Le Courrier ACP - No. 137, Janvier - Février 1993 - Développement et coopération (Commission Européenne, 1993, 108 p.)
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«Trading with South Africa: the policy options for the EC», Sheila PAGE Christopher STEVENS, Overseas Development Institute, Londres, 1992 - IBSN O 85003 187 7, 78 pages, £20.

La Communauté européenne constitue le principal marché extérieur de l'Afrique du Sud puisqu'il absorbe 25 % du total des exportations, essentiellement sous la forme de produits primaires et semi-finis. Le commerce de l'Afrique du Sud avec le reste de ce continent ne dépasse pas 7 %.

La Communauté européenne représente toutefois une part beaucoup plus importante des exportations des pays ACP. L'étude en référence, qui décrit les divers accords commerciaux que les Etats membres pourraient proposer à l'Afrique du Sud si ce pays s'orientait vers la règle de la majorité, prend pour axiome que l'Afrique du Sud n'est pas, en termes économiques et sociaux, comme on le croit souvent, un pays développé mais qu'elle se rapproche davantage d'un pays en développement à revenus moyens.

L'Afrique du Sud trouverait certains privilèges à être classée dans la catégorie des pays en développement. Le rapport envisage toute une série d'accords commerciaux éventuels avec la Communauté dont la plupart impliqueraient ce reclassement. Les auteurs examinent les répercussions qu'aurait un accès préférentiel de divers produits sud-africains au marché communautaire, en particulier dans la perspective d'un éclatement possible des intérêts des pays en développement ou de la Communauté, et d'une concurrence éventuelle entre l'Afrique du Sud et les pays ACP.

Les auteurs estiment qu'en sa qualité de pays à la recherche d'une restructuration économique majeure et d'une orientation vers un système plus démocratique, l'Afrique du Sud satisfait aux critères habituellement exigés des candidats à l'aide extérieure en matière de développement à long terme et d'ajustement à court terme. Cependant, les accords commerciaux spéciaux éventuellement proposés à l'Afrique du Sud pourraient porter préjudice à certains producteurs des Etats ACP des Etats membres de la Communauté et d'autres, le rapport fournit une abondance de détails quant aux endroits et à la manière dont le phénomène pourrait se produire. Une production commune avec les industries de pays voisins tels que le Lesotho, le Botswana, le Swaziland et le Zimbabwe pourrait bien favoriser l'Afrique du Sud à leurs dépens.

L'étude conclut qu'il y aurait peu à gagner de régimes commerciaux préférentiels. Mieux vaudrait envisager d'autres formes d'aide extérieure dans les secteurs où les besoins de l'Afrique du Sud sont les plus grands et qui soutiendraient, dans la mesure du possible, ses voisins et d'autres pays en développement. R.R.

Jean de LA GUERIVIERE - Voyage à l'intérieur de l'Eurocratie - Collection «Actualité». Le Monde Editions, 15 rue Falginère, 75015 Paris - 197 pages - 98 FF - 1992

L'auteur, né en, 1937, est entré au grand quotidien français «Le Monde» en 1970 ou il s'est occupé, notamment, de l'Afrique noire, de l'Asie et du Maghreb. Il a été sous-chef du service pendant cinq ans et il est en poste à Bruxelles depuis septembre 1990.

Ces fonctions expliquent sans doute sa connaissance approfondie du monde communautaire non seulement dans son fonctionnement officiel mais encore dans sa vie quotidienne décrite avec malice et sans négliger le détail pittoresque. Toutes les institutions européennes sont passées en revue avec des titres et sous-titres souvent éloquents: ainsi la Commission avec quarante-sept bâtiments actuellement représentant un million de mètres carrés et les Commissaires, quinze hommes et deux femmes, avec le titre «Diva et figurants». Le Conseil européen, quant à lui, c'est la grand-messe communautaire et quarante-sept rencontres déjà «pas toutes historiques». L'importance du COREPER est justement soulignée et le rôle du «lobbying» reconnu. Les développements sur le Parlement, les cantines baladeuses et les «518 écorchés vifs» ne manquent pas de piquant de même que ceux concernant la querelle des sièges. Quelques erreurs de détail, notamment en ce qui concerne les délais des franchissements de grades à la Commission qui sont, depuis toujours, supérieurs à ceux du Conseil et encore plus du Parlement. Mais il s'agit là cependant d'un livre très actuel et documenté qui, même s'il est écrit principalement pour le lecteur français, peut intéresser tous ceux qui sont curieux des réalités d'aujourd'hui.

Alain LACROIX

Claude ALBAGLI - Economie du développement: typologie des enjeux - Préface de Christian Labrousse-Librairie de la Cour de cassation, 27 place Dauphine, 75001 Paris - 349 pages - 150 FF - 1991

On pourrait dire du premier paragraphe de la préface de Christian Labrousse(1) qu'il résume tout sur le Tiers Monde et les différentes voies empruntées pour son développement. Qu'on en juge: «Pour l'Histoire, les années 1990 resteront celles où le marxisme s'est effondré et celles où les thèses tiers-mondistes se sont écroulées. Désormais, il apparaît que les méthodes miraculeuses de développement n'étaient que des utopies, souvent fumeuses, en contradiction avec les réalités économiques. Une vérité s'impose: l'augmentation du niveau de vie des peuples du Tiers Monde passe par une augmentation des richesses produites par eux-mêmes et par une autre limitation de la croissance démographique».

(1) Professeur de sciences economiques à l'Université de Paris (Panthéon-Assas)

Toutefois, ces remarques pertinentes de la préface ne dispensent évidemment pas de lire ce livre didactique, très complet et qui peut intéresser aussi bien l'étudiant en économie que celui qui comprend l'importance pour toute la planète de la destinée des quatre milliards d'hommes du Tiers Monde représentent environ 80 % des peuples de la planète résidant dans des pays qualifiés de pauvres. N'est-il pas frappant aussi de remarquer que parmi tous les pays du Tiers Monde, deux d'entre eux, la Chine et l'Inde, représentant la moitié de la population ce qui signifie, à l'évidence, que si des solutions efficaces étaient trouvées aux problèmes de développement de ces deux pays les données économiques de la planète seraient bouleversées dans le bon sens.

Le livre de Claude Albagli comporte deux grandes parties. La première intitulée «Le Tiers Monde en éclats» comporte six chapitres réalisés sur une base géographique: la Chine, l'Inde, l'Asie du Sud-est, l'Islam, l'Amérique latine, l'Afrique noire. La seconde partie s'intitule «Le Tiers Monde en questions» et se présente de façon thématique. Elle privilégie en effet six problèmes essentiels pour le développement: la population, les subsistances, les échanges, l'énergie, la dette, le pouvoir.

Le lecteur lira avec profit le chapitre VI de la première partie consacré à l'Afrique noire pour laquelle l'auteur souligne qu'elle «a effectivement décroché des grandes mutations économiques de ces trente dernières années. Les prévisions des années 60 laissaient augurer une accélération du développement africain mais un drame pour l'Asie. Les faits on inversé la proposition. Une stratégie erronée explique une large part de cet échec. Le système productif moribond entraîne l'effondrement social. Entre une société traditionnelle lézardée et une société de consommation inaccessible, la frustration de bientôt un demi milliard d'Africains s'amplifie».

L'auteur a raison de mettre l'accent sur l'accroissement démographique. On doit en effet se rappeler qu'en 1950, l'Afrique subsaharienne comptait environ 200 millions d'habitants. Or aujourd'hui, elle atteint près de 500 millions d'habitants et son augmentation annuelle est de l'ordre de 15 millions soit un chiffre comparable à celui de la Chine dont le chiffre de population totale est de l'ordre de 1,11 milliard!

Il y a 30 ans, alors que la situation démographique était beaucoup plus adaptée qu'aujourd'hui aux subsistances il était très délicat, pour des raisons sociologiques ou religieuses, d'aborder ces problèmes. En fait, ils ne l'étaient pratiquement pas. On se rend compte maintenant qu'au rythme actuel de croissance (3,2 % par an), ils sont fondamentaux ... avec quelques autres.

Alain LACROIX

«The Development Dictionary. A Guide to Knowledge as Power», édité par Wolfgang Sachs, Zed Books Ltd, Londres et New Jersey, 1992

«L'idée du développement se dresse aujourd'hui comme une ruine dans notre paysage intellectuel. Son ombre voile notre vision».

Cette déclaration provocatrice annonce dès la couverture que la lecture de l'ouvrage peut s'avérer quelque peu dérangeante - en particulier pour ceux qui travaillent dans le domaine du développement ou qui ont un engagement envers le concept même. Il ne s'agit pas d'un dictionnaire mais d'une série de dissertations hautement intellectuelles émanant d'auteurs différents et portant sur dix-neuf thèmes distincts mais connexes - classés dans l'ordre alphabétique, leur liste commence (fortuitement) par «développement» et s'achève par «technologie».

Les auteurs sont des érudits qui partagent la conviction que «l'ère du développement» touche à sa fin et qui ont pour objectif déclaré de «mettre le spécialiste du développement hors de combat en détruisant les fondements conceptuels de ses activités». Etant donné qu'il s'agit là du point de départ et non de la conclusion du livre, toute la question est de savoir si le spécialiste du développement, ou tout autre lecteur éventuel, sera dispose a interrompre ses activités pour le lire...

L'ouvrage lance plus d'un défi. Tout d'abord, son hostilité opiniâtre à l'égard du développement finit par se transformer en un pessimisme généralisé à l'égard de la situation actuelle dans le monde. Bien que le rôle du «mauvais» semble avoir été principalement joué par le Président américain Harry Truman qui a énoncé le concept du «sous-développement» en 1949, aucun de ceux qui ont tenté d'agir en matière de développement n'est épargné. Apparemment, nous nous sommes tous abominablement trompés.

Le livre contient pourtant, çà et là, quelques lueurs d'espoir - l'un des auteurs, dans son étude des «besoins», estime que nous sommes «au seuil d'une transition encore imperceptible qui nous fera passer d'une conscience politique basée sur le progrès, la croissance et le développement... à une conscience nouvelle qui ne porte pas encore de nom mais qui se définit par les contrôles garantissant un «système durable» de satisfaction des besoins» (Ivan Illich, page 99). Un autre place ses espoirs dans le «localisme cosmopolite» en tant qu'alternative à «l'universalisme» (Wolfgang Sachs, page 112). Mais le diagnostic global est loin d'être encourageant. On nous dit, par exemple, que «la notion même d'aide s'est trouvée affaiblie et privée de la confiance du public quant à sa capacité de sauver» (Marianne Gronemeyer, page 53). Le terme «égalité» a «pris certaines acceptations toxiques» (C. Douglas Lummis, page 38) tandis que «commence l'envahissement de fléaux en tous genres qui se dégagent du cadavre non enseveli du développement» (Gustavo Esteva,).

Le second défi réside dans le langage utilisé par les auteurs. Il varie fortement d'un texte à l'autre mais reste souvent difficile à comprendre. Ainsi, par exemple, au sous-titre «Conscientisation de l'extérieur?», Majid Rahnema (page 125) affirme que «le mouvement participatif a fait progresser la praxis, ou l'action et la réflexion, en tant que moyen de donner précisément à la participation ces dimensions élargies. A ce titre, les méthodes Freiriennes d'action dialogique et de conscientisation sont perçues par le mouvement comme un instrument essentiel d'interaction, destiné non seulement à libérer l'opprimé mais éventuellement aussi, l'intervenant de son propre conditionnement en tant que penseur «bourgeois»». Le message est-il complexe au point de devoir mettre le langage aussi rudement à l'épreuve au risque de le détruire?

En dernière analyse, l'ouvrage donne un certain nombre d'arguments valables quant aux erreurs que nous aurions commises. Il n'en reste pas moins qu'en cherchant à détruire pratiquement tous les aspects du développement (et de l'effort) humain au 20ème siècle, les auteurs n'offrent pas réellement d'alternative convaincante. Et en décidant d'emballer leurs idées dans un langage académique souvent impénétrable, ils veillent effectivement à ce que leur message ne soit lu que par une élite du circuit intellectuel.

S.H.