-cutanées. Des émeutes ont notamment éclaté l'automne dernier en manifestation contre le manque de crédits dans l'économie et l'augmentation des prix des denrées alimentaires de base (due aux mauvaises conditions climatiques et à «l'inexistence d'une politique agricole cohérente»). Autre carence singulière, et de taille, la crise énergétique. Les coupures d'électricité interminables, les pertes techniques et autres insuffisances ont déjà coûté la faillite de nombreuses industries. Dans le même temps, la fraude généralisée est synonyme de factures particulièrement salées pour les institutions gouvernementales. En cause, une gestion désastreuse de l'entreprise d'Etat qu'est la CDE, la Corporation dominicaine d'électricité. Pour s'en convaincre, il suffit d'éplucher les titres des journaux: «La CDE perd 55% de l'énergie qu'elle produit», «La CDE enregistre des pertes financières mensuelles supérieures à 152 millions», etc. Ce n'est donc pas un hasard si une des réformes principales proposées par le gouvernement depuis son investiture concerne la privatisation des entreprises d'Etat, ou plutôt l'appel à la participation du privé. Car outre la CDE, les industries sucrières du secteur public par exemple souffrent «d'un manque chronique de productivité et de structures souvent obsolètes faute d'un renouvellement des équipements».

La fraude ne se limite malheureusement pas aux factures d'électricité. Elle vaut pour toutes taxes et est titanesque. Entre 1991 et 1995, selon une étude de la Banque centrale, l'évasion fiscale serait passée de 54,8% à 56%, ce qui équivaudrait à une fraude globale de plus de 15 milliards de pesos! La monnaie nationale n'est pour sa part pas à l'abri d'une nouvelle dévaluation, une bonne partie du secteur industriel estimant son taux de change officiel encore surévalué. Si le peso est particulièrement sous pression depuis 1998, une première dévaluation de 8% fut annoncée par les autorités monétaires au début du mois de juillet de cette année, permettant au taux officiel de se rapprocher de celui du marché privé. Cette mesure faisait par ailleurs suite à la mise en place d'un système de change plus flexible.
Si d'autres réformes tiennent en une politique d'austérité budgétaire, en l'amélioration du rôle du secteur privé, ou en la diminution des tarifs d'exportation, il est une autre carence, bien plus grave sans nul doute aux yeux de la population dominicaine, et certainement pour les 60% qui vivent sous le seuil de pauvreté. Les services de base font encore bien souvent cruellement défaut dans les secteurs sociaux clés tels que l'éducation et la santé. Le président Fernàndez affirme qu'il entend bien combler cette lacune, ce qui ressort du reste des priorités du budget 1998. Réduire le niveau de pauvreté est bien entendu le grand dilemme actuel en République Dominicaine. Selon Eduardo Garcia Michel, président de la Fondation Siglo 21, «les réformes économiques peuvent y contribuer même si à court terme, elles visent surtout l'ouverture économique et sont de nature commerciale. Nous ne pouvons dire si cette politique va permettre la création de plus d'emploi, ni qu'elle va permettre de diminuer la pauvreté. Il faut donc voir plus loin. Pour cela, l'emphase doit être portée sur l'éducation et la santé. Il faut réorienter les dépenses publiques vers ces secteurs, de même que vers la sécurité sociale. Nous pensons qu'en ce moment, il existe une volonté du pouvoir politique de le faire».
Quand bien même volonté politique il y a, prétendre au bon algorithme n'est pas forcément à propos. Bien que l'on ne puisse supputer avec certitude du bon ou du mauvais avancement des réformes en cours, divers facteurs doivent immanquablement être pris en compte.
Rajeunissement des cadres pour échéances futures
Dans un premier temps, il faut souligner que les réformes économiques, sociales et institutionnelles ne sont pas une pierre philosophale pur sucre, d'autant plus qu'elles ne sont pas suffisamment implantées pour garantir qu'il n'y aura pas de retour en arrière. Un agenda national existe et a été reconnu par tous, mais encore faut-il qu'il se traduise en mesures législatives, administratives et en projets concrets de développement. Eduardo Garcia Michel ne disait-il pas «nous avons montré ces dernières années que notre capacité à dresser un diagnostic et à trouver des solutions était très bonne mais ce n'est pas le cas en terme d'exécution». Un avis qui semble partagé, notamment au sein de la sphère économique. Le président du Conseil national de l'entreprise privée, Celso Marranzini, affirmait récemment à ce propos que persistait encore un manque de politique globale et d'objectifs clairement définis, rejoint en cela par des déclarations analogues du gouverneur de la Banque centrale. Aussi, les réformes déjà implantées ne rencontrent pas automatiquement les résultats escomptés. Les investisseurs privés n'ont pas encore répondu à la capitalisation de la CDE par exemple et cela malgré qu'une loi ad hoc ait été entérinée.
D'aucuns par ailleurs jugent les perspectives de remaniement timides, voire totalement insuffisantes, propos tenu plus qu'à son tour par le PRD, parti d'opposition avec lequel le gouvernement est désormais dans l'obligation de négocier. Lors des élections législatives (congresionales) de mai dernier, marquées par un taux d'abstention record (51%), c'est en effet lui qui a raflé la mise, tant dans les deux Chambres qu'au sein des gouvernements municipaux, démontrant soi dit en passant qu'il bénéficie de l'appui populaire le plus important. Si pour le gouvernement PLD cela ne représente pas un changement radical avec la situation antérieure dans le sens où il était déjà minoritaire au Congrès, pour le PRD par contre, la situation est désormais beaucoup plus favorable pour imposer ses vues (et exposer sa pugnacité). Ce qu'il ne manque pas de faire. Cette nouvelle réalité pourrait fort probablement se vérifier très prochainement. Le gouvernement soutient en effet que la situation actuelle nécessite une augmentation de la charge tributaire, tout en précisant que celle-ci doit se faire de façon cohérente pour favoriser la justice et l'équité. Or, l'opposition exclu fermement pour sa part toute levée d'impôt nouvelle. Autre pomme de discorde à venir, l'élaboration du budget 1999, qui doit naturellement passer par l'approbation du Congrès.
Les critiques de l'opposition sont d'autant plus acerbes que l'élection présidentielle de l'an 2000 approche à grand pas. Et c'est sans doute ici que réside le principal écueil à la poursuite efficiente des réformes et à une concertation harmonieuse gouvernement/opposition. Pour plusieurs raisons. Primo parce que la victoire du PRD en mai dernier ne peut s'extrapoler automatiquement à l'an 2000 car les trois partis principaux vont devoir présenter des candidats relativement nouveaux. Aucun n'a donc un avantage de ce point de vue là (il n'y a pas de grandes différences quant aux programmes et à leur conception). Il ne faut dès lors pas être grand mage pour supputer que cela dépendra du travail que va accomplir le gouvernement dans les deux années qui viennent. Autrement dit, il n'est pas certain qu'aux yeux du PRD, un succès - populaire - des réformes mises en place par ce gouvernement serait le meilleur venu.
Deuzio, parce que les partis, et notamment le PRD, ne sont pas à l'abri d'une implosion. Rien que chez les réformistes, ils sont déjà 5 ou 6 candidats à aspirer à la présidence. Une semaine à peine après la victoire du parti en mai, les quotidiens annonçaient déjà que «la lutte pour la candidature présidentielle est partie». Dès le 27 mai, Subervi Bonilla et Hipólito Mejia se déclaraient candidats quand dans le même temps Hatuey Descamps disait ne pas en écarter la possibilité et Ortiz Bosch de demander à chacun d'attendre que le parti définisse les règles de sélection. Certes le PRD, parti qui connaît depuis de nombreuses années déjà des divisions intestines, semble conscient de l'importance de préserver son unité pour 2000. Il ne manque pas à ce titre d'accuser le PLD de tenter d'exacerber ses éventuelles divergences internes.
Tertio, parce que celui que le PLD considère comme son meilleur candidat n'est autre que Fernàndez lui-même, tous les sondages effectués ces derniers temps, aussi significatifs qu'ils soient, l'affirmant. Or, depuis la révision de la Constitution opérée en 1994 (lors du Pacte pour la démocratie), la réélection est prohibée. Autant dire que l'éventualité d'un retour en arrière est depuis peu l'objet de nombreux débats au sein de tous les partis, et certainement au sein du parti gouvernemental. Le PRD est bien évidemment contre et le PLD pour (ce fut d'ailleurs un des thèmes majeurs du «discours du Président à la nation» fin juillet). Le troisième grand parti, le PRSC de Balaguer, est plus nuancé puisqu'il se dit en faveur de la réélection bien qu'elle ne puisse avoir d'effet radioactif. Autrement dit, un amendement apporté à la Constitution à cette fin ne vaudrait pas pour Fernàndez... Que d'aucuns dans l'opposition accusent de se préoccuper davantage de sa propre succession que des problèmes quotidiens des Dominicains.

A ce climat politique tendu encore faut-il ajouter les inévitables spéculations quant à de quelconque alliances futures. Cela vaut certainement pour Balaguer qui, comme nous le disait un observateur avisé, reste «incontournable». Fernàndez a d'ailleurs rencontré l'ancien président le 14 juillet sans qu'aucun des thèmes abordés n'ait filtré. Beaucoup d'éditorialistes politiques supposent que cette réunion «sans résultats connus» avait trait à ce qui se passera le 16 août, date d'investiture du nouveau Congrès. Une semaine plus tard, le 22 juillet, c'était au tour des dirigeants du PRD de rencontrer Balaguer. Une rencontre au contenu tout aussi évasif. Tout peut donc arriver.
A contre courant de ces prévisions il paraît indubitable que la modernisation de l'Etat et les réformes économiques profiteront du renouveau générationel qui voit le jour sur l'échiquier politique dominicain. Ces générations de leaders politiques «à l'autorité accentuée» ont pris fin et un nouveau style est apparu, à l'image, nul ne pourra le nier, de Fernàndez: un président relativement jeune (il a 45 ans) avec une vision moderne de ce que doivent être les institutions publiques, conscient d'être dans un monde qui nécessite l'ouverture et que des priorités pour la construction du développement doivent être définies. Reste toutefois le PRSC de Balaguer. Si déjà les membres du Directoire central exécutif du parti, les sénateurs, les députés et les dirigeants provinciaux lui ont affirmé leur appui total en vue de la restructuration du parti suite à la débâcle de mai, d'aucuns prédisent qu'il sera une nouvelle fois candidat (il aura alors 94 ans...) à la présidentielle de 2000.
Dans le même ordre idée, chacun, toutes sphères confondues, semble
convaincu de l'importance des réformes pour le pays et de la nécessité
d'aller de l'avant. Pour régler d'éventuels conflits latents et
éviter tout pugilat futur, certains esquissent la possibilité d'un pacte
qui réunirait les trois partis principaux. Ce serait historique puisque depuis
vingt-cinq ans que le PLD existe, jamais il n'y eut d'entente
harmonieuse avec le PRSC et qu'il en va de même entre le PRD et le PLD.
Inverser la tendance passera sans doute par une intervention de l'Eglise,
elle qui de tout temps a eu un rôle de médiateur essentiel en République
Dominicaine. Ces dernières années, ce rôle est le plus souvent dévolu à
Monseigneur Agripino Nuñez, qui lorsque nous l'avons rencontré,
venait d'ailleurs de faire un appel haut et fort à une concertation de tous
les acteurs politiques, sociaux et économiques. Tout en s'exclamant que les
politiques doivent voir plus loin que leur propres intérêts personnels ou que
celui de leur parti. Il est vrai que pour quelques millions de Dominicains, la
priorité est
ailleurs.
T.G.