L'aide au Sahel de la période coloniale au XXIème siècle en passant par la sécheresse. Changements et continuité. (Club du Sahel, 1996, 17 p.)
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View the documentI. Des colonies qui doivent se suffire à elles-mêmes à l'aide au développement
View the documentII. Du temps des indépendances à la sécheresse
View the documentIII. Aide et sécheresse
View the documentIV. Aide et ajustement structurel
View the documentV. L'aide aux approches du XXIe siècle
View the documentNotes

Changements et continuité

Septembre 1996

Ce rapport a été préparé par le Secrétariat du Club du Sahel dans le cadre du bilan de l'aide au Sahel entrepris dans le dossier Coopération 21. Sa rédaction a été confiée à Monsieur Jacques Giri.

L'aide au Sahel de la période coloniale au XXIe siècle en passant par la sécheresse

Changements et continuité

Jacques Giri

Vingt ans après la création du Club du Sahel, on peut dire que celle-ci a reposé sur une idée: au lendemain de la grande sécheresse des années 1970, il est justifié d'accroître l'aide publique à une région qui a été durement frappée mais dont l'avenir n'est pas irrémédiablement compromis. Bien orientés grace à une "stratégie", mieux coordonnés entre eux grâce au Club, les efforts accrus des agences d'aide, conjugués avec ceux des Sahéliens, doivent rendre la région moins vulnérable aux futures sécheresses et la mettre sur la voie d'un développement durable.

Vingt ans après, le paysage dans lequel se situe le Club s'est beaucoup modifié: le monde a considérablement changé, l'Afrique au sud du Sahara a pris peu de part à ce changement et le Sahel encore moins, l'aide publique à la région s'est effectivement accrue et l'on peut penser que cet accroissement n'a pas été étranger au fait que celle-ci n'a pas connu les situations dramatiques qu'ont connues d'autres régions du continent. Mais l'aide publique aux pays en développement a commencé à décroître en 1993, les interrogations sur l'utilité de continuer à aider le Sud se sont multipliées au Nord si bien que l'on peut se demander si la tendance à l'augmentation de l'aide, constatée sur plusieurs décennies, ne s'est pas durablement renversée. En même temps, les flux nets d'investissements privés allant du Nord vers le Sud se sont considérablement accrus et sont devenus supérieurs aux flux d'aide (mais ils concernent très peu l'Afrique au sud du Sahara et encore moins le Sahel), si bien que l'on a le sentiment d'assister à une mutation dans les rapports Nord-Sud.

Le moment est donc certainement propice à une réflexion sur l'aide au Sahel. La naissance du Club avait été placée sous le signe du "contrat de génération", disons plutôt d'un engagement moral, sans véritables clauses contractuelles, pris par les pays de l'OCDE d'accroître leur aide et de ne pas abandonner les Sahéliens pendant le temps d'une génération. L'engagement a été tenu, même si le montant des concours du Nord n'a pas atteint les sommets auxquels certains Sahéliens avaient rêvé. Que faire demain? Que faire dans un monde qui a changé?

L'objet de la réflexion qui est présentée ici n'est pas de procéder à une évaluation de l'aide et de proposer des voies pour améliorer son efficacité. De nombreux travaux ont déjà été faits sur ce thème ou sont en cours 1. Il est d'abord de prendre du recul. L'aide n'a pas commencé avec le Club du Sahel, elle est née à l'époque coloniale, elle a grandi, elle a continué à grandir avec le Club. Maintes fois, depuis les débuts de l'aide, les donateurs se sont interrogés sur la pertinence de leur action; maintes fois il a été dit que l'aide était "à un tournant". La thèse qui est esquissée dans ce papier est que, sur la longue période, l'aide a été marquée par plus de continuité que de changements , et que les idées, les paradigmes pour employer le vocabulaire savant, qui l'ont inspirée n'ont pas évolué autant qu'on pourrait le croire.

Que faire maintenant pour préparer le XXIe siècle? Continuer? En faire plus de la même étoffe? Ou commencer à sortir d'une voie tracée depuis trois quarts de siècles?