La lutte contre les mines antipersonnel (Commission Européenne, 1997, 108 pages)
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View the documentAvant-propos
View the documentIntroduction
Open this folder and view contentsChapitre I - Nature et ampleur du problème
Open this folder and view contentsChapitre II - Des conséquences complexes et multiples
Open this folder and view contentsCHAPITRE III - Le déminage
Open this folder and view contentsChapitre IV - Principes d'organisation des opérations de déminage en temps de paix
Open this folder and view contentsChapitre V - Les autres moyens de lutte
Open this folder and view contentsChapitre VI - Développement et coordination d'une capacité locale
Open this folder and view contentsChapitre VII - Aspects juridiques et financiers
Open this folder and view contentsChapitre VIII - Stratégie de la commission européenne
View the documentConclusion
View the documentAnnexe I - Les explosifs
View the documentAnnexe II - Les grands types d'allumeurs
View the documentAnnexe III - L'évolution générale des mines
View the documentAnnexe IV - Pays producteurs
View the documentAnnexe V - Les sous-munitions
View the documentAnnexe VI - Les limites de la détection magnétique
View the documentAnnexe VII - L'exemple de l'Afghanistan
View the documentAnnexe VIII - Recherche-développement et déminage
View the documentAnnexe IX - International workshop and study on the state of knowledge for the localisation and identification of antipersonnel mines
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View the documentBibliographie

Les premiers engins conçus pour exploser au contact de leur cible furent des mines navales. On parle pour la première fois des mines terrestres, alors appelées "torpedoes" par analogie avec leurs prédécesseurs, à l'occasion de la bataille de Williamsburg (1862), un épisode de la guerre de Sécession américaine. Le général sudiste Rains, qui fermait la marche de l'armée confédérée en retraite, avait alors fait modifier des obus pour surprendre l'avant-garde nordiste. Déjà, ce premier emploi des mines avait soulevé une vive émotion, y compris dans la hiérarchie militaire sudiste, qui vit dans cette pratique de "laisser derrière soi des obus et des torpilles" une "méthode de guerre inefficace et impropre".

Des mines furent par la suite posées autour de Port Arthur pendant la guerre russo-japonaise de 1905, mais l'emploi de cette arme resta exceptionnel, y compris durant les combats de tranchées de 1914 à 1918. Les mines n'apparaîtront sur une grande échelle qu'en 1918, entre mains des artificiers allemands, pour faire face à une autre arme nouvel le: les chars d'assaut britanniques et français. Elles seront largement employées dès 1939, principalement comme arme antichar.


1862

Puis, pour gêner la neutralisation des mines antichar, on compléta la pose de celles-ci par des mines antidémineur, c'est-à-dire antipersonnel. Depuis, la plupart des mines sont consacrées à un usage antipersonnel. Des champs de mines particulièrement importants furent posés sur le front de Libye (500000 mines britanniques à Tobrouk, 500000 mines allemandes à El Alamein) et sur le front de l'Est, où l'armée soviétique aurait posé 222 millions de mines, et en Normandie où le maréchal Rommel fit poser de 5 à 7 millions de mines. Il estimait que 50 millions de mines seraient nécessaires à la défense du Mur de l'Atlantique. C'est en Lorraine que les soldats américains relevèrent les premières mines non métalliques (fin 1944): 12000 mines en Bakélite ou en bois dans un seul champ de mines. Les statistiques de l'armée américaine faisaient apparaître en 1945 que les mines étaient responsables de 2,5 % de leurs pertes (morts au combat) et de 20,7 % de leur pertes en char. Depuis la Seconde Guerre mondiale, en raison des nombreux conflits régionaux qui ont suivi, la prolifération des mines (fabrication, commercialisation et pose) a échappé à tout contrôle. Dans ces "combats de faible intensité" où les blindés jouent un rôle secondaire, l'usage de la mine antipersonnel devient totalement indépendant de la mine antichar. Les mines antipersonnel, d'abord utilisées comme un "substitut à l'artillerie" contre les armées (en 1970, 50 % des pertes portugaises en Angola furent attribués aux mines) sont utilisées aujourd'hui pour fixer les troupes adverses et contenir les populations civiles en exerçant sur elles une menace permanente.

C'est ainsi que, entre 1939 et aujourd'hui, on a posé à la surface de la planète plus de 400 millions de mines, dont 65 millions depuis 1978. Le Département d'État américain, dans un rapport de décembre 1994 (Hidden Killers: The Global Land Mine Crisis), évalue le nombre de mines actives déposées sur la surface de la planète entre 65 et 110 millions. On les trouve dans 62 pays, la concentration principale se situe en Afrique, où il existe 20 millions de mines actives réparties sur la moitié des États du continent. Elles sont responsables de la mort de 12000 personnes chaque année et d'un nombre deux fois supérieur de blessés. L'Angola, l'Afghanistan et le Cambodge sont en tête des pays les plus minés. Ils totalisent environ 28 millions de mines et on y enregistre 22000 accidents avec blessures graves chaque année. En Angola, 52000 kilomètres de routes sont actuellement minés. Les pays "contaminés" par plus de 1 million de mines sont le Mozambique, l'Iran, le Soudan, la Somalie, l'Ethiopie et l'Érythrée. L'ex-Yougoslavie appartient également à cet ensemble. Les chiffres du Comité international de la Croix-Rouge concernant le Zimbabwe sont éloquents: une surface de 1 million d'acres a été abandonnée par les habitants à cause des mines. Les stocks de mines prêtes à l'emploi sont d'un niveau équivalent, et on estime à 2 millions le nombre de mines déposées chaque année.

Aussi nécessaire soit-elle, la lutte contre les mines antipersonnel ne s'est imposée, comme une priorité, à la communauté internationale que depuis peu. Cette prise de conscience trouve sa source dans deux événements marquants des années 1989 et 1990:

- l'effondrement du système communiste ainsi que des événements majeurs tels que la fin de l'apartheid en Afrique du Sud ont mis fin au soutien politique et financier de nombreux États en guerre, les contraignant ainsi à déposer les armes. Ce fut le cas de l'Afghanistan, du Mozambique, de l'Angola, du Cambodge, de l'Amérique centrale, etc. Cette évolution a rendu possible un certain nombre d'opérations humanitaires ou de retour à la paix, dont le déminage.

- La guerre du Golfe a laissé de nombreuses mines et munitions non explosées sur le territoire du Koweït La conjonction d'une présence militaire importante et de fortes disponibilités financières a permis de programmer de vastes opérations de déminage. Celles-ci ont ouvert de nouvelles perspectives de marché pour les sociétés existantes et donné naissance à de nouvelles sociétés et ONG spécialisées. Au début des années 1990, les grands bailleurs de fonds humanitaires (ONU, Union européenne, OEA, etc.), confrontés au problème des mines dans de nombreux pays de retour à la paix, ont pris la décision de s'impliquer dans des programmes propres à assurer la poursuite de ces activités. La Banque mondiale elle-même semble évoluer vers une position favorable au financement des opérations de lutte contre les mines.

Les liens entre le déminage humanitaire et le monde militaire sont forts, voire structurels. En effet, nul corps de métier civil ne prépare aux fonctions de démineur, et les démineurs militaires, détachés ou jeunes retraités des armées, constituent la seule réserve de main-d'œuvre. La tendance de ces experts est de mettre en œuvre les techniques éprouvées par les armées en métropole comme sur les théâtres d'opérations extérieures (Afrique, Malounies, Koweït, etc.) Le déminage "humanitaire" s'est trouvé, par conséquent, dès l'origine, placé sous la tutelle technique des démineurs militaires.

Le déminage humanitaire a permis de détruire, en 1994, 84000 mines pour un coût d'environ $ 70 millions. Un simple calcul nous indique donc que le montant de l'identification et la destruction de chaque mine s'élève à environ $ 850.

L'examen attentif de ces chiffres conduit à un constat négatif Les opérations de déminage en temps de paix ont eu pour effet de faire baisser de 1/34 le taux d'augmentation des mines sur Terre Étant donné que ce rapport est assurément inférieur à la marge d'erreur de nos données de base, particulièrement le nombre de mines posées, il est permis de dire que ce résultat est quantitativement négligeable. Cette absence de résultats - le mot "échec" serait impropre - s'explique par l'ampleur et l'étendue géographique du problème.

A l'importance de ces données quantitatives il faut cependant opposer l'aspect qualitatif du déminage qui permet de traiter définitivement des zones particulièrement sensibles. Toutes les mines ne sont pas, en effet, équivalentes en ce qui concerne les menaces qu'elles exercent sur les hommes et certaines d'entre elles doivent être impérativement retirées.

Cependant, le bilan global que nous pouvons dresser aujourd'hui, avec une expérience portant sur près de dix ans, ne porte pas à l'optimisme. De nombreux spécialistes estiment que la lutte contre les mines antipersonnel fait fausse route. Pour prendre une image militaire, une colonne confrontée à un champ de mines préférera le plus souvent contourner l'obstacle que se lancer dans un fastidieux et dangereux déminage de zone. De la même manière, le responsable d'un programme d'aide, qu'il intervienne pour une opération de secours, une mission de retour à la paix ou de réhabilitation - développement sera parfois amené, par manque de moyens budgétaires lui interdisant de réaliser un déminage complet, à faire des choix de "contournement de l'obstacle" et, pour le moins, d'établir un ordre de priorité. Encore faut-il qu'il dispose de solutions alternatives, efficaces, moins coûteuses et moins dangereuses

Ce manuel a pour ambition de faire le point sur la situation présente de la lutte contre les mines et sur l'avenir qui doit lui être fait. Il résume ce que tout décideur doit connaître sur:

- la problématique des mines en général,

- les moyens dont dispose la communauté internationale pour lutter contre ce fléau,

- la mise en œuvre de ces moyens sur le terrain,

- les conditions juridiques et financières de la réalisation des programmes de lutte contre les mines antipersonnel

Ce document est le premier du genre.

Il résulte d'un travail d'analyse de nombreuses publications qu'il ne nous est pas possible de toutes citer ici, la plupart d'entre elles émanent des institutions internationales il résulte surtout d'une réflexion collective et de conversations que les auteurs ont eues, en Belgique, en Grande-Bretagne aux États-Unis et en France, avec les meilleurs spécialistes du sujet, tant aux plans technique qu'administratif et juridique.

II peut comporter des inexactitudes dans les chiffres et les faits, tant sont souvent contradictoires les informations recueillies. Cela ne modifie pas, cependant, l'approche méthodologique m, surtout l'objectif stratégique de la Commission européenne · faire de la lutte contre les mines antipersonnel, sous toutes ses formes, une indispensable mesure d'accompagnement des programmes d'urgence, de réhabilitation et de développement.


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