Scénarios du Sahel. Recueil de textes écrits par les jeunes du Burkina Faso, FNUAP-DEmP (Direction de l'Education en matière de Population), Ouagadougou. (Documents du Burkina Faso, 1998, 67 p.)
close this bookScénarios du Sahel. Recueil de textes écrits par les jeunes du Burkina Faso, FNUAP-DEmP (Direction de l'Education en matière de Population), Ouagadougou. (Documents du Burkina Faso, 1998, 67 p.)
View the document(introduction...)
View the documentAvant propos
View the documentNote aux lecteurs
View the documentRésumés des scénarios
View the documentLes limites de la tradition
View the documentLe prix de l'insouciance
View the documentUne femme prudente
View the documentIncompréhensions
View the documentLa vie a la déroute
View the documentChasteté
View the documentUn homme de coeur
View the documentAdama et Biba
View the documentLa boutique
View the documentTerreurs
View the documentFlorida
View the documentLes femmes solidaires
View the documentLe défi
View the documentCupidités

DRABO Souleymane -19 ans

Sur le chemin de l'école, deux élèves de même classe se rencontrent:

- Moussa: Bonjour Blaise, comment as-tu trouvé le devoir sur le SIDA? J'espère que c'était abordable!

- Blaise: Toi Moussa même, tu aimes trop parler du SIDA, vas-tu me laisser en paix un jour avec ces histoires là?

- Moussa: Ce qui est sûr, le professeur va corriger les devoirs et remettre les feuilles aujourd'hui. D'ailleurs, la cloche sonne, rentrons en classe.

A peine rentrés en classe, le prof est déjà présent.

- Le prof: Asseyez-vous, nous allons corriger le dernier devoir de l'année. Je suis vraiment déçu, je ne peux pas comprendre comment des élèves de seconde n'arrivent pas à définir correctement le SIDA et donner les moyens de se protéger contre cette maladie. Par exemple si je prends la copie de Blaise, écoutez bien, il a écrit: syndrome immunitaire de déficit acquise. C'est inadmissible ça! C'est un fléau qui menace notre monde d'aujourd'hui et vous n'arrivez pas à le définir correctement, et il n'a même pas pris le temps de répondre à la deuxième question. A présent, voici les feuilles et les notes; elles vont de 1,5 à 18/20. Félicitations, Moussa, c'est ton meilleur devoir de toute l'année. Maintenant, nous allons passer à la correction, suivez bien, surtout toi Blaise.

Le SIDA se définit ainsi: Syndrome d'Immuno Déficience Acquise. Il correspond au stade final de l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine appelé couramment le VIH. Chez certains adultes, le SIDA peut mettre plus de dix ans à se développer. C'est ainsi qu'une personne infectée par le VIH peut paraître et se sentir en bonne santé pendant des années, mais peut néanmoins transmettre le virus.

Nous allons passer à la deuxième question où il fallait donner les modes de transmission et les moyens de protection. Le virus du SIDA, qui est le VIH, se transmet principalement lors de rapports sexuels non protégés comme les autres maladies sexuellement transmissibles. Il se transmet également par exposition à du sang ou des produits sanguins infectés et d'une mère infectée à son enfant avant, pendant ou peu après la naissance. Maintenant, voici les moyens de protection. Il faut s'abstenir de tout rapport ou, pour deux partenaires non infectés, c'est en étant mutuellement fidèles que l'on peut le plus efficacement se protéger de l'infection à VIH. Le risque de transmission du virus peut être sensiblement réduit en utilisant correctement et régulièrement le préservatif. Les pratiques sexuelles n'impliquant pas la pénétration sont également un moyen efficace de prévenir la transmission sexuelle du VIH.

- Un élève: Mais monsieur, s'il vous plaît, qu'est-ce qu'un préservatif et comment l'utilise-t-on?

- Le prof: Bien, le préservatif est une enveloppe de caoutchouc. Il faut ouvrir l'emballage avec les doigts, jamais avec les dents ou un instrument tranchant. Ne pas mettre de beurre de karité ou de salive sur le préservatif, cela le rend perméable et le virus peut passer au travers. Ne pas dérouler le préservatif, presser l'extrémité du préservatif pour en dégager de l'air. Cela laisse suffisamment de place pour recueillir le sperme lors de l'éjaculation. Placer le préservatif au bout du pénis en érection. En tenant toujours l'extrémité du préservatif, le dérouler le long du pénis en érection jusqu'au bout à hauteur des poils. Toujours mettre le préservatif avant le début de chaque rapport sexuel. Après l'éjaculation et avant que le pénis ne se rétracte, se retirer de la partenaire avant d'enlever le préservatif. Il faut toujours utiliser un préservatif neuf pour chaque rapport et ¡I ne s'utilise qu'une seule fois et se jette après usage, dans les latrines par exemple. C'est tout concernant la correction du devoir, j'espère que vous en tirerez profit dans la vie courante. Vous pouvez sortir.

Dans la cour de l'école:

- Moussa: Mais Blaise, et le dernier bal de l'année? Comment on fait?

- Blaise: Tu as raison, je ne sais même pas avec quelle go (fille) je vais sortir.

- Moussa: Toi aussi, tu as trop de go, il faut apprendre à être fidèle un jour.

- Blaise: Mon pote, si tu as peur des filles, laisse moi tranquille et puis je ne t'ai pas tout dit, en plus des go de mon école, j'ai affaire aussi aux djouins (prostituées).

- Moussa: Tu oses aller là-bas aussi! De toute façon, tu es un ami et j'ai le droit de te conduire sur le bon chemin et de plus, tu me traites de peureux. Tu ne sais pas que ça va maintenant entre Sylvie et moi?

- Blaise: Félicitations mon gars, tu as bien appris la leçon. Maintenant, allons voir les filles pour les prévenir du show de ce soir et on se trouve chez le coiffeur.

- Moussa: OK.

Quelques temps après, ils se retrouvent chez le coiffeur:

- Blaise: Tu as mis du temps, Masta a presque fini avec ma tête.

- Masta: C'est fini, toi aussi tu peux t'asseoir.

- Moussa: Mais quoi Masta! Tu ne vas pas me coiffer avec la même lame!

- Masta: Ça fait quoi? C'est ton ami non! Et puis c'est comme ça ici!

- Moussa: Ah bon! Quelle que soit la personne, tu n'as pas le droit de coiffer les gens avec la même lame, car le prof nous a expliqué que cela peut entraîner le SIDA. Et toi, Blaise, j'espère que tu ne l'ignores pas!

- Blaise: Mon gars, nous avons l'habitude de nous coiffer ainsi. A moins que tu veuilles te faire raser par ton père. Masta, tiens ton argent, on s'en va.

- Moussa: Mais c'est très grave, Blaise, ces cas doivent être dénoncés!


Figure

Au même moment, chez la copine de Blaise:

- Amy: Maman, je dois aller au bal de notre école avec mes camarades, je veux un peu d'argent.

- La maman: Ma fille, je t'en donnerai, mais fais très attention! Lorsque tu rencontreras un garçon, s'il veut te faire l'amour, je t'en prie, propose lui ceci.

- Amy: Un préservatif? Oui, notre prof nous en a déjà parlé.

En pleine conversation, le père d'Amy entre au salon et surprend sa mère en train d'expliquer l'utilité d'un préservatif.

- Le père: Ah bon, c'est toi qui donnes ces trucs sataniques à ma fille? Tu vas voir!

Et il commence à frapper sa femme quand un voisin de cour intervient et dit: «Non Ladji ne la frappe pas, que s'est-il passé?».

Après les explications données, Ladji ajoute ceci: «je me rappelle bien, il y a dix ans, après leur retour du village, la grande soeur d'Amy est tombée gravement malade, avec un amaigrissement total, des diarrhées partout, des oedèmes sur la peau jusqu'à sa mort, je niai pas pu deviner de quelle maladie elle est morte. Tout ce que sa mère m'a dit est que sa fille a subi une excision au village, car leur arrivée coïncidait avec la cérémonie d'excision».

- Voisin: Ladji, les symptômes que tu viens d'évoquer sont celui d'un sidéen; votre fille est morte de SIDA, et au village, comment se fait l'excision? C'est avec la même lame qu'on excise toutes les filles! Et cette lame est conservée pour des années encore!

Maintenant, ta femme a compris. C'est la raison pour laquelle elle expliquait l'utilisation d'un préservatif à votre fille. Et d'ailleurs, Ladji, ce truc que tu vois n'est pas satanique. La religion musulmane est même d'accord avec l'utilisation des préservatifs.


Figure

- Ladji: Ah bon, toi aussi, tu es d'accord avec l'utilisation de ce machin?

- Le voisin: Mais Ladji, pourquoi pas? Il permet d'éviter les grossesses indésirées et certaines maladies, même si nous sommes fidèles à notre femme, il faut l'utiliser.

- Ladji: Voisin, j'ai tout compris, merci beaucoup!

Après la conversation de ses parents, Amy se rend au bal où elle rencontre ses camarades. Tous ensemble, ils s'amusent bien et après le bal, chacun décide de rentrer avec sa copine. Là où ils devraient se séparer, Amy appelle Sylvie et lui dit: «N'oublie pas de lui faire porter le préservatif. Compris?». Blaise, qui n'aime pas utiliser les préservatifs et qui n'en a jamais utilisé durant ses nombreux rapports sexuels, est obligé d'en utiliser grâce à la force de caractère d'Amy, qui est restée ferme sur la nécessité d'utiliser le préservatif.

Une semaine plus tard, les quatre amis se suivent et Amy a une idée:

- Amy: Les amis, si nous allions faire un test de dépistage? C'est gratuit.

- Sylvie: C'est une très bonne idée, ça te va Moussa?

- Moussa: Très bien, et toi Blaise?

- Blaise: Vous m'emmerdez avec votre histoire de SIDA et de dépistage, ça ne me regarde pas!

Après avoir été convaincu de différentes manières, il décide de les suivre. Le docteur leur donne deux semaines pour les résultats.

Deux semaines après, les amis se croisent devant l'hôpital. Tout le long du chemin, Blaise est calme et suit attentivement les causeries de ses camarades. Soudain, il intervient dans la causerie avec un ton nerveux:

- Toi Amy la même! Chaque fois SIDA, chaque fois SIDA, c'est toi qui cherches le SIDA ou c'est le SIDA qui te cherche?

- Amy: Mon frère, si tu as peur, nous on n'a pas peur!

Arrivés chez le Docteur, chacun rentre à tour de rôle. Amy entre la première et sort avec un cri de joie qui est suivi par celui de Sylvie.

- Moussa: Blaise, c'est ton tour, tu peux rentrer.

- Blaise: Tu es malade, c'est toi qui m'a encouragé à venir ici; si tu ne rentres pas, il faut laisser!

- Amy: Mais les garçons, allez-y prendre votre résultat; si tu as le courage de faire le test, pourquoi avoir peur d'aller prendre le résultat?

C'est à ces mots que Moussa entre et revient avec un résultat séronégatif. Mais voilà Blaise qui sort du bureau du docteur tout froid comme une poule mouillée.

- Blaise: Moi? Séropositif? C'est pas possible! Moi avoir le SIDA? C'est pas possible! Ses amis s'approchent de lui et lui demandent:

- Moussa: Que se passe-t-il?

- Avec les larmes aux yeux, il répond: Je suis séropositif!

- Amy et Sylvie: Séropositif! nous les filles, nous sommes parties, fais comme si tu ne nous connais pas!

- Moussa: Vous les filles, revenez! On n'abandonne pas un malade du SIDA. Il peut toujours rester notre ami, le SIDA ne se transmet pas par de simples touchers, par des poignées de main. On peut même l'embrasser, partager le même gobelet que lui, manger ensemble. Surtout toi Amy, tu as eu beaucoup de chance en utilisant des capotes avec lui, il m'a tout dit.

- Les filles: Blaise, excuse nous pour ce geste maladroit que nous venons de commettre à ton égard.

Depuis ce jour, Blaise a compris, il est fort encouragé par ses amis, surtout Moussa qui le surveille de près.

Tous ensemble, ils créent un comité de lutte contre le SIDA dans leur petite ville, Blaise est le président de ce comité. Ils ont eu l'apport de beaucoup d'organisations qui les aident dans leurs tâches. Ils organisent souvent des manifestations de lutte contre le SIDA. Et voici chaque fois le message qui sort de sa bouche, lorsqu'il doit faire un discours:

«Aujourd'hui, je suis atteint du SIDA, demain cela peut être vous, je ne le souhaite pas. Il faut comprendre qu'aujourd'hui qu'il n'y a pas de remède contre le SIDA, la seule arme efficace que nous avons, c'est un changement de comportement et une attitude responsable qui pourra permettre d'éviter la propagation du virus. Le SIDA est devenu une pandémie d'autant plus inquiétante qu'elle menace notre présent et notre avenir. Il s'attaque aux adultes, mais aussi aux jeunes, parmi lesquels nous, les élèves, nous constituons la cible privilégiée. En l'absence de vaccin et de traitement, la prévention reste la seule arme efficace qu'il faut fournir et manier avec méthode et détermination. Je vous en remercie».