| Les cahiers du Grif (GRIF, 1977, 120 p.) |
Il fait beau. Un doux après-midi de septembre. Je me balade dans le XIVe, je descends l'avenue du Maine. A Montparnasse j'emprunte la rue de Rennes. Paris est encore relativement vide, pour un bel après-midi de dimanche comme celui-ci. le peux flâner à mon aise, sans me faire emmerder par des racoleurs de tout âge / standing / ou couleur, comme cela m'arrive si souvent, trop souvent depuis bon nombre de mois déjà.
A la hauteur du métro St-Placide, je prends à droite la rue Notre-Dame-des-Champs, dont le parcours courbe m'a attirée/séduite dès notre première rencontre, il y a quinze ans.
Je marche au ralenti. Je suis quasiment seule dans cet espace tranquille, silencieux même, ce qui pour moi ajoute à son charme. Je m'y sens bien. A la hauteur de mes yeux - hauteur de la piétonne ordinaire - et de chaque côté, des façades se déroulent en grands pans de pleins et de vides.
Pan blanc - petit creux noir -- porte minuscule donnant accès Dieu-sait-où - pan percé par les fenêtres d'un rez-de-chaussée - pan blanc - en face grande porte cochère...
Oui je me sens bien. J'aime cet espace à surprises. Aujourd'hui j'ai le temps et la possibilité de lever les yeux, chose qui nous arrive très rarement, quasiment jamais, à nous femmes courant dans notre quotidienneté derrière les aiguilles de notre montre, bousculées, pincées, touchées par les mains des hommes, les Maîtres du dehors.
Je lève les yeux, je prends conscience de la globalité de cet espace. Je le possède dans ses trois dimensions au niveau de mes sens et celui de mon corps. Son échelle me va. Elle s'accorde à la mienne: ni écrasée par un monstre phallique - voir la Tour Montparnasse - ni perdue dans un labyrinthe de cheminements gratuits ou débiles, tels qu'on les rencontre de plus en plus souvent dans les «cités modernes». là où l'imagination de l'Homme-Créateur!! nous enferme, nous femmes, pour mieux nous contrôler, opprimer, manipuler, au rythme de ses fantasmes destructeurs, - nommés inventions technologique - nucléaire et autres, la liste est longue - à son image de mort. nous qui/parce que nous sommes vie.
J'arrive à l'ouverture formée par le croisement de la rue Bréa avec la rue Vavin. Encore un coin de la ville où je me sens bien. Encore un espace que je sens correspondre à ma propre échelle. Presque pas de circulation automobile à cette heure-ci.
J'ai l'impression que si je laisse mon corps obéir au rythme, aux mouvements que mon imagination lui dicte, je pourrais très bien occuper la totalité de la scène/espace qui s'offre à mes yeux, sans être heurtée nulle part par quelque élément désobligeant, parce que mal accordé dans sa matérialité à l'ensemble.
Mais mon corps a appris - question de conditionnement - à suivre les voies tracées par l'Homme-Créateur de notre espace vécu, plutôt que d'obéir aux bons conseils de mon imagination.
Je quitte donc la place!... et par la rue Vavin je gagne le Jardin du Luxembourg.
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Katerina Papas |
KA-PA. | |
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(Sept. 1975) |
(Sept. '75).
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