Maladies et ravageurs des cultures de la région des grands lacs d'Afrique Centrale (No. 24). (AGCD - Coopération Belge, 1989, 232 p.)
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Champignons

LES FONTES DE SEMIS

Thanatephorus cucumeris (Rhizoctonia solani), Corticium rolfsii, Pythium spp., Fusarium spp.

Les fontes de semis sont provoquées par divers champignons du sol qui agissent parfois en association. Ils peuvent attaquer les graines en germination, entraînant ainsi une mauvaise levée des semis. Ces maladies se manifestent le plus souvent peu de temps après la levée. Les plantules flétrissent, jaunissent et meurent en s'affaissant parfois sur le sol. Les collets de ces plantes montrent différents types de symptômes: lésions déprimées brun-rouge qui s'étendent longitudinalement (T. cucumeris), lésions brun clair en anneau, couvertes de mycélium blanchâtre (C. rolfsii), lésions aqueuses vert sombre (Pythium spp.). Le système racinaire présente souvent divers niveaux de dégradation. Les microorganismes responsables sont présents dans la plupart des sols cultivés et sont potentiellement nuisibles pour de nombreuses cultures (haricot, cotonnier, pois, riz...).

Leur action est limitée par l'application de pratiques culturales visant à favoriser une croissance rapide et vigoureuse des plantules: utilisation de semences de bonne qualité, en évitant les semis trop denses, sol aéré et bien drainé, arrosage dosé selon les besoins des plantes dans les pépinières. L'enrobage fongicide des semences est une précaution à recommander. Les fongicides à large spectre d'action, tels le thiram (100-300 g m.a./100 kg de semences), le captan (150-400 g m.a./100 kg), le quintozène (100-300 g m.a./100 kg) sont les plus communément utilisés. L'adjonction de produits à action plus spécifique doit être envisagée dans certains cas.


Fig. 1. Fonte de semis chez le haricot

LES FUMAGINES

Le terme 'fumagines' désigne un ensemble de champignons saprophytes qui recouvrent les parties aériennes des plantes d'une pellicule noire, semblable à de la suie. Le grattage de cette pellicule révèle des tissus végétaux sous-jacents inaltérés, signe que ces champignons ne parasitent pas les plantes. Ils se développent en fait aux dépens de matières sucrées (miellat) excrétées par les colonies de cochenilles ou de pucerons, plus rarement par la plante elle-même dans certaines conditions de température. Lorsqu'elles sont denses, les fumagines gênent par leur présence les fonctions chlorophylliennes et respiratoires du végétal. Un temps chaud et humide, ainsi qu'un ombrage excessif favorisent leur développement. Elles persistent parfois longtemps sur la plante après la disparition des populations de cochenilles ou de pucerons.

La lutte est essentiellement préventive, en contrôlant en temps utile les pucerons et les cochenilles. Dans le cas des plantes arbustives, une taille d'éclaircissement favorise l'ensoleillement et l'aération des parties centrales, et retarde l'extension de ces champignons.


Fig. 2. Fumagine sur feuilles d'oranger

Insectes

LES VERS GRIS

Agrotis segetum (Lépidoptère)

La chenille est glabre, grisâtre, et atteint à la fin de son développement 4 à 5 cm de long. Elle s'enroule sur elle-même dès qu'elle est dérangée. La vie larvaire dure 3 à 4 semaines. Les vers gris se cachent dans les couches superficielles du sol. Ils n'en sortent qu'à la tombée de la nuit pour ronger le collet des plantules qui se flétrissent et se dessèchent. Un seul individu est capable d'endommager plusieurs pieds. Les vers gris manifestent une large polyphagie, s'attaquant notamment au caféier, au tabac, au cotonnier, au haricot, à l'arachide, à la pomme de terre dont ils trouent aussi les tubercules. La présence d'adventices, de tas de détritus ou de débris de végétaux dans les champs favorise les attaques des vers gris.

Une préparation précoce des champs et un bon entretien de la culture limitent les risques d'attaques. Lorsque l'infestation est faible, les vers gris peuvent être recherchés dans les couches superficielles du sol autour des plantules attaquées et détruits. La pulvérisation d'un insecticide (deltaméthrine 7,5 g m.a./ha, cyperméthrine 30 g m.a./ha ou fenvalerate 50 g m.a./ha) sur le sol au pied des plantes permet d'éliminer les jeunes larves. Des appâts empoisonnés, épandus à la volée dans les champs en fin de journée, permettent aussi de lutter efficacement contre les vers gris. Pour le traitement d'un hectare, ces appâts sont constitués de 100 kg de son ou de tourteaux de coton ou palmistes, empoisonnés avec 1 kg de trichlorfon P.M. 80 % ou d'endosulfan P.M. 35 %, et humectés avec 10 à 20 l d'eau.


Fig. 3. Ver gris, Agrotis sp., sur pomme de terre

LES VERS BLANCS

Heteronychus spp., Heteroligus spp. (Coléoptères)

Les larves sont molles, arquées, blanc grisâtre avec la tête et les trois paires de pattes thoraciques orangées. Elles mesurent 15 à 45 mm de long. Les adultes comme les larves vivent dans les couches superficielles du sol, de préférence dans les terrains humides et riches en matières organiques. Le cycle vital de ces coléoptères s'étend sur plusieurs mois.

Les adultes causent des dégâts en rongeant le collet des plantules ou en creusant des cavités dans le pied des plantes plus âgées (maïs), en dessous du niveau du sol. Les plantules attaquées versent sur le sol et se dessèchent. Ces coléoptères s'attaquent aux cultures de maïs et de riz, mais peuvent aussi causer des dégâts au haricot, à la pomme de terre... Les larves se nourrissent de débris de végétaux ou sur les racines, notamment des graminées.

Les labours profonds et répétés permettent de ramener en surface les vers blancs qui seront la proie des oiseaux. L'enrobage des graines avant le semis avec de l'endosulfan P.M. 35 % ou du lindane P.M. 20% (200-300 g/100 kg de graines) limite leur incidence. Lors de fortes attaques, des traitements localisés sur les lignes de semis avec ces deux mêmes insecticides (1.500 g m.a./ha) peuvent être envisagés.


Fig. 4. Adultes d'Heteronychus pygidialis, et leurs dégâts sur plantules de riz

LES CHENILLES LEGIONNAIRES

Spodoptera exempta (Lépidoptère)

La jeune chenille est vert grisâtre. A la fin de son développement, elle atteint 3 à 4 cm de long et est de couleur noir bleuâtre, marquée latéralement de lignes longitudinales jaunâtres. La larve vit 2 à 3 semaines. La nymphose a lieu dans les couches superficielles du sol et dure 1 à 2 semaines. Le papillon brunâtre, de 35 mm d'envergure, se déplace la nuit. La femelle dépose ses œufs en amas recouverts d'un feutrage de poils brunâtres, à la face inférieure des feuilles. La durée d'incubation des œufs est de 2 à 4 jours.

Les chenilles légionnaires rongent les feuilles des graminées cultivées (riz, sorgho, maïs, blé...) et spontanées, en s'attaquant de préférence aux jeunes stades de développement des plantes. Des populations larvaires très importantes peuvent apparaître subitement en certaines zones, et causer de graves dégâts aux jeunes céréales. Ces attaques résultent de migrations de papillons en provenance d'Afrique de l'Est. Les vents et les pluies d'orage jouent un rôle prépondérant dans les migrations des populations d'une région à une autre parfois très éloignée. En général, les papillons qui éclosent dans une zone migrent vers une autre région pour y déposer leurs œufs.

Les populations des chenilles légionnaires peuvent être assez facilement décimées, surtout aux premiers stades larvaires, par des traitements à base de fenitrothion (500 g m.a./ha) ou d'un pyréthrinoïde de synthèse (deltaméthrine 12,5 g m.a./ha, fenvalerate 60 g m.a./ha, ou cyperméthrine 40 g m.a./ha).


Fig. 5. Chenilles légionnaires, Spodoptera exempta, sur feuille de maïs

LES COCCINELLES PHYLLOPHAGES

Epilachna spp., Henosepilachna spp., Chnootriba neglecta (Coléoptères)

La plupart des coccinelles sont des insectes utiles qui se nourrissent principalement de pucerons ou de cochenilles qui colonisent les plantes. Certaines espèces sont toutefois phytophages et s'attaquent notamment au blé, au maïs, à la pomme de terre, ou aux cucurbitacées. L'adulte est un coléoptère de 6 à 8 mm de long, de forme hémisphérique, et de couleur noirâtre avec des taches ou des dessins rougeâtres ou brun orangé sur les élytres. Les œufs elliptiques, de couleur jaune, sont pondus par amas de plusieurs dizaines, en général à la face inférieure des feuilles. Les larves sont convexes, de couleur noirâtre ou jaunâtre, avec le corps hérissé d'épines.

Les larves et les adultes de ces coccinelles entaillent le limbe des feuilles en petites incisions rectangulaires parallèles, laissant intact l'épidémie de la face opposée qui subsiste sous la forme d'une membrane blanchâtre transparente. Ce sont surtout les jeunes plantes qui souffrent des dégâts causés par les coccinelles.

Divers insecticides sont efficaces contre ces ravageurs, notamment le fenitrothion (500 g m.a./ha) ou la deltaméthrine (12,5 g m.a./ha).


Fig. 6.a. Larve de coccinelles phyllophages sur feuilles de maïs


Fig. 6.b. Adulte de coccinelles phyllophages sur feuilles de maïs

LE CRIQUET PUANT

Zonocerus variegatus (Orthoptère)

L'adulte de couleur jaune verdâtre et noire mesure environ 4 cm de long. Il vit durant 3 à 4 mois. La femelle dépose dans le sol ses oothèques renfermant un grand nombre d'œufs. Ils éclosent après 6 à 8 mois. Les larves sont noires parsemées de taches jaunes. Leur développement dure 3 à 4 mois. Les larves et les adultes de ce criquet vivent souvent en bandes importantes qui peuvent causer des dégâts notables aux cultures. Ils rongent notamment les feuilles du manioc, des cotonniers et des jeunes plants de caféier.

Sur de petites surfaces, les criquets puants peuvent être ramassés à la main (de préférence le matin lorsqu'ils sont encore engourdis par la fraîcheur de l'aube), mis en sac et détruits. Les pullulations locales sont aussi combattues par des pulvérisations ou des poudrages de fenitrothion ou de fenthion (250 g m.a./ha) ou encore de malathion (750 g m.a./ha).


Fig. 7. Larves du criquet puant, Zonocerus sp., sur manioc

LE CRIQUET NOMADE

Nomadacris septemfasciata (Orthoptère)

Au stade adulte, le criquet nomade mesure entre 5 et 7 cm de long. Il est de couleur brun clair avec des bandes transversales brun foncé sur les ailes antérieures. Il vit environ 9 mois. La femelle dépose ses œufs par paquets dans le sol au début de la saison des pluies. Ils éclosent après 3 à 6 semaines. Il n'y a qu'une seule génération par an.

Dans certaines conditions liées à la densité de la population, à la qualité de l'alimentation et au climat, la multiplication du criquet nomade dans ses zones d'habitat permanent (aires grégarigènes) aboutit à la formation d'essaims qui peuvent migrer d'un pays à l'autre. Les aires grégarigènes du criquet nomade sont situées en Tanzanie, en Zambie et au Malawi. Son aire de dispersion couvre toute l'Afrique au sud de l'équateur. Les essaims souvent composés de plusieurs millions d'individus peuvent causer des dégâts considérables dans les régions où ils se posent, en se nourrissant préférentiellement des graminées cultivées (maïs, sorgho, riz, blé) ou spontanées. D'autres plantes cultivées comme le bananier, le cotonnier, ou le palmier sont également attaquées.

La surveillance et la lutte contre le criquet nomade dans les aires grégarigènes sont assurées par des organisations régionales ou internationales, qui ont pour rôle de prévenir la formation des essaims. Les moyens de lutte préconisés contre le criquet puant peuvent être appliqués localement là où ses essaims se posent.


Fig. 8. Criquet nomade, Nomadacris septemfasciata

LE GRILLON

Brachytrupes membranaceus (Orthoptère)

L'adulte est un insecte robuste atteignant 50 mm de long, de couleur brun noir brillant. Il possède des pattes puissantes qui lui permettent de creuser des galeries jusqu'à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur dans le sol. Le stade larvaire dure environ 8 mois, et l'adulte peut vivre 3 à 4 mois. Les grillons causent des dégâts durant la nuit dans les pépinières et dans les jeunes plantations de caféier, théier, cotonnier, tabac... Les larves et les adultes sectionnent à l'aide de leurs fortes mandibules les tiges des jeunes plantes et les emportent dans leur terrier, souvent après les avoir laissé flétrir un ou deux jours sur le sol.

Les grillons peuvent être recherchés et détruits dans les galeries lorsque celles-ci ne s'étendent pas trop profondément dans le sol. L'épandage en fin de journée d'appâts empoisonnés déjà conseillés dans la lutte contre les vers gris, donne également de bons résultats contre les grillons.


Fig. 9. Grillon, Brachytrupes membranaceus

Diplopodes

LES MILLE-PATTES ou IULES

Les mille-pattes mesurent entre 4 et 7 cm de long. Leur corps allongé, de forme cylindrique et de couleur noirâtre, est constitué d'un grand nombre d'anneaux qui portent chacun deux paires de pattes. Les mille-pattes vivent dans les couches superficielles du sol, et se roulent en spirale dès qu'ils sont dérangés. Ils se nourrissent de matières végétales ou animales en décomposition mais rongent aussi les graines en cours de germination, le collet des plantules, les racines ou les tubercules de pomme de terre. Leur prolifération peut réduire le pourcentage de levée des cultures (cotonnier, haricot,...) dans de sérieuses proportions. Quoique les iules soient très sensibles à la sécheresse, c'est pourtant souvent lors de périodes peu pluvieuses qu'ils causent des dégâts.

L'enrobage des graines avant le semis avec du lindane P.M, 20% ou de l'endosulfan P.M. 35% (200 g/100 kg de graines) offre une certaine protection. En cas de fortes attaques, une pulvérisation des lignes de semis avec une solution de diazinon (8.000 g m.a./ha) ou de propoxur (1.000 g m.a./ha) peut être envisagée. Les appâts à base de tourteaux empoisonnés avec du propoxur (100 g m.a. par 40 kg d'appâts), épandus à la volée dans les champs attaqués donnent également de bons résultats.


Fig. 10. Mille-pattes sur plantules de haricot

Nématodes

LES NEMATODES A GALLES

Meloidogyne spp.

Le mâle de Meloidogyne est un minuscule ver filiforme de 1 à 2 mm de long, qui vit librement dans le sol. La femelle mesure moins de 1 mm, est pyriforme, immobile et fixée dans les tissus végétaux souterrains. Elle émet vers l'extérieur plusieurs centaines d'œufs englobés dans une masse gélatineuse brunâtre. Les larves pénètrent dans les racines et se fixent à proximité de la zone vasculaire, provoquant des renflements ou galles dans lesquelles elles poursuivent leur développement pour devenir soit des femelles soit des mâles, ces derniers migrant hors des tissus. Le cycle de développement de ces nématodes dure environ 4 à 6 semaines.

La forme, la taille et l'aspect des galles varient avec leur âge, leur nombre, la plante hôte, l'importance de l'attaque, l'espèce de Meloidogyne en cause, et les conditions du milieu. En cas de forte infestation, les racines peuvent être réduites à l'état de moignons boursouflés. La réduction du système racinaire et les troubles du métabolisme consécutifs à la présence des Meloidogyne se traduisent par un mauvais développement des plantes et une baisse progressive des rendements. Sur les tubercules de pomme de terre infestés, apparaissent des craquelures, des renflements ou verrues qui déprécient la production. Les Meloidogyne en blessant les racines, facilitent aussi la pénétration de micro-organismes phytopathogènes comme Pseudomonas solanacearum responsable du flétrissement bactérien de la pomme de terre. La dissémination des Meloidogyne est assurée par la terre, l'eau de ruissellement, mais surtout par le matériel végétatif de reproduction (tubercules, rhizomes,...). Les nématodes à galles sont pratiquement présents dans tous les sols, et manifestent une très large polyphagie, pouvant causer des dégâts importants notamment aux cultures maraîchères, au pois, au haricot, à la pomme de terre, au tabac,... et infestant aussi les racines de nombreuses plantes spontanées. Trois espèces de Meloidogyne sont communément observées dans la région: M. hapla dans les régions fraîches de haute altitude, M. javanica très fréquent en région de moyenne altitude et M. incognito bien adapté aux régions chaudes et plus sèches de basse altitude.

Il convient d'éviter la dissémination et la multiplication des nématodes à galles en n'utilisant que du matériel de plantation (tubercules, rhizomes...) sain. Le degré d'infestation d'un sol peut être réduit par la submersion des terrains irrigables qui tue par asphyxie les larves et les adultes de nématodes, par la jachère nue ou travaillée en saison sèche, ou par une rotation appropriée avec des cultures comme le blé, et surtout les plantes fourragères Panicum maximum ou Setaria sphacelata. Pour certaines cultures, il existe des variétés résistantes. Les nématicides gazeux (DD), liquides ou en granulés (carbofuran, phenamiphos ou aldicarbe) sont des produits souvent très toxiques, très coûteux et difficiles à manipuler. Leur utilisation par du personnel qualifié doit être réservée aux champs de production de semences de base ou aux pépinières (tabac) et seulement lorsque cela s'avère nécessaire.


Fig. 11. Galles de nématodes, Meloidogyne sp., sur racines de pois


Fig. 12. Galles de nématodes, Meloidogyne javanica, sur tubercules de pomme de terre