| L'aide au Sahel de la période coloniale au XXIème siècle en passant par la sécheresse. Changements et continuité. (Club du Sahel, 1996, 17 p.) |
Le temps des indépendances voit beaucoup de changements, notamment dans la façon dont l'aide est attribuée et dans son volume, mais on ne peut pas dire qu'il soit marqué par une rupture radicale dans la conception de l'aide.
Alors que l'aide était le seul fait de la métropole, les indépendances amènent une diversification des donateurs: la toute nouvelle Communauté Economique Européenne intervient dans le financement de programmes d'investissement (le principe d'une aide communautaire aux anciennes colonies a été une des conditions mises par la France à la signature du traité de Rome), l'aide des Etats-Unis, jusqu'alors essentiellement tournée vers l'Asie de l'est et du sud, commence à se porter vers l'Afrique, le Programme des Nations Unies pour le Développement et la Banque mondiale commencent aussi à intervenir.
L'aide française sous forme de dons est attribuée désormais dans le cadre du FAC au lieu de l'ancien FIDES, la Caisse Centrale de la France d'Outre-mer prend un nom plus adapté à la nouvelle situation, mais ni l'une ni l'autre ne subissent de bouleversements. Quant à l'aide européenne qui démarre au début des années 1960, elle se coule dans le même schéma, donnant une place de choix au financement d'infrastructures de transport. Il n'y a pas de rupture entre le temps colonial et celui du début des indépendances: à Paris, comme à Bruxelles, ce sont d'anciens hauts fonctionnaires de la France d'Outre-mer qui inspirent les nouvelles politiques d'aide; est-il surprenant qu'elles ressemblent étrangement aux anciennes?
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Le développement modèle 1960 La quasi-totalité des réflexions qui sont faites au moment des décolonisations (disons au cours des décennies 1950 et 60) considèrent que la théorie néo-classique ne saurait fournir une base conceptuelle pour élaborer des politiques de développement. Cette théorie est perçue comme une analyse statique, centrée sur l'efficacité de la répartition des ressources rares à un moment donné, alors que le développement est par nature un processus dynamique. Toutes considèrent que le seul marché est impuissant à faire émerger le développement et qu'une planification ou au moins une programmation par l'Etat des investissements (infrastructures sociales, infrastructures de transport, mais aussi investissements productifs) est nécessaire . Faute pour la plupart des pays du Sud de pouvoir mobiliser une épargne intérieure suffisante, l'aide est considérée comme indispensable à la réalisation des programmes d'investissements arrêtés . Les investissements productifs décidés par la puissance publique
(et réalisés par des entreprises publiques, privées ou mixtes) auront besoin
d'être protégés de la concurrence des pays déjà industrialisés au moins pendant
un certain temps. Aussi des politiques de développement par substitution aux
importations à l'abri de solides barrières protectionnistes sont-elles mises en
oeuvre à l'époque par tous les pays du Sud (y compris par les futurs Nouveaux
Pays Industrialisés) . |
L'aide du PNUD se limite à de l'assistance technique et au financement de "projets de démonstration". Celle du groupe de la Banque mondiale, limitée en un premier temps au financement de grands projets miniers (MIFERMA en Mauritanie) puis de grands projets industriels (SIES au Sénégal), va se diversifier, surtout après l'arrivée de Robert MacNamara à la tête de la Banque en 1968, vers le financement de grands projets d'investissement dans les autres secteurs productifs.
"Accompagner les indépendances et jeter les bases du développement avait, dans un premier temps, justifié le lancement de projets structurants ambitieux, en matière d'infrastructures comme d'appareil productif; publics dans la plupart des cas. L'accent était également mis sur le développement rural et la production agricole et sur la satisfaction des besoins fondamentaux (santé, éducation) ". Cette description résumée de l'aide après les indépendances, faite par un ancien responsable d'agence d'aide 4, est éloquente. Si l'on ajoute que la quasi-totalité de ces "projets structurants ambitieux" sont conçus par des assistants techniques, par de bureaux d'études étrangers, voire par des fonctionnaires en poste à Paris ou à Bruxelles, on voit que l' on est resté dans la droite ligne du Plan Sarraut .
Quant aux pays qui essaient de se dégager, au moins pour un temps, de l'influence de l'ex-métropole et des pays occidentaux, ils échangent la planification "à la française" contre une autre, en principe plus contraignante mais qui ne le sera guère dans les faits, inspirée du Gosplan via des techniciens soviétiques.
La diversification des sources d'aide après les
indépendances entraîne une augmentation du volume de l'aide aux pays sahéliens,
mais elle n'amène pas de remise en cause de l'idée qui la sous-tend. Le
développement reste attendu de la réalisation de programmes d'investissements
largement conçus de l'extérieur de façon technocratique.
On notera enfin que l'indépendance ne met pas fin au financement par l'ex-métropole des dépenses courantes de ses ex-colonies . Des aides budgétaires importantes sont données aux Etats les plus défavorisés qui doivent supporter le poids des dépenses de souveraineté et qui ne bénéficient plus (ou plus autant) ni des surprix sur les produits agricoles tropicaux consentis par la métropole ni de la solidarité des Etats mieux nantis (la Côte d'Ivoire et le Gabon) qui se sont opposés avec la dernière énergie au maintien de liens institutionnels avec les pays sahéliens.
Deux faits, aussi prévisibles mais aussi imprévus l'un que l'autre, vont venir perturber le cours tranquille de l'aide au développement du Sahel: la sécheresse aiguë du début des années 1970 qui va entraîner la création du CILSS et du Club du Sahel et un nouvel accroissement de l'aide et les déséquilibres économiques de la fin de cette même décennie qui vont amener la mise en oeuvre de programmes dits d'ajustement structurel.