Le Courrier ACP - No. 137, Janvier - Février 1993 - Développement et coopération (Commission Européenne, 1993, 108 p.)
close this bookLe Courrier ACP - No. 137, Janvier - Février 1993 - Développement et coopération (Commission Européenne, 1993, 108 p.)
close this folderDossier: Développement et coopération
View the documentDéveloppement et coopération
View the documentLe bilan de bois «décennies pour le développement»*
View the documentVers une éthique du développement?
View the documentInterview d'Alexander Love, Président du DAC
View the documentLe développement comme promesse de financement
View the documentLe développement est-il mesurable?*
View the documentDéveloppement et pauvreté: le cas de l'Amérique Latine
View the documentLe développement peut-il être laissé aux seuls économistes?
View the documentLe secteur informe}ou le développement par la base
View the documentLe développement vu par un entrepreneur du Nord
View the documentLa réforme des échanges et ses répercussions pour le Nord et le Sud
View the documentEAMA, ACP ... et puis?
View the documentL'aide peut-elle rencontrer le développement?
View the documentL'aide au développement, est-elle nuisible au développement?
View the documentL'aide au développement dans les années 1990

«Priorité à la libre entreprise»

Un entretien avec Michel RELECOM, Président d'UNIBRA

Michel Relecom est un entrepreneur belge dont les intérêts commerciaux sont multiples en Afrique, aux Caraïbes et aux États-Unis. Ce n'est donc pas surprenant qu'il soit président de plusieurs sociétés, de conseils de gérance et d'associations de patronats. Il est notamment président de la Chambre de Commerce et d'Industrie Belgo-Africaine et membre du Comité de Direction du Groupe des Sept pour la coopération économique du secteur privé européen avec les Etats ACP. Comment cet entrepreneur du Nord à la longue expérience africaine voit-il le développement en général? Le Courrier l'a rencontré.

· Tout le monde reconnaît aujourd'hui le rôle crucial du secteur privé dans le développement du Tiers Monde. Dans le cadre de l'ajustement structurel les gouvernements privatisent les entreprises publiques et accordent une place importante aux investissements privés, surtout étrangers. Vous, qui avez investi depuis longtemps dans ces pays, comment réagissez-vous en général à cette reconnaissance du rôle du secteur privé?

- Pour moi, le rôle du secteur privé est le même que ce soit au Nord, au Sud, à l'Est ou à l'Ouest. Je pense que l'économie capitaliste ou l'économie de marché a prouvé depuis des siècles que ce n'était peut-être pas ce qu'il y avait de mieux, mais qu'en tous les cas on a encore rien trouvé de préférable ou de mieux.

Je pense que la limite entre le rôle du public et le rôle du privé doit être la même dans le monde entier. On ne privatisera jamais les affaires étrangères. On ne privatisera jamais l'armée. Par contre, je crois qu'on doit privatiser les téléphones, les chemins de fer, les transports. Ceci est vrai aussi bien en Belgique qu'en Amérique du Nord et dans le monde entier. Cela doit être vrai en Afrique aussi.

Je vous donne un exemple: lorsque je téléphone des États-Unis vers la Belgique il m'en coûte un tiers ou un quart de ce que cela me coûte quand je téléphone de Belgique vers les États-Unis. Aux Etats Unis, il y a X sociétés privées de téléphonie, en Belgique c'est encore l'Etat - ou une société maintenant - Belgacom qui sera dirigée comme une société privée. Lorsque je vois que les téléphones en Afrique sont tous aux mains des Etats, je vois que cela leur coûte affreusement cher et que les téléphones fonctionnent, en général, très mal et sont très chers. Lorsque je prends un avion aux États-Unis pour un long parcours, cela me coûte beaucoup moins cher que lorsque je prends un avion d'Europe pour l'Afrique. Alors, tout cela je ne le comprends pas, je ne l'accepte pas et je dis: «privatisez ce qui est privatisable».

Ceci étant dit, c'est très bien de dire «privatisez», encore faut-il qu'on privatise dans une ambiance, dans un environnement socio-économique et légal qui permettra au «privé» de se dire: «c'est intéressant à étudier, voire même à acquérir».

Si l'ambiance générale en Afrique s'améliore, si l'Afrique et les ACP commencent à reconnaître les avantages du «privé», il faut admettre que c'est lent, très lent et dans un cadre institutionnel pas encore bien compris par les administrations des pays ACP, et peut-être même par les administrations des pays d'Europe, d'Amérique du Nord, du lapon et de l'Extrême-Orient, parce qu'il faut le reconnaître la privatisation commence chez les fonctionnaires! Ce sont les fonctionnaires des Etats, appuyés par la Banque Mondiale, qui tracent les limites et donnent les grandes lignes de la privatisation.

Je crois aussi qu'il faut souligner que le cadre général d'accord des investisseurs n'est pas encore suffisamment prêt en Afrique. J'aime l'Afrique; j'y ai passé toute ma vie, mon père aussi. Prenons un exemple et regardons la justice en Afrique: nombreux sont les pays où la justice est totalement défaillante, où elle ne rend pas ses jugements en toute sérénité. On favorise encore les uns et les autres et c'est très gênant. Je pense que la privatisation nécessite une doctrine qui accepte les avantages et les inconvénients de la privatisation. Dans de nombreux pays ACP, on dit aux entrepreneurs étrangers: «venez et investissez». Lorsqu'on arrive, la première chose qu'on vous demande: «combien y aura-t-il d'expatriés?» N'est-ce pas créer un faux problème? Pourquoi est-ce qu'un investisseur privé accepterait de payer trop d'expatriés? Quand les Américains envoient des Américains à Bruxelles, ils leur coûtent beaucoup plus cher que les Belges. Mais, s'ils pensent qu'ils doivent le faire, c'est leur problème, c'est leur budget, c'est leur bilan. Pourquoi est-ce que nous enverrions trop d'expatriés en Afrique? Si nous trouvons que nous avons besoin d'un ingénieur géologue ou d'un ingénieur physicien ou d'un électro-mécanicien que nous ne trouvons pas sur place, qu'on nous laisse la liberté de le faire venir d'où nous voulons, que ce soit d'un autre pays d'Afrique, ou d'Europe.

On nous dit: «venez, embauchez» Nous embauchons et puis, parfois, lorsque les affaires vont moins bien qu'on ne l'espérait et qu'on doit débaucher, on nous dit: «non, vous ne pouvez pas débaucher, il faut des autorisations». Il manque encore dans les ACP, en général, la vraie liberté d'entreprise!

On nous dit: «venez», mais on ajoute c'est nous qui allons contrôler vos prix de vente. On nous dit: «venez», mais on nous impose des taxes gui sont dramatiques dans des marchés qui sont encore trop petits par rapport à la Communauté Européenne notamment, par rapport à cet énorme marché du Canada, États-Unis, Mexique, qui vient de s'ouvrir et par rapport à cet énorme marché du Sud-est asiatique. Les ACP doivent revoir leurs politiques douanières et créer de grands marchés.

Je pense que la privatisation est une bonne chose, mais elle doit être menée dans un contexte général. Il appartient aux gouvernements des pays ACP d'expliquer à leurs populations que la libre entreprise n'est pas nécessairement la garantie assurée de réussite; il y a des entreprises en Europe qui font faillite tous les jours, il y a des entrepreneurs qui, de bonne foi, peuvent échouer en Afrique. Je crois surtout que ce qu'il faut c'est laisser la vraie et totale liberté aux entreprises de prendre progressivement la dominance des marchés, la dominance de l'économie, dans le respect des lois des pays, des lois qui doivent, elles aussi, ne pas être trop contraignantes, appliquées et respectées par tous.

Vous savez, on dit souvent, ces derniers temps, que le choix des investisseurs Européens risque de se tourner vers les pays de l'Est plutôt que vers les ACP. Je réponds: «c'est possible, ca ne m'inquiète pas». L'investisseur ira dans le pays où l'accueil est le meilleur, où les lois sont les plus favorables régulièrement appliquées et où on le laissera jouer la vraie règle d'économie de marché dans le cadre d'une fiscalité normale qui ne soit pas contraignante. Il y a des pays où il y a une super-taxe sur les expatriés: accepteriez-vous, que parce que vous êtes Africain ou Américain vous devrez payer plus de taxes en Belgique qu'un Belge? Mais non! ce n'est pas possible. Alors pourquoi est-ce que tans certains pays ACP cela se pratique-t-il?

Mais ne généralisons pas. Il y a des pays qui font un effort tout à fait remarquable pour faire venir le capital étranger et qui y réussissent. Je pense que les ACP doivent se demander quels sont les pays qui réussissent et quels sont les pays qui échouent? Donc, à l'Afrique, aux Caraïbes et au Pacifique de jouer le jeu de l'accueil, de la libre entreprise d'avoir tes lois qui sont stables qu'on né change pas tout le temps et qui permettent vraiment à l'entrepreneur d'exercer son métier et d'essayer de réussir. Et, je vous le redis: il faut donner également le droit à l'entrepreneur de se tromper. Ce n'est pas parce qu'on est Européen ou Américain qu'on est sûr de réussir mieux que les Africains Je pense in fine que la privatisation doit être réfléchie pour être réalisée en association avec les Africains, les natifs des Caraïbes et du Pacifique.

Respect mutuel de la manière de penser

· Mise à part la politique gouvernementale à propos de laquelle vous avez parlé longuement, que pensez-vous des facteurs socio-culturels? Sont-ils des contraintes au développement? Après tout, les Africains ont leur manière de faire qui est tout à fait différente de celle des Européens.

- Je crois que la base de l'intelligence d'un homme, c'est d'accepter qu'il y a d'autres formes de raisonnement, de pensée, de faire, que les siennes propres. Je pense que la première chose à faire, quand on va dans un pays ACP, c'est de respecter la manière de penser de ce peuple, respecter sa manière d'agir, respecter ses traditions, sa culture, son histoire.

Vous savez, ce n'est pas seulement vrai pour l'Afrique Si vous allez en Tchécoslovaquie en Pologne, en Russie ou en Amérique, vous essayez aussi de respecter l'ambiance socio-culturelle du pays. Alors, à chacun de voir, après avoir fait un effort pour se comprendre et comprendre les points communs potentiels d'entente et de divergence. Je crois qu'il est possible de s'entendre et de travailler dignement ensemble dans le respect mutuel.

J'ai de nombreux associés africains dans les affaires que je dirige, il y en a avec lesquels cela va très bien, il y en a d'autres avec lesquels j'ai des problèmes, mais nous essayons de trouver des solutions. Je pense donc qu'il faut respecter l'authenticité de chaque peuple. Nous demandons aux Africains d'accepter la nôtre et de voir si, ensemble, nou pouvons travailler en acceptant la leur.

le suis sûr qu'avec le développement des communications, les échanges d'étudiants, la présence d'Africains en Europe, des gens du Pacifique en Amérique et en Europe et la présence de Nord-Américains, d'Asiatiques, d'Européens en Afrique la communication sera de plus en plus facile pour les générations à venir. Pour le moment, nous sommes des précurseurs, nous devons tout faire pour essayer d'améliorer les choses et de préparer le terrain pour demain, pour nos enfants.

Bureaucratie et corruption

· Parmi tous les facteurs qui freinent le développement de l'Afrique, il y a aussi la bureaucratie et la corruption. Pour un entrepreneur étranger, faut-il être «corrompu», donner des pots de vin, par exemple, pour s'établir?

- Ecoutez, les pots de vin, il y a des sociétés qui les pratiquent! Hélas! Mais il y a d'autres sociétés qui n'y touchent pas. Je crois personnellement que les grandes sociétés qui ont pignon sur rue, qui sont cotées dans les bourses de nos pays ne peuvent pas se le permettre, pour la simple raison qu'elles ont des commissaires réviseurs qui sont eux-mêmes désignés par les États qui protègent les petits actionnaires et qui n'accepteraient jamais qu'une société donne des pots de vin. Votre question est extrêmement délicate. Je blâme cette pratique.

Je pense qu'il faut relativiser! Est-ce que quand vous arrivez d'Europe et que vous donnez à un douanier un paquet de cigarettes parce qu'il vous l'a demandé, c'est de la corruption? Je ne crois pas. Il faut voir l'importance de la chose pratiquée. Quand on dit que l'Afrique est corrompue, c'est vrai, j'en ai entendu de très nombreux exemples, mais je peux aussi vous dire que j'ai réussi de tris brillantes affaires sans jamais devoir donner quelque chose. Donc, il y a des cas que je ne veux pas juger et j'espère simplement que les mœurs des hommes d'affaires, les mœurs des hauts fonctionnaires des pays qui doivent accorder une dérogation, qui doivent accorder une autorisation s'amélioreront et que la pratique des pots de vin disparaîtra rapidement dans certains pays où l'on croit que la corruption fait partie des mœurs de vie. Tout arrive, même en Europe. Il ne faut pas non plus exagérer.

Par contre, la lourdeur de la bureaucratie est beaucoup plus inquiétante, parce que, les Etats pendant les 30 premières années de leurs indépendances, ont multiplié par 5, 10 ou 20 le nombre de leurs fonctionnaires. Bien souvent, on a affaire à 20 fonctionnaires différents qui vous posent 20 questions différentes. On vous dit «venez», mais quand on arrive, on nous complique la vie d'une manière éhontée ou quand on est présent, on nous la complique encore plus. C'est très gênant. La libre entreprise privée doit respecter les lois mais ne doit pas être la proie des administrations!

· Vous êtes en Afrique depuis longtemps. Vous avez vécu une période d'instabilité politique et une période où la menace de nationalisation planait toujours sur les entreprises étrangères, comment avez-vous vécu tout ca; avez-vous toujours la foi?

- Les affaires que je dirige ont été nationalisées une fois dans un pays africain. Ce fut la catastrophe. On nous a rendu par la suite nos affaires, mais je pense que si aujourd'hui, en 1992 ou à la veille de 1993, on devait encore parler de nationalisation, ce serait un coup fatal pour l'Afrique. Il faut une stabilité, il faut un libre marché, il faut donner la priorité à la libre entreprise et l'État doit se confiner dans ce qui appartient à l'État et baser son budget sur des taxes normales, en assurant les entreprises d'une justice, juste, sereine et rapide.

La nationalisation ne résoud rien, rien. Si l'Afrique devait nationaliser aujourd'hui, reconnaissons-le, l'Afrique n'a pas assez de managers, et avec quoi paierait-elle les nationalisations? Le drame c'est que quand l'Afrique a nationalisé, en général elle n'a pas payé ou elle a très mal payé. Je crois que l'Afrique n'a pas d'argent pour nationaliser, mais à quoi cela sert-il de nationaliser? Je n'ai jamais compris à quoi servait une nationalisation. Si à un moment donné, une entreprise devient stratégique et si l'État veut la contrôler, il a d'autres moyens que la nationalisation. Si quelque chose ne va pas, que le privé n'arrive pas à la faire fonctionner, je ne crois pas que l'État fera beaucoup mieux. J'ai vu nationaliser des centrales électriques et je m'aperçois que du temps où elles étaient dans le privé elles marchaient bien. Maintenant, en général, elle ne marchent plus ou elles marchent avec des frais colossaux. Regardez le prix du courant en Afrique, le prix de l'eau et des transports, tout est prohibitif! Ce n'est pas la nationalisation qui donnera la meilleure rentabilité ou le meilleur rendement. Je ne suis pas pour je suis radicalement contre, parce qu'une nationalisation ne répond, ne cadre pas avec la loi du marché, avec la libre concurrence. S'il faut de l'énergie, essayer de voir deux, trois ou quatre producteurs potentiels et comment ils pourront fournir aux entreprises locales le courant le moins cher possible. C'est mieux que d'accorder un monopole à l'État!

Risques et profits

· Les risques d'investissement en Afrique sont grands, n'est-ce pas?

- Très grands, c'est d'ailleurs pour cela qu'il y a peu d'investissements nouveaux qui se réalisent!

· Mais les profits sont aussi très grands.

- Ah, si c'était vrai! Quand je regarde le bilan de toutes les sociétés qui ont des investissements en Afrique, je ne vois pas de très grand «returns». Si vous mettez votre argent dans une banque européenne, vous gagnez du 8 % vous ne prenez aucun risque. Vous le mettez dans une affaire européenne, si c'est une affaire bien gérée, vous gagneriez du 12 à 15 %, en ayant pris le risque de l'entreprise. Avec toute la problématique des ACP, quelqu'un de sincère doit dire: «Si je ne peux pas gagner du 20 à 25 %, je ne commence pas» l'Afrique répond: «mais c'est fou les rendements que vous demandez». Oui, mais l'Afrique ne regarde pas toujours la problématique de l'investissement, l'Afrique ne regarde pas toujours ce que ça coûte, en frais de contrôle et d'administration à la société-mère qui va investir. Je pense que les rendements que demande le privé pour investir dans un pays à risque, que je ne situerais pas en dessous de 15 à 20 %, ce n'est pas exagéré en fonction de ce qu'on peut avoir comme rendement en Europe, en Amérique du Nord, dans le Sud-Est asiatique avec beaucoup moins de complications et beaucoup moins de risques. Cela l'Afrique doit l'accepter et quand en Afrique tout sera normalisé, les investisseurs se contenteront des mêmes rendements que dans les pays où tout est normal. Si j'investis en Europe, je n'ai aucune crainte d'être nationalisé, si j'investis en Europe je n'ai aucune crainte d'avoir un problème majeur avec la justice, avec l'emploi, etc. Si j'investis en Afrique toute cette problématique est là; elle existe encore aujourd'hui.

· Mais tout ça c'est du passé. Maintenant regardons vers l'avenir. Avec toutes ces réformes, aussi bien politiques qu'économiques que l'Afrique entreprend, est-ce qu'elle ne devient pas de plus en plus compétitive?

- Non, je crois que l'Afrique améliore ou cherche à améliorer beaucoup de choses, mais que beaucoup reste encore à faire. Il est certain qu'il y a des avantages. Quand je vois des gens qui vont faire faire des vêtements en Afrique du Nord ou en Afrique Centrale, parce que la main-d'œuvre qualifiée y est moins chère. Mais, je pense que pour des tas de raisons l'Afrique n'est pas encore compétitive. Elle doit le devenir.

· Vous avez parlé de la fiscalité. Les Africains doivent investir dans les infrastructures - c'est le rôle de l'État - or, ce sont des pays pauvres. Comment peuvent-ils marier cette exigence d'investissement dans les infrastructures avec l'exonération d'impôts pour inciter les entrepreneurs étrangers?

- Vous savez, je ne vais pas m'occuper de choses qui ne me regardent pas. Vous dites que l'Afrique est pauvre. Cela reste à démontrer. Quand je vois que des pays africains ont des ambassades dans les pays d'Amérique du Sud ou dans des pays avec lesquels ils ne font rien, et que j'imagine ce que coûte une ambassade, je me dis que le prix de cette ambassade aurait permis de refaire x dizaines de kilomètres de route dans l'année! Je dis qu'il y a une question de choix. Quand je vois les équipements militaires dont se sont équipés certains pays d'Afrique, je me dis que ces montants auraient peut-être été mieux investis dans les hôpitaux. Au lieu d'acheter des avions de guerre et des avions civils, au lieu de construire des tours extraordinaires ou des choses qui ne sont pas nécessaires, mettez l'argent dans ces routes. Tout cela viendra. C'est une question de choix et de priorité. C'est une question de volonté politique!

Pensez aussi à ce qui existe déjà

· Si vous deviez conseiller maintenant les nouveaux investisseurs potentiels en Afrique (les entrepreneurs qui veulent aller en Afrique) que leur diriez-vous?

- Je leur dirais d'abord que l'Afrique en a besoin. J'estime que nous avons le devoir de nous rappeler que les Africains d'Afrique et les habitants des Caraïbes et du Pacifique, ce sont nos frères, que l'on ne peut pas toujours ne faire que les meilleures affaires en oubliant nos frères. Je pense qu'il est normal qu'un pays riche donne ou prête ou aide en matière de coopération un pays qui en a besoin pour essayer de fixer les gens chez eux et de leur permettre d'avoir une vie plus digne et plus valable. Mais, je dirais d'abord (aux investisseurs potentiels) d'étudier, et que c'est sur base des résultats de l'étude qu'ils prendront leurs décisions. Je viens de vous donner l'exemple du textile. Je connais des groupes textiles belges qui cherchent pour le moment des pays en Afrique où ils pourraient s'implanter pour faire, grâce à une main-d'œuvre meilleur marché, ce qui coûte trop cher à faire ici en Europe. Plutôt que de le faire en Extrême-Orient, ils veulent aller en Afrique. Mais, la décision, elle ne peut appartenir qu'à l'investisseur lui-même. Je crois qu'il appartient aux pays ACP d'établir un système légal une justice, un accueil des partenaires étrangers pour leur permettre de réaliser les investissements qui répondent à leurs critères.

Mais, je voudrais ajouter un point: c'est que vous parlez des nouveaux investissements. Moi je vais vous poser une question: que fait l'Afrique pour les investissements existants? Ceux-là elle les néglige. On vous parle de faire de nouvelles choses, mais on ne vous parle jamais d'être certain que ce qui existe donne le maximum de rendement, de productivité, etc. Et cela je le trouve très triste. On crée de nouvelles centrales, on crée de nouvelles routes, mais on oublie d'entretenir les anciennes centrales, on oublie d'entretenir les anciennes routes. On vous parle toujours de nouveautés mais il est essentiel aussi qu'on se batte pour conserver en parfait état et augmenter la valeur, la productivité, le rendement de ce qui existe. Tous les codes des investissements sont orientés vers les nouvelles affaires. Une fois que vous existez on ne pense plus à vous. Je connais le cas d'une société qui logiquement devrait agrandir une usine qu'elle a, mais elle ne le fait pas; elle va construire à côté de l'ancienne une nouvelle usine pour avoir plus d'avantages, je trouve cela anormal.

Interview réalisée par Augustin OYOWE