Diobass: les paysans et leurs terroirs - guide pédagogique (Terres et Vie, 1991, 169 pages)
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Open this folder and view contentsUn guide pour l'action
Open this folder and view contentsPremière partie - Lire et dire un terroir: Une idée à mûrir
Open this folder and view contentsDeuxième partie - A l'école des champs et des paysans
Open this folder and view contentsTroisième partie - Aujourd'hui passe... Demain est là
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View the documentNoms wolof de plantes et d'arbres
View the documentMots wolof (en dehors des plantes et des arbres)
View the documentListe des participants à la session de Notto
View the documentBibliographie
View the documentAppel aux critiques des lecteurs de: Diobass: Les paysans et leurs terroirs
View the documentTerres et vie
Open this folder and view contentsENDA tiers-monde
View the documentEnvironnement africain - Cahiers d'étude du milieu et d'aménagement du territoire

Le Diobass, c'est là où sont nos champs, nos familles, nos maisons. Avec des gens de ce terroir et d'autres paysans du Sénégal, avec des cadres aussi, nous nous sommes réunis en session à Notto durant huit jours. Notre recherche a porté sur ce qui nous entoure et ce qui nous permet de vivre, par exemple la terre. Elle a touché tous les aspects de l'environnement.

Elle a attiré l'attention sur des problèmes auxquels on n'était pas attentif. On avait négligé beaucoup de points et pourtant ils avaient une importance capitale. Par exemple, il y avait beaucoup d'arbres dans le Diobass, les vieilles générations peuvent en témoigner.

Ainsi, la session nous a fait voir ce qui était important à prendre en compte, ce qu'il fallait protéger, ce qu'il fallait faire vivre pour faire vivre les hommes et en fin de compte comment aboutir à résoudre les problèmes des gens.

Bien sûr, les gens avaient entrepris des actions, mais la session a renforcé l'idée qu'il fallait encore trouver des solutions aux problèmes rencontrés.

Notre environnement, nous y avons réfléchi, nous avons fait des recherches sur nos arbres. Mais ce qui pose problème, c'est le suivi. Si on va à Mbomboye et Sangué, on voit qu'il y a eu un suivi partiel et que dans d'autres coins de la zone il n'y a pas eu le même type de suivi. Le problème de Mbomboye, c'est aussi le problème des autres villages. Même si notre village résout son problème de fertilité, on ne l'a pas pour autant résolu tant que les villages environnants, confrontés au même problème, n'ont pas tenté des solutions. Tous les villages environnants doivent donc joindre leurs efforts pour arriver à un résultat.

"Aide-moi pour avoir de l'argent", on peut toujours le dire. Mais "aide-moi pour pouvoir produire", c'est plus important. Je pense que l'action menée jusqu'ici a été très efficace; notamment, elle a donné une importance à l'arbre et à toute action qui peut redonner vie à la terre.

Nous avons vu que les projets autour du maraîchage sont intéressants, mais accompagner les gens, leur donner des idées, vaut mieux que les millions qu'on aurait versés dans le village. Ils auraient arrangé les gens mais ils n'auraient pas arrangé la terre. Le projet est intéressant mais souvent on a du mal, nous paysans, à comprendre que refaire la terre et refaire les arbres, c'est plus important. Il n'y a pas de paysans sans terre, pas de paysans sans arbres, pas de paysans sans eau, pas de paysans sans animaux.

Les organisations qui nous ont appuyés dans la réflexion, ont discerné en quoi elles pouvaient être utiles et ont pu voir en même temps ce qui ne relevait pas d'elles. Ceci prouve que les paysans doivent compter d'abord sur eux-mêmes; le paysan ne doit pas toujours attendre que d'autres fassent. Il doit souvent penser que la solution, la réponse à son besoin, c'est lui qui doit la trouver par sa réflexion, même s'il dispose d'appuis financiers.

Si tu examines ce livre, tu verras que nous avons beaucoup de problèmes à résoudre, mais personne d'extérieur ne va venir les résoudre. Tous les paysans qui auront accès au contenu du livre se rendront compte que la plupart des avis qui y sont développés sont des avis de paysans.

A la lecture du document, le paysan reprendra confiance en lui-même et peut-être sera-t-il plus que jamais intéressé ou motivé pour multiplier les efforts sur son environnement.

Les autorités, comme les conseillers ruraux et le sous-préfet, ont un rôle à jouer: par exemple en ce qui concerne les arbres, ces autorités devraient encourager l'initiative paysanne. Si une décision de ne pas couper les arbres a été prise au niveau villageois, elles devraient l'appuyer. Et dans ce cas, il ne saurait être question qu'une décision contraire soit prise à un autre échelon; au contraire, on devrait aider à l'application de la décision villageoise. Mais actuellement, on peut regretter la centralisation excessive de l'opération de reboisement parce que les décisions sont prises à un niveau très éloigné du village. Il nous semble que la décentralisation est nécessaire pour appuyer justement les multiples initiatives au niveau de la base.

Si la décision est prise là où le paysan n'est pas présent, comment veux-tu qu'on puisse, sur le terrain, planter les arbres, comme le souhaitent les responsables?

Les chefs de village ou la communauté villageoise devraient être les principaux responsables de la coupe de l'arbre, ce sont eux qui devraient autoriser ou refuser leur coupe. Et en même temps, ce sont eux qui devraient prendre la décision ou l'engagement de planter ou de ne pas planter. Ce point nous paraît très important. Et les chefs de village devraient pouvoir être autorisés à identifier des zones pour le reboisement.

Si l'objectif qui nous réunit tous est donc de reconstituer l'environnement, on doit pouvoir décider de toutes les tâches à réaliser pour qu'elles soient conformes à l'objectif qu'on envisage. De la sorte, la terre va se nourrir de nous, et nous de la terre.

Nous pensons que ceux qui liront le livre, y compris les autorités gouvernementales, pourront s'y référer, s'ils le veulent, pour savoir quelle décision il convient de prendre pour appuyer les paysans puisque l'objectif est de reconstituer notre environnement.

Grâce à l'initiative du paysan, on peut trouver des solutions à bien des choses. Tous ceux qui liront le livre verront qu'il y a des paysans actifs, des paysans confiants en eux-mêmes, des paysans qui n'attendent pas d'appuis extérieurs. Ce point est à souligner. Ce document a été réalisé à partir des points de vue des paysans sur leur propre terroir. Il aura permis de créer ou de renforcer la relation avec tout notre environnement et le terroir où nous vivons.

Ce document est comme un reflet de nous-mêmes.

Mor DIAW
Issa DIOUF
agriculteurs du Diobass