CNLP presse, Publication trimestrielle du Centre National de Lutte contre le Paludisme - Année 4, Numéro 2 - Avril 1997. (Documents du Burkina Faso, 1997, 15 p.)
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View the documentLe grave et compliqué. Pharmacologie des médicament antipaludiques
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En 1988, le premier cas de résistance à la chloroquine au Burkina Faso a été signalé dans la région de Ouagadougou. Six ans après, une équipe du Centre National de Lutte contre le Paludisme a voulu évaluer l'ampleur du phénomène dans la ville de Ouagadougou, à travers une surveillance sur des cas de paludisme symptomatique.

Dans la ville de Ouagadougou, la chloroquinorésistance de P. falciparum demeure une réalité mais, la tendance actuelle des praticiens à réduire la prescription de la chloroquine n'est pas justifiée. Elle ne l'est pas dans la mesure où les échecs thérapeutiques (présence de signes cliniques et des parasites dans le sang) sont faibles.

Cette conclusion est le résultat d'une recherche conduite par le Centre National de Lutte contre le Paludisme (CNLP) en 1994 dans la ville de Ouagadougou pendant la saison de haute transmission (juillet à octobre). Les enfants de 6 à 59 mois ont été concernés par l'étude. Celle-ci consistait en un suivi clinique et parasitologique des cas de paludisme après un traitement complet à la chloroquine, à raison de 25 mg/Kg réparti sur 3 jours (10 mg/kg le premier jour de traitement, 10 mg/kg le deuxième jour et 5 mg/kg le troisième jour). Pour s'assurer de la prise effective du médicament, un membre de l'équipe de recherche passait chaque matin dans les ménages afin d'administrer les médicaments. Il remplissait par la même occasion une fiche d'enquête élaborée à cet effet les jours deux (J2) et sept (J7). L'administration de la chloroquine était reprise chez les enfants sujets à des vomissements moins de trente minutes après la prise du médicament. Pour apprécier l'évolution parasitologique, un prélèvement pour une goutte épaisse et un frottis mince était effectué à J7. Les lames ont été colorées au Giemsa 5% et la densité parasitaire déterminée à partir de la lecture de 100 champs de la goutte épaisse.


Bien conduit, le traitement à la chloroquine permet la disparition des manifestations cliniques du paludisme dans 96% des cas, seulement dans 4%, il y a échec du traitement.

Etaient considérés comme faisant un paludisme symptomatique et inclus dans l'étude les enfants ayant une température axillaire non corrigée supérieure ou égale a 37,5°C et une parasitémie à Plasmodium falciparum (formes asexuées) supérieure ou égale à 1 000 parasites/ml de sang; étaient exclus les cas de paludisme n'adhérant pas au schéma thérapeutique proposé, ceux présentant une allergie ou dont les vomissements persistaient durant le traitement.

Cinq cent cinq (505) accès palustres répondant aux critères d'inclusion ont fait l'objet de l'étude. «La réponse au traitement à la chloroquine de ces accès palustres» explique le Docteur Sirima Sodiomon.

Bienvenu l'un des responsables de l'étude «est la suivante: 404 (80%) cas de guérison clinique et parasitologique à une semaine du début du traitement (disparition des manifestations cliniques et des parasites dans le sang), 81 (16,%) cas de guérison clinique avec persistance des parasites (résistance parasitologique) et 20 (4%) cas d'échec thérapeutique (persistance des signes cliniques et des parasites à J7) comme le montre le graphique. Il est à rappeler que seul ce dernier type (échec thérapeutique) est pris en considération par le praticien. Les autres cas passent normalement inaperçus étant donné que le malade soulagé de son mal, ne revient plus en consultation même s'il a toujours des parasites dans le sang».

Aucun lien n'a été mis en évidence entre la sensibilité de P. falciparum à la chloroquine et la densité parasitaire initiale, cependant, il existe une relation entre l'âge de l'hôte et la résistance du parasite à la chloroquine. En effet, au jour sept, P. falciparum a été retrouvé dans 55 (26,1%) accès palustres des enfants de 12 à 35 mois contre 46 (15,7%) accès palustres au niveau des autres tranches d'âge. Cette différence est statistiquement significative (P = 0,004). Le lien entre âge de l'hôte et résistance du parasite est plus évident lorsque l'analyse est faite sur la base des échecs thérapeutiques (elle était respectivement de 8,8% et 2 %, P=0,001). «L'explication de ce phénomène» continue le médecin du CNLP «pourrait être immunologique. En effet, dans le test de la chimiosensibilité in vivo, interviennent deux groupes de facteurs: ceux liés à l'hôte et ceux liés aux parasites. Dans ce cas précis, vraisemblablement, les enfants quel que soit leur âge sont soumis aux mêmes souches de P. falciparum, les facteurs liés à l'hôte sont donc les seules variantes. Les enfants de 12 à 35 mois sont les plus touchés par la résistance (clinique ou parasitologique) probablement à cause de leur faible prémunition. En effet, à cet âge, les anticorps maternels sont éliminés alors que le système immunitaire propre de l'enfant ne lui procure pas une protection suffisante».

Selon l'équipe du Centre National de Lutte contre le Paludisme au vu du faible taux d'échec thérapeutique de 4%, la chloroquine peut toujours demeurer le médicament de première intention dans le traitement de l'accès palustre simple.

Médecine tropicale: rêve ou réalité?

Tout au long de l'année 1996, la médecine tropicale a connu des hauts et des bas, son existence même en tant que discipline continue d'être contestée.

La difficulté croissante à fournir une chimioprophylaxie efficace aux voyageurs en déplacement vers les zones où le paludisme est endémique, a été soulevée avec l'essai de la méfloquine. Ce médicament possède des propriétés prophylactiques indéniables, mais de récentes réévaluations, ont laissé entendre qu'il entraîne des conséquences neurologiques et/ou psychiatriques plus fréquemment qu'il n'avait été relevé originairement.

Compte tenu des difficultés avec la chimioprophylaxie, il est important que les voyageurs, de la même manière que les habitants des pays endémiques, prennent des mesures plus strictes contre les piqûres des moustiques que par le passé. L'efficacité de ces mesures dans la prévention du paludisme a été confirmée par le succès des études supplémentaires sur les matériaux imprégnés d'insecticide chez des enfants africains. Les essais conduits au Kenya, Ghana et Burkina Faso ont démontré des réductions substantielles sur la mortalité toutes causes confondues des enfants protégés par les matériaux imprégnés d'insecticide; toutefois, Trape et Rogier ont émis des doutes sur la possibilité de maintenir ces avantages à long terme.

Une autre découverte encourageante publiée en 1996 a démontré que l'artemether, est également aussi efficace que la quinine, dans le traitement du paludisme grave chez les enfants africains et les adultes asiatiques.

Les débats sur l'avenir de la médecine tropicale continueront probablement à défrayer la chronique pendant les années à venir. Devrions nous continuer à la considérer comme une discipline distincte ou devrait elle être substituée par les maladies infectieuses et la santé publique?

B. GREENWOOD, A. ELLIOTT
De: The Lancet 348 (suppl II): 27, 1996